JÉSUS ENSEIGNANT
fiance. S'entendre reprocher ses meilleurs sentiments par la personne même qui en est l'objet, est-il rien, mes frères, de plus mortifiant et de plus pénible?
JésusrChrist sait ce qu'il fait. Jésus-Christ conneit ce qui est dans l'homme. Sa sévérité ne profitera pas moins à cet homme, que sa bonté a profité à tant d'autres. Il est la bonté même à cette heure où il refuse le titre de 60». Il est divinement prudent, lorsque, par l'excès de ses exigences, il semble se priver d'un nouveau disciple.
Ce jeune homme, jusqu'à un certain point, s'était soucié de la vie éternelle ; il avait désiré en apprendre le nhemin ; mais il ne savait ni combien, en & qualité de pécheur, il en était indigne, ni combien est étroit, pour l'homme déchu % le chemin qui mène à la vie» Une parole générale d'exhortation et d'encouragement eût été insuffisante et perdue. Il fallait une forte secousse pour le réveiller, une violente épreuve pour lui apprendre à se connaître lui-même. Jéeufr-Christ m la lui épargne pas. Il commence par lui demander compte de son langage : « Pourquoi m* appelles-tu b&nï Songe à ce que tu dis, et pèse tes expressions, Reoronais-lu un Dieu en celui qui te parle ? Dan* ce cas, tu as bien dit; car celui qui te parle est Ditu lui-même manifesté en chair f et quelle ne sera donc pas l'autorité du conseil qu'il va te donner? Mais, si tu ne l'entends pas ainsi , qu'as-tu
voulu dire? Aucun koi&we tfa jdw»*»érité le titre que tu are dénués. Aucun fcxBXAe n'est im; Diw seul est bon, ?
A celte première leçon, notre Soigneur oa joint use seconde : le jeune homme n'est admis à suivre Jésus-Christ, qu'après qu'il aura tout vendu, et tout ^ôoné aux pauvres. Eh quoi ! mes frères, ne pent-on suivre Jésus-Çhrist, n'est-on du nombre de «es disciples qu'à cette oonditioo? Deyons-nous tous nous dépouiller, en une seule fois, de tout^e que nous .avons, et le distribuer aux pauvres ? Non ; mais nous devons tous être prêts à le faire, parce que nous devons tous regarder somme n'étant point à nous, .mais % Dieu, tout ce que nous possédons. Tous les jour* il faut vendre ce que nous avons ; c'est-à-dire que tous les jours il faut sacrifier à Dieu directement, ou h dieu dans nos frères, uae partie quelconque de dos biens, de nos plaisir*, de nos avantages, de nos prétentions, de notre liberté, de nos préférences. Le sacrifice demandé au jeune homme de l'Évangile se répartit et se répand sur toute la vie de tout chrétien. U vie de tout chrétien est un sacrifice. C'est à tous les chrétiens que l'Évangile a dit, et que là conscience répète chaque jour : « Vous n'êtes point à wmHnênus, rien de vous n'çst à vous ; wu$ avst été rachetés. Dieu vous a acquis une seconde fois au prix de tout ce qu'il a de plus cher ; vous êtes doublement sa propriété ; glorifiez-le donc dans txw corps et
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dans vos esprits qui lui appartiennent; glorifiez-le, en lui donnant chaque jour avec joie la portion de vos biens, la portion de vous-mêmes qu'il vous demande chaque jour ; mais glorifiez-le, s'il le faut, en lui donnant aujourd'hui, en une seule fois, tout ce que vous avez et tout ce que vous êtes. S'il trouve à propos de vous parler comme au jeune homme de l'Évangile, ne vous en allez pas comme ce jeune homme; mais venez, et jetez au pied de la croix où votre Roi pria, souffrit» expira pour vous, jetez-y tout ce qu'un homme peut offrir à un Dieu. Après cela, c'est-à-dire dépouillés et nus, vous pourrez suivre Jésus. »
Avant d'être froissé par les exigences de Jésus- Christ, le jeune homme l'avait été par cette question : Pourquoi m'appelles-tu bon ? et par cette déclaration : Il n'y a qu'un seul bon, c'est Dieu. C'est sur ces paroles que nous voulons appeler votre attention.
Appelé à prononcer l'oraison funèbre d'un roi puissant qui, durant un long règne, avait été l'idole de sa nation et l'effroi de toutes les autres, un prédicateur célèbre (1 ) commença son discours par ces mots qu'on a bien souvent rappelés : « Dieu seul est grand, mes frères! » S'il eût pu ne rien ajouter, si, après ces quelques mots, il eût osé se rasseoir, et n'eût repris la parole que pour offrir à Dieu la pro-
(1) Massilîon, évêque de Qermorît, né en 1663. mort en 1742, auteor de V Oraison funèbrs de Louis XIV.
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fonde humiliation et les prières d'un peuple entier convoqué aux funérailles de son roi, quelle impression n'eût-il pas produite 1 quelle simple et grande pensée son auditoire n'eût-il pas remportée ! Quelle prédication, en présence des dépouilles d'un grand roi, que ce peu de mots, si vrais et si profonds : « Dieu seul est grand , mes frères 1 »
Et nous, en face d'un autre cercueil, qui renferme aussi un roi, puisqu'il renferme l'homme primitif, l'homme innocent, jadis, en effet, roi paisible de la création, ne pourrons-nous pas nous contenter de cette simple parole : Dieu seul est bon, mes frères? Mais qui est-ce qui voit ce cercueil ? Qui est-ce qui veut bien avouer que l'homme primitif n'est plus? Qui est-ce qui porte franchement le deuil d'une innocence perdue? Qui est-ce qui s'est laissé entièrement désabuser de la bonté humaine? On convient sans trop de peine que Dieu seul est grand, sauf à. poursuivre, le moment d'après, une vaine grandeur; mais convenir que Dieu seul est bon est plus rare, plus difficile , et on nous en demandera éternellement la preuve. Que ceux qui ne l'ont pas encore trouvée dans leur conscience, et qui n'ont point assez sur cet important sujet approfondi le sens de l'Ecriture, s'appliquent avec nous, quelques instants du moins, à la méditation de celte parole du Maître : Un seul est ban, c'est Dieu.
H& JESUS BNSEKiNAKT
B est peu nécessaire de s'étendre sur la significa-' tron dtf mot bon. Un être, un objet sontècm*, lorsqu'ils 1 sont ce qu'ils dei vent être, lorsqu'ils répondent à leur' destination particulière et à Perdre général, lorsque leur eiistence se justifie pleinement, lorsque nul ne* pourrait, sans en être soi-même moins bon, se refa-' 1 ser à les aimer. Ce n'est pas dans un autre sens qui Dieu est bon, que l'homme est bon, qu'un fruit de la terre, un produit ou un instrument de l'art humain peuvent être qualifiés de bon*. L'idée 1 que nous ayons attachée au mot tom, s'applique air Créateur comme à la créature.
Hais la bonté, la qualité de bm, peut avoir été communiquée à celui qui la possède, ou lui être propre et essentielle.
La qualité de bon peut être pure en soi, ou ne l'être pas; ou, pour parler autrement, on peut être bon par bonté, on peut Pêtre par quelque autre principe; en d'autres termes encore, on peut faire ce qui est bon sans être bon à proportion.
Enfin on peut avoir une bonté parfaite, qui s'é* tend à tout, ne se relâche point, ne se-dément jamais, et l*on peut avoir iule bonté imparfaite, qui présente des lacunes et souffre dés défaillances •
Or, Dieu est bon d'une bonté qui lui est propre, qu'il n*a point reçue de quelque autre, qu'il ne tient que de lui et dont il est la souree et le réservoir primitif. Dieu est bon par lui-même.