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Ils ajoutèrent : Qui es-tu donc, et que

244 TROISIÈME MÈOITATION.

« répondrons-nous à ceux qui nous ont en- « voyés? Que dis-tu de toi-même? v

2 3. « Il leur dit : .le suis la voix de celui « qui crie dans le désert : Rendez droite la « voie du Seigneur, comme le dit Isaïe. »

Oui, si une âme veut rendre à Dieu ce témoignage que Dieu lui parle au fond du cœur, si un chrétien catholique qui croit que Jésus-Christ est venu dans son cœur par la sainte communion, croit aussi que le Fils de Dieu lui parle du ciel et lui enseigne les choses de Dieu, on s'étonne, ou plutôt cette âme elle-même s'étonne d'abord la première, et se joignant à ceux qui l'interrogent, elle se dit : Qui suis-je donc? Suis-je donc un saint, un prophète, un autre Jésus-Christ ? Or le nombre des âmes qui se laissent prendre à cette question est plus grand qu'on ne pense. Sans parler de beaucoup d'insensés, d'hérétiques, de sectaires, que cite l'histoire, combien d'âmes, parce qu'ellesont en effet reçu quelques inspirations de Dieu, et entendu quelques paroles du ciel, sont per-

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dues par rorgueil ! Elles ne le confessent pas tout de suite, comme saint Jean, l'homme de la pénitence et de l'humilité. Elles ne disent pas nettement : Certes, non, je ne suis ni le Christ^ ni Élie, ni quelque chose de grand et d'extraordinaire, ni un prophète, ni un saint. Et les voilà perdues par l'orgueil et par la folie.

Que si elles évitent et cette folie et cet orgueil, que font-elles? Si elles disent en effet d'elles-mêmes : Je ne suis rien, qu'estce qu'elles en concluent? Elles en concluent que Dieu ne leur a pas parlé, que cette voix iiîtérieure n'est qu'une illusion, que le Saint-Esprit ne cherche point à les diriger. Elles laissent là la vie intérieure, pour retomher dans le judaïsme des pratiques sèches, et cesser d'être, comme le demande Dieu dans l'Evangile, des adorateurs en esprit et en vérité.

Pounpioi ne pas dire comme saint Jean : Je ne suis rien de grand ni d'extraordinaire, mais cela n'empèchc^ pas que Dieu

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me parle? Est-ce que Dieu ne parle pas sans cesse à toute âme? La sagesse éternelle, disait saint Augustin, ne cesse de parlera la créature raisonnable pour l'attirer à elle. Eh bien ! je ne suis rien d^extraordinaire, mais je suis une créature raisonnable à qui la sagesse éternelle ne cesse pas de parler. C'est bien par ma faute que je ne l'entends à que si rarement. Il est étrange que je ne l'entende point chaque jour et à chaque heure. Mais enfin je l'entends quelquefois ; je puis, je veux l'entendre plus souvent.

Tout cela vient de ce que l'homme ignore ce qu'il est. Rien ne peut faire croire et comprendre à l'homme distrait son admirable dignité. Ce n'est pas seulement la foi qui nous l'enseigne, c'est la raison, c'est la sagesse de tous les hommes qui ont vraiment pensé : l'homme^ comme je l'ai déjà dit, n'est et ne peut pas être autre chose qu'un mot de Dieu, un mot que Dieu prononce actuellement. Non-seulement je suis capable d'entendre la parole de Dieu, mais

je suis moi-même cette parole. Je ne suis pas pour cela le Christ, Verbe éternel et intérieur de Dieu^ mais je suis ce que la théologie catholique, science des sciences, appelle sa parole extérieure, son verbe ad extra. Je suis bien réellement cette voix que dit saint Jean, cette voix par laquelle Dieu parle, non pas en lui, mais hors de lui, dans le désert du néant, pour créer ce qui n'était pas.

Toute la création, du reste, n'est autre chose que la voix de Dieu criant dans le désert de ce qui n'était pas, et peuplant d'êtres créés ce désert où il n'y avait rien. Mais moi, être libre et intelligent, je suis plus : je suis cette voix de Dieu, disant : Suii^ez droit la ligne de Dieu.

C'est-à-dire que je ne suis pas seulement un mot comme celui-ci : « Que la lumière soit! » Je suis une parole bien plus haute. Je suis ce propre mot qui retentit toujours : « Faisons l'homme à notre image et à notre ressemblance, » Oui, Dieu ne cesse pas un

seul instant de travailler à nous développer et à nous embellir à son image. Il ne cesse pas un seul instant de nous rappeler de notre propre néant à l'être, de nous redresser de l'erreur à la vérité, et de l'égoïsme à l'amour. H ne cesse de nous dire : Réparezvous à mon image; suivez la voie que je vous trace : Suivez droit la ligne de Dieu.

Oui, sa voix ne cesse de crier dans le désert de mon inattention et de ma distraction : Purifie-toi, corrige-loi, suis donc enfin la ligne de Dieu, pour devenir la vive image de Dieu.

Il y a pour chaque âme comme pour l'humanité entière, une ligne de Dieu, qui est le plan providentiel de l'histoire de chaque homme, et de l'histoire du genre humain; ligne de Dieu {via Domini) dont chaque siècle dans son travers, dont chaque âme dans son aveuglement, veut à chaque instant s'écarter. Mais Dieu perpétuellement nous redresse, en disant perpétuellement ce mot : « Faisons cette âme à notre image. » Ainsi

que l'a si bien dit saint Augustin : « Nous « devons être incessamment faits par lui, in- « cessa m ment perfectionnés par lui. »

Mais ceux qui n'adorent pas Dieu d'esprit et de cœur, et qui bornent leur religion aux pratiques extérieures, comme les Juifs et les pharisiens, ceux-là ne comprennent point ces choses. C'est pourquoi l'Évangile ajoute :

'i/|. « Et ceux qui lui furent envoyés « étaient des pharisiens. » Mais ces pharisiens insistèrent.

^5. « Et ils l'interrogèrent encore et lui « dirent : Pourquoi donc baptises-tu, si tu (c n'es ni le Christ, ni Elie, ni prophète?

26. « Et Jean leur répondit : Moi je bap- V tise dans l'eau; mais au milieu de vous « se tient celui que vous ne connaissez « pas.

27. a C'est lui qui doit venir après moi, (( qui est au-dessus de moi, et je ne suis « pas digne de dénouer les cordons de ses « souliers.

28. « Ceci se passa en Béthanie, au-delà a du Jourdain, où Jean baptisait. »

Les pharisiens, ce sont les hommes du culte extérieur, les hommes de la foi morte. Ces sortes d'esprits ne comprennent pas une âme vivante et opérante en Dieu. Ils demandent à Jean : Pourquoi donc baptisestu^ si tu n'es ni le Christ, ni Elie, ni prophète?

Qu'est-ce que le baptême ? C'est le sacrement de la régénération, c'est l'œuvre de la vie éternelle.

Or il est clair que Dieu seul régénère, et opère la vie éternelle. Mais alors pourquoi baptises-tu, si tu n'es pas le Christ?

Ne croyez pas que cette question n'ait jamais été adressée qu'à saint Jean. Les hypocrites l'ont de tout temps adressée aux enfants de Dieu.

Lorsqu'il y a trois cents ans des prêtres apostats ont entraîné dans l'hérésie une partie de l'Europe, que disaient-ils? Ils disaient aux peuples : Le Christ seul régénère. A

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quoi bon toutes vos œuvres que vous croyez salutaires? 4 quoi bon votre pénitence que vous croyez vivifiante? Le Christ seul régénère. Pourquoi baptisez-vous, puisque vous n'êtes pas le Clirist?

Mais l'Église catliolique leur répondait, au nom de chaque âme pénitente et opérante en Dieu : L'homme ne baptise que dans l'eau, mais il y a au milieu de vous quelqu'un que vous ne connaissez pas.

C'est-à-dire qu'au miUeu des hommes, et au centre de l'âme de chaque enfant de Dieu, il y a celui qui baptise dans TLsprit, celui qui régénère et vivifie, celui que les hommes de la foi morte ne connaissent pas. Certes l'œuvre humaine seule n'est rien. Ce ne serait qu'un baptême d'eau qui ne purifierait que la surface» Mais quand mon œuvre a pour principe l'opération même de celui qui est en moi, qui est pins grand que moi, elle est divine, salutaire et régénératrice. Moi, je ne suis pas digne de dénouer les cordons de ses souliers. Je ne fais rien

d'utile que par lui. Mais avec lui, par lui, mon œuvre est sainte. Or, il est en moi, comme il est en vous, mais vous n'en savez rien.

Mais je ne puis quitter encore cette merveilleuse parole adressée à chaque âme : « Il y a au milieu de vous quelqu'un que « vous ne connaissez pas. » « Ainsi donc, dit « un savant théologien, il est au milieu <c de vous celui que vous méconnaissez. « Voilà comment aucune âme ne naît sans « le Christ. Voilà comment le Christ se ré- « vêle en nous, plutôt en nous qu'à nous, a puisque c'est lui que la nature enfante « en nous, et dont elle pose en nous le « germe, quand elle met en nous la semence « de la loi éternelle. C'est ainsi qu'il occupe « le milieu, le centre de chaque âme, et les « ilhimine toutes : de sorte que ceux-là même « que l'Evangile et la prédication n'attei- « gnent pas par le dehors, ceux-là le Christ « les provoque et les sollicite au dedans : le « Christ, c'est-à-dire la droite raison, la loi

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« éternelle, le germe inné du bien. Que « ceux-là donc cultivent ce germe, qu'ils « domptent le vice et tous ses amours adul- « tères, et le Christ, grandissant dans leur .(( sein, s'y déploiera dans la plénitude de sa « foi et de sa religion. »

Vous êtes donc bien en moi, Seigneur, Verbe éternel, Christ régénérateur. Vous êtes en moi, au centre de moi-même, avant moi, plus que moi et au-dessus de moi. Mais alors que me manque-t-il donc?

Il me manque de le savoir. Il me manque de suivre droit la ligne de Dieu, la ligne que votre lumière me trace , que votre voix me fnit connaître quand j'écoute , où votre amour me pousse quand j'obéis.

Si je savais cela, si j'écoutais, si j'ouvrais les yeux, si j'obéissais, si je rendais témoignage comme saint Jean, ne m'arriverait-il pas aussi ce que dit l'Évangile?

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