‹ Méditations inéditesChapitre 29 sur 51 · c Quoi! lui dit Jésus, vous êtes doc · texte numérisé non relu

c Quoi! lui dit Jésus, vous êtes doc

(( teur en Israël, et vous ignorez ces choses?

II. « En vérité, en vérité, je vous le dis, « nous parlons de ce que nous savons, « et nous rendons témoignage de ce que « nous avons vu; et cependant, vous au- (c très, vous ne recevez pas notre témoi- « gnage. )>

L'homme spirituel et l'homme charnel se parlent sans se comprendre. Jésus, le premier-né des hommes spirituels^ et le Père de cette race nouvelle, parle au savant qui n'est pas né de l'esprit, et dont la science n'est pas un fruit de l'esprit. Ce savant, alors, sait sans savoir, parce qu'il n'a pas vu. Il est docteur en Israël, mais il ignore ces choses, parce qu'il ne les porte pas en lui, comme l'homme spirituel qui les sait et les voit. Il sait peut-être les formules mortes et littérales de la science de Dieu, mais il n'en voit pas le rapport avec la vie, parce qu'il n'a pas la vie. Or, ceux qui n'ont pas la vie, ne reçoivent pas le témoignage de ceux qui ont la vie.

LA lŒNAISSAiNCE. 323

Bien plus, comment comprendrions-nous le Verbe fait chair, quand il nous parle des choses du ciel, des chosessurnaturellcs, nous qui ne le comprenons pas , même comme principe de la raison naturelle qui est en nous !

1 2. (( Si vous ne me croyez pas lorsque je « vous parle des choses de la terre, com- « ment me croirez-vous si je vous parle des « choses du ciel? »

Jésus me parle ici de la renaissance pour le ciel, et de cette vie surnaturelle dans l'Esprit-Saint qui donne cette renaissance. El moi, qui ai peut-être passé ma vie à ne pas même écouter la raison, qui me parle des choses évidentes sur la terre, moi qui ne comprends pas le Verbe, raison suprême, et qui ne lui obéis pas lorsqu'il me parle de cet ordre de choses au sein duquel je vis, comment le comprendrai-je quand il me parle de cet ordre de choses où je ne vis pas, pour lequel je ne suis pas encore né !

Les hommes ne suivent pas même leur rai-

son; comment alors se soumettraient-ils à la foi!

(( Nul n'est monté au ciel que celui qui en « est descendu, savoir : le Fils de l'homme « qui est dans le ciel. »

Il faut croire^ pour avoir la lumière d'en haut, puisque d'abord on ne voit pas. Gomment voir le ciel où Ton n'est pas? On ne monte pas au ciel par sa raison, par ses efforts, pas plus qu'une grandeur croissante ne s'élève du fini à l'infini, a Nul n'est monté au ciel, que celui qui en est descendu. » Entre la terre et le ciel il y a l'infini ; Dieu seul comble l'abîme en descendant du ciel. Mais Dieu étant absolument partout, comment descend-il? En s'incarnant. Celui qui est descendu du ciel, c'est le Fils de l'homme, c'est-à-dire Dieu incarné. Il en descend, mais n'en sort pas, car il y est encore. Il est Dieu, il s'étend à tout.

Je comprends tout cela, Seigneur, mais je ne comprends pas bien ce que vous ajoutez :

14. « Et comme Moïse éleva le serpent « d'airain dans le désert, il faut de même « que le Fils de l'homme soit élevé. »

i5. (( Afin que tous ceux qui croient en (( lui ne périssent point, mais qu'ils aient la « vie éternelle. »

Que veulent dire, en effet, ces paroles : .Il faut que le Fils de l'homme soit élevé? Certes elles ne peuvent pas signifier cette élévation matérielle de votre corps sacré lors du crucifiement. Elles signifient le crucifiement lui-même et la divine élévation qui en sort. « Il fallait que le Christ souffrît et entrât ainsi dans sa gloire, » est-il dit ailleurs. Cette entrée, dans la gloire, Seigneur, c'est votre élévation.

Mais, Seigneur, qu'est-ce donc encore une fois que votre élévation et votre gloire? Vous êtes Dieu, et si vous êtes descendu du ciel, vous êtes pourtant au cieî, vous le dites, même comme Fils de l'homme. En quoi donc pouvez-vous grandir, vous glorifier , vous élever? Evidemment ce ne peut être que

comme Fils de l'homme. Et de fait, comme Fils de l'homme, vous avez été conçu, vous avez pris votre premier accroissement dans le sein virginal ; cela même était déjà vous grandir et vous élever comme Fils de l'homme ; vous êtes né, nouvelle croissance ; d'abord vous ne parliez point^ puis vous avez parlé, nouvelle élévation; et enfin l'Évangile même ne dit il pas ailleurs : « Il croissait en grâce et en sagesse devant Dieu et devant les hommes ? » Le Fils de l'homme, même en Jésus-Christ, peut donc grandir et s'élever, mais vous voulez parler de votre grande élévation, de votre élévation par le sacrifice, celle après laquelle vous direz : «Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. »

Mais comment cela était-il nécessaire. Seigneur, afin que ceux qui croient en vous ne périssent point, mais qu'ils aient la vie éternelle? C'est ce que vous dites ailleurs : « Si « le grain de froment ne meurt point, il « reste seul ; s'il meurt, il porte beaucoup

LA KKNAlSSAiNCE. 327

« de fruit, w Pour entraîner dans la vie éternelle le c^enre humain, et n'y être pas seul, il vous fallait mourir. Mais pourquoi cela? Parce que nous ne pouvons renaître sans mourir, et puisqu'il nous faut renaître pour entrer dans le royaume de Dieu, il nous faut donc mourir. Mais nous ne savons pas mourir. Et nous ne pouvions mourir comme il le faut, qu'en lui, par lui, avec lui. Il devait mourir le premier pour nous ouvrir la voie de cette mort qui monte dans le ciel. La suite me le fera comprendre.

i6. « Car Dieu a tellement aimé le monde, (( qu'il a donné son Fils unique, afin que « tous ceux qui croient en lui ne péris- « sent point, mais qu'ils aient la vie éterrt nelle.

17. « Car il n'a pas envoyé son Fils « dans le monde pour condamner le monde, « mais afin que le monde soit sauvé par (( lui.

18. « Celui qui croit en lui ne sera pas « condamné; mais celui qui ne croira pas « est déjà condamné, parce qu'il ne croit a pas au nom du Fils unique de Dieu.

19. « Or le sujet de cette condamnation, 0 c'est que la lumière est venue dans le

« monde, et que les hommes ont mieux « aimé les ténèbres que la lumière, parce « que leurs œuvres étaient mauvaises.

20. « Car quiconque fait le mal hait la « lumière, et ne s'approche point de la lu- « mière, de peur que ses œuvres ne soient « condamnées. .

21. « Mais celui qui pratique la vérité « s'approche de la lumière , afin qu'on « connaisse que ses œuvres sont faites en « Dieu. ))

Seigneur, je vois d'abord que je ne puis, en aucune sorte, méditer toute l'étendue et toute la profondeur de ces divines paroles. Je me borne à me les apphquer. L'Évangile peut et doit être médité mille fois, sous mille faces diverses. Je regarde la face que je suis capable de voir en ce moment.

Ce que j'entends, c'est que Dieu m'a donné son Fils unique. Il m'a tellement aimé qu'il me l'a donné : le don est fait. Mais moi, estce que je crois à ce don?

Suis-je bien cerlain que le Fils de Dieu

330 NEUVIKME MKDITATION.

ost devant moi, est dans mc^s mains, qu'il ost à moi?

Est-ce que je vis en effet dans cette béatitude et cette foi ?

O mon Dieu, je me sens périr. Je vois que mes années s'écoulent, que je vais vers la mort, que les jours de cette vie sont étroits et mauvais, qu'il n'y a ici ni permanence, ni vrai bonheur, ni perfection. Mon esprit et mon cœur ont faim et soif, et dans le monde rien ne me rassasie. Cette existence imparfaite et mobile est un passage et comme le cours d'un fleuve.

Je me sens donc continuellement passer, continuellement périr. Mais, Seigneur, ce qui surtout m'étonne et me désole, c'est que les élans de mon cœur passent aussi, que les lumières les plus vives de mon esprit passent aussi, et que lors même que la vie me revient par intervalle, je retombe toujours dans la nuit. Cela veut dire que cette vie mobile, v qui va et vient, n'est manifestement pas la vie pleine, c'est-à-dire la vie éternelle. Or

LA FOI QUI SAUVE. 33i

le Fils unique de Dieu m'est donné pour arriver à la vie éternelle.

Quand donc y arriverai-je , ô mon Seigneur?

Et que faire pour être sauvé? Croire.

L'Évangile le répète souvent : « Celui qui croit en lui ne sera pas condamné, » et ailleurs : « Voici l'œuvre de Dieu, c'est de croire à celui qu'il a envoyé. » Avoir la foi vive, c'est être sauvé; c'est avoir en soi le principe de la vie éternelle. Car la foi, dit saint Paul, est la substance des choses que nous avons à espérer.

O mon Dieu^ donnez-moi cette foi vive.

Pourquoi cette foi vivante n'est-elle pas toujours dans les âmes ? Pourquoi les âmes la perdent-elles? Pourquoi l'ai-je perdue souvent? Pourquoi même aujourd'hui où il me semble que je n'ai pas perdu, par le péché mortel, la foi vivante, pourquoi cette foi diminue-t-elle en moi au point que je n'en aperçois pas trace? D'où vient la tristesse qui m'inonde et la langueur qui m'enveloppe;

d'où vient cette absence de lumière, cette paresse, ce dégoût général? Tout cela, Seigneur, vient de ce que vous dites. Cette paresse, ce dégoût, cette langueur viennent de ce que je ne crois pas assez ; de ce que je ne vous dis pas assez : Seigneur, augmentez-moi la foi. Et je ne crois pas assez, parce que j'aime mieux les ténèbres que la lumière, parce que mes œuvres sont mauvaises.

Oui, Seigneur, tout est là.

Non-seulement l'incrédulité absolue vient toujours, quoiqu'on dise et qu'on fasse pour prouver le contraire, vient toujours de ce que les œuvres sont mauvaises, mais encore cette faiblesse, cet engourdissement de la foi, dans ceux qui ont la foi, vient aussi de ce que l'âme se relâche dans la vertu.

Les philosophes en viennent aujourd'hui à comprendre que la volonté est la condition de l'intelligence; il faut que nous sachions aussi que la volonté dépravée est l'obstacle à la foi, et que la foi, offerte à tous, n'entre que dans ceux-là qui font tom-

ber Tobstacle, par un assentiment libre d'intelligence et de volonté ; acte de foi qui est un acte de souveraine vertu, qui fait l'œuvre de Dieu, selon le mot de l'Evangile.

La foi vient ainsi, et la foi s'augmente comme elle vient. La foi, lumière surnaturelle, vous l'augmentez en nous^ Seigneur, quand nous faisons le bien. Pour moi. Seigneur, j'oublie cela presque toujours, et c'est pour cela que je vais de défaillances en défaillances, et que je connais peu cette vie de croissance continue, de croissance intérieure dans la lumière, qui devrait être celle de vos enfants.

Si je tombe trop bas, je sais bien que jusqu'à présent vous me faites la grâce de me relever par la pénitence, la prière et quelque renouvellement de zèle. D'ordinaire quelques traces de lumière me reviennent aussitôt. Mais à peine rentré dans la vie, l'effort s'arrête ; plus de vertu, plus de force, plus de travail énergique dans le bien à la sueur de mon front, plus de pressantes prières, plus de larmes, plus de cris vers Dieu .

Quand je suis en danger de mort, je crie vers Dieu; quand je sens mon âme défaillir, j'appelle la vie. Mais dès que le danger immédiat s'éloigne ou paraît s'éloigner, je rentre dans mon lâche repos, dans ma déraisonnable sécurité.

A l'instant même la lumière pâlit. Pourtant je la vois encore, et comme je ne sais guère en comparer l'éclat, je ne crains pas; je reste dans mon repos. La lumière continue à pâlir, l'ardeur s'éteint, on sent que le jour va tomber : je me berce alors d'illusions; la lumière qui s'en va se varie, se colore comme celle du soir, je crois que ma lumière augmente et que sa richesse se déploie : j'en suis heureux et fier, je m'affermis dans mon lâche repos. Le travail et les larmes, les cris de l'âme vers Dieu, sont loin maintenant.

Mais tout à coup tout se décolore, je n'ai plus dans mon âme qu'un ciel gris, un mauvais soir amené par ma faute, l'aveuglement, l'abattement, la langueur, le sommeil s'em-

parent de rame; il n'y a plus que mes sens qui veillent, ou plutôt qui se réveillent: comme après les affaires et le travail du jour, je vois, le soir, se réveiller dans cette grande ville tous les désirs des sens et leurs excitations. Ainsi, endormi pour le bien, réveillé pour le mal, je suis en proie aux puissances des ténèbres : je cède bientôt, et je préfère ainsi les ténèbres à la lumière.

Voilà les périodes de la vie du chrétien faible, relativement à la lumière: voilà comment il marche de défaillances en défaillances. Voilà pourquoi sa foi n'augmente pas, et souvent diminue et se perd.

Dirai-je que le corps même ressent ces influences, que la santé même suit les vicissitudes de nos élans ou de nos défaillances dans le bien ? Oui, je le dirai.

O mon Dieu, donnez-moi donc la force!

Donnez-moi quelque vertu ! Que je pratique enfin le bien, et que je fasse enfin la vérité dans mon cœur et dans mon esprit, dans mon corps et dans toutes mes facultés, pour

que la foi s'augmente en moi, pour que la vie divine, immortelle, éternelle me soit donnée, pour que je comprenne bien que vous m'avez été donné, ô Seigneur Jésus, pour me sauver; que vous m'êtes donné, que vous êtes là devant moi, dans mes mains, en moi, dans ma bouche, dans mon cœur^ ô Jésus, comme le disent vos apôtres et vos prophètes; mais que seulement vous êtes captif dans mes péchés : Spiritus oris nostri Christus captus est in peccatis nostris {x). Donnez-moi donc la force, mon Dieu, de briser enfin tous ces liens du péché, pour que votre vie, libre en moi, après tant de luttes et une si longue captivité, me régénère enfin tout entier et me fasse naître tout entier de l'Esprit.

22. « Après cela, Jésus, accompagné de « ses disciples, alla dans la Judée; il y fut « quelque temps avec eux, et il y baptisait. »

23. « Jean baptisait aussi à Ennon, près « de Salem, parce qu'il y avait là beaucoup

(I)Thren., IV, 20.

«( d'eau. Plusieurs y revenaient et y étaient « baptisés. »

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