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MÉDIT. SUPPLÉM. VIII. — JÉSUS, MODÈLE D'ABANDON

il jugeait toujours, disait-il, selon la sagesse du Père,1 toujours il s'abandonnait à son bon et divin plaisir.2

Et quand vint le temps de sa Passion, avec quel courage il se remit sans réserve à la disposition de ses juges et de ses bourreaux ! Son corps, son âme, sa réputation, sa vie, tout fut à la merci d'une vile soldatesque, qui lui fit boire jusqu'à la lie la coupe des douleurs et des opprobres. Et que faisait Jésus dans cet océan de tribulations? Il répétait sans cesse, comme au Jardin des olives : « Mon Père, non pas ma volonté, mais la vôtre. » Non mea voluntas, sed tua fiât! — Est-ce ainsi que vous laissez à Dieu le soin de votre honneur, de votre bien-être et de votre avenir? N'ètes-vous pas inquiet, triste, abattu, quand le succès ne répond pas à votre attente ; que le souffle de l'estime et de la bonne réputation ne flatte point votre amour-propre ?

0 mon Dieu ! combien de fois la seule sollicitude des affaires temporelles, des occupations journalières, m'agite et me fait perdre la paix, qui est le fruit de l'abandon à votre sagesse et à votre bonté ! Accordez-moi la grâce de me résigner et de me confier en vous : 1° Dans toutes les positions et fonctions, dans tous les travaux et emplois qu'il vous plaît de m'imposer. 2° Dans les contrariétés, les contre-temps et les afflictions, comme dans la prospérité, puisque en tout et toujours vous cherchez mon véritable bien.

2° Quand il faut exercer l'abandon a dieu.

Nous devons le pratiquer, à l'exemple du Sauveur, dans tous les événements de la vie. Nous ignorons, en effet, les liens qui unissent le passé, le présent et l'avenir, nous ne sommes jamais sûrs d'une heure d'existence. Comment donc prétendons-nous prévoir les choses futures, les arranger d'avance, les combiner selon les calculs de notre faible raison, selon les désirs intéressés de notre amour-propre? Nous oublions trop souvent, hélas! que ce soin appartient à Dieu, et que si l'homme propose, c'est Dieu qui dispose. Faute de nous rappeler cette maxime, nous nous inquiétons, comme si nous avions seuls la charge de nous conduire, sans dépendance de Dieu.

Cette vérité ressort mieux encore quand il s'agit de notre perfection et deHos devoirs ordinaires. « Si le Seigneur ne bâtit

(1) Is. 50, 5. Joan. 5, 30. (2) Joan. 4, 34, el 8, 29.

la maison, dit l'Ecriture, en vain travaillent ceux qui essaient de la construire.1 » Si donc nous voulons nous sanctifier et trouver la paix ici-bas, confions-nous sans réserve au bon plaisir divin. — Moïse disait aux Israélites : « Dieu vous a portés comme un homme porte son petit enfant ; il vous a instruits comme un père son fils.2 » Si le Très-Haut agissait ainsi envers les Juifs, dans la loi de crainte, combien plus le fera-t-il dans la loi d'amour, envers nous surtout qu'il aime avec tendresse, puisqu'il nous appelle à la sainteté! Nous sommes donc inexcusables, quand nous manquons de confiance en lui.

« Voulez-vous savoir, dit saint Vincent de Paul, pourquoi nous ne réussissons pas dans tel emploi? C'est parce que, répond-il, nous nous appuyons sur nous-mêmes. » Puis il ajoute : « Ce prédicateur, ce supérieur, ce confesseur se fie trop à sa prudence, à sa science, à son esprit. Que fait Dieu? il se retire de lui, afin qu'il connaisse son inutilité et son impuissance sans la grâce. » — Si donc nous désirons nous acquitter parfaitement de nos devoirs, ne craignons pas tant les obstacles du dehors que ceux du dedans, c'est-à-dire ceux qui viennent de notre amour-propre, de nos penchants pervers et de notre volonté. Faisons-en le sacrifice au Seigneur, en union avec Jésus et Marie, et nous verrons bientôt s'évanouir toutes nos difficultés.

0 mon Dieu ! inspirez-moi la résolution : 1° D'envisager toujours les événements, non selon les vues humaines, mais dans les desseins de votre divine sagesse. 2° De me confier en votre amour, cet amour qui a daigné m'appeler à une perfection spéciale, de préférence à tant de chrétiens. 3° De recourir sans cesse à vous dans mes actions, persuadé que sans votre assistance, je suis incapable d'aucun bien surnaturel. Nisi Dominus œdificaverit domum, in vanum laboraverunt qui œdificant eam.

ix. — Marie, modèle de Confiance en Dieu.

Préparation. — Après avoir nudité le saint abandon dans la conduite de Jésus, nous le considérerons dans celle de Marie, et nous verrons : 1° La confiance qu'elle pratiqua si parfaitement sur la terre. 2° Les motifs qui nous persuadent de marcher sur ses

(1) PS. 126, 1. (2)Deut. 1,31 et 8. 5.

traces. — Nous lui demanderons ensuite la grâce de vivre, à son exemple, toujours contents de Dieu et nous confiant en la fidélité qui lui fait toujours accomplir ses promesses. NuUus speravit m Domino, et confusus est.*

1« Confiance he marie en la protection divine.

Quelle foi suréminente et incompréhensible ne reçut pas la Vierge immaculée, au premier instant de sa conception! Or sa confiance en Dieu y fut proportionnée, puisque l'espérance naît de la foi, comme de son principe. Le Seigneur, môme avant la Rédemption, a promis d'exaucer nos prières, de nous fortifier dans nos peines, rie nous défendre contre nos ennemis et de nous conduire à la gloire éternelle.2 Forte de cette parole infaillible, la bienheureuse Vierge ne chercha jamais auprès des créatures ce qu'elle trouvait si parfaitement en Dieu, c'est-à-dire la lumière, le courage, les dons de la grâce, les consolations et le salut. « Mon bonheur, s'écriait-elle souvent avec David, est de m'attacher à Dieu seul, et de placer en ce Bien suprême toute mon espérance.3 » Telles furent les dispositions de toute sa vie !

Elles s'accrurent encore avec les épreuves que dut subir sa confiance. Admirable, en effet, fut son abandon à la Providence divine : 1° Quand elle épousa le juste Joseph, après avoir fait vœu de virginité. 2° Lorsqu'elle tint cachée à ce digne Epoux la dignité de Mère de Dieu dont elle était revêtue. 3° Lorsqu'elle offrit au Seigneur dans le Temple, sans aucune réserve, la vie de son Fils et la sienne, s'en remettant entièrement au bon plaisir du Père céleste! Bientôt on la vit s'exiler en Egypte, sans autre provision ni ressource que sa confiance en Dieu. Elle y vécut sept années dans une paix inaltérable, comptant toujours sur Celui qui a promis son assistance aux âmes fidèles à espérer. Quoniam in me speravit, liberabo eum.*

Quelle ne fut pas surtout l'attitude de Marie, au temps de la Passion de Jésus! Jamais rocher ne fut plus inébranlable au milieu des vagues de la mer, que cette Vierge fidèle dans cet océan de tribulations. Et d'où lui venait cette héroïque fermeté? De son espérance en Celui qui mortifie et vivifie, qui conduit aux portes du tombeau et en ramène quand il lui plaît.5 — Tout expi-

(1) Eccli. 2, 11. (2) Ps. 49 et 90. (5) Ps. 72, 28.

(4) Ps. 90. (5) I Reg. 2, G.

MhblT. I. 23

rant qu'était Jésus, Marie le regardait toujours comme le Dieu qui triomphe, et sa confiance en ses promesses ne se démentit jamais. Aussi attendit-elle avec assurance l'heure de sa résurrection.

0 mon Dieu ! en union avec la divine Mère, je renonce à tout ' appui en la créature. Fragile par elle-même, elle promet beaucoup, donne peu et fait souvent payer cher le peu qu'elle donne. Accordez-moi la volonté : 1° De me confier, comme la Vierge- Mère, en vos divines promesses, surtout quand je prie. 2° De compter spécialement sur votre secours dans les afflictions et les épreuves. Car vous avez dit : « Je suis avec Celui qui souffre et qui espère en moi ; je le délivrerai et le glorifierai. » Cum ipso surn in tribtUatione ; eripiam cum et glorifwabo cum.1

2° Motifs d'imiter la confiance de la divine mère.

Si nous nous appliquons à imiter la bienheureuse Vierge dans sa ferme espérance en Dieu, nous participerons aux biens immenses qui en ont été le fruit. « Ceux qui espèrent dans le Seigneur, dit Isaïe, changeront de force. » Au lieu de leur énergie naturelle, qui n'est que faiblesse contre leurs ennemis si nombreux, ils se verront revêtus de la toute-puissance divine, qui les fera triompher dans tous les combats. « Ils ne sentiront aucune fatigue dans le chemin du salut, continue le Prophète, ils y courront sans relâche et sans peine, tous les jours de leur vie.2 »

N'est-ce pas là l'histoire des Saints que l'Eglise honore sur les autels? Ils ont trouvé plus facile de s'exercer aux vertus héroïques, que nous de marcher dans la voie ordinaire. Et d'où leur venait cette énergie de volonté, cette dilatation de cœur, qui les transportait d'allégresse au milieu des tribulations ? C'était de leur confiance en Dieu. « Mon abandon à la conduite du Seigneur me donne une telle force, disait sainte Thérèse, que je me crois capable de lutter contre le monde entier, tant que le Tout-Puissant est avec moi. » — Comment la divine Mère aurait-elle pu porter le poids de ses -douleurs, aux pieds de son Fils expirant, si ce n'est en s'appuyant sur Dieu ? Sans la grâce , notre nature est impuissante au bien, surtout dans la souffrance.

Mais la grâce, comment l'obtient-on? par une prière pleine d'espérance. « La charité, dit saint Thomas, rend nos supplica-

(l)Ps. 90, 15. (2)Is. 40,31.

MÉDIT. SUPrLÉM. X. — PUISSANCE DE LA PRIÈRE. '6Ti

(ions méritoires, mais la confiance leur donne l'efficacité. » « C'est moi qui vous le dis, s'écriait le divin Maître; tout ce que vous demanderez par l'oraison, croyez que vous le recevrez, et vous l'obtiendrez certainement.1 » Quelle assurance une promesse si formelle ne doit-elle pas nous inspirer!

0 mon Dieu ! combien de fois la défiance et la pusillanimité ont empêché les effets de ma prière ! De là cette faiblesse de volonté qui si souvent m'a été funeste dans la tentation. Inspirez-moi plus de courage et de fermeté dans la lutte contre moi-même et contre mes ennemis invisibles. Je dois combattre des adversaires redoutables; mais Jésus me crie : « Ayez confiance, j'ai vaincu le monde ; * » j'ai vaincu les trois concupiscences dont Satan enchaîne les âmes. — Fortifié par ces paroles, je veux à l'avenir : 1° Invoquer sans retard les saints noms de Jésus et de Marie, au premier souffle des tentations. 2° Persévérer avec calme et ténacité à prier et à lutter aussi longtemps que dure la tempête. Par ces moyens, j'espère rester fidèle à votre amitié sainte et participer aux fruits précieux de la prière et de la confiance en vous.

x. — Puissance de la prière.

Préparation. — « Quiconque demande obtient.3 » Ainsi parle le Sauveur, en faveur de tous ceux qui prient, soit justes, soit pécheurs. Considérons : 4° Comment la prière est toute puissante auprès de Dieu, indépendamment de nos mérites. 2° En quelles circonstances surtout elle manifeste sa force ou son efficacité. — Prenons la sainte habitude de demander souvent au Seigneur l'esprit de recueillement et de prière, qui est la source de la vie intérieure et de tous les dons de la grâce. Domine, doce nos orare.*

1° Puissance de la prière auprès de died.

La prière porte en elle-même une force qui calme et adoucit les esprits les plus farouches : combien plus quand elle s'adresse à un cœur tendre et compatissant! Or le coeur de Dieu, par sa nature qui est la bonté, est enclin à pardonner, à faire du bien,

(l) Marc. 11, 24. (2) Joan. 10, 33.

(3) Luc. 11, 10. (4) Luc. 11, 1.

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