‹ Meditations pour tous les jours de l'anneeChapitre 97 sur 258 · CAR. QUATR. SEM. SAMEDI. — OBÉISSANCE DE JÉSUS SOUFFRANT · texte numérisé non relu

CAR. QUATR. SEM. SAMEDI. — OBÉISSANCE DE JÉSUS SOUFFRANT

que nous serons heureux, si nous pouvons, avant notre dernier soupir, tenir le même langage, après avoir passé notre vie dans l'exercice d'une obéissance : 1° Surnaturelle ou animée par la foi. 2° Généreuse, ou à l'épreuve des difficultés et des répugnances. 3° Persévérante, c'est-à-dire qui ne se dément jamais jusqu'à la mort, même dans l'agonie la plus douloureuse ! Factus obediens usquc ad mortcm, mortem autant crucis.

2° Fruit de l'obéissance de jésus.

u II est impossible, dit l'Apôtre, que le sang des taureaux et des boucs efface nos iniquités. C'est pourquoi, dès son entrée en ce monde, le Sauveur a dit : Mon Père, vous n'avez plus voulu de victime ni d'offrande, ni d'holocauste offert en expiation du péché. Mais voici que je viens pour accomplir votre volonté.2 » Oh ! combien ce sacrifice de la volonté du Fils unique de Dieu fut plus agréable au Père céleste , que tous les sacrifices de l'ancienne Loi!

Aussi l'Apôtre ajoute que l'acte d'obéissance fait par le Sauveur, en acceptant la mort, fut précisément ce qui nous sanctifia.3 « Comme par la désobéissance d'un seul homme, dit-il ailleurs, beaucoup d'autres ont été faits pécheurs, ainsi, par l'obéissance d'un seul, qui est Jésus-Christ, beaucoup sont devenus justes.1 » En d'autres termes, c'est surtout l'obéissance du Sauveur qui nous a justifies et sanctifiés. Elle vaut donc plus que tous les sacrifices et les victimes. Mclior est enim obedienlia quam victimœ.*

Mais pour qu'elle opère efficacement en nous, il nous faut l'appliquer à notre âme en y joignant la notre. Et en effet nous participerons d'autant plus aux fruits de l'obéissance de Jésus, que nous serons, à son exemple, plus dociles et plus soumis. Et cette soumission, envers qui faut-il l'exercer, si ce n'est envers l'Eglise, dépositaire des mérites de l'Homme-Dieu, et envers tous ceux qui sont revêtus de l'autorité divine, à laquelle le Rédempteur a toujours obéi ?

Sainte Mechtilde, méditant un jour la Passion, dit à Jésus : « Seigneur ! apprenez-moi à vous honorer comme il faut. » Le Sau-

(1) Hebr. 10, 4-10 (2) Ibid.

(3) Rom. 5, 19. (4) 1 Reg. 15, 22.

veur lui répondit : ce Attachez-vous à l'obéissance en l'honneur de mes liens; soyez fidèle à garder vos règles pour l'amour de moi. Ne dites jamais, quoi qu'on commande : Cela n'est pas raisonnable. » Ainsi parla le divin Maître. — Ses paroles s'adressent aussi à nous : honorons ses liens, en enchaînant notre liberté à la volonté de nos supérieurs, aux devoirs de notre état, à tout ce que la grâce demande de nous.

Adorable Sauveur, communiquez-moi le courage de chercher en tout votre contentement et non le mien, votre bon plaisir et non ma propre satisfaction. Sous la protection de votre divine Mère, je prends la résolution : 1° D'éloigner de mon esprit toute pensée contraire ou nuisible à la perfection de l'obéissance. 2° De combattre constamment en moi les résistances de ma volonté dans l'exécution de ce qu'on me commande.

DIMANCHE DE LA PASSION. — Jésus souffrant.

Préparation. — Pendant ces quinze derniers jours du Carême, l'Eglise nous remet spécialement en mémoire la Passion de l'Hommc- Dieu. Considérons 1° Les motifs que nous avons de la méditer. 2° Les enseignements que nous pouvons puiser dans' un sujet si touchant. Nous profiterons de cette méditation pour réveiller notre ferveur dans la pratique du chemin de la croix, l'assistance à la Messe, et dans tous les exercices qui nous rappellent les souffrances du Sauveur. Recogitate eum, ut ne fatigemini animis vestris déficientes.1

1» Motifs dk méditer la passion.

Dès l'origine du monde, Dieu semble convier le genre humain à ne jamais oublier leur Rédempteur. Il le promet à nos premiers parents comme le Réparateur de leur ruine. D'âge en âge il rappelle son souvenir au moyen des sacrifices, des figures et des prophéties. Isai'e annonce si clairement les tourments de la Passion, qu'on le prendrait pour un évangéliste. Si donc, avant l'Incarnation, les douleurs du Messie futur étaient déjà l'objet de l'attention des Juifs, combien plus, nous chrétiens, ne devons-nous pas

(1) llcbr. 12, 5.

après la Rédemption, nous occuper avec amour des souffrances qui nous ont régénérés !

L'Eglise, chaque année, consacre^ Carême, surtout ces quinze derniers jours, à nous remettre en mémoire les scènes émouvantes de la Passion. Avec quels accents, depuis la Septuagésime jusqu'à Pâques, elle nous parle dans ses Offices : et de la prière de Jésus au Jardin des Olives, et de son couronnement d'épines, et de ses plaies adorables, et de son sang infiniment précieux ! La sépulture elle-même de son Epoux divin n'est point oubliée. Les vendredis et les samedis réveillent encore en nous ces souvenirs. Chaque jour en renouvelle même la réalité dans le sacrifice de nos autels, où la Victime du Calvaire s'immole mystiquement pour nos âmes.

Les croix que nous voyons dans le Lieu saint, sur les tombes des cimetières, au sommet des églises et de leurs tours, et souvent le long des routes publiques, ne semblent-elles pas nous crier à tous : « Pensez à votre Sauveur ?» — Nous formons sur nous tant de fois le signe auguste de notre Rédemption ; est-ce toujours avec respect, avec attention et avec fruit ? Souvent, dans nos maisons et ailleurs, nos yeux rencontrent l'image du Crucifix ; avons-nous soin de nous dire alors : « Voilà jusqu'où mon Dieu m'a aimé? »

0 Jésus, Jésus souffrant et mourant pour mon âme! comment puis-je vous oublier jamais ? Vous m'avez préservé de l'enfer et vous m'avez permis d'aspirer au ciel ; vous êtes mon refuge assuré contre les attaques de mes ennemis. Vos blessures sont un baume à mes plaies, et votre sang m'est un breuvage qui me restaure et me réconforte. Accordez-moi la grâce de parcourir souvent avec dévotion les stations du chemin de la Croix, les mystères douloureux du Rosaire, et d'y puiser les plus vifs sentiments de repentir de mes péchés, — de confiance en vos mérites — et de résignation dans toutes les peines de cette vie.

2° Enseignements que nous donne la passion.

Le mystère de Jésus souffrant nous facilite la croyance à tous les autres mystères. Qui mieux qu'un Dieu crucifié peut nous donner une haute idée des ineffables perfections des trois Personnes divines : du Père dont la justice, la grandeur et la sainteté exigent une telle réparation; du Fils dont la sagesse et la bonté éclatent si merveilleusement dans l'œuvre de notre réparation ; du Saint-

Esprit qui applique à nos Ames avec tant d'amour et de générosité les richesses inépuisables de la Passion de Jésus? — L'éternité de l'enfer et l'éternité du ciel ressortent comme à l'évidence des supplices de l'Homme-Dieu. Car, selon la pensée de saint Bernard, le Verbe éternel et infini n'eût jamais pris sur lui des tourments si cruels, s'il n'eût été question pour nous ni d'un malheur sans remède, ni d'un bonheur sans fin.

Et combien le crucifiement d'un Dieu ne relève-t-il pas à nos yeux I'importance du salut, le prix inestimable de la grâce, la noblesse de notre âme et la sublimité de notre destinée! La malice du péché nous est éloquemment prêchée par chacune des plaies du Rédempteur, et il n'est point, dans la religion, de vérité ni de mystère, qui ne reçoivent de la mort de Jésus comme une vigueur nouvelle et un plus vif éclat.

0 Passion douloureuse, phare lumineux ! combien tu projettes de splendeur parmi les ténèbres de notre exil! Par toi, nous connaissons notre Sauveur et sa doctrine. Ses maximes les plus austères : le pardon des injures, l'amour des opprobres, l'abnégation de nous-mêmes, sont toutes écrites en caractères sanglants par les épines et les clous qui le font tant souffrir. Où trouver ailleurs plAclairement enseignées les huit béatitudes dont parle l'Evangile? Le Sauveur les met ici solennellement en pratique, afin de joindre l'entraînement de son exemple à l'autorité de sa parole divinement infaillible. ^.

Quelles vertus sublimes n'exerce-t-il pas encore au milieu de tant d'angoisses ! Au Jardin des Olives, il prie, se résigne, se confie en son divin Père, malgré la tristesse et l'ennui qui l'accablent. Devant ses juges, il se tait ou rend hommage à la vérité, selon les desseins de la divine Sagesse ; il exerce l'humilité, la douceur, la patience, la charité, au milieu des plus cruels supplices. Sur la croix même, il fait oraison, pardonne à ses ennemis et meurt par obéissance à Dieu et par amour pour les hommes.

0 Jésus ! apprenez-moi vous-même à imiter les vertus que vous pratiquez dans vos tourments : 1° L'humilité, qui vous fait accepter en silence les confusions, les moqueries, les sarcasmes et les mépris. 2° L'esprit d'oraison, qui vous porte à prier jusque dans les dégoûts et les amertumes. 3° La patience et la charité, qui vous font embrasser la croix avec courage dans l'intention de glorifier le Père céleste et de sauver nos âmes.

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