‹ Méditations inéditesChapitre 48 sur 51 · DE DIEL · texte numérisé non relu

DE DIEL

Puissé-je, Seigneur, être toujours plutôt instruit par votre loi , par votre voix dans l'intérieur de l'âme, que par les coups qui viendront me frapper du dehors!

Mais, si votre parole me réprime, me blesse, me parle de sacrifice et contrarie mon goiit, ma pente, ma volonté présente, je me demande si c'est bien vous, et le plus souvent je réponds : Non, ce n'est qu'une pensée humaine, insignifiante; c'est un scrupule, une illusion, une imagination. Quand Dieu parle, me dis-je, sa voix doit être quelque chose de plus étonnant, de plus mystérieux, de plus nouveau ; tandis que ceci est tout

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simple, et je sais parfaitement d^où cette pensée me vient. Que si vous insistez, Seigneur, si vous parlez avec une force pressante et presque irrésistible, alors la volonté propre qui me gouverne, et qui est habituée à régner seule en moi, fera un acte pour faire taire cette voix, comme ces princes des prêtres qui envoient des archers pour vous prendre. Que si cet effort de volonté échoue contre la clarté, l'insistance, Ta utorité pressante de votre voix, si ces mouvements de volonté propre reculent en votre présence, comme ces archers qui n'osent pas mettre la main sur vous et qui reviennent en disant : « Jamais homme n'a parlé comme cet a homme-là ; » si notre volonté propre, qui pourtant n'est pas décidée à résister en face à la vérité même, se partage, ou seulement conçoit un doute et un moment d'hésitation, comme l'assemblée des princes des prêtres, c'est alors que presque aussitôt je conclus comme eux en disant : Après tout, ma pensée n'est pas prophétie.

« Et chacun s'en retourna dans sa maison, » dit l'Évangile; et moi, je retourne à mes habitudes, et je rentre dans ma vie triviale, privée de Dieu.

O Seigneur, faites-moi connaître encore plus clairement cette lutte de l'âme contre votre présence et vos discours. J 'écoute , instruisez-moi.

25. « Alors quelques gens de Jérusalem « commencèrent à dire : IN 'est-ce pas là cece lui qu'ils veulent faire mourir? w

^^6. « Le voilà qui parle devant tout le « monde, et ils ne lui disent rien. N'est-ce « point que les magistrats ont reconnu qu'il « est le Christ? »

« Mais pourtant nous savons bien d'où (c est cet homme; au lieu que, quand le (( Christ viendra, personne ne saura d'où il u est. M

Il y a on moi des impressions irréfléchies,

(les mouvements sponlaiiés, des pensées

sourdes et vagues qui sont dans mon âme

comme le peuple. Et il y a dans mon esprit

et dans ma volonté des maximes et des habitudes de conduite qui sont en moi comme les princes des prêtres , les magistrats , les pharisiens et les lettrés. Ces impressions et ces mouvements viennent de toutes les causes, de Dieu, du monde, de mes passions : c'est à ma raison de juger et à ma libre volonté de choisir.

Quand le peuple , en moi , est ému , il se demande aussi quelle est ou quelle sera la décision des magistrats, et il cherche à la déterminer. Quand ce sont les passions qui me poussent, je me révolte assez souvent contre les magistrats, et je brise leur joug. Quand c'est Dieu qui me pousse , je ne suis pas si emporté. L'histoire me montre aussi que les princes et les lettrés détournent le peuple assez facilement de Dieu, de son Christ et de son Église. Gloire aux peuples qui savent alors résister aux princes et aux lettrés !

Mais chacun trouve des raisons contre Dieu, mauvaises, contradictoires, n'importe. Ici on reproche au Christ d'avoir une ori-

LUTTE DE L'AME COATKE LA PAROLE DE DIEU. 39t)

gine connue; « mais pourtant nous savons « bien d'où est cet homme, tandis que, quand « le Christ viendra, nul ne saura d'où il a est. » Plus bas ils disent , au contraire , que, quand le Christ viendra, il viendra de la petite ville de Bethléem. Et on le rejette encore pour cela. Et cependant Jésus vient en effet de Bethléem. Soit, mais on n'y regarde pas de si près ; on le voit venir de Galilée, on ne recherche pas s'il vient d'ailleurs. Ceci ressemble admirablement aux raisons qu'on donne aujourd'hui pour ne pas être chrétien.

Mais, Seigneur, je le comprends, une des plus grandes fautes de mon âme et des âmes est de rejeter votre visite intérieure, sous prétexte que, quand vous paraissez, ce doit être une apparition mystérieuse, merveilleuse, qui ne ressemble à rien , et dont on ne voit pas l'origine. Que de fois l'âme ne dit-elle pas : Mais pourtant nous savons d'où vient cet homme-là! Et c'est précisément là ce qu'ignore la pauvre âme ; elle ne voit pas

qiie ce remords ou cette inspiration , cet élan, cet amour, cette lumière^ c'est Dieu présent en elle. Si Dieu se fait sentir comme joie profonde, force, courage, lumière, élan, l'a me dit : C'est moi! Que je suis belle et forte! Et elle ne rend pas grâces, et n'adore point, mais elle usurpe et profane les dons de Dieu. Si Dieu vient comme contradicteur, comme pauvre , comme pénitent , pour chasser les vendeurs du temple , pour condamner les hypocrites, les pharisiens et les lettrés, on ne le reconnaît pas davantage. Pour se faire voir ou pour se faire sentir à nous , il se revêt de notre cœur^ de notre esprit, de notre conscience et de notre raison , il entre dans nos mouvements et dans nos opérations humaines! On dit : Je sais ce que c'est.

O mon Dieu, ne sortirai-je jamais de cette déplorable et perpétuelle illusion?^ Continuez, Seigneur, à m'instruire et à m'ouvrir les yeux. Apprenez-moi à démêler dans la vie de chaque jour le ciel et la terre, à démê-

1er dans mon âme le divin qui vient en moi pour me guérir et me sauver.

28. « Jésus j cependant, continuant à les a instruire , disait à haute voix dans le (c temple : Vous me connaissez, et vous sa- (c vez d'où je suis! Je ne suis pas venu de « moi-même; mais Celui qui m'a envoyé est « véritable, et vous ne le connaissez point. »

« Pour moi , je le connais , parce que je a suis né de lui, et qu'il m'a envoyé. »

Ne dites pas facilement, quand vous voyez dans l'histoire de l'humanité, ou dans l'intérieur de votre âme, un mouvement, une himière, ne dites pas facilement : Je sais ce que c'est; je sais d'où cela vient. Car souvent ce mouvement est un mouvement de Dieu , et cette lumière est Dieu. Quoi ! dit le Verbe incarné, vous me connaissez et vous savez d'où je suis^!

Oui, vous savez d'où vient mon corps et mon humanité; vous savez que vous avez un homme devant vous, vous savez où est né cet hommcj mais vous ne savez pas tout. Cet

homme que vous voyez ne vient pas de luimême. Vous ne savez pas qui l'envoie et vous ne savez pas que je suis né de Dieu, vous ne connaissez pas ma naissance divine. De même que la raison , à la vue du monde, doit confesser Dieu créateur du monde ; de même la foi, en présence de toute parole, de tout mouvement, de toute inspiration de grâce , doit confesser le Christ, Dieu incarné, auteur de la grâce, principe de tout ce qui vit dans l'ordre surnaturel ; et au lieu de tout cela, presque toujours, quand le Christ nous parle de pénitence et nous propose le sacrifice de nos passions , nous imitons la conduite des Juifs :

30. (( Ils cherchaient donc à l'arrêter; « mais personne ne mit la main sur lui, « parce que son heure n'était pas encore (( venue. »

3 1 . a Cependant plusieurs du peuple cruce rent en lui, et ils disaient : Quand le Christ « viendra, fera-t-il plus de miracles que cet « homme? »

32. (( Les pharisiens entendaient les dis- « cours que le peuple tenait; alors les phare risiens et les princes des prêtres envoyè- « rent des archers pour le prendre. »

Oui, telle est la lutte de l'âme et de Dieu. Il parle, on doute; il parle plus haut, l'âme se partage et se divise. Il y a des mouvements pour Dieu, il y a des mouvements contre Dieu. L'immense multitude des pensées et des mouvements des sentiments est comme un peuple. Les uns veulent immédiatement arrêter le Verbe et son inspiration, mais ils n'osent pas. Les autres croient en lui et disent : Mais que peut-il y avoir de plus beau, de plus vrai, de plus divin que ce qui se présente à mon âme? Pourquoi ne pas suivre cette inspiration manifestement sainte? C'est alors que ce qui représente c*n nous les pharisiens et les princes des prêtres, c'est-à-dire les maximes pratiques et les habitudes de conduite qui nous gouvernent , doivent prendre un parti entre ces mouvements divers, et d'ordinaire le parti consiste

à envoyer des archers pour prendre Jésus. .32. « Alors les princes des prêtres et les « pharisiens envoyèrent des archers pour le « prendre. »

33. « Jésus leur dit donc : Je suis encore « avec vous pour un peu de temps, et je a m'en vais ensuite vers Celui qui m'a en- « voyé. »

34. « Vous me chercherez et vous ne me « trouverez point, et vous ne pouvez venir « là où je suis. »

Quand la volonté s'apprête à arrêter l'inspiration, l'inspiration parle plus haut encore et plus clairement.

Que veux-tu , âme égarée , âme aveugle?

Tu veux le bonheur, tu veux le ciel ; tu veux la vie, la vie pleine, éternelle; tu veux la lumière et l'amour. Or tout cela est présent; tout cela est offert; tout cela est en toi. Je suis le bonheur, la vie, la lumière et l'amour ; et j'ai voulu venir en toi ; et j'y suis encore pour un peu de temps ; j'essaye de prendre en toi comme une semence qui

prend racine; si je ne puis, je rentre dans ma source et je m'en vais vers Celui qui m'a envoyé.

Alors, pauvre âme , toujours affamée de bonheur et inquiète de Dieu, tu sentiras, par contraste, mon départ; tu sentiras la cessation de cet essai de la vie éternelle quej'étais venu tenter en toi ; tu me chercheras et tu ne me trouveras point; tu ne pourras venir où je serai.

Oui, quand l'àme a repoussé Dieu, elle le cherche. Dieu est pour l'âme un besoin et, comme on l'a dit, une passion.

Il faut le bonheur. Quand^on a repoussé Dieu qui le donne, on recommence à chercher le bonheur, c'est-à-dire Dieu. Et tant qu'on n'aura pas trouvé Dieu, on cherchera.

35. Quant aux Juifs, ils ne comprenaient pas. « Les Juifs, donc, se disaient entre eux : « Où ira-t-il, que nous ne puissions le trou- « ver? Ira-t-il chercher les tribus dispersf'es a et enseifijner les nations ? »

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