L EGALITE HUMAINE
quant à la mort, comme vous ne pourriez penser à celled autrui sans penser à la vôtre, et que c'est, de toutes les pensées, celle que vous écartez avec le plus de soin, il n'est pas probable qu'elle soit d'un grand secours pour entretenir toujours présente dans votre esprit l'idée de l'égalité.
Et quand vous l'auriez, celte idée, qu'auriezvous? Peu de chose. De savoir qu'il y a aiMÎessusde nous une force quelconque plus forte que chacun, plus forte que tous, et qui nous fait passer indistinctement sous le même joug, à quoi cela sert-il? qu'est-ce que notre âme y peut gagner? de quoi sommes-nous plus riches quand nous savops cela? Cela peut consoler l'orgueil humilié, et pour un moment égayer l'envie; mais il n'y a rien là qtii ait la force d'un motif, rien qui règle la vie, rien qui rende meilleur. Jointe à d'autres considéra tiong, celle-ci peut avoif de l'utilité ; toute seule, c'est du poison.
Élevôns-noiis donc plus haut, mes frères, et cherchons une base plus morale à l'égalité humaine. Vous produisez celle du droit. Vous dites : Tout homme a pour le moins le droit d'être homme ; et en cela tout homme est l'égal d'un autre; si l'on ne recon- " naissait pas ce droit, il n'y aurait point de droit; et
* les grands et les riches ne pourraient en invoquer
* aucun en faveur de leur richesse et de leur grandeur; en sorte que la base de l'inégalité tombe avec
" celle de l'égalité.
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Voilà, je vous l'avoue, une raison faite pour toucher.. Mais qui louchera4-elle véritablement? ceux pour qui le droit est. un ohjet de respect. J'entends, non pas leur droit à eux, mais le droit en général, adroit d^utrui comme le leur. Or, pour être touché du droit d'autrui comme du mien, il est nécessaire que je sois pénétré du respect pour la loi qui a établi l'un et l'autre/pour la loi. du juste ; il faut que je sois au môijis pussi touché de mon devoir envers les
. autres que' de4§P r devoir envers. moi; il faut que j'aime l'égalité danS leur intérêt comme dansJemien.
, C'est sans ddnte: quelque chose que d'avoir reconpu r égalité comme, un droit,, quand même, d'abord je
, n'aurais pensé qu'à mon droit; car je ne puis pas en faire mon droit sans en faire aussi le droit.de tous les autres hommes. C'est quelque chose, c'est beau*
. coup; et puis, peut-être, si vous y regardez de près, ce n'est rien. Ce n'est rien, si cette vérité que ma conscience et ma raison n'ont pas pu s'empêcher de reconnaître, n'a pas pénétré dans mon cœur. Ce n'est rien si je ne l'aime pas. Ce n'est rien, moins que rien, si je n'aime de cette vérité que ce qui flatte mon égoïsme et mon orgueil. Ce n'est rien, moins que rien, si, toujours prêt à l'invoquer contre les autres, je ne l'invoque jamais contre moi-même. Il y a deux manières si différentes de recevoir la doc-
. trine de l'égalité, que selon l'une, c'est bien l'égalité que vous, voulez et que vous, cherchez, et que selon
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l'autre c'est au contrairel'inégali té. Ainsi, quand vous pariez de l'égalité comme d'un droit, vous dites bien; mais, au fond, tout le monde dit de même; tout le monde a toujours pensé comme vous : et qu'est-ce que l'égalité a gagné à cet accord uni* versel?
C'est ici qu'il faut écarter toute illusion. Aimonsnous l'égalité comme notre droit seulement, ou aussi comme le droit d' autrui ? Toute la question est là : car si nous ne l'aimons que de la première façon, il est très certain que nous ne l'aimons point. Or, qu'il y ait des hommes qui L'aimerU dans ses deux applications pour eux et contre eux, et qui soient attachés, non à leur droit seulement, mais à la loi suprême et impartiale qui l'établit pour tous, je ne veux pas le nier; mais ces hommes font exception. La masse de ceux qui proclament l'égalité a de tout autres dispositions et de tout autres vues. L'égalité est trop généralement le cri de l'infériorité humiliée et de l'ambition refoulée. C'est un cri puissant, parce qu'il retentit dans toutes les consciences; il peut même d'abord être parti de la conscience; mais ce sont les passions, c'est l'égoïsme qui le répètent et qui lui.donnent le vaste et redoutable écho qui frappe vos oreilles. Vous aimeriez à croire le contraire? Eh bien ! supposons un moment le contraire. Celte multitude qui proclame l'égalité, ce peuple qui l'inscrit dans ses lois, c'est l'amour du principe, c'est une