EXCELLENCE DE LA VOLONTÉ DIVINE
La volonté divine en elle-même est infiniment parfaite, infiniment aimable; elle participe à la sagesse, à la puissance, à la sainteté de Dieu, ou plutôt, comme dit saint Alphonse, elle est Dieu lui-même. C'est cette volonté qui a créé l'univers et qui le gouverne avec une prudence et une science infinies. — De tout temps, elle fut l'objet de l'amour des Saints sur la terre, comme elle fait la joie et les délices des Bienheureux dans le ciel. Les âmes du purgatoire elles-mêmes, au sein des flammes qui les dévorent, ne peuvent cesser d'aimer la volonté qui les afflige et les purifie. Le ciel, sans le bon plaisir de Dieu, leur serait plus intolérable que leurs supplices. — L'enfer, dit saint Augustin, deviendrait un paradis, si l'on pouvait s'y conformer à la volonté toute parfaite du Créateur.
Que nous sommes donc aveugles de ne point découvrir ce trésor dans les peines qui nous arrivent ! Comme un diamant précieux se dérobe à nos yeux sous une enveloppe vile, ainsi se cache la volonté divine sous le voile des événements contraires à nos goûts. Elle se présente à nous, tantôt sous la forme d'une réprimande, d'un mépris, d'une confusion, tantôt sous les dehors de l'infirmité, de la maladie, de l'adversité. Pourquoi nous laisser tromper par les apparences? Jésus-Christ n'est-il pas aussi adorable sous les haillons d'un pauvre, que sous la pourpre d'un roi? Ne le vénérons-nous. pas dans l'Eucharistie, aussi bien quand un tabernacle grossier le renferme, que lorsqu'un chef-d'œuvre d'art l'offre à nos hommages ? De même, au fond de nos épreuves si amères, si désagréables à la nature, sachons trouver et goûter le miel délicieux du bon plaisir de Dieu. Lui seul doit être à jamais l'objet de notre estime et de notre amour. Car la volonté divine n'a pas moins d'excellence dans les revers que dans les succès; elle n'est pas moins digne de nos respects et de nos affections, quand elle nous afflige que lorsqu'elle nous console.
Tels sont les principes, ô Jésus! qui vous ont toujours dirigé! Toujours la volonté du Père céleste fut votre nourriture, votre
(1) Esdr. 7, 13.
j'oie, votre vie. Accordez-moi ia grâce de lui rester uni comme vous et avec vous : 1° En exécutant tous ses ordres, qu'ils soient pénibles ou agréables. 2° En me soumettant à toutes les dispositions de la divine Providence.
2o Motifs de soumission a i,a volonté divine.
Une des grandes causes de nos murmures contre la volonté de Dieu, ou de notre manque de résignation dans les contrariétés, c'est le contrôle que se permet notre jugement sur les arrangements de la Providence divine. Or, rien n'arrive ici-bas sans être prévu et conduit par une sagesse qui connaît et règle tout, jusqu'à la chute de l'un de nos cheveux. Nous ne devons donc jamais nous permettre des observations chagrines ou peu résignées sur les événements. Ceux-ci paraissent-ils contraires à notre bien? disons comme saint Alphonse disgracié par le Pape : « La volonté de Dieu rectifie tout; » elle tire le bien du mal et change même le mal en bien, quand nous lui sommes soumis. Une peine quelconque nous vaut toujours un poids immense de grâce et de gloire, quand nous l'acceptons avec patience.
S'il en est ainsi des épreuves de cette vie, combien plus quand il s'agit des prescriptions de I'obéissance, où le bon plaisir divin nous est encore plus manifeste ! N'hésitons jamais à nous y soumettre, comme à la volonté de celui qui a dit à tous les supérieurs légitimes : « Qui vous écoute m'écoute, et qui vous méprise me méprise.'1 » Rien de plus consolant, de plus rassurant que cette doctrine, qui s'applique même aux scribes et aux pharisiens revêtus de l'autorité, comme le déclare l'Évangile, et qui n'exclut pas les païens eux-mêmes, ainsi que saint Paul l'assure. « Enfants, dit-il aux premiers fidèles, obéissez dans le Seigneur à vos parents ; serviteurs, obéissez à vos maîtres (même idolâtres), avec crainte et tremblement, dans la, simplicité de votre cœur, comme à Jésus-Christ.2 »
Obéir à ceux qui nous commandent, c'est donc accomplir le bon plaisir de Dieu. Ce motif est à la fois suffisant : 1° Pour nous faire voler, comme les Anges, où l'obéissance nous appelle ou nous envoie. 2° Pour nous faire accepter avec amour toutes les peines de cette vie.
(i) Luc. 10, 10. (2) Eph. 6, 1-G.