‹ Meditations pour tous les jours de l'anneeChapitre 75 sur 258 · CARÊME. DEUXIÈME SEMAINE. MARDI. — DE LA MÉDITATION · texte numérisé non relu

CARÊME. DEUXIÈME SEMAINE. MARDI. — DE LA MÉDITATION

toutes vos actions? Ces fruits précieux d'une oraison fervente, les avez-vous toujours recueillis ?

0 mon Dieu! quels trésors de grâces n'ai-je pas perdus, en omettant mon oraison, ou en la faisant avec négligence ! Par les mérites de Jésus, de Marie et de Joseph, priant et méditant à Nazareth, accordez-moi le courage : 1° De m'appliquer sérieusement tous les matins à ce pieux exercice et d'en retirer beaucoup de fruit. 2° D'en emporter chaque fois quelque sainte pensée, quelque salutaire affection ou résolution qui nourrisse mon âme pendant tout le jour. Beatus vir qui meditabitur die ac nocte.

carême, deuxième semaine, mardi. — De la méditation.

Préparation. — Afin de profiter de l'oraison, il importe, surtout pour les commençants, d'accompagner leurs affections de réflexions sérieuses. Car : 1° Selon saint Alphonse, une seule maxime bien méditée suffit pour faire un saint. 2° L'expérience confirme cette assertion. — « La terre est remplie de maux, s'écriait le Prophète, parce qu'il n'est personne qui réfléchisse dans son cœur, » c'est-a-dire qui s'applique à penser efficacement aux vérités du salut. Quia radius est qui recogitet corde.*

]o Une maxime bien méditée peut nous sanctifier.

Il ne nous est pas utile, dans l'oraison, de parcourir toute la série des vérités de la foi, de voltiger d'une pensée à l'autre, sans nous arrêter à aucune. Nous devons plutôt choisir, comme l'abeille industrieuse, la fleur ou la maxime qui renferme pour nous le suc vital le plus substantiel ou le plus capable de nourrir notre intelligence et de fortifier notre volonté. Tel est en réalité le but de l'oraison : réconforter notre vie intérieure, plutôt que de contenter la curiosité de notre esprit. Comme les rayons d'un cercle se réunissent au centre, ainsi tous les mystères de notre foi se concentrent en Dieu. On ne peut donc approfondir une vérité quelconque, sans rencontrer les autres, et sans arriver ainsi à la Divinité, centre de tout bien et de toute perfection.

Tant que saint François Xavier entendit superficiellement les

(l)Jer. 12, 11.

CARÊME. bEUXIÈME SEMAINE. MARDt. — Î)E LA MÉDltATION. 147

exhortntions de saint Ignace, il en fut très peu touché; mais dès qu'il eut mûrement approfondi cette parole tant de fois répétée : « Que sert à l'homme de gagner l'univers, s'il perd son âme? » P quitta tout et se donna pleinement à Dieu. Cette seule maxim( bien méditée en fit un apôtre et un saint. — « Qu'est-ce que cela pour l'éternité ? » se disait, dans les difficultés, saint Louis de Gonzague; et cette sentence appliquée à sa conduite en fit un ange et un séraphin. — Saint Alphonse ne devint lui-même un prodige de vertu que par ce cri intérieur dont il avait saisi le sens pratique : « Aimons un Dieu qui nous a tant aimés. » Ces seuls mots expliquent son horreur du péché, son ardeur pour la pénitence, son héroïque patience dans les maladies et son zèle dévorant du salut des âmes.

Vous vous plaignez de manquer de dévotion dans vos exercices pieux, et de ferveur pour servir Dieu. Est-ce étonnant? Vous faites si légèrement vos lectures, vos méditations, vos prières vocales ! Vos affections et vos résolutions, n'étant point le résultat de réflexions sérieuses, ne jettent point en vous des racines profondes; et de là votre langueur, votre vie naturelle et routinière. «Bienheureux, dit l'Esprit-Saint, l'homme qui médite jour et nuit la loi du Seigneur! Semblable au palmier planté le long des eaux et dont le feuillage est toujours vert, il reçoit abondamment les grâces divines, — y correspond fidèlement — et produit des fruits de vertus en toute occasion.1 »

0 mon Dieu ! ne permettez pas, comme il arrive souvent, que je passe trop tôt de la méditation ordinaire, à l'oraison affective, qui est un don de votre grâce; mais inspirez-moi les plus sérieuses réflexions sur ma fin dernière, l'importance du salut, le prix du temps et la durée de l'éternité qui suivra cette vie si courte. Faites-moi toujours agir et souffrir selon les sentiments que devraient faire naître en moi des vérités si sanctifiantes.

2° Applications de la vérité méditée.

Saint François d'Assise, étant sur le mont Alvérne, fut aperçu tout environné de lumière ; et on l'entendait s'écrier ; « Mon Dieu ! qui êtes-vous, et qui suis-je? » Cette parole lui suffisait pour continuer et prolonger son oraison. N'en soyons pas étonnés : cette

\\) Ps. 1,

Page 1