‹ Méditations socialesChapitre 3 sur 52 · I. E PATRONAGE · texte numérisé non relu

I. E PATRONAGE

Pater noiter qui et in cœlis Adveniat regnum tuum.

AMEN

^. Que devons-nous penser de la Saint Jean-Baptiste ?

jR. Les pensées que doit légitimement amener à l'esprit cette expression : " La Saint Jean-Baptiste " embrassent l'idée du grand Saint c^xix porta sur la terre ce nom devenu inséparable de la qualification qui l'accompagne, — l'idée de la Fête Nationale des Canadiens-Français, — et enfin, l'idée d'ime Association civile, volontaire et libre, instituée par ceux-ci, pour représenter la communauté de leurs meilleurs sentiments et de leurs intérêts les plus chers.

3). Quel est le fondement de ces trois ordres d'idées ?

^. Si l'on veut bien considérer ce qu'est l'homme en réalité, le but final de sa vie sur la terre et la grandeur de sa destinée à venir, qui n'est autre qu'un bonheur immense, souverain, insondable, le bonheur du Ciel ; si l'on admet, de plus, comme il est vraiment impossible de ne pas l'admettre, que toutes nos actions, grandes ou petites, individuelles ou collectives, préméditées ou irréfléchies, seront alignées, classées et chiffrées, dans leur véritable valeu norale, avec une précision mathématique mille et mille fois su^.irieure à celle que peut déployer, pour des valeurs d'argent, le caissier le

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plus expert et le plus consommé des banques de ce monde, on comprendra sans effort que tout ce qui peut constituer pour nous un crédit, dans cet ordre à! opérations surnaturelles, est, dans notre propre intérêt, d'une incomparable importance.

Or, ce crédit existe ; c'est une réalité indéniable. Par un des plus touchants décrets de la volonté divine, il se trouve que les âmes rachetées au prix du sang de Jésus-Christ sont instituées par lui-même les cohéritières, les coopératrices, et l'on peut presque dire, les cofondatrices de cette œuvre de rachat ou de rédemption, et que leurs mérites, surtout quand ils sont couronnés de cette couronne de vie, récompense éternelle de leur fidélité, (i) possèdent une action puissante et réversible sur le salut non encore assuré des autres âmes. Elles peuvent en devenir les répondantes et les endosseuses. Cette merveille s'appelle la Communion des Saints.

S). Soit. — Le Dogme est admis pour les âmes, pour les âmes prises individuellement et qui ne doivent pas mourir-; mais quelle portée ce principe peutil donc avoir à V égard d'' une société, d'uti état qui n'est, — le tnot lui-7nême i indique, — qu'une situation périssable et n' ayant pas P éternité pour pin ?

S. Il est très-utile d'éclaircir cette objection, spécieuse en apparence, mais en réalité sans bases solides et foncièrement malsaine, car elle entraîne insensiblement un grand nombre d'esprits aux attentats les plus graves contre la Divinité. On veut à toute force, en effet, que les lois morales qui régissent les consciences des hommes ne puissent être invoquées en faveur des sociétés, et que celles-ci aient une manière de se conduire entièrement différente de la manière de se conduire de celles-là; — bref, à^wi plateformes tout à fait distinctes. On prétend qu'un Etat a le droit de faire, ou même d'ordonner et de rendre obligatoires une foule de choses qui, venant d'un simple particulier, seraient une souillure de sa conscience et un déshonneur moral pour sa iTiémoire. Cette théorie porte le nom générique de Raison d'Etat. Se prévalant de ce qu'il n'y a pas de ciel pour les sociétés, cette Raison prétend que, pour elles, tout se borne à des devoirs matériels et terrestres, et en arrive même jusqu'à émettre qu'un Etat, voulant spiritualiser ses actes, sort des limites de son droit et commet une véritable usurpation. N'est-ce pas ce qui s'affirme tous les jours en déclarations et en faits ?

Pour démontrer combien une pareille Raison déraisonne, il suffira d'une simple comparaison, tirée du domaine de la nature.

(l) Esto fidelis us'jue ad mortem et dabo tibi coroiiam vit.e. — Apoc. IL lo.

LE PATRONAGE. Ni^l,J^^

Prenez la mer, les grands fleuves, les rivières ; de quoi se composent toutes ces masses liquides, si ce n'est de gouttes d'eau ? Et une goutte d'eau en elle-même, comme c'est peu de chose en vérité ; combien est faible son pouvoir personnel et isolé ! Elle resterait même, pour ainsi dire, insaisissable et perdue, si elle ne rencontrait une autre goutte d'eau, ou n'était rencontrée par elle. Alors, par le fait de cette rencontre, il semble qu'une force extra-naturelle leur soit communiquée. A peine unies, elles se sentent entrainées ; elles marchent ; elles enlèvent d'autres gouttes d'eau à leur suite et la course en devient plus rapide. Déjà, elles se creusent un sillon pour passer. D'aggrégations en aggrégations, le sillon devient ruisseau ; — il chante, devient torrent ; — il bondit, devient rivière ; — il règne. Quelle large place au soleil, il leur faut, dès lors, à ces gouttes d'eau confédérées, et comme on est obligé de compter avec elles 1 Certes, elles distribuent royalement leurs largesses et leurs bienfaits ; elles se prêtent à tous les détours, à tous les méandres, à toutes les inventions de l'homme, mais elles ont leurs jours de colère et d'un acte de leur déplaisir, elles peuvent vous raser une ville en une heure. — Notons en passant que ces grandes sévérités de leur domination ne sont gonflées en elles que lorsque les cataractes du ciel sont venues alimenter et comme consacrer leur puissance. — Et puis, toutes ces rivières après avoir, selon leurs caprices, laissé sur leur chemin des Lacs, qui sont comme les châteaux de plaisance de leur royauté, — majorats incessibles de leurs domaines, quelquefois plus étendus que dix provinces de terre ferme, — se réunissent en fleuves immenses et se terminent dans l'Océan, dont elles sont à la fois les sujettes, les pourvoyeuses et les tributaires. Et l'Océan ! quel insondable empire ! C'est lui qui a ses caprices, ses lois, sa souveraineté, et quand il a dit : " Je veux "ou : " Je ne veux pas, " sans le secours de personne, par ses propres forces, tout seul, il exécute toujours ses fantaisies ; rien ne lui résiste, et c'est un jeu perpétuel. Pour ceux qui sont ses victimes, il paraît en fureur, mais ces fureurs ne sont que ses ébats, ou plutôt, c'est son équilibre ; c'est sa complaisance en lui-même ; c'est sa manière de s'honorer ; c'est ce qu'il serait presque permis de désigner par ces mots : la justice éternelle des ondes.

Et pourtant, l'Océan, les Fleuves et les Rivières, ce ne sont que des gouttes d'eau en société. L'eau des divers fleuves varie. Il y a des rivières limpides et savoureuses ; il y en a de noires et d'amères. L'eau de la mer n'est pas du tout la même que les autres eaux qui sillonnent la terre, mais ce sont toutes ces eaux rassemblées, goutte par goutte, qui constituent toute l'autorité de ce gne de la nature. Leur origine est une ; leurs lois son Cvjii„ et doivent être identiques.

ST. JEAX-BArTISTE, L'EVANGILE ET LE CANADA.

Et ces lois sont dominées, — nous l'avons déjà indiqué, — par une grande force mystérieuse et cachée. Or, cette force, chaque goutte en a sa part, et ces parts confondues en centuplent l'action, sans en dénaturer l'essence. La loi de rencontre, qui a donné à deux d'entre elles, en les unissant, l'impulsion de marcher en avant et de suivre leur cours pour s'agrandir et progresser, comme nous venons de le dépeindre, est la même loi enfermée dans les entrailles de l'Océan, qui engendre le phénomène saisissant de son immuable mobilité, et qui fait sa puissance indomptable.

On nous pardonnera l'étendue de cette comparaison, en voulant bien songer que nous écrivons ceci />our les rives du St. Laurent, et aussi, et surtout, parce que les déductions sociales qui en découlent ne peuvent êtrf logiques qu'à la condition de se mériter à elles-mêmes la dénomination de transatlantiques.

C'est donc là l'image de l'humanité tout entière. Chaque goutte d'eau séparément, c'est une âme créée. Une force supérieure et essentiellement originelle fait rencontrer ces âmes et les unit. Unies, elles peuvent ; elles acquièrent le secret de l'activité. Les filets d'eau sont les Familles ; les ruisseaux, ce sont les Villages, — et ce sont bien les villages qui chantent ; — puis, dans la gradation que nous avons indiquée, figurent les Cités, les Provinces, les Royaumes, les grandes Confédérations de Peuples, aboutissant au Royaume Eternel, à l'Empire des Eaux incorruptibles, toutes-puissantes et souveraines, dont la profondeur est inaccessible, dont les mystères sont impénétrables ; le Royaume du Ciel.

Et maintenant, est-il possible de dire sans déraisonner que cette loi supérieure et divine peut bien avoir sa valeur pour la goutte d'eau prise séparément, mais que, lorsqu'il s'agit du ruisseau, du canal, de la rivière et du fleuve, cette loi doit être laissée de côté comme inutile, illusoire et mauvaise ? Il n'y a vraiment qu'un Esprit qui puisse avoir inventé cette opinion contre nature et la déverser sur la terre ; c'est précisément l'Esprit contradictoire de l'œuvre de Dieu et par suite, "homicide dès le commencement, " (i) l'esprit du Prince des Ténèbres.

S). Votre Déjnonstration laisse pourtant encore un point dans P obscurité ; celui qui touche à la durée des sociétés civiles, laquelle n' est pas ifmnorielle, comme doit être la durée des âmes prises sépariment. Four les lois sociales et la conduite politique, cette différence n^ a-t- elle pas sa portée ?

(l) Vos ex pâtre Diabolo estis, et desideria patris vestri vultis facere : Ille liomicida erat ab initio et in veritate non stetit : quia non est veritas in eo : quum loquitur mendacium, ex propriis loquitur : quia mendax est et pater ejus. — yoan. VIII, 44.

LE PATRONAGE

2è- Encore un paradoxe pour détourner les Etats du respect et de la pratique de la Loi Divine. — Oui, la différence existe en ce sens que les sociétés périssent et périront toutes ici-bas, sans résurrection, soit au bonheur, soit au malheur d'une autre vie. C'est pourquoi l'on peut affirmer que, sans fxception, les Peuples, en tunique Peuples^ ont, dès cefnonde, leurs récompenses à leurs châtiments. Ces récompenses et ces châtiments embrassent, il est vrai, plusieurs générations d'hommes ; ce qui peut les rendre assez difficiles à discerner par des contemporains, mais c'est leur droit aux unes comme aux autres, puisque, n'ayant précisément pas une Eternité pour sanction, la mesure de leur portée n'a pas d'autre étalon que la durée elle-même du Peuple qui les reçoit. Et l'histoire, la stricte histoire, est là pour démontrer que les grands fléaux des Etats, la radiation de leur nationalité, qui peut bien être considérée comme leur condamnation capitale, sont le fruit de leur manquement à quelque loi surnaturelle. Il en est de même pour les prospérités, pour l'importance, pour la place au soleil, pour l'action civilisatrice et la vitalité réelle des nations, en tant que nations. Ces bonheurs, — Et distingue-t-on bien toujours ce qui constitue les bonheurs sociaux ? — sont les récompenses et le prix de leur fidélité à Dieu, à sa direction, à ses appels et à ses commandements C'est déjà beaucoup ; mais ce n'est encore, pouvonsnous dire, qu'un point secondaire.

Les âmes prises séparément ont seules un autre monde pour terme et pour sanction. — Soit. — Mais, le mérite et le démérite de ces mêmes âmes, d'où résultera pour elle la part heureuse ou malheureuse de leur éternité, où donc résident-ils ? Sont ils mérite et démérite isolés, personnels, purement individuels ? Oh ! pas le moins du monde. — La nomenclature des devoirs de l'homme isolé est bien restreinte en soi ; on pourrait peut-être dire qu'elle n'existe pas, que c'est un mythe, car on ne peut en réalité admettre r homme seul, l'homme totalement en dehors de ses semblables. Le mérite et le démérite ; autrement dit, le Devoir et le Libre-Arbitre de l'homme, sont donc chose essentiellement collective et solidaire. Membre de la famille — la variété en est grande — citoyen, sujet, contribuable, participant à la Chose Publique de mille et mille façons, tels sont les échelons de cette échelle-double, dont un versant porte sur les Obligations et l'autre sur les Prérogatives. — Si donc, la Famille, la Cité, l'Etat, la Chose Publique, sous le prétexte que toutes ces Institutions sont bornées à la durée de ce monde, se mettent à rejeter tout souci de devoirs qui touchent à l'autre monde, comme n'incombant qu'aux individualités, qu'en adviendra-t-il ? — Il en adviendra que des millions de ces individualités auront perdu, sans retour, leur droit au bonheur éternel, par le /ait de la Famille, de la Cité, de

ST. JEAN-BAPTfSÎE, L'EVANGllkE ET LE CANADA. \^^j»

l'Etat, de la Chose Publique ; de sorte que c'est l'Individu qui paye éternellement les frais des fautes de ces associations passagères. — Est-ce juste ? dira-t-on. — Oui, c'est juste ; mais voici comment. — Centuple et centuple, en vérité, sera le châtiment éternel et la réprobation cuisante des hommes responsables d'une aussi nombreuse damnation d'hommes. Ce qu'il y a de personnel, d'irrévocablement personnel, dans cette grave matière, c'est la responsabilité. Or, la responsabilité des procréateurs d'un fait social hostile à Dieu est, pour ainsi dire, incommensurable, et Dieu seul peut en sonder les abîmes. Mais voilà ; on répudie la notion àw péché social, presque toujours pour s'octroyer libéralement à soi-même et aux autres, la faculté et la fausse, la très-fausse, inocuité de péchés personnels. En fouillant les mobiles des prétentions de ce genre, on en arrive toujours à cette plaie cachée.

Et d'ailleurs, cette négation du péché social, cette répudiation de devoirs éternels incombant à l'Etat, ce n'est en réalité qu'un pur non-sens philosophique. Le ruisseau qui court à la rivière, de la rivière au fleuve et du fleuve à l'océan, portant ainsi dans le sein de cet océan, les unes après les autres, toutes les gouttes d'eau qui le composent, ne cesse pas moins d'en exister à sa place, n'est-ce pas ? Or, dites-moi, si sous le prétexte que ce sont les gouttes d'eau de ce ruisseau qui vont se réunir à la mer, et non pas le ruisseau lui-même, quelqu'un soutenait que le ruisseau a, par ce fait, le pouvoir et le droit de renverser les lois naturelles de l'eau ; de remonter quand il lui plaît vers sa source ; ou bien, de s'élever dans les airs en gerbes variées, par sa propre puissance et sans niveau supérieur qui le presse ; ou bien, de s'y tenir suspendu en masses liquides, sans aucun lien liquide qui le rattache à son lit, ou tout autre imagination de ce genre, ne serait-ce pas insensé ?

Et puis encore. — Les nations meurent, les sociétés finissent avec ce monde ; oui, oui, mais est-ce tout-à-fait ? seront-elles anéanties absolument f Le " non omnis moriar, " qui est un cri si vivace de l'humanité tout entière, ne peut-il pas avoir pour elles, quelque juste écho d'outre-tombe, quelque légitime retentissement du Ciel ? Pour notre part, nous en avons la foi. Oui, les Peuples, en tant que Peuples, s'échelonneront spirituellement et se compteront, dans leur essence, tout le long des faubourgs de la Cité de Dieu, de cette Jérusalem qui n'aura plus d'ennemis, plus de frontières et plus de troubles. Le Ciel ! Nous pouvons si peu saisir ses immensités infinies! mais nous savons que nos jouissances y seront multiples et fortes, variées et profondes, au possible ; au-delà de tout possible humain. Nous savons, par exemple, que nos sentiments de famille, cette voix du sang qui crie

si fort : "Persuasion, " ces liens si tendres et si impérieux de nos cœurs sur la terre, non moins que toutes autres tendresses humaines, légitimes et sans reproche, qui se seront montrées, dans le fond de nos cœurs, fécondes pour le hi"en et vraies /«^/-«-j de conscience, (i) loin d'être anéanties, seront béatifiées d.-'ns les embrassements des noces éternelles. Le Nationalisme chrétien en serait-il donc banni ? Et devant Dieu, si nous pouvons dire un jour avec transports, en chantant son hosannah, tout illuminés des rayons de sa face : "Nous sommes de cette famille ! " nous sera-t-il défendu d'ajouter : " Nous sommes de ce village ; nous sommes de cette patrie ?" Salomon, dans la vision prophétique de son Cantique des Cantiques, nous donne une ima"c mystique de la Tour de David, et il nous dit : " Mille boucliers sont suspcn- " dus à ses murs ; ce sont les armoiries des forts. " (2)

Ces réflexions générales nous ont semblé utiles, pour servir de fondement, ou, si l'on aime mieux, l'introduction, à la claire notion du Patronage spirituel exercé par St. Jean-Baptiste sur la nationalité canadienne.

S). Qu' entendez-vous par le Patronage spirituel exercé sur une Nation ?

Si. Quand on a le bonheur d'être catholique, on croit que chacun de nous, en venant en ce monde, est accompagné d'un Ange Gardien qui, durant toute notre vie, nous fait bonne et fidèle escorte, nous assiste, est un messager bienveillant et généreux entre notre âme et Dieu, s'afflige denos fautes, se réjouit de nos mérites et tient parfaitement en règle le Livre intérieur de notre conscience, en y inscrivant tout ce qui, au dernier jour, devra former le dossier de notre jugement sans appel.

Mais de plus, en passant héritiers de Dieu, frères de Jésus-Christ el enfants de l'Eglise, par la vertu du Sacrement du Baptême, nous sommes mis, d'une manière toute spéciale, sous la protection d'un Elu de Dieu, d'un frère de l'Eglise triom.phante déjà couronné de la couronne de vie, d'un Saint en un mot ; c'est celui, dont le nom nous est donné, nous est imposé, avec l'eau qui nous christianise ; c'est notre Patron. Comme notre Ange Gardien, il doit être, pour toute la durée de notre existence et principalement à l'heure de la mort, notre conseiller, notre ami, notre guide, notre modèle spécial, notre assistant et notre avocat.

Eh bien, d'après la démonstration que nous venons d'en faire ci-dessus, il en est de même pour les Etats, pour les Peuples, pour les Cités, pendant le

(1) Et matres et filios et in soeculo fuluro vitam seternam. — lilarc X, 30.

(2) Mille clypei pendent ex ea ; omnis armatura fortium. — Cant IV, 4.

ST. JEA:t-BAPTISTE, L' EVANGILE ET LE CANADA.

cours de leur existence terrestre. Dieu, qui a créé l'homme pour vivre en société, n'a pas voulu se montrer moins généreux envers les sociétés •qu'envers les hommes pris individuellement et il a fourni, aux unes comme aux autres, les mêmes rnoyens, les mêmes ?fwdes, les mêmes fnilieux, pour arriver jusqu'à lui ; c'est-à-dire, pour le cannaître, V aimer tX. le servir, car on a beau faire, il faut toujours et en tout en revenir à la première question de son Catéchisme ; c'est elle qui renferme la vérité des vérités, la leçon des leçons.

C'est une croyance respectée que les diverses Patries, les diverses Villes, les diverses Agglomérations d'hommes, ont chacune un Ange protecteur, qui veille mystérieusement sur elles. Mais il est positif que ces mêmes Patries, ces mêmes Villes, ces mêmes Associations, peuvent se donner un habitant du Ciel, comme leur représentant devant Dieu, comme inspirateur de leurs bonnes actions, comme intercesseur des bienfaits-de la Providence sur leur carrière publique, comme Patron, en un mot, dans tout le bon et vrai secours que comporte ce titre.

Jésus-Christ a dit, en effet, en propres termes à ses Apôtres d'aller enseigner, non seulement les hommes, mais les nations ; (i) — d'aller prêcher son Evangile à toutes les nations. (2) Il a promis le Royaume de Dieu à la nation qui sait produire des fruits de Dieu. (3) Il a été annoncé lui-même, dès sa naissance, par le saint vieillard Siméon comme étant la lumière qui doit amener la révélation des peuples. (4) Il a dit de son temple, de ces édifices consacrés à l'invoquer et à lui parler à cœur ouvert : " Ma maison s'appelera une maison de prière, pour toutes les nations." — (5) Ce qui prouve, à la fois, et le précepte et la vertu de la prière publique, de la prière nationale. — Enfin, par la bouche elle-même de ses plus mortels ennemis, les Pharisiens, il a été confessé comme devant être le grand Précepteur des Etats. (6) Voilà ce qui explique la vérité perpétuelle et irréfutable des relations qui existent entre les socités humaines et Dieu, par l'entremise des Elus du Ciel.

^. Mais, comment ces Elus se trouvent-ils désignés pour retnplir ce rôle d' intermédiaires ?

(1) Euntes ergo docete omnes gentes. — Math XXVIII, 19.

(2) In omnes gentes oportel praedicari Evangelium. — Marc XIII, lo. (31 Regnum Dei dabitur genli facienti fructus ejus. — }ilalh XXI, 43.

(4) Lumen ad revelationem gentium. — Luc II, 3'2.

(5) Domus mea domus oraiiunis vocabitur omnibus gentibus. — Marc XI, 17. (6j Docturus gentes — .Ji^an T//, 35.

LE PATRONAGE

J^. Ce sont les nations elles-mêmes qui font ce choix ; car, du moment que Dieu accorde des grâces nationales à un peuple, et que ce peuple peut er user ou en abuser, — grande vérité qui nous a été strictement démontrée dans l'antiquité, et par suite surnaturellement préfigurée pour toute la duré< de l'ère chrétienne, par l'histoire du Peuple Juif, — on doit admettre qu'i existe pour les peuples un Libre-Arbitre National^ et que les sociétés partiel pent à la plus sublime émanation que Dieu ait voulu souffler de sa propn essence sur cette terre en " faisant l'homme à son image et à sa ressemblance **' pour qu'ils se multiplie///, qu'ib remplisse^/ la terre et la soumette»/. " (i]

1D- Et de quelle manière s" exerce ce Libre-Arbitre National dans L choix que font les peuples de leurs Patrons dans le ciel ?

jR. Quelquefois, et même très souvent, ces Saints sont les propres fondateurs du Christianisme dans leurs patries. En les choisissant ainsi pour Patrons, ces patries se donnent à elles-mêmes les Actes de leur Baptême national ; comme l'Irlande, à l'égard de St. Patrick ; l'Allemagne, à l'égard de St. Boniface et tant d'autres pays.

Mais quelquefois aussi, ce choix a quelque chose de plus directement inspiré de Dieu ; c'est comme l'effet surnaturel d'une Pentecôte nationale ; c'est le Sacrement de Confirmation que reçoivent certaines patries, qui sont plus spécialement choisies par le St. Esprit pour étendre au loin le Royaume de Dieu. Le Seigneur dit à ces Patries, comme à St. Paul, le grand apôtre des nations : " Je t'ai posé là oili tu es, pour servir de flambeau aux peuples, " et pour être un agent de salut jusqu'à l'extrémité de la terre." (2) Il en est ainsi, par exemple, du Royaume de France, la Fille aînée de l'Eglise, qui a pour marraine dans le ciel la Ste. Vierge Marie, la propre Reine du Ciel, et pour parrain, le grand Archange St. ^Michel, le généralissime des armées du Très-Haut.

Eh bien, le Canada, la Patrie canadienne, dans son Patron, St. Jean Baptiste, est bien positivement honoré de Dieu d'un privilège de cette nature, en ce qui touche à sa mission, c'est-à-dire, à sa vitalité nationale et politique.

S). Le Canada est il à proprement parler une Nation, et ses enfanti peuvent ils réellement V appeler une Patrie ?

(1) Faciamas hominem ad imaginem et similitudinem nostram Et ait: crescitc

et multiplicamini et replète terram et subjicite eam. — Gen. I, 26-28.

(2) Posui te in lucem gentium ut sis in salutem usque ad extremum terrae. — Ad Xlll, 47

ST.-JEAN BAPTISTE, L EVANGILE ET LE CANADA

^. A cette question, nous répondrons hardiment : Oui ; le Canada a le droit de s'appeler une Nation, et les Canadiens, en tant que Canadiens, sont bien réellement les enfants d'une Patrie.

Mais, pour justifier cette' affirmation catégorique et convaincue, il est presque indispensable d'entrer dans quelques développements. Bien qu'en ipparence un peu étrangers à ce pays, nous les croyons d'autant plus à leur place dans ces très humbles considérations, qu'on en fait fort souvent un jsage tout à fait à côtâ de la vérité, qu'on en jase un peu partout, et ma foi ! issez à tort et à travers ; entra parce que, si leur exactitude arrivait à s'implanter tant soit peu dans l'esprit public, la sève en sourdrait, sans aucun conteste, dans toutes les fibres intérieures de V Arbre populaire, pour y faire couler à flots savoureux et bénis, — qu'on nous pardonne l'expression ; mais, Canada y oblige, — ce sucre de patriotisme, qui doit être considéré par tout enfant de ce sol comme un don tout spécial de Dieu.

Il n'y a pas encore vingt ans, dans ce qu'on est convenu d'appeler la Politique des temps modernes, on a fait grand bruit en Europe du Principe des Nationalités, mais c'était un bruit révolutionnaire, c'est-à-dire, ayant pour trincipe tout autre intérêt que celui des peuples soi-disant en faveur desquels ces clameurs étaient poussées. — C'est là le grand signe auquel on reconnaîtra toujours la Fraternité de la Révolution, et ses cris.

Qu'était donc tout ce bruit ?

C'étaient, à la fois, et d'insatiables ambitions personnelles qui poussaient quelques Souverains à invoquer un nouveau fantôme de mots, non à cause de la 7iationalité, mais à cause du simple voisinage de quelques Etats, envers lesquels ils se sentaient atteints d'un famélique accès d'accaparement ; et d'autre part, c'était la haine invétérée dans le cœur de quelques autres Souverains contre tous les gouvernements légitimes, — parce qu'ils étaient usurpateurs eux-mêmes ; contre tous les gouvernements chrétiens, — parce qu'ils étaient athées ; et surtout, contre tous les gouvernements ecclésiastiques,— parce que l'Eglise était pour eux comme un reproche perpétuel de leur passé, comme un remords vivant de leurs succès d'un jour.

Tel est, en deux mots, le fond prouvé, et très prouvé, de tout ce qu'on a fait, ces derniers temps, au sujet de la question des Nationalités, Victor-Emmanuel étant Roi de Piémont, et s'é*^ant fait décorer par l'impiété cosmopolite du surnom de Galanthomtne ; et Napoléon III se trouvant affublé du titre d'Empereur des França's, pour finir, quelques années plus tard, par mériter le sobriquet de '^z.-^oX^oïiAt-Sédantaire.

LE PATRONAGE

Afais, du fait au prendre, sur quoi appuyait-on ce prétendu principe de» nationalités ?— Sur rien de fixe, sur rien de sensé, sur rien de stable, sur rien d'honnête, sur rien de généreux, sur rien de civilisateur, sur rien même qui fût seulement plausible.

Il suffit pour s'en convaincre, de donner un aperçu rapide des simples utopies qui auraient pu servir de décorum à ce prétendu principe ; et on ne s'en est pas même servi. — On n'en a pas eu besoin, du reste ; on avait pour soi la force des baïonnettes, et l'escamotage diplomatique.

Peut-on dire que ce sont les accidents géographiques qui doivent opérer la distinction des nationalités entre elles ? De ces accidents de séparation matérielle, il n'y a que deux sortes : les chaînes de montagne et les grands cours d'eau. Or, la grande majorité des nationalités sont, de fait, plutôt séparées entre elles par des fleuves que par des montagnes ; et il est prouvé que les fleuves sont, de leurs nature, non pas des agents de séparation d'un peuple à un autre, mais bien au contraire, des véhicules de relations entre eux. L'utopie était donc trop matériellement criante pour qu'on ait pu s'y arrêter. — Et d'une.

Alors, on a balbutié quelques pâles controverses au sujet des langues. C'était une idée un peu plus, sinon rationnelle, au moins rationaliste, et qui, par cela même, a un peu plus, sinon de consistance, au moins, de subtilité. On a essayé de lancer cette proposition que tous les peuples parlant la même langue devaient être régis par la même autorité politique. Mais, devant cette seconde utopie, se sont dressées deux barrières, que le cheval échappé de la Révolution n'a pu franchir.

La première est une barrière de droit et de philosophie. — Elle consiste en cette donnée expérimentale bien établie, que l'idiome, dont se sert un peuple pour exprimer ses idées, se transforme par le temps et en vertu de l'état social de ce peuple ; que la langue d'un pays est donc, à proprement parler, un effet, et non pas une cause. C'est le résultat de sa civilisation particulière ; — résultat lent et venant de longue main, — et la chose ellemême ne peut donc être rationnellement invoquée comme un mobile déterminant à changer la nationalité, à faire un transfert de patrie.

Il y a même à remarquer, ce nous semble, dans l'histoire universelle des peuples, que chez eux l'efflorescence intellectuelle de leur langue, qui n'est autre que ce qu'on entend par ces mots j hs Lettres, les Belle s- Lettres ^ n'acquiert son plus sensible éclat, son plus grand épanouissement extérieur, que lorsque la décadence morale et sociale de la Nation est déjà très- avancée*

ST.-JEAN BAPTISTE, L'eVANGILE ET LE CANADA.

Dans le cours de la vie politique d'un pays, la beauté des formes de l'esprit est to'iit-à-fait posthume à la laideur du fond de sa conscience. C'est là une pierre d'achoppement, contre laquelle se heurte souvent l'étude philosophique de l'histoire, mais le Siècle de Périclès, le Siècle d'Auguste, le Siècle des Médicii, et le Siècle de Louis XIV, avec leur illustration littéraire et leur moralité comparée, sont là, pour corrober cette remarque. Le pèlerinage de tout ce qui constitue le monde des idées se trouve ainsi encombré de retardaires ; ou plutôt, non ; c'est une vrai procession, car c'est un ordre mystérieux établi par Dieu lui-même, dans des développements dont aucune force humaine n'est capable d'intervertir le défilé spiritualiste.

On doit pourtant tirer d'un tel phénomène une conclusion pratique ; c'est qu'une patrie, une nationalité, doit essentiellement tenir à sa langue, la respecter profondément, être jalouse de sa pureté et la traiter avec une extrême décence. En agissant ainsi, ce peuple coopérera, pour une part plus grande qu'on ne pense, à cet ordre divin que nous venons de signaler et concourra à l'harmonie, à la dignité, à la sainteté de la Procession de ses idées, à travers les âges. Procession signifie d'ailleurs : " Emaner, " "Etre issu.'' — De qui les idées nt procèdeni-eWts pas, si ce n'est de l'Eternel Dieu ?

La seconde barrière, qui a empêché la langue d'un peuple d'être ouvertement invoquée comme le principe de sa nationalité, a été une barrière défait, et brutale comme un fait ; c'est que, ce principe une fois admis dans le droit des gens, c'était un remaniement obligatoire de la carte d'Europe ; et cela ne faisait plus le compte de la Révolution couronnée ; car elle est bien disposée aux Annexions de ses voisins qui gênent sa domination, mais aux Cessions des peuples qu'elle domine ; jamais. — Et de deux.

Alors, en troisième analyse, on s'est rabattu sur une autre idée, ou plutôt encore, sur un autre mot, qui n'est également qu'une utopie, quoique beaucoup plus spécieuse. C'est la théorie des Races. Les récentes victoires des Prussiens contre les Français Ont donné comme un aliment nouveau de popularité et un retentissement en apparence très-substantiel à cette théorie ; mais là encore, après un examen un peu sérieux de la question, n'est pas la vérité.

On dit bien des races, qu'elles sont douées d'une vie ayant, dans ses phases diverses, de grandes analogies avec la vie de l'individu humain ; c'està-dire, qu'elles ont leur enfance, leur jeunesse, leur maturité et leur vieillissement ; que dès lors, la décrépitude et la mort leur ^o it choses aussi fatales que pour l'homme, et qu'elles se succèdent ainsi, les unes aux autres, comme des générations sociales; Et l'on ajoute triomphalement à l'appui de

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cette thèse : "VoyezlaJ^ace Latîjie ; elle a dépassé l'âge de sa maturité ; elle grisonne ; elle s'achemine à sa mort naturelle ; il faut qu'elle en prenne son parti ; c'est la Race Germanique qui s'apprête à la remplacer,' qui est même déjà en pleine voie de le faire, pour établir, dans le monde, une civilisation nouvelle et délimiter, par cela même, les divers groupes des nationalités. Puis, la race germanique subira, comme la race latine, les mêmes lois de déchéance par suite de vieillesse ; et déjà, l'on voit poindre à l'horizon la Race s/ave, qui formera vraisemblablement un jour une troisième génération de peuples, devant à leur tour dominer le monde. "

Il faut le reconnaître, cette théorie est prestigieuse, mais elle n'a qu'un défaut, c'est de n'avoir absolument pas l'ombre de fondement.

C'est assez facile à démontrer.

Et tout d'abord, arrêtons-nous un tout petit instant sur la dénomination spéciale de Race Latine. C'est une dénomination des plus fausses en ellemême qui se puisse voir, attendu que les nations dites de cette race, dont les principales sont : la France, l'Italie et l'Espagne, n'ont en elles qu'une proportion extrêmement minime de sang latin. Composées, pour une part, des Aborigènes, qui existaient sous l'antique domination Romaine ; — (Et cette domination, il ne faut pas l'oublier, était le fait de la suprématie d'une seule ville, — Urbs, — sur le monde entier, et non pas une question de peuplement du monde par l'expansion d'une souche primitive), — et pour une awtre part, des Barbares de la grande Invasion des premiers siècles de l'Ere Chrétienne, les populations européennes sont toutes, au même degré, le fruit, le résultat et l'expression de ce mélange. Elles sont originairement du tnême

âge.

En France, ce sont : Celtes, Germains, Bretons, Francs, Normands, et autres variétés descendues du Nord. En Italie, pour la partie septentrionale, les Lombards y trouvèrent, non des Latin<?, mais des peuples de race celtique ; et pour la partie méridionale, c'étaient des colonies grecques qui furent greffées de rameaux espagnols et normands. Enfin pour l'Espagne, c'est un mélange de sang Celtique, Basque, Gothique et Mauresque qui s'est infusé dans la race aborigène des Ibères. Dans ces divers pays, la latinité de la race y est donc, pour ainsi dire, insignifiante.

Et pour ce qu'on appelle les Races Germaniques, il en est absolument de. même. C'est une composition tout-à-fait semblable des deux éléments de \ Auiochtonie et de \ Invasion. La généalogie des diverses nationalités qui se disent de cette race est de la même antiquité, de la même formation, de la

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même conception à la vie des peuples, que pour les pays désignés du nom de Latins.

On peut en dire autant de la Race Slave elle-même. Elle n'est pas plus jeune que les deux précédentes. Si elle a paru plus tard qu'elles sur la scène du monde, c'est qu'elle a été pendant longtemps comprimée par la domination Tartare, de sorte que, pour son plus grand malheur, son activité est restée en arrière de toute la durée de cette belle époque de foi et de civilisation, dont la plus vivace effusion s'est signalée par les Croisades.

Le défaut de la cuirasse de cette théorie affirmant une succession des peuples par voie de caducité progressive et fatale, c'est l'oubli d'un grand fait qu'il est inutile ici d'analyser en lui-même. C'est qu'il n'y a plus de Migrations de races primitives tenues, non sans dessein par Dieu, à l'état Barbare, lequel est le point extrême et l'antipode de l'état Sauvage. — La Migration n'a aucun rapport foncier avec V Emigration.

Cela n'empêche pas que les grandes ramifications de la famille humaine, n'aient leurs débuts dans l'existence, qu'elles ne suivent des développements variés dans leur virilité et enfin, qu'elles ne puissent disparaître ; mais c'est plutôt en elle un commencement, un milieu et une/f« qu'une enfance, wnt jeunesse et une mort, telles que ces phénomènes de la vie s'accomplissent obligatoirement pour l'individu.

C'est ce Milieu de l'existence d'un peuple qui offre les plus grandes dissemblances avec la jeunesse de l'homme, par sa durée autant que par ses alternatives extrêmement variées d'épuisements mortifères, de décadence et de régénération. — L'étymologie même de ce mot : Régénération, qui ne s'applique qu'à l'âme baptisée et aux nations, suffirait à indiquer clairement que la vitalité sociale ne peut-être comparée, avec un semblant de justesse, dans tout ce qui concerne à sa durée à la vie individuelle.

On entrevoit d'ici les éléments sociaux de Foi, d'Espérance et de Charité nationales, qui surgissent de cette exacte donnée.

En résumé donc et comme conclusion de ce rapide et léger aperçu d'ethnologie traditionnelle, l'on doit reconnaître que ni la situation géographique, ni la langue, ni même la race, ne constituent réellement le droit à la Nationalité et le fondement de la Patrie.

Il faut chercher plus haut le principe originaire de ce droit, et asseoir sur d'autres bases le fondement de cette sainteté sociale ; car la Patrie est iainte.

LE PATRONAGE

Et c'est parce qu'elle est sainte qu'il faut sans hésitation remonter jusqu'à Dieu pour en trouver le principe.

Or, cela posé, ceci s'établit :

La vertu de Nationalité et l'essence de la Patrie résident tout entières dans la ^fission, pour laquelle Dieu élit certains peuples, aans les conseils de sa Providence sur le gouvernement du monde entier. Il n'y a pas d'autre critérium qui puisse engendrer le Patriotisme, ni d'autre droit qui puisse octroyer à une société la légitimité de s'affirmer à l'état de Nation.

Mais de plus, cette Mission se manifeste par le principe et par le fait de la transmission héréditaire, tout simplement parce que l'Etat n'est en somme que la collectivité fédérale des familles. C'est dans ce sens que le satîg]o\xt son rôle légitime dans le droit à la nationalité ; mais ce rôle est le moyen et non pas \ç principe de ce droit. — Il est facile d'en déduire quelle doit être \d,Jîn, c'est-à-dire, le but social de toute nationalité, si elle ne veut ^zs finir.

Cet héritage, dont nous venons de constater la loi sociale, un peuple peut le répudier, car c'est un axiome de droit qu'on n'est héritier qu'une fois. " Semel hœres. " Il peut méconnaître sa mission, car le peuple, en tant que société, a un libre-arbitre national, ainsi que nous l'avons déjà note précédemment ; mais ce sont précisément cette répudiation et cette méconnaissance qui constituent seules, absolument seules, pour lui, la réalité de ses décrépitudes, de ses effacements, et en dernier ressort, de sa radiation du grand livre des Patries.

Les inductions pratiques à tirer, pour le Canada, de toutes ces prémisses qui étaient nécessaires à élucider tant soit peu, sont bien faciles, en même temps qu'elles sont bien consolantes et bien civilisatrices pour lui. — Les Canadiens doivent se dire, non pas comme une parole prononcée à la légère, mais avec toute la conviction philosophique et morale d'une telle profession de foi sociale : " Nous sommes réellement une Nation ; notre sol est véritablement une Patrie, par la double prérogative du germe, en quelque sorte métaphysique, dont nous avons été formés, c'est-à-dire, parce que noua sommes des Missionnaires et des Héritiers, ou, plus explicitement encore, parce que nous sommes Catholiques et Français.

Et même, Dieu 'dans sa miséricorde a accentué d'une touche bien sensible de son doigt adorable, pour la jeune nationalité canadienne, ces traits sociaux si souverains de ses plans providentiels sur elle. Le Canada n'était qu'une colonie française, quand la France, sa mère, qui l'avait enfanté à la vie du plus pur de son sang, a méconnu sa propre mission à elle-même ;

ST.-JEAN BAPTISTE, L'EVANGILE ET LE CANADA

— mission divine plus incisivement marquée de l' empreinte éternelle, qu'il ne l'a été accordé à aucun autre peuple du monde entier ; — et en cet instant, la France a traité le Canada en marâtre. Mais le Père Souverain, le Générateur Suprême et le Chef indéniable de la grande famille de toutes les nations, veillait sur le Canada. En permettant cette séparation, il l'a sauvegardé des grandes calamités qui ont tant accablé, tant boulversé, tant épuisé la France, et il a, par le fait même, érriancipé ce vaillant Fils de France à la vie des patries distinctes et personnelles. C'est que le Christ, qui est le souverain et l'universel Roi, parce qu'il est le souverain et l'universel Père, a toujours aimé les enfants d'un immense amour. Il les a tant aimés que durant sa vie mortelle il ne cessait de les donner au monde, comme le modèle de toute conduite humaine. " Si vous ne leur ressemblez, disait—il, vous ne sauriez trouver l'entrée du Royaume des Cieux. " (i) Voyant le Canada enfant et délaissé, il s'est senti ému de pitié pour lui et, comme gage de cette maternelle pitié, il a fait de cet orphelinat comme le véritable sceau et le sacre surnaturel d'une nouvelle nationalité dans le monde.

Oh ! que cette mémoire substantielle peut se montrer féconde ! C'est bien de pareils titres, et de ces titres seuls, que les Canadiens ont tout devoir, comme tout intérêt, de s'affirmer conservateurs.

Les considérations originelles contenues dans les pages qui précèdent devaient être établies, et pour ainsi dire creusées dans la terre, pour servir de fondations aux solides et hauts enseignements, qui se trouvent tout édifiés, j our le Canada, par la vie de St, Jean-Baptiste, dans toutes ses merveilleuse particularités.

3). Où trouve-t-on ces particularités qii offre la vie de St. J-ean Bapt te, par rapport à la vitalité de la Nationalité Canadienne ?

H. Ces particularités, qui naturellement n'ont rien d'humain r' de matériel, mais qui nous font voir dans St. Jean-Baptiste le surnaturel d ,lenseur de la cause canadienne, le Solliciteur-Général des Miséricordes <?ivines envers ce pays, sont inscrites en caractères lumineux dans l'Evangile.

Les textes qui parlent de ce grand Saint sont très-nombreux et trèsvariés. Ils touchent successivement à s» Naissance, — au Baptême, qu'il administra à Notre Seigneur Jésus-Christ, — à 1' Ambassade, qu'étant prisonnier

(i) Amen dico vobis, nisi efficiamini sicut parvuli, non intrabitis in Rcgnum Cœlorum.— Math. XVIII, 3.

LE PATRONAGE

il envoya au Divin Maître — et enfin, à sa Mort, qni fut un martyre. De plu?, à chacune des phases de cette vie prédestinée s6 joignent dans le Livre Sacré des préceptes, des maximes, des programmes, tout un Code de Lois Divinep, et par conséquent immuables, constituant, au plus haut degré, l'essence et la vertu de la Mission nationale des peuples, cfui veulent marcher dans des voies si royalement tracées.

Ce sont ces divers sujets des Acfes de la vie et de la mort de St. Je^n- Baptiste, et à leur suite, du résumé de sa mission surnaturelle, que nous allons étudier, notes en mains, en autant de Chapitres séparés.

PRIÈRE

O Trinité Eternelle de Dieu, Notre Père qui êtes au Ciel, — Pater NosTER QUI ES IN CŒLis ; — Jésus son Fils Unique, fait Hovnne pat miséricorde envers chacun de nous, Christ, seul vrai Roi surnaturel ai toutes les nations du monde ; et Vous, Esprit-Saint, qui procédez au Père et du Fils, par la vertu incompréhensible de V incommensurable amour, qut seul, pouvez éclairer nos intelligences^ féconder nos volontés pacifier, purifie) et sarutifier nos cœurs ; donnez-nous le Protectorat bienfaisant et régénérateur de vos Saints du Ciel, car nous ne sommes que la Milice, et eux sont it Triomphe de votre Gloire. Que par ce mystérieux équilibre de leurs forces e. de nos efforts, votre beau Règne nous arrive, et majiifeste aux gouvernements de la terre quelques unes des splendeurs de votre universelle autorité. — Adve

NIAT REGNUM TUUM.

Nous VOUS demandons cette grâce, pour la Chrétienté tout entière, e spécialement pour le Canada, notre patrie , par les mérites de son Bienheureux^ Protecteur du Ciel, St. J-ean-Baptiste, et en mémorial du Patronage pat lequel nous nous sommes voués à lui. — Amen,

ST. JEAN-BAPTISTE, L'EVANGILE ET LE CANADA

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