‹ Meditations pour tous les jours de l'anneeChapitre 126 sur 258 · DIMANCHE DE LA PREMIÈRE SEMAINE. — PAIX INTÉRIEURE · texte numérisé non relu

DIMANCHE DE LA PREMIÈRE SEMAINE. — PAIX INTÉRIEURE

puisque dans une âme qui vit ainsi, il n'est ni lutte, ni combat, ni effort. —Mais une telle paix n'est-elle pas celle d'un roi enchaîné par ses sujets, se pliant à tous leurs caprices et sanctionnant toutes leurs volontés ? N'est-ce point celle d'une eau dormante ou d'un cadavre dans un tombeau ? Aussi la voyons-nous aboutir à la corruption, à la perte de l'âme et du corps. — Cette paix au reste n'est que superficielle : l'âme, faite pour régner sur ses sens, ne saurait, sans regret et sans honte, se voir asservie à leur joug. Aussi les plus dépravés cherchent les ténèbres pour faire le mal.

Bien différente est la paix des justes : elle consiste dans l'ordre et dans la tranquillité qui en résulte. Chez eux l'âme est à sa place entre les sens et Dieu; elle subjugue sa chair, la force de rester soumise à la raison, et elle-même soumet sa raison à la loi divine. — Sans doute, pour tenir les passions et les sens assujettis, l'âme ne peut jamais déposer les armes. Mais les expéditions qu'un roi fait sur les frontières de son royaume pour en écarter les ennemis, l'empôchent-clles jamais de jouir d'une profonde paix dans sa capitale et dans son palais? Ainsi le juste reste en paix dans son intelligence et sa volonté, en dépit des révoltes des mauvais penchants et des attaques de l'enfer.

Que de biens d'ailleurs, ô Jésus ressuscité! ne nous procure pas cette paix ineffable dont vous êtes la source! Elle nous fait jouir de cette suave douceur dont parle l'Apôtre, « et qui surpasse, dit-il, tous les plaisirs des sens.'1 » L'Esprit-Saint la compare à un festin perpétuel,2 dans lequel l'intelligence et la volonté, nourries des vérités de la foi, fortifiées d'une grâce abondante, goûtent les plus pures délices, en se contentant du souverain Bien. Témoin le saint homme Job au milieu de ses épreuves, et saint Paul parmi toutes les tribulations.

0 mon Dieu ! faites-moi chercher, à leur exemple, cette paix profonde, qui est un avant-goût du ciel. Donnez-moi la grâce de la trouver : 1° Dans un vrai repentir et une entière obéissance au confesseur, contre les inquiétudes du passé. — 2° Dans l'abnégation de moi-même et la pureté de conscience, contre les agitations du présent. — 3° Dans l'abandon à la volonté divine et dans la confiance en Jésus et en Marie, contre les appréhensions de I'a venir. Inquire pacem et persequere eam.

(I) Phil. 4, 7. (2) Prov. 15, lo.

DIMANCHE DE LA PREMIÈRE SEMAINE. — PAIX INTÉRIEURE. 261 2° Moyens d'acquérir la paix.

Le premier moyen d'avoir la paix, c'est de conserver à tout prix la grâce sanctifiante ou l'amitié divine. Quand on a pour ennemi un homme puissant, on ne peut être tranquille ; comment le serait-on, en ayant Dieu pour adversaire par le péché mortel? L'Esprit-Saint déclare qu'une conscience coupable ne saurait trouver de repos.1 Caïn, ayant tué son frère, croit que tout le monde le poursuit, et il ne cesse de fuir d'un lieu à un autre. David, après son péché, trouve amères toutes les délices de sa cour. C'est que la crainte, l'agitation, le remords tourmentent le cœur séparé de son Dieu et créé pour le posséder. Le péché mortel est donc le plus grand obstacle à la paix intérieure, et la grâce habituelle en est la condition la plus nécessaire.

Pour en goûter mieux les douceurs, il faut encore mener une vie fervente et éviter avec soin les fautes vénielles délibérées. L'habitude de ces fautes nous prive des lumières, des attraits de la grâce, de cette providence spéciale dont Dieu entoure ses vrais amis et qui leur donne tant de sécurité dans l'esprit, de dévotion dans le cœur, de souplesse dans la volonté pour se plier à tous leurs devoirs. — L'âme tiède, au contraire, ne saurait se rappeler sans amertume le bonheur dont elle jouissait quand elle servait Dieu généreusement. Les reproches de sa conscience, qui l'avertissent de changer de vie, lui apportent le chagrin et la rendent malheureuse. Tant il est vrai que la tranquillité et le repos intérieurs naissent des sacrifices que l'on s'impose pour être fidèle à Dieu et constant dans son service !

Ces sacrifices doivent surtout produire en nous une entière conformité à la volonté divine. Car, sans cette conformité, la seule multiplicité des occupations suffira souvent pour nous troubler, nous agiter ; que sera-ce si nous sommes en butte à la contradiction, à l'adversité, à l'injustice, à l'humiliation? Il est donc nécessaire, pour conserver la paix du cœur, de s'armer de courage et de patience, en envisageant les événements comme les Saints les ont toujours considérés, c'est-à-dire avec foi, soumission, confiance et abandon à Dieu.

0 Jésus, qui avez souffert avec tant de calme les tourments de votre passion! accordez-moi, par l'intercession de votre divine

(1) Is. 48, 22.

Mère, cette paix profonde et durable, qui est le fruit de votre mort et de votre résurrection. Communiquez-moi donc : 4° Une vivo horreur du péché, même véniel. 2° Le courage de combattre mes penchants et mes goûts pour vous rester fidèle. 3° Un entier renoncement à ma volonté propre, afin de me conformer en tout à la vôtre, qui mérite infiniment d'être aimée.

lundi de la première semaine. - Obstacles à la paix intérieure.

Préparation. — Après avoir considéré les avantages de la paix et les moyens de l'acquérir, nous en verrons les empêchements les plus ordinaires : 1° L'empressement naturel. 2° Le trouble intérieur de l'âme. — Ensuite nous nous proposerons de faire toujours nos actions avec calme et de supporter nos peines sans rien perdre de la patience et de la sérénité des saints. Pax mulla diligentibus legem tuam.1

1" Empressement naturel, obstacle a la paix.

L'empressement est cette activité excessive qui ne sait rien faire posément et avec calme. Ce mal naît d'ordinaire en nous d'une trop grande préoccupation des affaires à traiter, des travaux à exécuter, des devoirs multipliés à remplir, des entreprises à mener à bonne fin. La vue de tant d'occupations diverses, qu'on voudrait déjà voir terminées, échauffe l'imagination, soulève les craintes et les désirs du cœur, d'où la paix est bientôt bannie et remplacée par l'agitation.

Souhaitant donc la fin d'une œuvre avant de la commencer, on s'y emploie sans tenir compte du peu de lumière et d'habileté que l'on devrait s'attribuer ; sans même se rappeler ces paroles de l'Esprit-Saint : « Si le Seigneur ne bâtit la maison, en vain travaillent ceux qui veulent la construire ;2 » et cette sentence du divin Sauveur : « Sans moi, vous ne pouvez rien faire.3 » On oublie, en un mot, qu'une action, pour être entièrement vertueuse et méritoire, doit être inspirée par la foi, commencée, continuée et achevée sous l'empire de la grâce, conséquemment être soustraite autant que possible à l'influence de la passion.

(1) Pg. 118, 165. (2) Ps. 126, 1. (3) Joan. 15, 5.

Il suit de là que l'empressement, qui empêche en nous les réflexions pieuses et nous rend esclaves de l'activité naturelle, est contraire à I'esprit des saints dont le propre est d'être calme, paisible, animé de droites intentions, disposé à ne chercher que Dieu, à ne faire rien sans lui, sans l'avoir invoqué, et sans être résolu de le prier encore dans le cours même des obligations à remplir. Cet empressement, si funeste à l'âme qui en est infectée, est appelé par les ascètes « le plus grand mal après le péché véniel. »

Pour y remédier, il faut : 1° Avoir soin de modérer la vivacité, ne pas trop entreprendre à la fois, et prétendre moins encore achever en une heure le travail d'une journée. — Il faut : 2° Calmer d'avance nos frayeurs, nos appréhensions, réprimer l'ardeur trop vive de nos désirs, et nous proposer comme fin unique de nos actions le seul accomplissement de la volonté divine. — 3° A ces dispositions, joignons la prière, le souvenir de la divine présence, la résolution d'imiter la sainte Famille travaillant à Nazareth dans le silence, le recueillement et la paix. Par ces moyens, nous dompterons l'impétuosité de notre caractère, la fougue de notre tempérament, l'activité fébrile qui nous jette au dehors, nous dissipe et nous enlève toute vie intérieure.

0 Jésus ! donnez-moi la grâce de ne vouloir jamais faire autre chose, ni le faire autrement que vous le voulez. Je me propose donc de ne rien penser, ni désirer, ni entreprendre que selon votre bon plaisir et avec les sentiments qui animaient votre divin Cœur lorsque vous étiez sur la terre. Communiquez-moi cette paix profonde qui vient de vous et dont le monde ignore le secret.

2o Trouble intérieur, autre obstacle a la paix.

Le Seigneur est le Dieu de la paix, dit l'Ecriture,' il se retire d'un cœur agité.2 Le trouble ne vient point de lui, mais du démon ou de l'amour-propre. « J'écouterai, dit David, ce que me dit le Seigneur, parce que son langage porte en soi la paix. Quoniam loquetur pacem* Combien de fautes on évite, quand on garde son intérieur calme et tranquille ! En faisant le contraire, dit le Prophète-Roi, « mon cœur s'est troublé, et par suite la force m'a abandonné et la lumière de mes yeux s'est éclipsée.1 » Alors on

(1)11 Cor. 3, 2. (2)IIlReg.l9, il. (3) Ps. 84, 9. (4) Ps.37.il.

ne voit plus comme auparavant la laideur du vice et la beauté de la vertu ; on n'a plus le courage de résister aux tentations et l'on tombe misérablement dans l'abîme du péché.

Pour éviter cet affreux malheur, persuadons-nous que le trouble, non seulement ne sert à rien, mais qu'il nous fait beaucoup de mal, en nous ôtant la présence d'esprit, si nécessaire dans les difficultés, les peines et les combats. Car il nous faut alors le plein usage de notre jugement éclairé de la foi, pour nous rappeler efficacement les motifs que nous avons d'êtres fidèles à Dieu, de le prier, de nous appuyer sur lui. Comment les martyrs auraientils pu répondre si sagement à leurs juges et subir si patiemment tant de supplices, s'ils n'avaient point gardé leur âme en paix et mis en Dieu toute leur confiance? Les Saints ont remporté de signalées victoires sur eux-mêmes et leurs ennemis, parce que, ne se troublant jamais, ils avaient toujours à l'esprit les vérités les plus capables de les attacher inviolablement à Dieu.

Nous, au contraire, perdant fréquemment la paix et l'espérance en Jésus, combien de fois ne sommes-nous pas agités, énervés, portés au chagrin, à l'humeur et au découragement, ne sachant rien souffrir, rien mener selon Dieu, mais vivant dans la négligence et une sorte d'abattement qui nous ôte toute énergie ! Ah ! remédions à ce mal par le calme, la résignation, la confiance dans le Seigneur, et bientôt tout notre intérieur reprendra vie. — Formons en conséquence la résolution : 1° De ne nous troubler de rien, puisque même la ruine de l'univers, écrit saint François de Sales, n'en serait pas un motif suffisant ; beaucoup moins donc une inquiétude, une appréhension vaine, une crainte d'avoir failli. — 2° De nous rappeler souvent cet avis de saint Vincent Ferrier : « Que toute votre occupation, dit-il, soit de vous posséder vousmême dans la paix et la tranquillité du cœur ! »

0 mon Dieu, Créateur et Conservateur de toutes choses, infiniment sage et infiniment bon ! inspirez-moi le plus entier abandon à votre conduite, afin qu'appuyé sur les mérites de Jésus et de Marie, je ne cesse de me reposer en vous, comme l'enfant dans les bras d'un père aimant et dévoué. Bannissez de mon cœur tout sentiment de défiance et de pusillanimité, et donnez-moi cette paix durable que vous seul pouvez communiquer aux hommes, surtout aux hommes de bonne volonté.

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