XIV PRÉFACE
mettre en jeu la liberté. Puis, il a conquis et déployé l'autorité. Puis, il s'est accommodé aux diverses formes et aux divers degrés d'autorité et de liberté qu'a fait apparaître çà et là dans le monde le cours des choses. Associé aux destinées et aux actes du genre humain, le christianisme a souffert de nos erreurs et de nos fautes ; il a été souvent altéré et compromis par les égarements tantôt de l'autorité, tantôt de la liberté humaines ; mais par son origine et son essence , il est en dehors de leurs luttes, inépuisable dans sa vertu pour guérir les maux contraires, et toujours prêt à porter son secours du côté où le péril éclate et où le besoin de redressement se fait sentir.
Dans l'état actuel des sociétés et des esprits , c'est l'autorité , et l'ordre avec l'autorité, qui sont en péril. Le christianisme leur doit tout son appui. Je ne connais pas de mensonge ou d'aveuglement plus grossier que celui des hommes qui essaient aujourd'hui de détourner la religion chrétienne au profit de cette anarchie brutale et folle qu'ils appellent a démocratie sociale. L'Evangile et l'histoire repoussent également celle absurde profanation. La cause de l'autorité civile et de la religion chrétienne est évidemment commune; l'ordre divin et l'ordre hu-
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main, l'Élat et l'Église ont les mêmes périls et les mêmes ennemis»
Que Dieu leur accorde la même sagesse, car . en même temps qu'ils ont, l'un et l'autre et de concert, à rétablir l'aulorilé à son rang et dans ses droits, ils ont à résoudre un autre problème plus nouveau, et d'autres besoins , impérieux aussi, à satisfaire.
Aux hommes qui pensent que, depuis plusieurs siècles , la société en Europe, et notamment en France, a fait complètement fausse route , les gouvernements comme les esprits , et qu'il n'y a, dans le caractère dominant et dans les tendances de notre civilisation actuelle, qu'erreur, corruption et décadence, je n'ai rien à dire. Je comprends que, pensant ainsi, ils regardent la réaction rétrograde comme aussi nécessaire que légitime, et qu'ils la tentent. Je n'ai, à leur égard, qu'une conviction profonde à exprimer : ils ne réussiront pas. Eussent-ils raison, ils ne réussiront pas. S'ils avaient raison, notre société moderne serait condamnée à périr; nous aurions le progrès dans la décadence, non le retour au passé.
Mais ils n'ont pas raison. Personne n'est plus convaincu que moi des immenses erreurs et des funestes égarements de notre temps ; personne