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avec elle dans son cœur, combien n'y a-l-il pas d'adultères ! Prends donc garde, el vois si tu es véritablement pur du péché particulier que tu reproches à ton frère ; vois si l'envie, l'hypocrisie, l'orgueil que tu veux bien lire dans son cœur ne sont pas dans le tien. El quand ces vices n'y seraient pas, ton cœur n'est-il pas le repaire de beaucoup de passions, de passions plus violentes peut-être que celles que tu supposes à ton prochain? Et tandis que ta vue, exercée par la malice, démêle une paille sous sa paupière, n'y a-t-il pas peut-être une poutre dans ton œil? Mais quand la poutre serait dans son œil et la paille dans le tien, cette paille dont tu ne veux pas qu'on parle, t'enlève l'autorité que tu t'arroges, et te rend incompétent pour juger. Rappelle-toi la femme qui fut accusée d'adultère devant Jésus. Lors même que ses accusateurs n'auraient eu à se reproche* aucun péché de la nature du sien, lors même que leur vie aurait été à l'extérieur aussi régulière que la sienne avait été coupable, notre Seigneur avait toujours la même raison de leur dire: Que celui de vous qui est sans péché jette le premier la pierre contre elle. Le moindre péché devait leur faire tomber la pierre des mains. Car, aux yeux et dans l'esprit du Seigneur, il n'y a point de petit péché; et tel mouvement passager de malignité ou d'orgueil qui aurait traversé le cœur d'un de ces juges impi-
tovablcs le souillait peut-être plus au:* yeux du
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Seigneur que les débordements avérés de cette infortunée.
Ah ïmes frères, nous voulons juger jusqu'à quel point nos frères sont éloignés de la sainteté ; et nous ne savons pas même ce que c'est que la sainteté. Avant de juger comme Dieu, ayons ses yeux, qui sont trop purs pour voir aucune espèce de mal. El alors, humiliés du mal que nous découvrirons en nous, alors, appelant corruption ce que nous appelions d'abord imperfection légère, nous sentirons que nous avons quelque chose de mieux à faire que d'épier d'un œil curieux les secrets sentiments du cœur de notre prochain.
Qui es-tu ? dit l'apôtre. — Ce qu'on demande d'un juge, c'est la lumière. Même dans les tribunaux, un juge est obligé de connaître et de peser toutes les circonstances où s'est trouvé l'auteur présumé du délit. Nous avons la même chose à faire pour apprécier à quel point est coupable l'action que nous prétendons juger ; et cela n'est pas facile. Il est rare, peut-être il n'arrive jamais qu'une affaire nous soit connue dans tousles détails ; et souvent ceux qui nous échappent par leur petitesse sont ceux qu'il nous importerait de connaître. Plus souvent encore, nous ne prenons la peine d'étudier ni les grands ni les petits ; une vue superficielle et générale de l'action suffit à notre impatience malveillante; et nous nous hâtons de condamner. Et
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cependant, mes frères, même dane le cas où J apparence est la plus forte, une réflexion bien simple, un retour sur nous-mêmes devrait nous arrêter. Rappelons-nous telle de nos actions ; supposons que nous en soyons nous-mêmes spectateurs ; voudrionsnous qu'elle fût jugée telle qu'elle jxous apparaît à une première et rapide vue î N'exigeons-nous pas à la rigueur qu'avant de la juger, on évalue tout ce qui l'a précédée^ tout ce qui l'accompagne, tout ce qui l'entoure î Ne réclamons-nous pas pour elle l'attention la plus minutieuse ? Mais voilà justement ce que nous refusons aux autres ; nous ne voulons voir ni le temps, ni le lieu, ni les personnes; nous procédons avec une légèreté qui nopç indignerait si elle s'appliquait à nous; et en conséquence on peut dire, mes frères, que la presque totalité des actions morales est mal jugée dans la société.
Mais si un tribunal doit s'enquérir^ des circonstances matérielles, nous avons plus à faire. Nous devons connaître les dispositions intérieures dans lesquelles l'action a été faite ; et c'est ce qu'il est impossible de bien connaître. Ce qui se passe dans une âme échappe souvent à celte âme : comment l'âme d'un autre en aurait-elle la conscience? Et quand nous pourrions voir quel sentiment a inspiré une actiop, comment mesurer l'énergie, la vivacité de ce sentiment ? Comment nous assurer si ce mouvement de colère n'était pas plutôt une indignation
un peu trop vive? si cette rigueur n'a pas été intérieurement tempérée par beaucoup de pitié? si cet homme qui vient de manquer à la justice n'a pas voulu, n'a pas cru la suivre? Ah! mes frères, que nous sommes inconséquents et coupables! Noire âme, à nous, est un sanctuaire mystérieux, respectable, dont nous ne voulons pas qu'aucun indiscret franchisse le seuil ; et nous enfonçons la porte de celui de nos frères. Nous couvrons d'un silence religieux les sentiments qui déterminent nos actions; et nous prêtons une voix sonore et bruyante à cette conscience de notre prochain, qui voulait demeurer muette. Nous ne connaissons rien, et nous voulons tout dire; nous n'avons rien vu, et nous condamnons!
Qui es-tu? dit l'apôtre. — Apparemment un juge impassible, désintéressé, impartial? Ah! plût à Dieu! Mais cette ardeur impatiente de juger sans nécessité doit faire présumer le contraire. Désintéressés, impartiaux ! Mais si nous l'étions, chercherions-nous l'occasion de condamner? Non, notre action même prouve que nous ne le sommes pas. Et comment, au reste, le serions-nous? Il faudrait cesser d'être hommes. Hommes, nous sommes égoïstes, nous sommes vains ; nous avons besoin de nous élever, et non-seulement cela, mais de nous élever sur les ruines des autres ; nous avons besoin, quand nous péchons, de ne pas pécher seuls ; nous avons
besoin de l'infirmité d'autrui pour nous consoler de la nôtre. Voilà d'admirables dispositions pour être juge impartial ! Supposez, mes frères, que la condamnation d'un plaideur doive enrichir son juge, voudriez-vous être ce plaideur ? Eh bien ! voilà la position de notre frère à l'égard de nous qui le jugeons. C'est un aveu triste à faire. Mais en reconnaissant, comme il le faut bien, que les jugements défavorables sont le fond de la plupart des conversations, comment ne pas conclure que l'homme y trouve son plaisir ou son intérêt, et que, par conséquent, il n'est pas impartial?
Une guerre civile est allumée, est en permanence dans la société. Les réputations sont les places qu'on attaque; les paroles meurtrières sont les armes qu'on emploie. Chaque jour, chaque heure est un jour, une heure de combat. On ne voit point couler de sang, mais souvent des larmes. Quelques-unjes des afflictions les plus poignantes auxquelles est exposé l'homme en société ont leur source dans cette guerre à outrance des voisins contre les voisins, des amis contre les amis, des frères contre les frères. Plus d'une existence a été flétrie, plus d'une vie abrégée dans ces luttes déplorables. Une défiance universelle, que la politesse déguise mal, ou dont la politesse est un fruit, est devenue le mot d'ordre de la société. C'est un état général, un état que vous avez sous les yeux. Direz-vous après cela
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que l'homme est un juge impartial de l'hommeî « Mais au moins, direz-vous, lorsqu'il s'agit de prononcer sur l'état d'une âme par rapport au salut, l'impartialité renaît d'elle-même, ou s'il reste quelque partialité dans le cœur, elle est toute bienveillante. En effet, qui youdrait le malheur éternel de son prochain ? qui ne désire son salut? qui, par conséquent, n'est pas porté à le bien juger? » Hélas! cela devrait être, et surtout parmi des chrétien*, > qui il a £té dit solennellement : Ne jugez point aftW le tempf f jusqu'à ce que le Seigneur vienne, q%ii fiuttrû en évidence les choses cachées dans les ténèbres. filais* qui, dans cette assemblée, fauçlra-t-il que je rappelle tant d'anathèmes furieux, lancés mutuellement par des sectes rivales? A qui faudra-t-ij que je montre, même dans de saintes communautés, cette étonnante impatience (Je condamner ceux qaeDieu supporte, ceux que Dieu attend^ ceux dont il (m peut-être ses plus chères brebis? Ah ! elle est concevable, elle est belle, l'anxiété charitable qu'oa chercha à flétrir sous le nom de prosélytisme, tendre sévérité, qui nous condamne moins qu'elle ne now plaint; généreuse importunité qui nous harcèle parce qu'elle voudrait nous sauver ; elle est digne de Jésus, le modèle du prosélytisme, qui est yena sur la terre rassembler et sauver ce qui était perdu; digne de Dieu qui frappe à la porte de nos cœurs, et nous presse de nous réconcilier avec lui. Mais se
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plaire à vpjr ses frères en danger, les condamner sans les, plaindre, sans les secourir, triompher d'un péril qui menace leur éternité! Dieu d'aftiourl estce là Je cpeur que tu avais donné à l'homme? est-ce là l'homme préé à ton image? Oh! qu'il a corrompit sa nature ! qu'il est indigne de toi !
Qui es-tu ? dit l'apôtre, toi qui juges le êtrviteur d' autrui ? Voilà rçotrç dernière vmm peur ne pas juger : notre frère est le serviteur d ? autrui f Nous nous indignons, comme citoyens, quand nous voyons un individu enlevé à ses juges naturels; nous crions à l'arbitraire, à l'usurpation, à la tyrannie. Maiè quelle plus évidente usurpation, quelle plus insolente tyrannjç que dô nous asseoir sur le tribunal suprême, et de rendre des arrêts à la place dé Dieu ! Il nous a permis de juger les apte» extérieurs ; nous a-t-il, jamais autorisés à juger les âmes? C'est ici que )e péo}*é dont nous parlons prend un caractère effrayant Qt nouveau, celui de l'impiété. Ge ne sont plus nos semblables seulement, mais Dieu lui-même que nous attaquons; l'offense est directe, et, si j'p03 m'exprimer ainsi, personnelle. En jugeant les hommes nous jugeons Dieu, dont sous taxons la sainteté d'indifférence et la justice de lenteur. Celui
qui condamne son frère, dit un apôtre, se fait juge de la Jpi et condamne la loi. Vers de terre, m&Honsnço$ a notre. place ; descendons du trôn^ de la justice à l'humble banc des accusés, et remettons le