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MOIS DE FÉVRIER

SEPTuagesimr. dimanche. - Le service de Dieu.

Préparation. — Dans l'Evangile du jour, le Seigneur nous envoie comme des ouvriers travailler à sa vigne ou à son service. Nous méditerons donc : 1° L'excellence du service de Dieu. 2° Ses riches récompenses. — Nous formerons ensuite la résolution d'accompagner toutes nos actions d'une intention surnaturelle et d'oraisons jaculatoires fréquemment répétées, afin de sanctifier notre vie, comme Dieu l'exige de nous. Ilœc est voluntas Dci, sanctificatio vestra.1

]° ExCEI.LBNCE DU SERVICE DR DIEU.

L'Evangile d'aujourd'hui nous représente le Seigneur, comme un père de famille qui loue des ouvriers, et les envoie travailler à sa vigne ou à son service.2 Quel honneur pour ces ouvriers d'être appelés par le Roi des rois, à un emploi si noble que de le servir! On se fait gloire dans le monde d'être au service des princes de la terre; mais quel monarque peut être comparé au Créateur de l'univers ? et quoi de plus honorable que de lui obéir? n'est-ce pas l'office des Anges dans le ciel? et c'est pour nous ici-bas la source de toute grandeur et de toute vraie liberté.

Saint Ambroise regardait le service du Seigneur, comme la plus haute des dignités ; et saint Augustin l'appelle une royauté. Quoi de plus royal, en effet, que de s'affranchir du joug honteux du péché, de l'esclavage du monde, de l'enfer et des passions? et pourquoi? pour devenir les enfants du Roi immortel et participer

(')Les Méditations sur la confiance, vertu spéciale à pratiquer pendant ce mois, sont placées parmi les premières méditations supplémentaires, lesquelles commencent toujours en février. (Voyez page 308, etc.)

(1) 1 Thess. 4, 3, (2) Matth. 20,

à sa divinité, même dès cette vie, avant de partager en l'autre son éternel royaume. Se peut-il de royauté plus sublime? — Les dehors sans doute en sont vils aux yeux des partisans du siècle. Aussi l'Evangile compare le service de Dieu à une vigne, arbre faible et abject en apparence, mais dont les produits se servent sur la table des riches, des princes, des monarques. Nos âmes, en servant Dieu, s'attirent le mépris du monde, mais combien ne sont-elles pas fécondes en vertus et en mérites ! et quelle assurance intime elles ont de s'asseoir un jour à la table du Roi de gloire dans la Jérusalem céleste !

En nous donnant la raison et la foi, le Seigneur nous appelle à son service. Or, le servir, c'est obéir, obéir : 1° A ses préceptes, qui nous ordonnent de fuir le péché et d'assujettir la chair à l'esprit. 2° A son Eglise, qui nous recommande la prière, les sacrements et tout ce qui regarde le culte divin. 3° A nos supérieurs légitimes, à leurs intentions, à leurs désirs, en esprit d'humilité et de sacrifice. 4° A la grâce, à ses reproches, à ses attraits, à ses inspirations, en toute docilité. — Est-ce ainsi que vous vous efforcez de servir Dieu ?

0 Jésus ! éloignez de moi l'esprit du siècle, esprit léger, égoïste, tout entier à la terre, et communiquez-moi votre esprit, esprit sérieux, dévoué, tout occupé des choses du salut. Faites-moi toujours considérer votre divin Père comme un Maître plein de charité, qui demande peu, donne beaucoup et facilite, par sa grâce, l'observation de ses commandements. Je suis résolu de plutôt mourir que de l'offenser ou de résister à ses volontés, même en choses légères.

2o Comment dieu récompense ses serviteurs.

L'honneur de servir un maître tel que Dieu devrait nous paraître un salaire au-dessus de nos services ; mais le Seigneur, infiniment généreux, ne s'en contente pas : « Allez-vous-en travailler à ma vigne, dit-il aux ouvriers, et je vous donnerai une récompense convenable. » Mais combien cette récompense l'emporte sur toutes nos prévisions ! Sans parler des joies pures, des ineffables consolations et des dons inappréciables dont Dieu nous comble ici-bas, quel ne sera pas le royaume signifié par le denier payé aux ouvriers, à la fin de leur journée ou à la fin de notre vie !

Ce qu'en disent les Saints surpasse ce que nous pouvons en

concevoir. « Si nous étions nés au commencement du monde, dit saint Bernard, et que nous eussions vécu même cent mille ans, nous n'aurions pas encore travaillé en proportion de la béatitude qui nous attend au ciel. » Et cette béatitude si étonnante, si incompréhensible, ô mon Dieu ! vous nous la promettez en retour du travail de quelques années à votre service! ô générosité sans bornes ! — « La félicité des élus est si grande, dit saint Augustin, que c'est peu, pour l'obtenir seulement un jour, de renoncer à d'innombrables années de plaisirs. » Et vous, Seigneur, vous nous l'assurez pour toute l'éternité, et à quel prix? au prix de quelques actes de renoncement à nous-mêmes, au monde et au péché. O charité toute divine! ô bonté inépuisable! comment assez vous louer, assez vous remercier ?

« S'il nous fallait mourir mille fois par jour, dit saint Jean Chrysostome, souffrir même les tourments de l'enfer, ce ne serait pas acheter trop cher le bonheur d'être compté parmi les élus. » Pouvons-nous concilier, avec ces sentiments des Saints, notre horreur des souffrances, notre lâcheté dans la prière, notre faiblesse à nous vaincre, notre inconstance dans la ferveur et nos négligences si fréquentes dans le service d'un Maître si généreux?

Parmi les ouvriers du père de famille, tous ont reçu la même récompense ou le ciel, quoiqu'ils fussent arrivés à des heures différentes ; car tous avaient bien employé le temps qui leur était donné. — Ce n'est pas le nombre des années passées à servir Dieu, qui pèse dans sa balance divine, mais le bon emploi qu'on en fait et la fidélité qu'on apporte à accomplir ses desseins. Voyez donc où vous en êtes dans la réalisation de ces deux conditions.

0 mon Dieu ! inspirez-moi le courage de les remplir : 1° En ne perdant pas un instant du temps qui m'est accordé pour me sanctifier. 2° En suivant sans relâche la conduite de l'obéissance et la direction de l'Esprit-Saint dans la recherche de votre amour et l'exécution de vos volontés.

septuagésime. lundi. — Moyens de servir Dieu parfaitement.

Préparation. — Les Ames qui souhaitent ardemment d'arriver à la perfection du service de Dieu, peuvent en abréger la route : 1° Par l'esprit d'oraison. 2° Par le support paisible des peines de chaque jour. — Le fruit de cette méditation sera de nous porter à remplir tous nos devoirs avec l'onction de la piété et le baume de la mansuétude, -selon la pensée de l'Esprit-Saint. In mansuetudine opéra tua perfice.[

lo L'esprit d'oraison, moyen de servir dieu parfaitement.

La perfection évangélique se résume dans I'union de notre âme avec Dieu. Or, aspirer à cette union par l'oraison est une voie directe et facile qui conduit au but désiré. Nous sommes, en effet, par là plus éclairés sur les moyens d'assurer cette union et en même temps plus affermis dans la résolution de les réduire en pratique. En nous mettant en communication avec Dieu, l'oraison nous attire les rayons célestes, qui dissipent nosténèbres, guérissent notre ignorance, réforment nos préjugés. Nous y apprenons que tout est vanité, excepté aimer et servir le Seigneur ; que notre âme immortelle ne peut se rassasier de biens et de plaisirs passagers; qu'il lui faut la connaissance d'elle-même et de Dieu ; la noblesse de la grâce, le bonheur éternel promis à la vertu. — A l'école de l'oraison, le mystère de la croix, scandale aux juifs, folie aux gentils, devient pour nous comme un flambeau. Il nous montre la grandeur, la sagesse, la justice, la sainteté et la charité sans bornes du Père éternel, qui sacrifie son Fils unique pour effacer nos péchés, nous préserver de l'enfer et nous ouvrir le ciel. 0 science précieuse de l'oraison ! que tu nous apprends bien les vérités qui nous font aimer et servir Dieu sans réserve!

Elle nous aide beaucoup aussi à les mettre en pratique. Par elle nous obtenons cette onction intérieure, qui nous fait prendre en dégoût le monde, ses jouissances, son luxe et ses maximes, pour nous appliquer plus sérieusement à l'accomplissement de nos devoirs. Elle nous prémunit contre les séductions des sens,

(1) Eccli. 3, 19.

les tentations de la chair et du démon, et nous arme contre nous-mêmes, de peur que, devenant les esclaves de nos perchants, nous ne cessions d'être les serviteurs de Dieu. Et quelle vigueur ne communique-t-elle pas à notre volonté, en la pressant de prier sans relâche, d'obéir sans résistance, de pardonner au prochain, de le traiter avec bienveillance, de le supporter avec douceur! Quelle sainteté elle nous fait acquérir, en nous rendant fidèles à la grâce, en nous remplissant de saints désirs et de bonnes résolutions, qui entretiennent en nous la ferveur! L'esprit d'oraison est donc un très grand moyen de servir parfaitement notre aimable Créateur.

0 mon Dieu ! je veux me dévouer à votre service, à l'aide des ressources de l'oraison. Je suis résolu d'y recourir le matin, le soir, dans la journée, en toutes mes occupations, comme dans mes loisirs. Nourrissez mon esprit par la pensée de votre présence et par le souvenir des vérités qui sanctifient. — Fortifiez mon coeur au moyen de pieuses affections, d'actes de contrition, de confiance, d'amour et de demande, qui me tiennent sans cesse uni à vous de la manière la plus intime, la plus forte et la plus suave.

*o Support des peines, grand moyen de servir dieu parfaitement. .

C'est l'oraison, dit sainte Thérèse, qui nous aide à souffrir patiemment, mais ce sont les souffrances bien supportées qui complètent l'œuvre de notre sanctification ; et pourquoi ? parce qu'elles font mourir en nous l'égoïsme, l'amour-propre et tous les penchants pervers qui en sont la suite. Saint Jacques assure de même que la patience achève de nous rendre de vrais serviteurs de Dieu. Patienlia opus perfectum habet.x

'Et en effet, la croix est comme un douclier qui pare les traits de nos ennemis : l'humiliation repousse les flèches empoisonnées de l'orgueil ; la privation écarte celles de la sensualité ; la perte des biens émousse les traits acérés de l'avarice et de la cupidité ; la maladie éteint les dards enflammés de la concupiscence ou de la convoitise, source de tant de péchés. — En outre, que d'occAsiONs de vertus ne nous fournissent pas les tribulations et les épreuves de cette vie ! occasions do soumission à Dieu , d'abnégation de nous-

(1) Jac. t, 4.

mêmes, de détachement du monde et des biens passagers; occasions d'expier nos péchés, de nous mortifier, de faire pénitence; occasions enfin d'acquérir une sainteté consommée, d'amasser des mérites et de nous assurer ce poids immense de gloire éternelle que l'Apôtre promet à ceux qui souffrent patiemment ici-bas. — Il nous importe donc beaucoup de pratiquer la résignation en tout temps et en toute circonstance.

Pour y parvenir, considérons que rien n'arrive ici-bas sinon par la volonté ou par la permission d'un Dieu infiniment sage et infiniment bon, qui règle tout selon notre vrai bien ou notre salut. — Persuadons-nous de plus que la croix est un signe de l'amour que Dieu nous porte, comme nous le voyons en Jésus, en Marie, dans les saints et les martyrs. Au lieu donc de nous attrister de nos revers et des contrariétés de chaque jour, ne devrions-nous pas nous en réjouir, comme de précieux moyens de nous rendre agréables à Dieu ?

D'ailleurs, en les acceptant avec chagrin, nous les endurerons moins facilement ; car alors nous y ajoutons l'amertume de notre impatience qui les augmente. Au contraire, en les recevant avec soumission, nous les rendons légères : « Dès qu'on s'est décidé à souffrir, s'écrie sainte Thérèse, la peine est finie. » Bien plus, le Sauveur promet une manne cachée, une suavité intérieure à qui triomphe de soi pour se résigner.1 Souvent par là les afflictions sont plus douces aux élus que les plaisirs aux pécheurs, et l'ame pieusement soumise trouve des fleurs sous les épines, tandis que l'àme impatiente et mondaine rencontre des épines, même sous les fleurs.

0 mon Dieu ! vous savez quelles croix me seront utiles, envoyezles-moi ; je les accepte sans raisonner, me remettant totalement entre vos mains. Je m'unis à Jésus et à Marie sur le Calvaire, et je me propose : 1° De m'exercer dans l'oraison, à embrasser d'avance toutes les peines qu'il vous plaira de m'envoyer. 2° De placer dans votre volonté toute ma joie, ma force, mon espérance et ma vie, afin de n'être troublé de rien, ni impatienté par aucune épreuve, par aucune affliction.

(1) Apoe. 2, 17.

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