PRÉFACE
et se déploie. La liberté de leur culte : leurs églises sont ouvertes, et môme se multiplient; leurs prêtres exercent sans aucune entrave leurs fonctions. La liberté de leur presse : ils défendent publiquement leurs croyances et leurs actes. La liberté de leurs discours et de leurs votes dans le pailement : ils y soutiennent hautement leur cause. » Spectacle admirable, et qui, après avoir justement rempli d'inquiétude les amis de la liberté religieuse, doit les remplir de sécurité : l'esprit de persécution a reparu; l'esprit de justice et de liberté l'a regardé en face , et , malgré les apparences , est resté le maître du terrain. Que les chrétiens catholiques <'tles chrétiens protestants le reconnaissent eniin: il leur est désormais plus naturel qu'ils ne le croient de vivre dans des rapports de charité chrétienne, car ils ont perdu l'habitude, et jusqu'à la possibilité de s'opprimer etricacement.
Encore quelques mots, et j'aurai dit touie ma pensée. Dans un régime de liberté religieuse bien établie et bien acceptée, non -seulement 1er. diverses communions chrétiennes peuvent vivre en paix et dans de bons rapports; elles peuvent contribuer, par leur coexistence pacilique, à leur mutuelle prospérité religieuse. Quelle a été , nour le catholicisme en France , l'une
PREFACE. xxix
(les plus glorieuses et plus pieuses époques? A coup sûr , le dix - septième siècle. Le catholicisme français vivait alors en présence du protestantisme encore toléré et du jansénisme dans son éclat. Quelle cause a empêché l'Eglise anglicane de tomber dans l'apathie qui plus d'une fois a paru près de l'envahir? le voisinage des sectes dissidentes à demi libres qui l'ont toujours tenue en haleine et contrainte à sortir de ses langueurs. Il n'est point d'établissement, point de pouvoir qui n'ait besoin de se sentir contrôlé et d'avoir des efforts à faire pour conserver son rang : il est bon de vaincre , mais non d'exterminer ses rivaux; et dans l'ordre spirituel comme dans l'ordre temporel, le laborieux régime de la liberté a, pour tout le monde, ses justes récompenses; en même temps qu'il assure aux faibles leur droit, il régénère incessamment les vainqueurs.
Sans doute le Catholicisme repose sur le principe de l'autorité; mais, sans se détacher de cette base, il peut admettre, et dans le cours de ses destinées il a souvent admis des degrés de liberté fort divers. Du onzième au quatorzième siècle, en même temps que l'Église Catholique était, pour la société civile, une grande école d'autorité, elle était elle-même , et dans son propre sein , un