‹ Meditations pour tous les jours de l'anneeChapitre 16 sur 258 · O 2 JANVIER. — LES ENSEIGNEMENTS DE LA CRÈCHE · texte numérisé non relu

O 2 JANVIER. — LES ENSEIGNEMENTS DE LA CRÈCHE

ment de mes idées, l'insubordination de mes sentiments, la suffisance de ma présomption. Faites-moi rompre entièrement avec l'orgueilleux Lucifer, prince des ténèbres et de la mort, afin que je marche toujours à votre lumière, lumière de vie, et que je participe à votre science, science cachée dans le mystère de vos abaissements. Sed habebil lumen vitœ.

2o Leçons d'humilité et de détachement que nous recevons a la crèche.

m Je suis la voie, la vérité et la vie, » nous dit l'Enfant divin.1 « J'instruis sans bruit de paroles, et je donne en un instant plus de science, que personne n'en peut acquérir en plusieurs années. » — Puisqu'il en est ainsi, approchons-nous humblement de la crèche, et disons au saint Enfant, avec le prophète Samuel : « Parlez, Seigneur, car votre serviteur écoute.2 » Il nous répondra : ce Si vous ne vous convertissez et ne devenez petits comme des enfants, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux.3 Quiconque ne meurt pas à l'orgueil, au point de se soumettre à l'Église et à tout ce qu'elle exige pour le salut, sera exclu de la béatitude céleste. Car la porte du ciel est basse et étroite : il faut être petit et humble pour y entrer.

» De même, si vous ne changez vos idées mondaines, et ne cessez de chercher avec passion les biens périssables, la vie molle et sensuelle, vous ne comprendrez jamais les mystères de la grâce; bien moins encore saurez-vous les réduire en pratique. Au lieu de vous contenter du nécessaire, vous ambitionnerez le superflu, et vous tomberez dans les filets de Satan, dans une multitude de désirs inutiles et nuisibles, et de là dans la perdition.1 — Apprenez donc à mépriser ce qui passe, à prendre en dégoût les vains plaisirs; à souffrir toutes les peines avec résignation, et à placer en moi seul vos espérances et votre amour. »

Ainsi nous parle l'Enfant do Bethléem. Que chacun de nous sonde ici son cœur et examine : 1° Combien souvent s'élèvent en lui des désirs d'estime et de vaine renommée ; combien de craintes de l'abjection, de la confusion et du mépris, combien de sentiments d'envie envoyant le prochain recherché, et de joie maligne en le voyant humilié! — 2° Et par rapport au détachement des biens sensibles, que n'avons-nous pas peut-être à nous reprocher?

(i)Joan. 14,6. (2) I Reg. 3, 10. (3) Matth. 18, 3. (4)ITim.6,9.

combien de sollicitude et de soucis pour le temporel, combien dé sensualité, d'amour des aises et du bien-être en tout ce que nous faisons! Ne dirait-on pas que notre unique occupation ici-bas doit être de soigner notre santé, de fuir ce qui nous gène, et de jouir de la vie présente comme ceux qui oublient l'eternite?

0 Jésus, aimable Enfant! par l'intercession de votre tendre Mère, accordez-moi l'esprit d'humilité, qui me rende obéissant à toutes vos volontés. Détachez mon cœur de tout ce qui est créé, afin que votre doctrine et vos exemples s'emparent de mes affections, dirigent en tout ma conduite et m'unissent étroitement à vous, ma sagesse, mon bonheur et ma vie. Non ambuiat in tenebris, sed habebil lumen vitœ.

3 janvier. - Jésus dans l'Étable.

Préparation. — « Ils trouvèrent, dit l'Evangile, Marie et Joseph, et l'Enfant couché dans une crèche.1 » Considérons 1° Combien Jésus Enfant se rend accessible à tous. 2° Ce qui nous empêche surtout de nous plaire dans son doux commerce. — Proposonsnous de méditer les mystères de son Enfance, de détacher notre cœur de tout ce qui n'est pas lui, et nous ferons nos délices de le trouver et de converser avec sa bonté infinie. Jnvenerunt Mariam et Joseph, et Infantem positum in prœsepw.

I ° Jésus enfant accessible a tous.

« Les rois de la terre, dit saint Jean Chrysostome, ne donnent pas audience a tous, ni toujours. » Jésus, le Roi des rois, ne se refuse à personne, quelle que soit l'heure où l'on se présente à lui. Aussi nait-il dans une étable ouverte et au milieu de la nuit, pour signifier qu'à tout instant il est à la disposition de tout le monde. Lui-même s'appelle la Fleur des champs, exposée aux regards de tous, à la différence des fleurs des jardins, dont jouit seulement le petit nombre. — Nous pouvons donc tous, quand il nous plaît, aller à Jésus, nous entretenir avec lui, lui demander ses grâces, nous consacrer sans réserve à son service. Ainsi fai-

(1) Luc. 2, 1G.

saient les saints aux fêtes de Noël ; ils se tenaient, jour et nuit, aux pieds de l'Enfant-Dieu, pour l'adorer, le louer, l'aimer, le remercier et méditer les ineffables mystères de sa naissance parmi nous. La petitesse, la pauvreté du Dieu immense à qui tout appartient ; son silence, ses privations, ses souffrances, tout en lui les ravissait, les touchait jusqu'aux larmes.

A leur exemple, allons, nous aussi, répandre nos cœurs en la présence de Jésus Enfant; méditons ses grandeurs et ses abaisse ments; considérons surtout l'amour qui le porte à s'anéantir dans l'intérêt de nos âmes. En voyant sa tête sacrée et son beau visage, pensons qu'un jour on le couronnera d'épines, on le couvrira de crachats, de meurtrissures, et que nos péchés en seront la cause. — En baisant ses petites mains et ses pieds si tendres, figuronsnous les clous dont on les transpercera, et promettons à Jésus de travailler à lui plaire et de marcher constamment dans la voie de ses préceptes. — Les langes qui l'entourent devraient nous reporter au vêtement d'ignominie qu'on lui réserve au Prétoire; et la dure crèche où il repose, à la croix sur laquelle il doit expirer et au froid sépulcre du jardin où il sera enseveli.

Telles sont les réflexions qui pourraient nous occuper, quand nous visitons Jésus dans l'étable de Bethléem. Accessible à tous, il aime de préférence les âmes méditatives. Celles-ci compatissent à ses peines et pleurent leurs fautes à ses pieds. Elles forment de sérieuses résolutions d'imiter ses vertus.

0 Agneau sans tache, immolé dès l'origine du monde ! je vous adore, je vous aime et je vous remercie d'avoir voulu vous abaisser jusqu'à nous. Daignez m'inspirer : 1° Les plus vifs sentiments de compassion au souvenir de vos douleurs et de mes péchés. i2° Le désir le plus ardent de vous offrir un cœur agréable à vos yeux, c'est-à-dire un cœur contrit et humiué, qui souhaite sans cesse de vous appartenir et de vous ressembler.

2o Ce qui nous empêche surtout te nous tlaire avec jésus.

Pourquoi les Saints pouvaient-ils si facilement passer des jours et des nuits auprès de leur Sauveur, soit en esprit dans l'étable. soit dans nos églises, pour l'adorer, l'aimer, le prier, le remercier? C'est que leur intérieur n'était point lié par des attachements terrestres, ni par des défauts contraires à l'amour de l'Enfant-Dieu. — Vous leur aviez appris, ô Jésus, à ne point partager leur cœur, par

la raison qu'on ne prend goût à demeurer avec vous, que pour autant qu'on est libre des affections mondaines, des penchants vicieux, des recherches de l'égoïsme et de la propre volonté.

D'où vient que souvent la misère d'un mendiant nous émeut jusqu'aux larmes, tandis que nous restons insensibles en voyant un Dieu couché sur la paille, manquant du nécessaire et dans le plus touchant état d'abjection? Ah ! c'est que l'amour naturel de nos semblables a plus d'empire sur nos cœurs que l'amour surnaturel que nous devons à Dieu. Cette disposition sans doute naît de notre état de déchéance, mais aussi de notre lâcheté à faire triompher la grâce en nos âmes. Nous refusons d'immoler à Jésus nos idées, nos caprices, nos aversions, nos répugnances, jamais nous ne laissons l'Esprit-Saint agir en nous avec pleine liberté. Trop souvent nous oublions que la solide vertu, fruit des sou f. frances de l'Enfant-Dieu, ne peut se 'greffer sur notre nature déchue, sans les incisions de l'abnégation de nous-mêmes.

■Ne faut-il pas, en effet, que l'humilité ou le support des humiliations coupe au vif dans notre orgueil, notre vanité, nos prétentions sans cesse renaissantes ? N'est-il pas nécessaire que l'attachement au monde et à son estime, la recherche des satifactions et des plaisirs des sens, la passion du bien-être et de l'indépendance en tout, soient remplacés dans nos cœurs par le goût de la solitude, du silence et de l'oraison ; par l'esprit de pénitence et de mortification ; par le désir constant d'obéir et de nous unir en tout à la volonté de Dieu ? — A ce prix, notre âme deviendra sensible aux attraits de l'amour divin. La pensée de rétable où Jésus est né, de la crèche où il repose, du tabernacle où il habite jour et nuit, cette pensée nous attendrira comme les saints, et nous fera produire les actes du plus ardent amour envers un Dieu qui pousse la tendresse jusqu'à devenir Enfant et Prisonnier dans l'intérêt de notre salut.

0 Jésus, la Sainteté même ! vous ne régnez pas entièrement dans une âme où dominent des habitudes de fautes légères, d'impatience, de médisance, de critique, de résistance à vos représentants. Accordez-moi donc la victoire sur moi-même et sur tous mes défauts. Faites-moi trouver mes délices à penser à vous et à m'entretenir constamment avec vous. A cette fin, je suis résolu : 1° De former souvent des actes d'amour envers votre bonté infinie. 2° De vaincre en moi tous les obstacles à la vie de recueillement et d'oraison.

12 4 Janvier.— effets salutaires de la naissance du sauveur.

4 JANVIER. — Effets salutaires de la naissance du Sauveur.

Préparation. — Salomon disait de la Sagesse incrééc : « Tous les biens me sont venus avec elle.1 » Considérons 1° Les trésors spirituels que la Sagesse incarnée nous a procurés. 2° Comment nous pourrons répondre à tant de fruits. — Proposons-nous de vivre habituellement recueillis, afin de mieux profiter des grâces de chaque heure, de chaque instant. Car on exigera beaucoup, dit saint Grégoire, de ceux qui ont beaucoup reçu. Cum enim augentur dona, rationes etiam crescunt donornm.

lo Biens que nous procure l'enfant jésus.

Le premier don que nous apporte en naissant le Verbe incarné, est celui de la foi. Qui jamais nous en fera comprendre le prix? N'est-ce pas en effet la foi qui nous révèle les mystères de l'autre vie? Etant comme un rayon de la sagesse de Dieu, elle illumine notre entendement et l'élève au-dessus de tout ce qui est créé. Quelles distances incommensurables ne nous fait-elle pas franchir, lorsqu'elle nous transporte de la terre au ciel, de la créature au Créateur, de l'ordre de la nature à celui de la grâce, du temps qui s'écoule à l'éternité qui ne finira jamais.

Et la grâce que Jésus nous procure avec la foi, qu'est-elle en elle-même et dans ses effets? Elle est plus précieuse que des millions de mondes remplis de trésors. Elle est, en quelque sorte, dit saint Thomas, un nouvel être surnaturel ajouté à notre âme, et qui, nous élevant au-dessus de toute nature créée, nous rend semblable à la divinité. Prodige de grandeur, elle nous fait participer par ressemblance à la sainteté essentielle du Verbe divin; nous devenons ainsi les enfants adoptifs du Père céleste et les cohéritiers de Jésus. Qui pourrait assez remercier l'Enfant de Bethléem d'un si sublime privilège? Par là, toutes nos pensées, paroles, actions et souffrances sont comme divinisées et méritoires de la vie éternelle.

Pour nous conserver de si grands biens, le Verbe incarné fonde

(1) Sap. 7, 11.

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