‹ Meditations pour tous les jours de l'anneeChapitre 29 sur 258 · H JANVIER. — LES MAGES A BETHLÉEM ET LEUR RETOUR · texte numérisé non relu

H JANVIER. — LES MAGES A BETHLÉEM ET LEUR RETOUR

qui éloignent de votre amour. Soyez désormais le seul Bien-Aimé de mon âme, le confident continuel de ses secrets les plus intimes, et faites qu'elle trouve un paradis à s'entretenir intérieurement et constamment avec vous, soit dans les églises où vous habitez, soit même au milieu du monde où l'embarras des affaires ne devrait point me distraire de vous. Et esse cum Jesu, didcis paradisus.

2° Retour des mages dans leur pays.

Quel progrès ne firent pas les saints Rois dans la perfection, pendant le peu de temps qu'ils passèrent a Bethléem ! Comme les Apôtres sortant du Cénacle après dix jours de retraite, ils étaient remplis de l'Esprit de Dieu, pénétrés de joie, et d'un saint désir de faire connaître partout les merveilles qu'ils avaient vues, les vérités qu'ils avaient comprises, les mystères qui leur avaient été révélés. Enfin ils se décident à quitter ces lieux bénis où ils avaient reçu tant de grâces. Qui pourrait dire combien furent touchants leurs adieux; avec quelle tendresse ils baisèrent les pieds de l'Enfant divin, et avec quelle docilité ils écoutèrent les derniers avis de Marie et de Joseph, qui les confirmèrent dans la foi et les remplirent de la résolution d'y persévérer jusqu'à la mort?

Us quittent Bethléem, mais à regret, comme nous devrions agir nous-mêmes dans nos visites à Jésus. En retournant dans leur pays, ils prennent un autre chemin, nous enseignant ainsi à ne jamais converser avec Jésus dans nos églises, sans en devenir meilleurs. — Arrivés dans leurs foyers, ils n'ont rien de plus empressé que de publier la naissance du Messie promis, et de gagner des disciples à Jésus. Leur conduite confirme leurs paroles. Autour d'eux, on est ravi d'admiration de les voir si humbles, si patients, si charitables, si recueillis, si assidus à la prière, si pleins de ferveur pour propager la vraie croyance au Messie.

Voilà ce que devrait aussi opérer en nous le contact fréquent de notre âme avec Jésus. Nous trouvons, en effet, dans nos sanctuaires, ce que les Mages ont rencontré à Bethléem : 1° De saints avis sortis de la bouche des prêtres, au confessionnal et en chaire. 2° De doux entretiens avec Marie et Joseph, dans leurs images. 3° Des grâces sans nombre de la part du Sauveur présent sur l'autel ou dans nos tabernacles. Plus heureux même que les Mages, nous pouvons le posséder souvent dans nos cœurs par la

sainte Communion ; et alors que de lumières, de faveurs précieuses ne nous accorde t-il pas !

Etes-vous fidèle à correspondre à ces grâces? Quand vous revenez de l'église, s'aperçoit-on à votre air modeste et recueilli, que vous avez visité Jésus, assisté au divin sacrifice et participé au céleste banquet? Votre humeur chagrine, votre impatience habituelle ne contrastent-elles pas avec la douceur ineffable de l'innocent Agneau que vous avez visité où reçu, et à qui peut-être vous avez promis de pratiquer la patience, le silence et la mansuétude dans toutes les contradictions et contrariétés ?

0 Jésus, source inépuisable de biens ! inspirez-moi désormais plus de ferveur dans la dévotion à votre adorable Sacrement, afin qu'à l'exemple des saints Rois je retire, de votre doux commerce, les plus précieux fruits de vie intérieure et de solides vertus. Per aliam viam reversi sunt in regionem suam.

12 janvier. — Le baptême de Jésus.

Préparation. — Dans le mystère de l'Epiphanie, l'Eglise ne célèbre pas seulement l'adoration des Mages, mais encore le baptême du Sauveur. Considérons donc 1° Ce baptême en luimême. 2° Les leçons d'humilité et de pureté qu'il nous donne. — Dans cette méditation, réveillons en nous la grâce baptismale, qui nous est accordée pour triompher du péché, de l'orgueil et des convoitises sensuelles. ConsepuUienim sumus cum Mo per baptismum in mortem.*

lo Baptême de jésus-christ.

En voulant être baptisé par saint Jean-Baptiste, sur les bords du Jourdain, le Sauveur accomplit plusieurs ministères : d'abord, il sanctifie l'eau, qui doit être la matière de notre baptême ; il lui communique une efficacité merveilleuse pour nous ôter toute tache, quand elle est jointe aux paroles requises. Ensuite il nous donne l'exemple d'une sincère pénitence. On vit alors un grand prodige : le Fils unique du Créateur aux pieds de sa créature, (c C'est moi, lui dit saint Jean, qui dois être baptisé par vous. —

(1) Hoiii. 6, 4.

Laissez-moi faire, répond le Sauveur, je dois accomplir ainsi toute justice,1 » c'est-à-dire pratiquer toute vertu, sans excepter celles qui conviennent aux pécheurs repentants. 0 admirable anéantissement d'un Dieu !... Jean obéit, et confère à l'innocence même le baptême de la pénitence.

En ce moment les cieux s'ouvrent : le Saint-Esprit apparaît sous la forme d'une colombe, reposant sur l'Homme-Dieu, et l'on entend une voix du ciel qui nous dit : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis mes complaisances. » — Enseignement solennel, où se révèle à nous le grand mystère de l'adorable trinité : le Père qui parle, le Fils qui est baptisé, et l'Esprit-Saint qui prend la forme ou l'apparence d'une colombe !

Le Père déclare qu'il met ses complaisances en son Fils. Pourrions-nous placer les nôtres ailleurs qu'en Jésus ? Il est l'image substantielle du Père, le miroir sans tache de la divinité, et il réunit dans sa personne toutes les perfections du ciel et de la terre. Qui donc mieux que lui mérite nos affections ? Trouvez un roi, un prince, un père, un frère, un ami qui l'égale en amabilité et soit aussi digne de votre amour. Quoi ! il ravit les Anges, les Saints, le Père céleste lui-même, et il ne saurait vous ravir ? 0 cœur étroit et avare, à qui Jésus ne suffît pas !

En reposant comme une colombe sur la tête sacrée de l'Homme- Dieu, que nous indique l'Esprit-Saint, sinon la mansuétude qui caractérise notre aimable Rédempteur ? Ce n'est point un monarque, un conquérant, un juge; c'est un Sauveur; c'est celui qui nous dira bientôt : « Apprenez de moi que je suis doux. » Apprenez de moi à supporter les défauts du prochain, son humeur, sa rudesse, ses impatiences, son manque de délicatesse et d'éducation ; apprenez de moi à lui pardonner ses torts, comme je vous pardonne si souvent les offenses que vous me faites. — Ainsi nous parle déjà Jésus. Sommes-nous dociles à sa voix et disposés à lui obéir ? 0 mon divin Maître ! combien de fois je résiste à vos lumières, qui me pressent d'être doux envers mes semblables, envers les événements et envers moi-même pour ne point perdre la paix ! Accordez-moi l'esprit de pénitence, qui me fasse renoncer à tout ce qui n'est pas vous, comme je l'ai promis dans mon baptême. Que toutes mes pensées, toutes mes attentions, tout mon amour se reposent constamment en vous, -en vous qui êtes l'objet de toutes les complaisances du ciel et des âmes pures.

(1) Malih. 5, 15.

2o Leçons qub nous donne le baptême de jésus.

Qui ne serait touché de ce combat d'humilité, qui s'élève sur le bord du Jourdain, entre le Sauveur des hommes et son précurseur saint Jean? Jésus se môle à la foule des publicains, qui viennent demander le pardon de leurs crimes. Jean-Baptiste s'étonne de voir son divin Maître parmi les pécheurs; mais son étonnement redouble, quand il l'entend lui demander le baptême des pénitents. « Quoi ! s'écrie-t-il, moi vous baptiser? moi qui ne suis pas digne de dénouer les cordons de vos souliers! Oh ! non, Seigneur, je ne le ferai jamais. »

Admirons l'humilité du disciple; mais combien plus admirable est celle du Maître ! elle force Jean-Baptiste à baptiser le Fils unique de Dieu, comme le dernier des mortels et même comme le plus grand des pécheurs. — Ah ! que ne voyons-nous souvent, parmi les hommes, ces luttes d'une humilité sincère ! Mais, hélas ! on lutte pour I'emporter, pour se distinguer des autres et leur être préféré. On discute avec prétention, avec entêtement, et pourquoi ? parce qu'on veut par orgueil triompher de son adversaire, et cela aux dépens de la charité, parfois même de la vérité.

En se laissant baptiser dans les eaux du Jourdain, le Rédempteur, pureté infinie, veut nous apprendre à ne jamais nous lasser de purifier notre cœur par le repentir, ni de combattre en nous tous les germes du péché, par la répression de nos penchants, de nos instincts pervers. Peut-être nous croyons-nous purs, parce que nous ne remarquons pas de fautes notables dans notre conduite. Mais la sainteté divine n'en juge-t-elle pas autrement? Ne voit-elle pas dans notre âme des intentions terrestres, des recherches de nous-mêmes, des retours d'amour-propre, des sentiments peu nobles et peu conformes à la perfection ? Et cette inconstance de caractère qui nous porte, tantôt à la tristesse et au découragement, tantôt à la dissipation et à la présomption, n'est-elle pas en nous la source de beaucoup de fautes ? La vie imparfaite et immortifiée que nous menons suffit, à elle seule, pour souiller nos cœurs appelés à la sainteté. Purifions-nous donc souvent dans le sacrement de pénitence, ou bien formons de cœur des actes d'amour et de contrition.

0 Jésus ! je suis sensiblement affligé de vous avoir tant de fois offensé, malgré les promesses si formelles de mon baptême. Par l'intercession de votre très sainte Mère, accordez-moi l'esprit

d'humilité et de componction, afin que, dégagé des liens de l'orgueil et du péché, je commence une vie nouvelle, une vie toute conforme à vos enseignements et à vos exemples. Consepidti enim similis cum Mo per baptismnm in mortem, ut in novitate vitce ambulemus.

13 janvier. — Le baptême nous unit à Jésus.

Préparation. — Après avoir médité le baptême du Sauveur, considérons les effets de celui que nous avons reçu : 1° Il nous revêt de Jésus comme d'un vêtement. 2° Il nous oblige à imiter ses vertus. — Examinons si ce sont là nos désirs sincères de ressembler à l'Homme-Dieu, par une vie humble, mortifiée, résignée, toute conforme à sa doctrine et à ses exemples. Qiiicumque enim in Cliristo baptizati estis, Christian induistis.1

1° Le baptême nous revêt de jbsus.

Le péché nous avait enlevé le vêtement de la grâce ainsi que les vertus et les dons surnaturels qui en faisaient l'ornement. Mais, par le baptême, cette grâce nous a été restituée, et avec elle la vie, les inclinations, les dispositions du Sauveur. Aussi l'Apôtre a pu dire : « Vous tous qui avez été baptisés dans le Christ, vous êtes revêtus de Jésus-Christ. »

Ces paroles nous apprennent que, par les mérites du Rédempteur, le baptême nous a procuré les plus précieux trésors : 1° Il nous a inoculé l'horreur du mal et l'amour du bien. 2° Il nous a dotés de foi, d'espérance, de charité, des autres vertus surnaturelles qui nous unissent et nous rendent semblables à Jésus. 3° Les dons de l'Esprit-Saint dont le Sauveur possède la plénitude, nous y ont été conférés. 4° La filiation même du Fils unique de Dieu nous y a été communiquée, au point que nous participons à son esprit, et, par ressemblance, à sa nature divine elle-même. 0 mystère vraiment ineffable et qui devrait nous faire tressaillir !

«Comme la goutte d'eau mêlée au vin se perd en ce dernier, en

(l)Gal. 3, 27.

prend la saveur et la couleur; comme le fer embrasé quitte sa première forme et s'assimile au feu ; comme l'air resplendissant des rayons du soleil, en est tout pénétré, et nous les transmet avec un éclat semblable à celui de l'astre du jour; ainsi, dit saint Cyprien, les âmes unies à Jésus par la grâce du baptême, sont revêtues de lui, vivifiées par lui, et rendues en quelque sorte d'autres lui-même. » 0 sublimité ! la créature revêtue de son Créateur, l'ignorance éclairée par la Sagesse incréée, la faiblesse et le néant, participant à la puissance et à l'être infinis du Verbe incarné! Oh ! que tant de grandeur et de privilèges nous obligent à aimer Jésus!...

Examinez si vous lui êtes toujours uni et si jamais vous ne le contristez par vos fautes, vos négligences, votre tiédeur et vos infidélités. Prenez garde que la dissipation, l'irréflexion, le manque d'esprit de prière ne vous fassent agir par nature, par goût, par inclination et caprice, au lieu de vous conduire par les principes de la foi, par les attraits de la grâce et les lois de la sainteté.

0 Jésus ! faites mourir en moi tout ce qui vient du démon el des passions immortifiées, afin que mon intérieur, se revêtant des sentiments qui vous animent, je puisse, selon les promesses de mon baptême, haïr ce que vous haïssez et aimer ce que vous aimez. QuicumqueeniminCliristobaptizatiestis, Chrislumindwstis.

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