‹ Méditations évangéliquesChapitre 3 sur 32 · UN PREMIER DON, GAGS DE TOUS LES AUTRES · texte numérisé non relu

UN PREMIER DON, GAGS DE TOUS LES AUTRES

qu'il fallait dire : Jusque* à quand, Seigneur! Pourquoi donc ne l'avez-vous pas dit? pourquoi donc avez-vous attendu? Soyez plus sages; dites d'une part : Tout est accompli, et de l'autre : Je rieslimt point avoir atteint le but; mais ce que je fais, cul qu'oubliant les choses qui sont derrière moi et m avançant vers celles qui sont devant moi , je cours vers k but, vers le prix de la vocation céleste de Dieu en Je sut- Christ.

Cut ici la voionêé de Dieu, savoir votre sanctification.

4 Thess. IV, 3.

Avant d'aborder l'idée particulière de mon texte, qu'il me soit permis de remonter à une idée plus générale, que mon texte n'énonce point, mais qu'il suppose nécessairement. Cette idée, mes frères, c'est que Dieu a une volonté. Mais pourquoi, direz- vous, s'arrêter à cette vérité? Est-elle niée? Dire que Dieu est Dieu, n'est-ce pas dire en même temps qu'il a une volonté, que cette volonté est la volonté par excellence, et qu'elle n'est pas moins souveraine que parfaite? On peut rencontrer, dit-on, des hommes qui ne croient point en Dieu ; mais s'en est-il jamais trouvé qui, croyant en Dieu, lui refusent ltf faculté te vouloir? Ouij mes frères, il s'en est trouvé; et ce ne sont pas seulement quelques philosophes, c'est à peu près tout le monde, et peut-être vous-mêmes

qui m'écoulez. Qui est-ce qui a jamais dit que la mort n'est pas, ou que l'homme peut échapper à la mort? Personne, assurément. Mais qui est-ce qui croit à la mort? Ce n'est pas croire tout de bon à une chose, que de vivre, de raisonner et de penser comme si cette chose n'était pas ; or, une multitude innombrable de mortels pensent, raisonnent et vivent comme si la mort n'était pas. Pareillement, à cette question : Dieu a-t-il une volonté? chacun sans doute répondra oui ; mais son langage le plus habituel, ses raisonnements, sa conduite ont répondu non. Et de même que, selon David, toutes les pensées du méchant reviennent à ceci, qu'il n'y a point $e Dieu, toutes celles de l'homme naturel semblent revenir à ceci, quç Dieu n'a point da \p* }onté.

S'agit-il, en effet, de reconnaître la volonté de Dieu dans les événements? Chacun trpuve Tunique raison d'un éyénement dangf l'événement qui }'apré» cédé ; il n'y a de volonté nulle part, ou bien co sopt les hommes qui en ont une ; ce sont les homi## qui ont Jaitlçs événements. Direz -vous peut$f» que, dans des discours semblables, l'idée de Dieu e$t sous-entendue ? On ne sous-entend si habituel^ ment que ce qu'on n'a point dans la pensée ; ot $ Dieu tenait dans notre esprit la place qu'il y doit tfr nir, il n'est pas pro$#J)le que son nom lut twjpm» passé êous silenca, ~n S'agijril 4g reoQnnaître la W

îonté de Dieu comme règle de notre conduite? Maïs qui allègue, je ne dis pas aux autres, je dis à soimême, la volonté de Dieu? On obéit à des circonstances, à des préjugés, quelquefois à des principes, plus souvent à des affections; on obéit à une règle quelconque ; car on ne saurait vivre sans une règle ; mais on n'obéit point à Dieu. Je parle ici du grand nombre, et je vous laisse compter les exceptions,

(Test ainsi qu'on nie que Dieu ait une volonté, que Dieu exerce une volonté : c'est ainsi du moinfc qu'on l'oublie. C'est la première marque, sinon te premier effet, de notre déchéance. (Test la première vérité que Dieu a dû rétablir. Avant de nous ap* Rendre la volonté de Dieu, la religion nous apprend que Dieu a une volonté, et qu'à proprement parler rien n'arrrôe, mais tout se fait. La religion ne nous renseigne point seulement par des paroles ; des paroles n'auraient point suffi : elle nous en instruit par des faits. Dieu a fait comme ce philosophe à qui fon niait le mouvement, et qui, pour unique ré- 'fkmsé, se mit à marcher. Dieu a marché, et ses augustes pas, empreints dans la poussière des siècles, attesteront à jamais que tout ce que nous appelons des événements sont des actions, des actions de Dieu. Puis, après cette apparition dans l'histoire, Dieu s'est retiré ; la nature a repris son cours ; les causas secondes sont seules demeurées visibles ; mais Dieu s'est montré, il a été vu : c'est assez. Il peut

rentrer dans le secret de son sanctuaire : nous sommes avertis.

Et maintenant, nous recommençons à consulter la religion, et nous lui demandons : Quelle est la volonté, ou plutôt quelles sont les volontés du Créateur des mondes et du Père des esprits? Quelles $ont ses volontés sur l'univers? Quelles sont ses vo lontés relativement à nous?

Cette curiosité est immense, et peut sembler téméraire. Notre texte ne semble pas nous conduire i faire cette question. Il parle de la volonté de Dieu par rapport à nous, non de cette volonté relatif ment à l'ensemble des êtres. Ne devons-nous pp nous renfermer dans les mêmes bornes? Nous ne te pouvons pas, mes frères ; nous ne saurions établir ni comprendre que la volonté de Dieu à notre égard est notre sanctification, si nous ne pouvions établir qu'à l'égard de l'univers entier, la volonté de Dkp est absolument la même. Dieu a mille et mille Volontés : il en a autant qu'il y a d'êtres, il en a autant qu'il y a d'événements; mais nous disons tout aussi bien : Dieu n'a qu'une volonté, la sanctifie* tion de l'univers. Il se l'est consacré ; il Ta voué à son service et à sa gloire : l'univers est saint. Il oit tout entier comme un vaste temple ; et ces étoiles, ou plutôt ces mondes, dont Dieu maintient éternellement dans les cieux et les distances et les rapports, sont les vases d'or de ce sanctuaire immense. Ao

delà même de la création visible, aux dernières hauteurs du monde des intelligences, nous reconnaissons cette même volonté de Dieu, et nous l'y trouvons accomplie. Ce qui est saint se sanctifie encore, se consacre incessamment à Dieu, après s'être donné se donne de nouveau, ne vit que pour répéter cet hommage ; et Celui qui est au-dessus de tous les esprits, Celui que nous appelons la sainteté même, le Fils unique du Père, a dit, dans les jours de sa chair : Je me sanctifie moi-même pour eux, afin qu'ils soient sanctifiés dans la vérité (1).

Sans doute que l'homme ne fait pas exception à celle loi universelle et nécessaire. Sans doute que Dieu veut que l'homme soit saint. Il n'a pas voué à sa gloire les créatures inanimées, pour laisser vivre au hasard et sans but les êtres doués d'intelligence et de volonté, et toute notre destination est écrite dans ces paroles de David : Que mon âme vive, afin î»'dîe te loue. Vases d'un invisible sanctuaire, nous sommes consacrés aux seuls usages du culte ; et le n*i culte, le culte en esprit et en vérité, c'est de ^produire fidèlement en nous l'image de Celui qui n ous a aimés. Il ne s'agit point seulement de nous abstenir de ce qui l'offense, mais de faire, par un principe d'amour et selon la force qui nous est donnée, tout ce qui plaît à ses yeux, tout ce qui nous

(*) Jean, XVII, 19.

iH LA SANCTIFICATION.

rend semblables à lai. Quand vous borneriez l'idée de la sainteté à vous abstenir de ce qui l'offense, vous n'en seriez pas moins entraînés, par votre raison du moins, dans la sphère de l'obéissance active. Car ce qui offense Dieu, ce n'est pas moins l'absence du bjen que la présence du mal ; il ne répute pas semblable à lui l'homme qui, se gardant du mal, se garde également du bien ; le serviteur inutile est, à ses yeux, un serviteur infidèle; et sa colère se déclare contre la prétendue fidélité qui enfouit son talent, aussi bien que contre l'infidélité qui le dissipe. Si les vases de Jérusalem étaient soustraits à tout usage profane, ce n'était pas pour ne servira rien, mais pour être employés dans les sacrifices. Us j n'étaient pas faits pçur rester vides, mais pour s'emplir, en certaines occasions, d'une liqueur pure et consacrée. Et nous, vases de terre, c'est peu que nous ne contenions rien d'impur, si nous ne sommes remplis jusqu'au bord de tout ce qui est.pur, retgieux 3 bienfaisant, honorable. Non-seulement fa fornication, ni aucune impureté, ni ï avarie^ ne drit vent pas même être nommées parmi nous , comme U w* ment à des saints ; mais les joies spirituelles doivent prendre la place des voluptés de la chair, la libéralité doit succéder à l'avarice, l'amour à la haine; la prière à la colère, toutes les vertus à tous les vices» C'est une chimère, d'ailleurs, que de vouloir s'abstenir à la fois du mal et du bien ; l'homme ne peut

LA BAMCTlfiCAÎlON, îli

rester suspenda dans ce vide ; il faut qu'il soit quelque chose, qu'il fasse quelque chose ; et s'il ne fait pas du bien, il fera du mal. C'est une autre chimèïé <pd de s'imaginer que la sainteté- fce divise, que son jrincipe s'arrête ainsr à moitié chemin, et qu'une obéissance avare et pleine de marchanderiiehta puisse tore rapportée à ce principe généreux ! Non, quicon* fde veut s'en tenir à l'obéissance négative ne sait pas même ce que c'est que la sainteté. Christ n'est point divisé; la sainteté ne l'est pas davantage ; elle est toute d'une pièce et sans couture, comme la robe du Sauveur ; on ne peut la partager sans la déchirer.

La sainteté, mes frères, est donc une action ; ainsi le veut son principe, qui est l'amour ; quel amour, en effet, que celui qui se bornerait à ne fëire aucun B»i à l'objet aimé? Ce même principe (Jui veut que nous soyons activement saints, veut encore que Qtfre activité soit eelle de toutes no* forces réunies, rae conspiration, pour ainsi dire, de toutes les parties, de notre être vers un même but. Que tout * 'pti est m moi r disait le roi-prophète, bénisse le mm d* *a sainteté. Que tout ce qui mt en vous, dit saint toul, V esprit, l'âme et U corps, soit conservé irrépréhmtible pofu/t l'avènement de notre Seigneur Jésus- CAritf ; et c'est di*e en même temps : que tout ce çui est en vous, l'esprit, l'âme et le corps, agisse, ^vaille, édifie;, que tout ce qui est en vous rende gloire à Dieu. Vassaux fidèles, amenez sous la ban-

nière de votre suzerain tout ce qui, dans l'étendue de votre fief, est en état de porter les armes. Ne laissez personne au logis. Ne réservez, ne ménages rien. Ne gardez rien pour vous, ne cédez rien au péché. Avec tout ce qui est en vous, sanctifiez tout jrv ce qui est à vous. Votre réputation, votre fortune, - -^ votre crédit, vos amitiés, que tout soit versé dans le trésor de Dieu. Ne détruisez rien : ce n'est pas à de tels sacrifices que Dieu prend plaisir ; ne détruisez rien, mais sanctifiez tout. Tout est à vow; mais puisque vous n'êtes point à vous-mêmes, rien n'est à vous ; tout est à vous, afin que vous puissiez tout offrir à Dieu.

Si Dieu ne vous faisait grâce, à cet égard, ni d'un Cornent, ni d'un iota, Dieu ne serait que juste. L'obligation d'être entièrement saint pèse dès aujourd'hui sur vous. Mais Dieu veut bien voir en vous déjà un commencement de sainteté dans la volonté d'être saints. Sa volonté, c'est proprement votre sanctification, laquelle n'est qu'un effort continu vers la sainteté. Là-haut, si ce n'est ici-bas, vous atteindrez le but, mais dès aujourd'hui c'est le but. Il faut, dès aujourd'hui, vouloir la sainteté tout entière. Il faut tendre à la perfection. Il faut regarder toute imperfection comme un péché. Il faut rendre grâce pour ce qu'on a pu faire, et demander grâce pour ce qu'on n'a pas fait. Il faut estimer, de votre part, toute compensation impossible.

Dieu veut tout cela, mes frères ; mais sentons bien toute la force de la parole de Paul. H ne dit pas seulement : Dieu veut votre sanctification ; il dit : C'est ici la volonté de Dieu, savoir, votre sanctification. C'est-à-dire que Dieu n'en a point d'autre, ou que cette volonté résume toutes ses volontés à notre égard, qu'elle est la volonté de ses volontés mêmes.

Ici , des objections arrivent de toutes parts. L'un demande si la volonté suprême de Dieu n'est donc pas sa gloire. Mais à quoi servirait que Dieu eût dit que ce qu'il veut, c'est sa gloire? Peut-oîi dire que Dieu veut ce qui lui est essentiel, ce qui est éternel, ce qui ne peut pas ne pas être? Faut-il donc que Dieu dise qu'il veut être Dieu? Non, Dieu ne veut pas précisément avoir de la gloire ; il a, sans le vouloir, toute la gloire qui lui appartient ; mais il veut, ce qui est différent, que nous lui rendions gloire; et comme nous ne saurions lui rendre gloire que par notre sanctification, il veut notre sanctification. C'est là proprement sa volonté à notre égard : être glorifié par nos œuvres; et c'est ce que son Fils a solennellement déclaré lorsqu'il a dit : En ceci mon Père est glorifié, si vous portez beaucoup de fruits.

Un autre vient et dit : « La volonté de Dieu à notre a égard, n'est-ce pas la foi? L'œuvre de Dieu, toute « l'œuvre de Dieu, n'ëst-elle pas que nous croyions en a Celui qu'il a envoyé? Peut-on, à ce principe, en « substituer un autre, sans ébranler tout l'Évangile ?

IIS LA flAHCTWICÀTIOH.

« Et c'est ce que paraît faire saint Paul. » C'est que saint Paul, mon frère, va droit au but, et que vous vous arrêtez au moyen . Ce que Dieu veut définitivement, ce n'est pas la foi, c'est la sanctification ; il est vrai que, parce qu'il veut la sanctification, qui est l'arbre, il veut la foi > qui est la racine; mais il la veut comme moyen et la sanctification comme but. Et encore, si vous vouliez m'écouter, nous ne tarderions pas à nous trouver d'accord. H n'y a pas, entre la foi et la. sanctification, toute la différence ou la séparation que vous croyez. Il y a un commencement de sanctification dans la foi. L'âme qui croit est une âme qui, reconnaissant le néant de sa propre justice, a recherché la justice de Dieu; l'âme qui croit est une âme qui s'est remise à la merci de Dieu, pour ne subsister désormais que par lui. Ne sont-ce point là les prémices de la sainteté? cette première grâce est-elle réellement d'une autre nature que la seconde? pouvez-vous nous montrer distinctement la nature de l'une, et après cela la nature de l'autre? Nous sommes donc d'accord; la sainteté est l'arbre dont la foi est la racine, et vous n'avez pas songé à prétendre que l'arbre et sa racine ne sont pa» Une seule et même plante ; mais comme dans la racine c'est l'arbre que Dieu voulait, c'est de l'arbre que Dieu a parlé. En résumé, il ne veut pas le moyen pour lui-même, il veut le moyen pour le but V quand donc il voudra résumer sa volonté en un

LA 8ÀKCTIFK3ATIOK. 119*

mot, ce mot sera le nom du but et non celai du moyen*

« Mais, dira quelque autre, vous avez parlé de la «volonté finale ou définitive de Dieu : cette vblontd' « n'aille pas pour objet notre bonheur 1 » Oui, notre bonheur sauf notre sanctification, notre bon-' heur par notre Sanctification, non autrement. Et ert seriez-vous encore à ignorer ou à ne pas comprendre que lô sanctification est le vrai nom du bonheur? Sans doute que Dieu nous aime avant que nous soyons sanctifiés, sans doute qtï'il nous aime tels que nous sommes : c'est le propre du pardon de ne demander dans le passé aucune justice, aucun mérite à celui qui en est l'objet. Toutefois le pardon, bien qu'il vienne combler un vide infini, n'est que le commencement, le fondement du salut ; le salut tf est consommé que dans la sanctification ; car, comment trouver, comment imaginer le salut autre part que dans l'union du cœur et de la volonté avec le Dieu suprême? Et parce que sans la sanctification nous ne serions pas effectivement sauvés, réellement heureux (nul, sans elle, ne pouvant voir le Seigneur), le nom de la sanctification peut très bien remplacer le nom du salut, dont elle est l'accomplissement, et du bonheur, dont elle est la réalité. En sorte que, en considérant la sanctification comme l'accomplissement de la grâce rédemptrice, on pourrait dire que ce que Jésus a acheté sur la croix, ce qu'il a payé de

ISM) LA SANCTIFICATION.

son sang, c'est notre sanctification. Ne vous étonnez donc pas si l'apôtre, oubliant en apparence notre bonheur, xçnferme toute la volonté de Dieu dans notre sanctification ; ce sont deux noms, mais ce ne sont pas deux choses; Tune du moins contient nécessairement l'autre. En vous parlant de la sanctification, dont le nom éveille d'abord l'idée d'une charge ou d'une obligation, l'apôtre vous a réellement parlé du don de Dieu, de sa grâce la plus pleine et la plus définitive, des délices les plus parfaites de son sanctuaire, de ce banquet de viandes grasses et purifiées, pour parler avec le prophète, de ce festin spirituel où l'âme est nourrie du dedans et pour ainsi dire de son propre fonds, en sorte qu'on peut, en empruntant le langage de l'Écriture, dire de l'homme sanctifié que son âme est un festin continuel. Ne dites donc pas : Dieu ne songe qu'à ses droits et ne pense pas à mon bonheur; dites plutôt: Il y pense plus et mieux que moi-même ; mon Père a plus d'ambition pour moi que moi-même ; il me procure une autre félicité que celle que je convoite, et tandis que je me contenterais bien de ces gousses ou de ces carouges, fallût-il les partager avec des convives immondes, lui, mon Père, a fait tuer le veau gras. En me disant : Sois saint! il m'a dit : Sois heureux du bonheur des anges !

Enfin, si quelqu'un disait : « Dieu veut tous les « développements de sa créature, et je n'en vois ici

LA SANCIlFiCATlON. 131

« qu'un seul, » je répondrais : Je les vois tous. Oui, certes, et nous l'avons déjà dit : Dieu nous veut tout entiers; il veut que notre vie naturelle entre tout entière dans cette vie surnaturelle dont la foi est le principe ; profaner ou seulement laisser sans emploi quelqu'un des moyens qu'il met à notre disposition, c'est une infidélité, c'est un larcin. Comment donc ne voyez-vous pas que ces développements que vous réclamez entrent d'eux-mêmes dans cette volonté de Dieu qui est votre sanctification? Il est vrai que vous ne pouvez pas être tout, ni tout faire à la fois : vous ne le pourriez pas dans la sphère mondaine, vous ne le pouvez pas dans la vie chrétienne, qui ne prétend point changer les conditions naturelles de votre existence ; mais tout ce que vous pouvez être pour le monde , vous pouvez l'être pour Dieu ; et comme vous vous devez à lui tout entiers , il vous accepte tout entiers. Seulement, comme il vous a dit à vousmêmes : Soyez saints ! il dit de chacune de ces facultés ou de ces talents, qui sont en quelque sorte vos membres : Donnez vos membres pour servir à la justice dans la sainteté (1).

La sanctification, et, en dernier résultat , la sainteté, est donc le vrai nom de ce que Dieu veut. Comment le veut-il? C'est la question à laquelle maintenant je voudrais répondre. Mais à quoi bon,

(!> Romains* VI, 19.

ISS LA SAKCnfiaATlON»

dira quelqu'un, répondre à une question qu'on ne fait pas? Ce que Dieu veut, il le veut en Dieu; ce mot dit tout. Il dit tout, je l'avoue. Mais le chrétien même, qui sait bien toutes les merveilles renfermées dans ce seul mot , aime qu'on les lui rappelle ; et quant à celui qui n'est pas chrétien, il s'en faut qu'il connaisse tout ce que dit ce mot qui dit tout. Rappelons donc à l'un, apprenons à l'autre comment Dieu veut notre sanctification.

Il la veut constamment, invariablement. Dieu, je' l'avoue, a successivement exécuté plusieurs desseins. Il a donc accompli plusieurs volontés successives. Et pour n'en donner qu'un exemple, il a condu deux alliances, l'une avec un peuple, l'autre avec tous les peuples , Tune avec l'Israël selon la chair, l'autre avec l'Israël selon l'esprit. La vie de chaque homme , aussi bien que celle de l'humanité, offre des vicissitudes que Dieu a d'avance réglées. U droite de V Éternel change, comme s'exprime l'Écriture } mais sa pensée est immuable. Ce qu'il a toujours voulu , ce qu'il voudra toujours , c'est notre sanctification. Il peut nous enVbyer tour à tour les fortunes les plus diverses; mais elles ne sont toutes que les formes d'une même grâce. Nous pouvons vA pas comprendre son dessein , ne pas y répondre, le prendre à contre-sens, ne voir dans tous ces changements que les caprices et l'inconstance du sort : Dieu n'en a pas moins persévéré dans son premier

LA SANCTIFICATION. i88

dessein. Il le poursuit, pour chacun de nous, jusqu'à son accomplissement, ou jusqu'à ce terme mystérieux que sa justice connaît seule , et où la matière manque au divin Ouvrier ; mais jusqu'à la fin il a 616 fidèle*

Je dis encore que Dieu veut notre sanctification à tout prix • Cela doit être. Quel serait le but, quel «sait le sens de toute la création si ce n'étaient les «prits? et quelle serait la destination des esprits, «non la sanctification ? Il est donc évident que tout ce qui est matière, depuis les plus petites choses jusqu'aux plus grandes, sera subordonné par le Père des esprits, et même sacrifié, dès qu'il le faudra, à ce grand dessein de la sanctification universelle, Rien ne lui coûtera pour enfanter ses élus, et comme 3 n'y a nulle comparaison entre la matière et l'esprit, comme un seul des esprits que Dieu a créés à son image vaut plus, à ses yeux, que tous les mondes actuels et que tous les mondes possibles, il est prêt, dans l'intérêt d'un seul de ces esprits, à ébranler tous tes cieux. S'il fallait, pour la conversion d'une seule âme, qu'un millier de soleils s'éteignit ^nt, ils s'éteindraient; que les lois de la nature changeassent, elles seraient changées, A plus forte raison ne tient-il pas compte des empires de la terre ; il en change les lois , il en transporte les limites, il y bit la paix, il y fait la guerre, pour former, pour agrandir, pour fortifier l'invisible communauté de

ceux qui l'adorent en esprit et en vérité. Le mondé v$ son train et croit faire sa volonté ; il fait, plus qu'il ne croit, celle de Dieu et les affaires des saints ; le monde parle de civilisation, de richesse, de liberté : Dieu lui donne, sans y regarder, toutes ces choses, dont il est prodigue, et qui devraient, comme lousles témoignages de sa bonté, convier l'homme à la repentance ; mais sans hésiter davantage, il enlève ce qu'il a donné , il amoncelle l'orage dans les cieux sereins et resplendissants ; il couve, la calamité dans ces bénédictions accumulées; il détruit comme il a créé, afin de créer en Jésus-Christ quelques âmes de plus pour les bonnes œuvres. — ie dis encore qu'il veut noire sanctification au prix de notre bonheur temporel. La douleur, en elle-même, n'est pas sainte ; elle ne renferme aucun élément de justice ; mais tel est le propre de notre nature déchue, que la souffrance, qui n'est pas la cause de notre sanctification, en est la condition indispensable. Et c'est pourquoi ce même Dieu, dont le châtiment est l'œuvre étrange , et qui n'afflige pas volontiers les enfants des hommes, nous afflige néanmoins et nous afflige d'autant plus qu'il veut nous sanctifier davantage, parce que l'affliction produit des fruits de justice chez ceux qui ont été ainsi exercés. N'oseronsnous pas dire que de la part du Dieu qui est amour, o'est déjà se sacrifier lui-même? Oui, convenons-en sans crainte ; mais! disons ensuite que ce sacrifice

m* mi

disparaît auprès de celui auquel sa miséricorde a consenti lorsqu'il a permis que son très saint Fils, Celui que la douleur et la mort ne devaient regarder que de loin et en frémissant , souffrit des maux dont il n'avait pas besoin pour être sanctifié , des maux qui, inappréciables en eux-mêmes , sont audessus de toute pensée si l'on considère la dignité de celui qui les a soufferts? Quand nous voudrons savoir combien la volonté de Dieu touchant notre sanctification est ferme, inébranlable, absolue, disons-nous que c'est pour que nous fussions saints que Jésus-Christ a revêtu notre chair mortelle , et vidé jusqu'au fond la coupe d'amertumes réservée aux lèvres de l'homme pécheur ; nous saurons alors tout ce que signifie, tout ce que vaut, tout ce qu'emporte cette parole de saint Paul : C'est ici la volonté de Dieu, savoir votre sanctifibation.

Et maintenant, mes frères, il est temps de le dire : cette volonté de Dieu a deux caractères à la fois : celui d'une volonté dispensatrice, et celui d'une volonté législatrice. Comprenez-moi. Dieu veut nous rendre saints, et Dieu nous commande d'être saints ; cette sainteté, qu'il veut d'une volonté souveraine, il la donne et il la demande; ou, pour dire la même chose en d'autres termes, il la veut avec nous et contre nous; il la veut avec ceux qui la veulent et contre ceux qui ne la veulent pas. Nous nous adressons aux premiers et nous leur disons : Réjouissez-

lStf LA ftAHCTlVlCAflON.

vous et rendez grâces : Dieu veut ce que vous voulez; il Ta voulu avant vous; il Ta voulu de tout temps; il le voudra toujours; il le veut d'une volonté aussi énergique que la vôtre l'est peu ; il le Veut avec plus d'ardeur qu'une mère ne veut le bonheur de son enfant, ou qu'elle ne demande la vie de son premier-rié lorsqu'elle voit qu'A s'en va mourir. Si vous voulez être sanctifiés, c'est lui* même qui vous a mis au cœur cette volonté ; il en est le premier auteur comme il Sera en vous la force pour l'exécuter ; il n'est pas moins le Chef et le Consommateur de Votre sanctification, qu'il est le Chef et le Consommateur de votre foi. Ayez donc bon courage; vous ne travaillez pas seuls, mais aveccd Seigneur du ciel et de la terre qui vous a fait promettre que son Esprit vous conduirait tout douce* ment comme on conduit une bête qui descend dans te plaine (1), et qui a bien voulu vous assurer que, dans toutes vos détresses, il serait lui-même en détresse (2). Ineffable sympathie! condescendance prodigieuse! promesse immense ! Mais nous avons un gage, et ce gage, le voici : « Dieu, qui n'a point épargné son « propre Fils, mais qui l'a livré pour nous tous, «r comment ne nous donnera-t-il point toutes cho « ses avec lui ? » Toutes choses, ainsi l'esprit de prière ; toutes choses, ainsi la sagesse ; toutes choses,

<4)É8à!e,LXffi,!4. • (*) lbid.,9.

ainsi l'amour; toutes choses } ainsi la sanctification. Lisez donc avec joie, baisez avec reconnaissance cette parole que tant d'autres lisent avec effroi : C'est ici la volonté de Dieu, savoir votre sanctification. Car, pour vous, que signifie-t-elle? Que votre bien su-* prême est la première, la dernière, la seule volonté, toute la volonté de Dieu à votre égard. Quel garant, quel auxiliaire, quel champion vous avez trouvé! Levez donc les yeux, avec joie et tremblement, vers les montagnes d'où vous vient le salut!

Qant à ceux qui ne veulent pas encore ce que Dieu veut, savoir leur sanctification, nous leur disons : Pourquoi ne la voulez-vous pas avec lui? Et d'abord* n'est-il pas juste que vous vouliez ce que Dieu veut, doublement juste puisque vous êtes convaincus que ce qu'il veut de vous est très bon, trois fois juste enfin puisqu'il vous a aimés d'un amour auquel l'abandon de votre vie entière ne correspond point encore assez? Ensuite, n'est-il pas infiniment raisonnable que vous vouliez votre sanctification, puisque la sanctification, c'est le bonheur ? Où donc, pour des êtres pourvus d'une conscience, où donc serait le bonheur s'il n'était pas là? Osez dire qu'il ** possible à l'homme d'être brouillé avec Dieu, et d'être pourtant heureux. Osez dire qu'il pourrait être uni à Dieu par le cœur et par la volonté, et pourtant n'être pas heureux * Osez dire que le bonheur de la créature morale n'est pas exactement propor-

tionné à sa fidélité.. Il est donc clair qu'en vous disant : Soyez saints! Dieu vous a dit : Soyez heureux ! — Enfin, n'est-il pas honorable pour vous dé vous soumettre à cette volonté de Dieu? Que d'autres volontés du même Dieu, celles qui disposent de votre vie, de votre bien-être temporel et des destinées dn monde, volontés contre lesquelles vous ne pouvez pas réagir, auxquelles vous ne concourez que passivement, que ces volontés vous pèsent et vous humilient, aussi longtemps du moins que le mystère de la charité de Dieu ne vous est pas révélé, je le conçois ; vous y sentez périr votre liberté, et vous n'espérez aucune revanche. Mais il n'en est pas de même de la volonté de Dieu touchant votre sanctification : elle n'entame point votre liberté : Dieu veut que vous vouliez. Vous ne serez point sanctifiés sans vous en mêler : votre sanctification vient de Dieu par vous. Et en elle-même, qu'est-elle autre chose que la suprême liberté? Car, aussi longtemps que vous péchez, vous êtes esclaves; c'est quand vous ne péchez plus que vous êtes libres. Ce n'est pas, direz-vous, être libre que d'obéir. Arrangezvous donc comme vous pourrez : on obéit toujours; et c'est au démon si ce n'est à Dieu. Que si vous dites que, des deux parts, c'est toujours esclavage, choisissez donc entre deux esclavages ; choisissez entre le service de Satan et celui de Dieu ; car^ entre deux, il n'y a rien. Quoi que vous fassiez, vous servirez.

Car, il faut bien que je vous l'avoue : ce que Dieu vous propose dans mon texte, c'est de vous délivrer de la puissance des ténèbres pour vous transporter dans le royaume de son Fils bien-aimé. Oui, ce monde spirituel dans lequel, dès à présent, la sanctification vous transporterait, ce monde est un royaume, ce monde a un roi. Fondez, vous le pouvez, des républiques sur la terre : le ciel est une monarchie, une monarchie absolue ; vous êtes sujets, et vous avez un maître. Mais, ô sujétion glorieuse ! 6 ineffable douceur d'avoir un tel maître! ô sainte et généreuse liberté de l'obéissance I Après avoir gémi durant des années sous le poids d'inclinations que l'on déteste et d'habitudes que l'on déplore, après s'être dit mille fois : Je ne fais point ce que je veux ; je fais au contraire ce que je hais; quand je veux faire le bien, le mal est attaché à moi : misérable ! qui me délivrera de ce corps de mort (1)? quelle impression éprouve-t-ôn, mes frères, quand on se sent peu à peu ou tout à coup transporté dans une sphère toute nouvelle, où, pour parler avec saint Paul, « on fait «<ïe que l'on veut, » quelle impression, je vous le demande, si ce n'est celle de la liberté? Ne sent-on pas qu'on se retrouve soi-même, qu'on rentre en possession de soi-même, qu'on a brisé pour jamais ses fers? Eh bien ! voilà ce que l'Esprit de Dieu vous

(1) Romains, VIL

134) LA 8ANCT1FKSATI0K,

offre dans mon texte : la liberté! la liberté glorieuse des enfante de Dieu ! la liberté par l'obéissance ! h liberté dans l'amour! Ne la laissez point échapper; ne laissez point le mal s'attacher à vous et devenir une partie de vous-mêmes. Arrache» celte fatale tunique, dût-elle, en s'en allant, emporter des lambeaux de votre chair; et tombez au pied de la croix, sanglants, déchirés, mais libres. Votre Maître a de quoi étancher ce sang; vos plaies sç fermerait sous sa main bienfaisante; et sans trouble désormais vous jouirez auprès de lui de votre liberté qui ne coûte rien à sa gloire, et de sa gloire qui ne- coûte rien à votre liberté ,

J'ai entendu, ô mon Dieu, les instances de te Ffc rôle et les appels de h vérité* Je les ai entendus; mais lorsque j'ai reconnu que tçut s$ trouve réuni dans la sanctification, la justice- dont je ne puisre* pousser l'idée, le bonheur dont je suis avide, la li* berté dont je suis jaloux,, lorsque j'ai reconnu qu'il n'y a, hors de là, qu'injustice* que malheur ou que seryijwde, d'où vient que je.ne m'élance point daa$ ces sentiers de lumière? qui m'arrête dono? qyi me paralyse? Mon ami, me dit la voix céleste, pourquoi resteMv là #w* rien faire? Pourquoi demeuré-je, eo effet, les bras croisés et l'œil éteint, à regarder mon Maître travaillant à l'œuvre de ma sanctification 6ans moi, malgré moi, et vainement? Aurai-je bien le courage de l'entendre s'écrier encore, comme dfl 38

le prophètç : fai été seul à fpuler au pressoir, et perT sonne ri a été avec moi? Je ne me suis pourtant pçts imaginé que je puisse être sanctifié sans y prendre part, sans unir ma volonté à la volonté de Dieu, Je ne songe point à démentir saint Paul, qui me dit expressément, comme à tous les chrétiens ; Tbavailm 4 votre $alut\ Non, non, rien de tout cela n'explique mon apathie. Je ne nie rien de ce qu'il faut #oirç, je n'ignore rien de ce qu'il faut savoir, Mais n'est-ce point que j'oublie, ou que je n'ai point as* fez présent à l'esprit, ni assez gravé dans le cœur, que Dieu a été ouvrier avec moi avant que je fusse au monde, puvrier avec moi avant la fondation du Bonde, ouvrier avec moi dès le jour qu'il promit la victoire à la semence de la femme, au second Adam, à Christ mon frère et mon Seigneur; ouvrier avec jaoi, d'une manièrç visible et puissant?, sur le rocher du Calvaire, sanglant pressoir où il a foulé sans inoi? Le voilà donc le secret de jna langueur. Voilà ee qui m'arrête à l'entrée , de la carrière : je nç Wur$ pas, parce que je n'aime pas; je n'aime pas, parce que , sachant tant de choses , je ne sais pas combien je suis aimé ; j'ai cru jusqu'aujourd'hui que je le croyais ; mais je vois que c'était d'une foi adoptive, traditionnelle, morte ; je ne me suis pas, jusqu'à ce jour, senti véritablement pressé et réchauffé sur le cœur de Dieu j je suis le propriétaire et non le possesseur de cette immense grâce ; je n'y crois

132 LA SAHCTtflCATIOK.

pas réellement, car si j'y croyais, si je me sentais au fond du cœur délivré, réconcilié, rappelé dans le ciel par un amour divin, si je sentais qu'il n'y a plus rien entre Dieu et moi, si je trouvais mon Dieu dans la lumière de la vie et dans les ténèbres de la mort, si je le discernais dans le temps et dans l'éternité, si je sentais, dans le tressaillement d'une joie ineffable, que désormais toutes choses sont à moi, et que rien, si ce n'est moi-même, ne peut me

séparer de la dilection de mon Père j'aimerais,

je vivrais, je volerais où la volonté de Dieu m'appelle ; sa loi serait désormais au dedans de mes entrailles, et bien loin qu'aucun sacrifice pût me sembler odieux, je me croirais enrichi de mes sacrifices mêmes! Voilà, ô Dieu! là lacune qu'il faut que ta combles; voilà par où je languis, par où je paris peut-être ! Il y a, pour celui qui croit, beaucoup à faire ; mais ce qu'il y a à faire avant tout, c'est de croire à ton amour. Moyen simple, divin remède, qui me l'appliquera, ô Dieu, si ce n'est toi-mêmeT Qui me donnera de vivre, si ce n'est toi, Prince de la vie? O Dieu, donne-moi de croire, de croire véritablement, et tu m'auras tout donné, ou tu m'auras tout assuré. Croire du cœur est au commence* ment, au milieu, à la fin de l'œuvre sainte. Donnemoi donc, Seigneur, de croire à ton amour ; je t'en supplie au nom de ton amour!

Soyez toujours joyeux H Thess., Y, 46.

Ces trois mots sont de nature à produire des impressions très diverses. Ils sont trop remarquables en eux-mêmes pour être lus avec une complète indifférence; car c'est une chose frappante que cette exhortation, je dirais volontiers cette sommation à la joie, sortant de la bouche d'un apôtre, mêlée aux préceptes les plus positifs de la morale, et prononcée au nom de la religion la plus austère et la plus sainte. Mais ces mots doivent surtout faire une vive impression sur les âmes heureuses et sur les âmes blessées. Qu'ils doivent délicieusement toucher les premières et faire douloureusement tressaillir les secondes! Qu'ils réveillent soudainement de joies chez les unes, et chez les autres de douleurs! Ne sont-ils peut-être écrits que pour les unes, et faut-il les supprimer pour les autres? 11 faut les adresser

à tous, mes frères. Cette Église de Thessalonique à qui saint Paul écrivait, renfermait sans doute et des âmes heureuses et des cœurs en deuil. Saint Paul ne les distingue pas dans son exhortation. Sous les couleurs opposées du bonheur et de l'infortune, l'Apôtre ne voit que des chrétiens. Il sait que la joie est essentielle à la profession sincère du chrétien; il sait que la qualité de chrétien domine toutes les autres, domine toutes les formes de la vie, tous les accidents de la fortune; que si elle n'efface et n'absorbe toutes choses, la moindre chose est faite pour l'effacer et pour l'absorber. C'est pourquoi, ne voulant rien voir en des chrétiens que leur qualité de fetirtëtièns, il ne convient pas que rien au monde ptfièsè la restreindre, bien moins encore Pannuler : it dit hardiment à tous les membres de ce troupeau nécessairement divers : Soyez toujours joyeux i

Nous entrons dans son esprit, et sans faire aucune distinction entre des lecteurs que la profession du christianisme met, à l'égard des paroles de l'Apôtre, dans une même position, à notre tour nous leur disons à tous : Soyez toujours joyeux t

Il serait bien étrange que saint Paul adressât cette exhortation à des hommes du monde; car, en supposant même qu'ils pussent être constamment joyeux, serait-il permis de leur recommander une joife telle que leur joie? Le christianisme est la religion de K joie; mais pourrait-il recommander, sanctionner une

LA JOIE PERMANENTE. ft&}

joie toute contraire aux vérités qu'il enseigne et à la morale qu'il prêche? Comment une joie prise hors de Dieu pourrait-elle être agréable à Dieu et recommandée en son nom? Toute joie est unç offense envers Dieu si elle ne présente pas les caractères suivants : elle doit être pure, c'est-à-dire ne rien devoir à la chair, n'avoir rien de commun avec le péché, ne point nous disposer au mal, mais au contraire nous inspirer pour le mal de l'aversion et du dégoût, en un mot nous sanctifie» à mesure qu'elle nous réjouit. Il faut encore qu'elle soit calme , c'està-dire que, bien loin de porter aucun désordre dans notre âme et dans hotre vie, elle apaise nos agitations, elle tempère tous nos sentiments, et imprime à toute notre conduite un caractère de tranquillité, d'uniformité et de mesure. Son troisième caractère est le sérieux; elle ne dissipe point notre esprit, elle le recueille; elle n'a point pour condition l'oubli de nous-mêmes, au contraire elle se fortifie par la réflexion : elle gagne à s'examiner, à se rendre raison d'elle-même, à retourner incessamment vers son principe. La joie terrestre se . laisse facilement infecter d'orgueil ; le bonheur du monde est accompagné d'une sorte d'insolence; la prospérité enfle le cœur ; tout paraît mérité, tout semble possible et facile au favori de la fortune : la vraie joie est humble; elle n'excite pas les bouillonnements de la vanité et ne fait pas déborder le cœur comme un vase trop

136 LA JOlft PERMANENTE.

plein; elle retient, elle remet l'homme à sa place; elle ne le fait pas Dieu à la place de Dieu. En le ramenant sans cesse à la source de son bonheur, elle lui fait sentir et savourer sa dépendance ; il ne se réjouit même qu'avec tremblement, sachant bien que sa félicité n'est pas à lui, qu'elle eût pu fort bien ne lui appartenir jamais, et que l'humilité et la reconnaissance donnent à la joie sa véritable saveur et toute sa pureté. Enfin la joie n'est selon Dieu, c'est-à-dire selon la vérité, qu'autant qu'elle ne ferme pas, mais qu'elle ouvre au contraire le cœur à l'amour. La joie est un mensonge, une suggestion de l'ennemi, une usurpation, un larcin, quand elle nous inspire d'aimer moins, quand elle ne nous porte pas à aimer davantage. Il est bien difficile à la raison de se représenter la charité sans joie, mais il est bien plus difficile à la conscience d'admettre comme légitime ou seulement comme possible, à la longue, une joie saris charité.

Puisque ce sont là les principaux caractères de la joie, qu'on juge si saint Paul a pu la recommander, a pu la permettre à d'autres que des chrétiens. C'eût été de sa part une méchante ironie, une dérision cruelle. Il savait bien que la joie n'a tous ces caractères que dans un cœur chrétien. Il savait bien encore, et c'est par ce trait que nous voulons finir, que des moments de joie sont possibles dans le monde, mais qu'une joie habituelle, constante, suivant la

LA JOIE PBMUNRNTE. 137

vie dans tout son cours, et en composant pour ainsi dire le fond et la substance, est tellement hors de la portée de l'homme naturel, que personne ne se fait l'illusion de la croire possible. Il n'a donc pu recommander la joie, une joie permanente, qu'à des chrétiens et dans le point de vue chrétien, mais il a dû le faire; et nous, de notre part, nous devons considérer l'exhortation de saint Paul comme un précepte formel, et la joie comme une de nos obligations positives.

Mais ici j'entends une objection. « Assurément , dit-on, saint Paul n'a pu adresser cette exhortation qu'à des chrétiens ; mais à quoi bon l'adresser même à des chrétiens? S'il est déraisonnable de recommander la joie à ceux qui n'en possèdent pas Punique condition, il est superflu d'en faire une loi à ceux qui ont en eux les sujets de la vraie joie, et que tout y porte irrésistiblement. La joie n'est-elle pas la première conséquence, et une partie même de la foi? n' est-elle pas comprise dans l'idée même de la foi, en sorte que refuser son cœur à la joie , c'est renier sa foi et se démentir soi-même? Est-il possible que vous vouliez nous recommander comme un devoir évangélique de raisonner juste et de bien conclure? Donnez-nous, si nous ne croyons-pas, des raisons de croire : mais quand vous nous aurez persuadé que Dieu nous a aimés eh son Fils ; quand tous aurez fait retentir à nos oreilles les paroles de la

188 Lk JQUt FIBMAMBCTB.

vie éternelle ; quand vous aurez mis entre nés mains les arrhes de la réconciliation , laissez-nous le soin du reste, ou plutôt laissez la vérité faire Bon oeuvre dans nos cœurs et y produire, entre autres fruits bénis, celui d'une sainte joie.

Cette objection s'adresse à saint Paul comme à nous; mais quand cette réponse suffirait, nous ne voudrions pas nous en contenter. Nous en avoue d'autres. La première nous est fournie pur l'Évangile tout entier. Les mêmes choses que vous appelez et qu'il appelle les fruits» les conséquences delà foi, il les appelle encore des devoirs, et les recommande en même temps qu'il les inspire.

Étudiez l'homme, étudiez-vous vous»mèmes* mes frères , et admirez la sagesse de l'Évangile. Sans doute que la foi n'a pas été destinée en vain à produire la joie : sans doute qu'elle y est propre*, qu'elle en est l'unique moyen,, et que toute vraie joie naît de la foi ; mais l'homme n'est pas tel que la vérité puisse faire en lui tout son chemin et le remplir dans tous les sens aussi aisément qu'un liquide prend la forme du vase où on Ta renfermé. La vérité* estant* séquente, l'homme l'est beaucoup moins; sans doute on n'obtiendra de lui rien de réel en morate> à moins de le lui inspirer ; mais en même temps il fout tout lui commander, mêmq le bonheur; il faut, bqq pas* une fois pour toutes, mais à chaque ÂMta&t> créer en lui l'homme nouveau ; il fetft, ftPft fttt «mtoeafr

LA JOIE HUUUNEKTK, 139

lui indiquer la route, mais l'y suivre des yeux, et de pas eu pas l'avertir qu'il ne prenne pas les ehe* mins de traverse pour son vrai chemin ; il faut, en un mot, lui indiquer les. principales conséquences de la vérité qu'il a embrassée, l'aider à les pressentir, à les pratiquer, à les accomplir» Conseils inutiles, sans doute, si d'abord il n'avait été entouré pour jamais de la grande lumière qui illumine toute la route et qui permet d'avancer ; secours inutiles* s'il n'était que poussé, porté, et s'il ne marchait pas de lui-même en vertu de la force divine que la foi a mise dans son cœur ; mais pourtant conseils et secours nécessaires qu'il n'est permis à personne de dédaigner, et dont ceux-là surtout rendent grâces, à Dieu qui sembleraient le mieux pouvoir &'en passer, parce qu'ils semblent approvisionnés au delà du nécessaire pour toute la durée et toutes les chances de leur vie morale.

Humilions-nous donc avec reconnaissance deVanfc la sagesse infiniment dfyerse de notre Dieu, et con* sentons qu'après nous avoir donné tant de motifs à k joie, il nous la recommande encore. Reconnaisses que j même avec une foi sincère, bien des fcirinstances du dehors et du dedans peuvent tenter une âme. à la tristesse ; que sa joie est sans cesse me* **<&; qu'elle peut à notre insu défaillir progressa tentât l'éteindre tout à fait; efc que nous pou* tons avec mUte lattpe mûfere entière* c?est«à-diw

1W LA JOiE PBMIANBHTB.

avec une foi intacte, nous trouver dans les ténèbres avant de nous être aperçus que la lumière s'affaiblissait.

Tenez donc votre lampe allumée, entretenez votre joie, telle est l'exhortation de l'apôtre ; en voici les principaux motifs.

Le premier est tiré de notre obligation envers Dieu . Une foi sans joie est un autel sans parfums. La joie est le signe et l'ornement de la reconnais* sance* La joie doit couronner tous nos sentiments envers Dieu et tous nos actes de religion ; même quand nous jeûnons, nous devons oindre notre tête et laver notre visage. Comment prétendrions-nooi que parmi la foule des hommes Dieu reconnais» ses rachetés à la pâleur de leur visage et à l'expression morne de leur regard? Et comment ne cesserait pas dans les cieux l'hymne d'allégresse des anges sur le pécheur dont le salut les a plus réjouis que la fidélité de quatre-vingt-dix-neuf justes, lorsque lui-même ne se réjouit pas de son salut! C'est notre joie et non notre tristesse qui peut honorer Dieu.

Assurément, notre Dieu est un Dieu bienheureux dont rien de notre part ne saurait altérer l'inaltérable paix. Mais toutes choses pourtant ne sont pas égales à ses yeux ; et si nous croyons qu'il a les yeux trop purs pour voir le mal, nous devons croire aussi qu'il les a trop miséricordieux pour voir la douleur. La douleur offense sa charité, de même que le pé*

ché offense sa pureté. Il n'est qu'une douleur agréable à ses yeux, c'est celle qui prépare la joie, et il est très vrai dans ce sens qu'un cœur froissé et brisé est le sacrifice qu'il aime; mais toute [douleur qui n'aboutit pas à la joie est un désordre aux yeux de Celui qui n'a pas créé la douleur, et qui, alors même qu'il l'inflige à ses créatures comme un châtiment, ne la tire point de son propre fonds, mais de ce même fonds d'où est sorti, avec toutes ses conséquences, le vrai mal, c'est-à-dire le péché. Mais où sa grâce est intervenue, où sa grâce a abondé, il veut, 61 cela est bien juste, que la joie abonde aussi ; et de même que la douleur était le tribut forcé de l'âme pénitente, la joie devient le libre hommage de l'âme réconciliée.

Ce motif en fait naître un second. La joie, mes frères, n'est pas seulement le signe ou le parfum de notre reconnaissance, elle est encore un moyen de la déployer. Sans la joie, notre foi demeure stérile et inefficace, ou ne produit que des fruits rares et sans saveur. Les bonnes œuvres, pour lesquelles nous avons été créés en Jésus-Christ, sont représentées par l'Évangile comme des fruits de la foi ; mais de même que ce n'est point immédiatement sur le tronc de l'arbre, mais sur ses rameaux que croissent les fruits, ce n'est pas immédiatement de la f°i> mais de ôon rameau, c'est-à-dire de la joie, que sortent les bonnes œuvres. Une foi absolument sans

142 LA J01B FfiHMANKJSTE.

joie ne produirait que des œuvres sans grâoe; & partout où s'accomplit au nom de Christ quelque œuvre véritablement chrétienne, il y asu, a'en dou* tez pas, quelque mouvement dp joie chrétienne* L'auteur de cette œuvre s'est peutrêtre à peina i aperçu de ce qui se passait en lui, parce que eo mouvement peut-être a été faible et timide ; aiéan* moins s'il cherche à se rendre compte de ce moment de vie, il le verra sûrement correspondre à un m<h ment de joie. Il y a eu un moment, du moins^ w il a senti la douce étreinte de l'amour du Père, ua moment où la chaleur de cet amour a pénétrés» âme engourdie, un moment d'aise sinon d'allègres*,un moment de bonheur intérieur qui a quelque pet attendri et dilaté son cœur, qui, sans le faire déborder, au moins l'a répandu, et lui a fait chercker avec intérêt ou saisir avec empressement l'occastott de communiquer son bonheur et de témoigner sarfr connaissance. Car c'est là le propre d'une joie sainte: elle dispose, elle ouvre le cœur à tout bien ; -ut* âme heureuse en Dieu est dans la même dispositioo (mais combien plus vive et plus excellente) qu'une âme heureuse de quelque bonheur de ce monde; celle-ci puise dans son bonheur un principe d'ao tion, une impulsion qui double sa force et sa vie: l'autre, l'âme heureuse en Dieu, éprouve le même besoin de se développer et d'agir ; mais sa direction est déterminée parle principe même de son bonheur;

LA JOUR mVAmENTB. 143

ttsi la joie toondaine porte l'âme avec vivacité vers des bute mondains, la joie chrétienne l'entraîne vers son vrai centre, vers Dieu et vers tout ce que Dieu aime : nouvelle raison d'entretenir la joie en nous, •omme ta «ouïce d'un perfectionnement indéfini, tomme un trésor d'oeuvres chrétiennes. Enfin, si *ous n'avez point de joie, mes frères, comment en «ontrerez-vous? ou si vous en avez peu, comment en aontrerez-vous beaucoup? et si le monde voit peu jtyçux, peu contents ceux qui professent avoir le flus grand sujet de l'être; s'il les voit, et cela n'est •rrivé que trop- souvent, plus sombres et plus mortss qu'avant leur conversion ; s'il est conduit à join- Bie inséparablement l'idée de christianisme et celle tfaustérité chagrine, que voulez-vous qu'il en contint au sujet du christianisme ? La joie est une partie de cette lumière que vous êtes appelés à faire luire (devant les hommes, et dont la vue doit les porter à glorifier votre Père qui est dans les cieux. Les meilleures œuvres accomplies exactement, mais tristement, ne les édifieraient pas suffisamment. Ils y pourraient voir et peut-être admirer les effets de l'obéissance, et n'être pas pour cela tentés à l'imitation. La vertu chrétienne n'a toute sa vérité et n'exerce tout son attrait que lorsque, sortant de rame sans effort, elle semble en .faire partie, ou du mbiïis être, devenue la plus intime et la plus douce dé noe affections. Je dis ta vertu ; je ne parle pas de

tel ou tel acte vertueux qui peiit coûter un sacrifice ; mais à travers la douleur du sacrifice, une joie sévère peut luire et n'en brille que davantage; elle brille par-dessus toute la vie qu'elle éclaire de sa lumière uniforme et douce ; elle donne aux plus mauvais jours une sérénité qui étonne les témoins les moins attentifs; elle embellit les jours les plus beaux ; joie céleste, elle s'associe aux joies terrestres sans rien perdre de sa pureté, sans leur ôter rien de leur naïveté. Le chrétien, parce qu'il est plus près du ciel, sait mieux jouir de la terre : les jouissances de la nature, de l'art, de la société, semblent lai avoir confié leur plus intime secret ; et plus sa joie est sérieuse et calme, plus on est certain qu'elle est vraie ; plus on l'envie, plus on voudrait en connaître la source. Ainsi le bonheur du chrétien fait des prosélytes au christianisme. Mais comment montrer ce bonheur s'il ne le ressent pas? Il faut donc qu'il soit joyeux ; non toutefois par accès, par élans rares et courts, mais d'une joie habituelle et constante. Saint Paul n'a pas dit seulement : Soyez joyeux; il a dit; Soyez toujours joyeux.

Ce caractère essentiel de la vraie joie est un de ceux qu'on peut le moins imiter. La joie constante, ou, pour mieux dire, la gaieté constante n'est, dans le monde, qu'un effet du tempérament et nullement de la réflexion. Pn a mille fois signalé la réflexion comme l'ennemie de la joie; et combien

LA 401B *UUHAN&K'fE. 145

d'hommes qui ne se maintiennent, je ne dirai pas joyeux, mais à moitié contents, qu'à condition de ne point penser ! Une joie qui subsiste avec la pensée, une joie que la réflexion entretient et augmente, et qui se retrempe incessamment où la joie des autres hommes s'abîme et se perd, une telle joie à la bis sérieuse et permanente suppose un état que la foi chrétienne a pu seule créer. Elle suppose la connaissance certaine d'un fait capable de surmonter d'avance toutes les impressions qui peuvent se rattacher aux souvenirs du passé, aux circonstances du présent, aux perspectives de. l'avenir. Elle suppose un bonheur qui suffit à toute la vie, qui la pénètre tout entière, qui n'y laisse aucune place pour le malheur. Elle suppose que l'aspect de notre desr tinée est entièrement, irrévocablement changé. Elle suppose un secret principe dont là puissance toujours active ramène toute la vie àun même caractère, et convertit en une même substance, je veux dire en félicité, tous ses éléments, et jusqu'à ceux de la plus arrière infortune.

Voilà Tunique joie! voilà le vrai bonheur! voilà celui dont il faut mettre les gages entre les mains des hommes pour oser ensuite leur dire : Soyez toujours joyeux! Mais aussi c'est à des chrétiens que saint Paul adressait celte parole ; et s'il eût cru devoir la justifier dans leurs esprits, que n'aurait-il pas pu leur dire! Essayons de le dire à sa place, ou

lh% LA J01* PSimmE!ITE.

plutôt disonshle d'après lui ; car nous n'avons guère ici qu'à rapprocher ses paroles éparses.

Pourquoi ne seriez-vous pas toujours joyeux, semble dire l'Apôtre à ses disciples; n'avez-vous* pas toujours sujet de l'être ? Ge qui vous réjouit comme chrétiens, sont-ce quelques éclairs dans une longue nuit, quelques moments sans liaison, des heures de relâche et de répit sans conséquence ni gage pour votre avenir? Est-ce un bonheur sans racines, qu'il n'est pas en votre pouvoir de faire recroître par la pensée et d'enfermer pour jamais dans votre cœur? Est-ce un élément de bonheur qui, par sa nature, appartienne au temps, et que le temps emporte comme tout ce qu'il produit? Est-ce tm bonheur, en un mot, qui se consomme à mesure qu'on le goûte, ou au contraire un bonheur qui s'accroît à mesure qu'on y puise? Yous le savez vousnnèmes et vous pouvez répondre. Il n'y a pas un moment où ce bonheur ne soit réel et présent; pas un moment où il ait moins de valeur que dans un autre moment; pas une profondeur de l'âme où il ne puisse atteindre; pas une âme qui soit trop haute ou trop basse pour le connaître. C'est le bonheur de tous vos bonheurs; c'est la vérité de toutes lès joies. On l'a ou on ne l'a pas, mats si on l'a, on Fa tout entier, de même que s'il nous possède, il nous possède tout entiers ; ce bonheur ne s'empare pas d'une partie de V&fte? nrtl'itoe d'uive partie de ce- bon4îeiH*^ il s^umt

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