VI PRÉFACE
pas . . . Quant à chercher un compromis entre les deux systèmes, cela est chimérique ; Isi fusion est un peu plus vaine, si c'est possible, dans l'ordre religieux que dans l'ordre politique. »
Je ne discuterai point. Je mettrai de côté toute question personnelle , toute réfutation , toute argumentation. La polémique creuse les abîmes qu'elle prétend combler, car 'elle ajoute l'obstination des amours-propres à la diversité des opinions. Avoir raison des objections que m'adressent des hommes honorables et sincères est un plaisir qui me touche peu ; j'ai un désir plus haut ; j'aspire h m'unir avec eux dans la vérité. Deux idées remplissent mon âme, et dominent ce sujet. Je voudrais les mettre en pure et vive lumière. Si j'y réussis, si je les fais passer dans d'autres âmes, elles y feront elles-mêmes leur œuvre, et rendront inutile la polémique dont je m'abstiens.
Ce ne serait pas la peine de vivre si nous ne retirions, d'une longue vie, d'autre fruit qu'un peu d'expérience et de prudence sur les affaires de ce monde, au moment de le quitter. Le spectacle des choses humaines et les épreuves intérieui es de l'ûme ont des clartés plus hautes, et qui
PRÉFACE. Vît
se répandent sur les mystères de la nature et de la destinée de l'homme, et de cet univers au sein duquel l'homme est placé. J'ai reçu de la vie pratique, sur ces questions redoutables, plus d'enseignements que la méditation et la science ne m'en ont jamais donné.
Voici le premier et le plus grand.
Le monde et l'homme ne s'expliquent point naturellement et d'eux-mêmes, par la seule vertu des lois permanentes qui y président et des volontés passagères qui s'y déploient. Ni la nature et ses forces, ni Thomme et ses actes ne suffisent à rendre raison du spectacle que contemple ou entrevoit l'esprit humain.
Ainsi que la nature et l'homme ne suffisent point à s'expliquer eux-mêmes, de même ils ne suffisent point à se gouverner. Le gouvernement de l'univers et du genre humain est autre chose que l'ensemble des lois et des faits naturels qu'y observe la raison humaine, et des lois et des faits accidentels que la liberté humaine y introduit.
C'est-à-dire qu'au-delà et au-dessus de l'ordre naturel et humain, qui tombe sous notre connaissance, est l'ordre surnaturel et surhumain que Dieu règle et développe, hors de la portée de nos regards.
VIII PKÉFACE.
Et dès que l'homme cesse de croire que cela est ainsi, c'est-à-dire de croire à l'ordre surnaturel et de vivre sous l'influence de cette croyance, aussitôt le désordre entre dans l'homme et dans les sociétés d'hommes, et y fait des ravages qui les mèneraient infailliblement à leur ruine si, par la sage bonté de Dieu, l'homme n'était limité dans ses erreurs et hors d'état de se soustraire absolument à l'empire de la vérité, même quand il la méconnaît.
Que la question religieuse soit maintenant posée entre ceux qui, plus ou moins explicitement et par des motifs fort divers, n'admettent pas Tordre surnaturel, c'est-à-dire la plupart des philosophes, quel que soit leur nom, et ceux qui l'admettent réellement, c'est-à-dire les chrétiens, c'est ce que nul esprit sérieux ne peut contester.
Est-ce à dire qu'entre tous ceux qui n'admettent pas l'ordre surnaturel, incrédules ou sceptiques, athées ou rationalistes, il y ait parité et confusion? A Dieu ne plaise, non-seulemenTque je dise jamais, mais que jamais je pense une si absurde et si odieuse iniquité ! Je connais les bienheureuses inconséquences de l'esprit de l'homme, et les obscurités qui, aux yeux des plus habiles, couvrent les voies dans loscjuollosils