CAR. QUATR. SEM. SAMEDI. — OBÉISSANCE DE JÉSUS SOUFFRANT
Mais comment Jésus nous communique-t-il les mérites et les effets salutaires de son sang divin? Il le fait au moyen des sacrements. Le baptême, en nous régénérant, nous procure une nouvelle vie, qui n'est plus celle de Satan et du péché, mais la vie môme du Sauveur, c'est-à-dire la grâce acquise par l'effusion de son sang. — La pénitence nous lave de nos souillures, nous guérit de nos maux spirituels, et rétablit en nous la santé méritée par les blessures de l'Homme-Dieu. Cujus Uvore sanati sumus.* — L'Eucharistie achève l'œuvre de notre restauration, en nous faisant Boire, à la source môme de la vie, le sang qui nous a rachetés, purifiés, régénérés, et nous transmet les inclinations de l'Homme-Dieu, pour remplacer en nous celles de Satan. « J'aurais regardé comme un insigne bonheur, dit le bienheureux Henri Suso, d'avoir pu recueillir une goutte du sang de Jésus; et voici que par son sacrement d'amour, je reçois dans ma bouche, dans mon cœur et dans mon âme, tout ce sang précieux qu'adorent les anges du ciel. »
0 sang infiniment efficace ! chaque fois que je dois communier, préparez-moi vous-même à une si sainte action. Eteignez en moi le feu des convoitises sensuelles et sanctifiez mon corps et mon âme. Communiquez-moi plus de foi, de pureté, de confiance, de dévotion et de docilité, afin que Jésus, règne en moi et ne trouve dans ma volonté aucune ombre de résistance à ses désirs et à ses attraits.
carême, quatrième semaine, samedi. — Obéissance de Jésus souffrant.
Préparation. — Jésus n'a pas seulement racheté le monde par son sang, mais aussi par son obéissance, comme le dit saint Paul.2 Considérons : 1° Jusqu'où il a pratiqué cette vertu pendant sa Passion. 2° Quel en a été le fruit. — Nous formerons ensuite la résolution d'obéir à tous ceux qui ont autorité sur nous, afin d'honorer et d'imiter ainsi la soumission parfaite du Sauveur à son divin Père, à ses juges eux-mômes et a ses bourreaux. Factus obediens usqm ad mortem, mortem autem cruels.7'
(1) Is. 53. (2) Rom. 5, 19. (3) I Phil. 2, 8.
CAR. QUATIl. SEM. SAMEDI. — OBÉISSANCE DE JÉSUS SOUFFRANT. 1U7 1° Obéissance de jésus dans sa passion
« Le Sauveur, dit l'Apôtre, a obéi jusqu'à la mort, » c'est-à-dire à tous les instants de sa -vie mortelle, sans se départir jamais de cette conduite de dépendance et de soumission; « il a obéi jusqu'à la mort de la croix, » ce qui signifie qu'au milieu des tourments mêmes il est resté fidèle à l'obéissance. « Il a préféré perdre la vie, dit saint Bernard, plutôt que de perdre cette vertu. » — « Afin que le monde sache, disait-il à ses Apôtres, que j'aime mon Père et que je fais ce qu'il m'a commandé, levez-vous, et sortons d'ici.' » Où va donc le Sauveur, animé d'un tel courage ? il se rend au-devant de ceux qui ont résolu de le faire mourir.
Une cruelle agonie soulève bientôt en lui toutes les répugnances et les appréhensions de la nature. Au lieu de céder à ces terribles angoisses : « Mon Père ! s'écrie-t-il, non pas ma volonté, mais la vôtre!2 » Et il s'avance au-devant de ses ennemis, au-devant de Judas lui-même, pour se conformer aux décrets divins. — Pendant toute sa Passion, lui le Roi de gloire, le Souverain de l'univers, se soumet à ses juges iniques, à ses bourreaux inhumains. « II se livre tout entier, dit saint Pierre, à celui qui le condamne injustement.3 » — Isaïe nous le représente comme une brebis qu'on mène à la boucherie, comme un agneau silencieux devant celui qui le tond.
0 Jésus ! qui donc enchaîne ainsi votre puissance ? qui vous ferme la bouche pour ne point répondre à vos ennemis ? Ah ! vous l'avez dit vous-même à Pilate : « Tu n'aurais pas de pouvoir sur moi, si tu ne l'avais reçu d'en haut. 4 » C'est donc I'autorité divine, ô Jésus, qui vous retient ; c'est cette autorité que vous voyez dans vos juges, et que vous respectez jusque dans vos bourreaux. 0 divine obéissance! que tu nous enseignes bien à ne voir que Dieu dans ceux qui nous commandent en son nom !
Jésus enfin meurt sur la croix. Il avait dit : « J'ai gardé les préceptes de mon Père.5 » « J'ai achevé l'œuvre qu'il m'a confiée.6 » Ces protestations de fidélité à obéir, il les répète avant d'expirer, lorsqu'il s'écrie : « J'ai tout accompli,7 » Consummatum est. — Oh !
(1) Joan. 14, 31. (2) Luc. 22, 42. (3) I Petr. 2, 23.
(4) Joan. 19, 11. (5) Joan. 13, 10. (G) Joan. 17, 4.
(7) Joan. 19, 30.