‹ Méditations évangéliquesChapitre 28 sur 32 · QUILAS ET PR1SC1LLE · texte numérisé non relu

QUILAS ET PR1SC1LLE

sant que vous en ayez dans un jour qui ne les connaît guère, ne s'effacent-ils pas devant la parfaite assurance qu'en définitive, dans la route où vous entrez ensemble, il n'y a que succès, il n'y a que triomphes? Ne vous sentez-vous pas heureux, je dirais presque humblement glorieux, de savoir que votre mariage a, par-dessus toutes les unions mondaines, l'avantage incomparable d'un but plus élevé, et d'une plus noble espérance? Ah! que votre cceur palpite de cette sainte et pure joie ; et que le nôtre, en ce moment solennel, se remplisse des plus tendres vœux pour le bonheur de votre union ; qu'il demande à l'Auteur de tout don parfait, de vous faire devenir, par sa bonté, une autre Priscille et un autre Aquilas !

N'ai-je pas parlé pour vous, mes chers auditeurs? n'ai-je pas exprimé vos propres sentiments? L'impulsion qui a conduit ici la plupart d'entre vous est sans doute cet instinct qui nous attire à tout acte solennel décisif pour la destinée d'un de nos semblables; or, dans le mariage, deux destinées, jusqu'alors indépendantes, s'engagent, s'enchaînent l'une à l'autre; et de plus, on sent vaguçment qu'à C3 moment passager une éternité peut-être est suspendue. Nous sommes tous entrés ici avec ce sentiment, qui n'est que naturel : emportons-le, s'il se peut, ennobli, sanctifié, et attendri. Que notre curiosité devienne affection ; que notre intérêt se tourne

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en prière ; que tout notre cœur s'émeuve pour ces deux êtres, nos semblables, pour ce frère et cette sœur, qui sont venus ici, l'âme pleine de prière, appeler sur leur union la bénédiction céleste. mes frères, priez tous du fond de vos cœurs pour oes deux cœurs qui prient ! Qui prient ! Ah ! je le crois, mes frères 1 Gomment Dieu, qui s'est fait connaître à eux, laisserait-il en ce moment leurs cœurs muets devant luit mais comment aussi les nôtres seraientils muetsî et comment pourrions-nous ne pas nous sentir intérieurement exhortés à les recommander à Celui qu'ils implorent? Ainsi donc, chers auditeurs, les cœurs en haut! en haut vers le Père céleste, en haut vers le Crucifié, vers l'homme de douleurs et le roi de gloire, qui, du sein de son immuable félicité, a les yeux attachés sur tous les enfants des hommes, observe avec sollicitude toutes nos démarches, prend part à tous nos intérêts ; et qui, dans ce moment même, abaisse des regards de bienveillance et de protection sur les deux époux que vous lui recommandez 1 Or, à lui soient hommage, bénédiction, obéissance $ sur la terre et dans les deux! Amen;

(Discourt ptononcé aul bains dé loëche *.)

Jean, V, 4-9.

Vdttë ne serez pas surpris, mes frères, que je n'entreprenne point une suite de réflexions sur tout l'ensemble de l'admirable chapitre que je viens de* lire; mais vous ne serez pas surpris non plus qu'obligé de me réduire à peu de paroles, j'appelle dé préférence votre attention sur ce qui, dans ce chapitre, offre un rapport particulier à votre situation actuelle, je veux dire sur la guérison du paralytique au lavoir de Béthesda.

Un même but nous a tous amenés dans cette vallée extraordinaire : il y a ici une piscine de Béthesda, une fontaine salutaire dont les eaux recèlent

* Un autre discours de M. Vinet, intitulé Les Eaux salutaires, sur Ésaïe, XII, 3, prononcé également à Loëche, et ayant de grands rapports avec celui-ci, a été inséré, en 1834, dans la Gazette Evangélique de Genève.

la santé et la vie : nous sommes tous venus leur demander ces biens précieux ; mais y sommes-nous venus tous avec les mêmes dispositions? — Non, mes frères.

Les uns y sont venus simplement avec le sentiment pénible de maux prolongés et dangereux; avec une grande soumission aux ordonnances d'un médecin habile; une confiance plus ou moins absolue dans les vertus d'une eau merveilleuse, qui, depuis des siècles, attire près de sa source une foule d'infortunés; enfin, une préoccupation plus ou moins forte sur la société qu'ils pourraient trouver dans ces lieux sauvages, sur les moyens d'y échapper a l'ennui, sur la manière la plus agréable d'y consumer le temps.

Les autres (et plût à Dieu que le nombre en fût grand!), affligés également de maladies graves, dans lesquelles ils voient des châtiments ou des épreuves dispensées par une main divine, convaincus que c'est un devoir sacré d'user de tous les moyens que nous offre la Providence pour soutenir notre vie, ont gravi sur ces hauteurs, pénétrés d'un sentiment de respect et pleins d'un recueillement religieux : ils ont, avec une émotion de reconrtaissance, salué ces eaux que Dieu fait sourdre en abondance du sein profond des abîmes pour le soulagement de l'humanité, et priant humblement ce Dieu qui a fourni le remède d'en bénir aussi

l'usage, ils ont entrepris cette cure importante avec confiance dans la bonté de Dieu, avec soumission à sa volonté au cas qu'il lui plaise de rendre ces eaux aussi inutiles pour eux qu'elles seront utiles à d'autres, enfin avec une seule préoccupation dans l'esprit, la crainte de ne pas rapporter tout à Dieu, (le ne pas remettre tout à Dieu.

Si je vous demandais, mes frères, laquelle de ces deux classes de personnes a revêtu les meilleures dispositions, votre réponse n'est pas douteuse. Mais si je vous demandais ensuite : Avons «nous bien dans le cœur les sentiments auxquels nous donnons notre approbation? que répondront plusieurs de mes auditeurs? Et cependant si quelqu'un de nous se fût trouvé au lavoir de Béthesda lorsqu'un ange, visible aux yeux de la chair, descendait dans la piscine et de sa main céleste en troublait les eaux, s'il eût vu après cela l'aveugle en sortir avec des yeux ouverts et brillants de joie, l'impotent regagner d'un pas ferme et rapide sa demeure où il ne rentrait naguère qu'à pas incertains, si quelqu'un de nous eût vu ces merveilles, avec quel saisissement inexprimable, avec quelle émotion profonde il eût élevé ses regards vers le ciel et adoré ce Père des humains, qui fournit à la piscine l'eau vivifiante, et envoie du ciel un ange pour lui communiquer une nouvelle vertu !

Mais on voit au lieu mfime où nous sommes

Sl8 IIS EAUX DE BÉTflKSftA.

des milliers d'infortuné* entrant dans une eau non moins merveilleuse, y plonger et y laisser toutes leurs douleurs, et Ton ne sent ni émotion ni saisissement; On assiste froidement à Tune des œuvres les plus touchantes de la bonté divine, on recueille avec une indifférence superbe une preuve éclatante de l'amour du Seigneur, et quelle est donc la différence qui en met tant dans les impressions? Koml ne voyons pas un ange descendre de la sphère éttt : lée et agiter Tonde où nous plongeons nos cfltyfc •-— Ah ! mes frères, où en sommes-nous de ftoUft christianisme si nous avons besoin de tels signeàî Avons-nous reçu le don précieux de la foi si nous ne savons voir encore qu'avec les yeux de la chair et s'il nous faut encore des miracles? Et sans voir un ange du ciel s'abaisser sur les eaux propices, ne savons-nous pas voir Dieu, notre bon Dieu, déposant dans la profondeur des monts le lit mystérieux où cette eau s'imprègne de vertus salutaires, la conduisant jusqu'à nous, déterminant son action sur nos corps et la rendant à son gré efficace ou sans effet, toujours selon les vues de sa miséricorde? Car nous ne saurions en douter, mes frères, ce Dieu qui tient dans sa main toutes les causes est maître aussi de tous les effets; s'il lui a' plu d'ordonner que les mêmes circonstances ramenassent généralement les mêmes phénomènes, il n'est cependant point asservi à une même marchç ; il n'a

tU «AUX DE BiTHESDA. 319

pas commandé une fois pour obéir toujours ; il oppose, quand il veut, des lois à d'autres lois, et maintes fois par l'effet d'un ressort inaperçu, il empêche un effet qui nous semblait infaillible* — ■ Quelle que soit la puissance de ces eaux contre le mal particulier dont chacun est atteint, personne n'apporte ici la pleine assurance qu'il y trouvera la guérison ou du soulagement; ce résultat ne cesse point d'appartenir à Celui qui nous a créés, et si nous obtenons de ces bains l'effet désiré, la gloire en est à Dieu tout entière*

D'où vient donc, mes frères, que nous ne lui en rendons pas gloire? Car je n'appelle pas rendre gloire à Dieu se laisser dans l'occasion, comme malgré soi, arracher un stérile aveu de sa puissance et de sa bonté. D'où vient que notre cœur ne s'élance pas de lui-même, dans un transport d'amour, vers ce Dieu de qui procède toute guérison, tout salut, toute délivrance? Mes frères, en voici la raison, à laquelle je vous prie de donner toute votre attention. Nous sommes peu sensibles à cette délivrance comme en général à toutes celles dont notre vie est semée, parce que nous sommes peu sensibles à la grande délivrance dont nous avons été les objets en Jésus-Christ.

Et ici, mes frères, pourquoi ne verrions-nous pas dans l'histoire du paralytique de Béthesda, V histoire de tout le genifc humain ?

320 LES BAUX DE BSTHEâDi.

Nous sommes tous par notre nature de pauvres •paralytiques, incapables par nous-mêmes de faire un seul pas vers le bien suprême qui est Dieu. Ce Dieu, qui devrait être le centre de nos pensées, le tout de notre vie, ce Dieu n'est ni connu, ni honoré de nous comme Dieu. — Le monde, je veux dire les choses visibles et passagères, le monde a envahi ce cœur que l'Éternel avait créé pour l'adorer, et qui, comme un autel vivant, devrait sans cesse exhaler de l'encens devant lui. De vains titres, des distinctions frivoles, une domination éphémère, absorbent l'ambition des uns. Des plaisirs grossiers, l'amour de l'or remplissent le cœur des autres. Une vaine contemplation de la nature sans aucun rapport avec son Auteur fait l'unique occupation des derniers.

Détachés du centre de tout bien, nous voyons les principes de tout bien se dénaturer dans nos âmes; la règle des mœurs fléchit sous l'ascendant des passions; les idées mêmes se pervertissent; le désordre s'organise en quelque sorte dans la société et devient règle ; entraînés par la folie, nous nous en allons en tourbillonnant au-devant de la mort, qui arrête brusquement ce mouvement impétueux et désordonné, et nous précipite rapidement aux pieds de notre Juge.

Quelle maladie, mes frères, je viens de décrire! et qu'elle est bien plus terrible que toutes les maladies qui nous amènent dans ces lieux ! Profonde,

invétérée, universelle, méconnue, qui la guérira? cjui saura seulement l'apprécier? qui redonnera à l'âme sa vraie tendance? qui la replacera dans ses vraies relations? qui rendra l'homme à Dieu? qui rendra Dieu à l'homme? Mes frères, tout cela est l'œuvre d'une bonté divine.

De même que l'ange venait troubler l'eau de Béthesda, l'Esprit de Christ vient troubler l'âme qu'il veut rendre à Dieu; car ce n'est qu'à travers \e trouble, j'entends celui du remords et du repentir, que nous pouvons parvenir à la paix. Mais cela seul ne suffit point; quand l'homme a reconnu qu'il est pécheur, quand il a, pour ainsi dire, savouré toute sa misère, il n'en est que plus malheureux par les terreurs du jugement et par le sentiment de son in* capacité pour le bien. C'est alors, ô Jésus-Christ I que tu viens au-devant de lui, comme tu viens au* devant du paralytique près de la fontaine de Bé-

thesda ; c'est alors que tu lui dis, que tu nous dis, que tu nous dis à tous : « Venez à moi, âmes malades, et je vous guérirai; venez à moi, tous tous qui êtes travaillés et charges, et je vous soulagerai (1). Vous redoutez l'indignation de mon Père; mais je suis venu sur la terre pour vous rassembler de devant le mal; j'ai souffert les outrages, les persécutions, la mort, pour avoir le droit de vous protéger

(1) Matthieu, XI, 28.

332 M» VAUX PB B^THBSDA,

devant la justice divine. Voua êtes maintenant à moi ; mon sang a payé votre rançon : recevefc-moi par la foi, rendez-moi amour pour amour, invoquez le nom de Christ, et vous aurez part aux biens spirituels que je dispense à ceux qui m'appartiennent. Mon puissant Esprit vous détachera du monde, vous en fera mépriser les vanités, vous donnera la force d*en surmonter les tentations, vous apprendra à prier, à espérer, à aimer, vous entretiendra dans la pureté et dans la paix ; en un mot, fera de vous de nouvelles créatures, dignes du Dieu dotit vous jtortez l'image, dignes du ciel dont il vous fèitt ltt héritiers. »

Voilà les promesses! du Sauveur, voilà aussi ton œuvre. Voilà la grande délivrance dont je vous parlais. Avant de la connaître, on ne connaît pas véritablement Dieu, car on ne l'aime pas, et l'aimer c'est le connaître. On ne le voit pas partout dans la nature, on ne le sent pas partout dans la vie; on petit être l'objet\les plus grandes délivrances de sa part, et y rester insensible et pas en échange lui consacrer son être. Mais quand on a connu cette grande délivrance consommée sur la croix , quand on a acquis la preuve du profond amour de Dieu, alors le cœur est subjugué, les yeux s'ouvrent, et ils âe tournent en entier et sans effort vers ce Dieu gut a tant aimé le monde que de donner son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais

\uil ait la vie éternelle. Alors toute la vie se remplit ïe Dieu, rien n'arrive qu'on ne le lui rapporte, rien ne se fait qu'on ne le lui soumette, aucun bien n'est goûté qu'on ne lui en rende grioe," et croyez-moi, mes frères, on ne vient point dans un lieu tel que celui-ci, on ne fait point usage de ces eaux salutaires sans un vif sentiment de confiance et de soumission, et l'on ne s'en retourne point soulagé ou guéri sans un vif sentiment de gratitude et d'amour. C'est ainsi qu'en toutes choses nous ne nous élevons à Dieu que par Christ.

Oh ! comment as-tu pu venir dans ce monde, lumière immortelle des âmes, et être si peu connue, charité ineffable, et être si peu aimée, prince de la vie, et être si peu servi, tendre ami dont l'affection ne s'épuise point, bienfaiteur que notre ingratitude jnème émeut de compassion , intercesseur dont les prières plaident notre cause auprès de ton Père, Parole de vie qui as habité parmi les hommes pleine de grâce et de vérité, et qui as fait refleurir sur la terre déshonorée la piété, la vertu, et cette civilisation même dont nous avons pu te rendre grâce ! Élève du fond de nos cœurs une voix de bénédiction jusqu'à toi, et fais que, touchés de reconnaissance pour le plus grand bienfait que l'humanité pût recevoir, nous te consacrions à jamais notre cœur et tout ce que nous sommes. Amen.

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