LE JI'GR TKMÉRAIRK
jugement à Celui qui a pour cette haute fonction tous les titres que nous n'avons pas ; qui est pur, car il est Dieu ; éclairé sur notre intérieur, car il nous a faits; impartial, car aucune passion ne saurait Témouvoir. Qui es-tu, toi qui juges le serviteur d y autrui ? S'il se relève ou s'il tombe, c'est à son maitrt à le juger.
Oui, Dieu jugera nos frères ; il nous jugera aussi, nous qui les jugeons. Et nul de vous n'ignore quelle sera la règle de sa sévérité. Il nous mesurera de la même mesure dont nous aurons mesuré les autres. Il sera sévère comme nous, indulgent comme nous. Et si vous demandez comment la destinée de notre éternité peut tenir à une seule chose, à notre manière de juger nos frères, je répondrai que dans ce seul point tout l'homme est renfermé.
En effet, l'habitude des jugements téméraires et malveillants annonce plus que toute autre chose que l'âme n'est pas née à la nouvelle vie, à la vie de Dieu. Elle annonce que les deux principes de vie, l'humilité et la charité, lui sont encore étrangers. Car ce n'est que par orgueil et par égoïsme que nous nous plaisons à condamner nos frères : et ni Tégoïsme ni l'orgueil n'auront de part au royaume des cieux.
Si donc, mes frères, nous n'avons pas encore dépouillé le penchant et l'habitude de juger notre prochain, nous y trouvons la preuve que nous n'avons
ni cette humilité par laquelle on regarde chacun de ses frères comme plus excellent que soi-même, ni cette charité qui excuse tout, qui espère tout, qui ne se réjouit point de l'injustice, mais qui se réjouit de la vérité. En d'autres termes, nous obtenons la preuve que nous n'avons point la robe de noces sans laquelle nul ne saurait s'asseoir au festin du père de famille.
Ceci est digne des plus sérieuses réflexions. Toute notre dignité, toute notre gloire, toutes nos espérances tombent par cet endroit. Notre christianisme prétendu disparaît à cette lumière. Si nous sommes médisants, téméraires dans nos jugements, nous sommes hors de l'alliance de grâce. Sur ce pied, que chacun de nous s'examine, et qu'il se juge luimême.
Que si nous faisons la triste découverte qu'en effet nous nous complaisons dans ce péché, alors, mes chers auditeurs, qu'avons-nous à faire que de nous abattre devant le Juge suprême dont nous avons insolemment usurpé les droits, et de lui dire, comme tout pécheur, et avec un sentiment proportionné à la grandeur de notre faute : Ah! Seigneur, il me manquait cette triste découverte pour reconnaître combien en toutes choses j'ai besoin de ton pardon et de ton appui. Car, voici, j'ai entrepris sur les droits de ta majesté en m'attribuant le jugement qui n'appartient qu'à toi ; j'ai affligé le cœur de mes
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frères, que je devais réjouir; j'ai endurci au mal cette âme faite pour aimer. Tout me rappelle que j'ai besoin de ta miséricorde, que je ne puis subsister que par elle, et que, comme j'en ai besoin pour que mes péchés soient effacés, j'en ai besoin encore pour apprendre à bien vivre. Mais de cette miséricorde, qui sauve à la fois et qui sanctifie, Seigneur, il me faut un gage assuré, et je le trouve en ton Fils, ma divine caution. Je me remets à lui, j'attends de lui le pardon, et avec le pardon la régénération et la vie. Je veux m'atlacher à ce céleste ami, le suivre dans sa carrière de charité, faire (Je lui mon modèle, comme tu as fait de lui mon Sauveur. Aidemoi, Seigneur, à marcher sur ses traces ; crée en moi l'amour de tout ce qu'il a aimé ; inspire à mon âme cette charité dont la sienne fut remplie. Et fais que, loin de troubler par l'injustice de mes jugements le repos et le bonheur de mes frères, je fasse concourir toutes les forces que tu me donneras à leur félicité comme à ta gloire. Amen.
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