‹ Méditations socialesChapitre 48 sur 52 · CONVENTION CANADIENNE · texte numérisé non relu

CONVENTION CANADIENNE

La réunion det Canaditns des Etiti- Unis el du Ci«nada, n'avaii pas sealemeni pour obj-t rimm«nt« démonslraiion de mercre 11 lernler : elle fn avait un autre au moiDS aussi important : celui d^ di*cuter les questions d'un iat-rôi général pour noire lace.

Aussi après la fèt», l''S membres de« *r- Ciét«s de St. J^an-Bïptitt • des Etat -Uni* el du Canada, «u nooob 9 d environ uu*>- Ire cents se rémitsai-'nl dans la salla académique du Col>eg<s des Jeati et.

U. Houde prit U parole pour ex ''i|U r qu'il y avait deux conveniioaï prôsenies dans la sal e et M G'|n <a propota d-, l-s f isi inoer. La proposin'n fat ac;e( té''. M Houde oou» Bl un hi«iori|iiB d'S convac't oos an^r cain«t qui s'éiaient déjà réunies pendant dix ann-**s succ-Sfi 'es. I ■fi vo r le bien qii était r*»uité de créunion». A.vant c-^s assembl-^-s lus C«na tiens, éiaieot isolés, el pa taut sans force D<)puis ils toot devenus puissarit^ tt p«'Uverit s« défsndre

A rès le discours de M. Ga£;non, il fui résolu q le la réunion pren irait la nono de Conveulioa f^neraie d<is Canaditns-Françiis.

App 'lé à prendre Ifa paro.t, . H m. 11. Ghauveau traita en maître la qa.iStion de rinstruclion Pub ique en Canada. Bien souveiil les applaudissements de la fuula rt'UT)i-i vinn-nt interrompre la voix dd l'onlaur. et ren Ire .justice à ai discours si fort meut pensé el si rempli de renseignem nts

M. le Président et Messieurs,

En plaçant au nombre des sujets qui devaient être traités dans cette convention— celui de l'éducation du peuple, voua avez par là même proclamé toute l'importance que vous attachez à ses progrès, toute la prééminence que vous lui donnez dans votre pensée sur une foule d'autres matières, toute l'anxiété que vos cœurs éprouvent à l'égard de cette grande cause qui est à la foia celle de la religion, de la société, de la famille.

Le c'ioix de ce sujet vaut à lui seul un discours ; et cependant un tel discours pour être complet devrait être

tout un traité. Vous avez montré .en le plaçant, pour bien dire, au premier rang que vous savez apprécier, d'un côté tout ce que l'éducation a fait pour le Canada, de l'autre tout ce que le Canada a fait pour l'éducation ; et quant à vous. Messieurs, qui de toutes les parties de l'Amérique vous êtes rendus à l'appel de la vieille patrie, vous nous avez déjà prouvé par des faits bien éloquents que vous comprenez tout ce que l'éducation pourra faire pour vos jeunes et florissantes populations ; et que par conséquent vous ne lui marchanderez jamais ce que vous devez faire pour elle.

Ce que l'éducation a fait pour nous, Messieurs, notre histoire est là pour le dire. En très grand nombre, les premiers colons étaient instruits ; nos vieux registres en font preuve, le relevé qu'en ont fait M. Garneau, M. Ferland et l'abbé Tanguay constate qu'une très-forte proportion d'entr'eux savaient écrire.

Mais ils avaient mieux que cela, c'était une générarion forte et formée aux traditions religieuses et sociales du pays à cette époque le plus civilisé «t le plus éclairé de l'Europe. L'éducation domestique la première, la plus essentielle, celle à laquelle l'instruction n'importe à quel degré ne supplée que difficilement, no supplée aucunement si elle n'est appuyée sur l'idée religieuse, l'éducation domestique de ces premiers colons était excellente et c'est elle, qui transmise d'âge en âge a valu à leurs descendants le titre de peuple gentilhomme, titre qui je ne me trompe pas leur fut décerné pour la première fois par le célèbre Andrew Stuai t. Permettez-moi de le dire en passant — il y a dans ce mot de quoi répondre à bien des dénigrements, de quoi nous consoler de bien des injustices ; il est à la fois un héritage à conserver et un glorieux trait d'union eotre nous et la population britannique s'il nous a été décerné comme je le pense par un homme qui fut une des gloires de l'autre race, qui dans tous les cas fut le loyal et sympathique rival de nos tribuns de cette époque.

Ce que nous avons fait pour l'éducation notre histoire est là pour le dire :

soyons heureux si nous le voulons de c« qui se fait de nos jours, félicitons-nous des progrès que nous avons vu se réaliser dans un très court espace de tempg; aspirons généreusement à deplusgrands progrès ; mais si nous nous intéressons au présent, si nous espérons beaucoup de l'avenir, soyons justes envers le passé, surtout lorsque ce passé est celui de nos héros, de nos missionnaires, de tous ces vaillants pionniers, braves enfants de la vieille France qui n'ont pas eu peur de ce rude et sauvage pays où les Français d'aujourd'hui ne s'aventurent qu'en hésitant ; qui n'ont craint ni ses hivers, ni ses forêts, ni ses terribles indigènes dans un siècle où les armes que l'homme avait pour lutter contre la nature étaient si faibles auprès de celles qu'il possède aujourd'hui.

La pensée qui portait le plus grand nombre d'entr'eux vers ces rives en apparence si inabordables était une pensée de civilisation et par conséquent d'éducation. C'était la conversion et l'éducation des peuples sauvages de ce»

contrées, population dont la foi robuste de nos ancêtres comptait bien faire suivant l'expression consacrée dans tous nos vieux récits, de bons enfants de l'Eglise et de fidèles sujets du Roi trèschrétien.

Admiron», Messieurs, la récompense de cette héroïque charité envers ces peuples barbares, car si les établissements fondés surtout pour eux n'ont pu accomplir que d'une manière très imparfaite cette partie de leur sublime mission, c'est de là que sont sorties, pour neus, la force la lumière, la vie, le saluk de notre race ! C'est là que s'est formé ce clergé nombreux, zélé, moral et instruit qui a été la pierre fondamentale de notre nationalité, qui se répand aujourd'hui comme notre race ellemême sur toute la surface de l'Amérique, portant avec lui partout la consolation, la suprême philosophie, la science de la vie en vue des véritable» destinées de l'homme. (App.)

C'est de là qu'est sorti ce barreau, cette magistrature, intègre, éclairée, patriotique, qui nous a donné les Bédard, les Moquin, les Papincau, les Vallières, les LaFontaine, les Moria^

les Cartier, pour ne parler que de ceux qui ne sont plus ; qui a toujours été à l'avant-garde pour la défense de nos libertés.

De là fc<t ^rti tout le corps profes- Bionnel. hommes de science et de tr;i vail, médecins, notaires, arpenteurs, ingénieurs, fonctionnaires et employés publics de tout genre, si utiles à la société et remplissant quelquefois dans des conditions bien pénibles de bien honorables fonctions et parfois s'élevaut par leur seul mérite aux premières charges de l'Etat.

C'est là que se sont formés les premiers instituteurs laïques peu nombreux à cette époque, dont la tâche a été si difficile, si ingrate si on la considère au point de vue matériel, si grande et si belle, si on l'envisage d'uu point de vue plus élevé.

De ces institutions viennent aussi nos littérateurs, nos écrivains, poètes, historiens publicistes, journalistes, qui ont défendu et défendent si bien notre cause et commencent déjà à révéler à la France l'existence de sa fille aînée, la Nouvelle France si longtemps oubliée.

C'est de là qu'est sortie aumoins en partie cette bourgeoisie active, industrieuse, économe, persévérante,- qui s'est fait peu à peu une place dans le commerce et l'industrie, malgré l'isolement auquel nous ont si longtemps condamnés notre brusque séparation de notre ancienne mère patrie et les préjugés mutuels qui nous éloignaient de ceux qui tenaient entre leurs mains le seul capital étranger accessible à notre pays.

C'est des premières institutions qui ont éié fondées spécialement comme le disaient elles-mêmes ces femmes héroïques la Mère Marie de l'Incarnation et la Sœur Bourgeois, pour la conversion et l'éducation des petites sauvagesses, que sont sorties ces femmes admirables qui ont béni et purifié le foyer de la famille canadienne, qui ont fait nos aïeules et nos mères ce qu'elles ont été et à qui nous devons peut-être ce qu'il y a de mieux en nous (vifs applaudissements.)

Se multipliant avec une prodigieuse rapidité ces institutions répondent à

tous les besoins, à toutes les aspirationa depuis les plus élevées jusqu'aux plus humbles, s'implantent et se propagent sur tous les points de l'Amérique suivant — quedis-je ? — précédant môme les populations catholiques qui s'y groupent de toute part et renouant aux extrémités du monde, dans les régions polaires même les traditions des premières héroïnes de notre histoire. Humbles, s'ignorant elles mêmes, ces femmes dévouées marcheot les premières à la conquête de ces pays lointains, et préparent les germes de la prospérité pour des sociétés nouvelles qui se demanderont peut-être un jour avec indifférence, comme d'autres l'ont fait souvent, à quoi de pareilles choses peuvent être bonnes ?

Le génie de la nationalité et de la religion n'ignora rien de ce qui était nécessaire ou utile à cette époque éloignée; il prévit ce qui devait se développer plus tard, et l'immortel Laval dans son plan d'éducation avait fait une place pour une école normale d'instituteurs et pour une école des arts et u'étiers qui existèrent même pendant quelque temps à St. Joachim.

Le peuple sut en général répondre à ces généreuses aspirations. Que de nobles sacrifices se sont imposés tant de nos bons cultivateurs pour faîj^ instruire quelques-uns de leurs enfants*! Que d'efforts ont été faits dans ces temps reculés pour se procurer ce qui aujourd'hui est mis à la portée de tous I

En ce qui concerne l'instruction prim.iire il y eut sans doute comme une lacune, comme un temps d'épreuve ; mais comparée à l'étendue et à la durée de l'œuvre, cette période n'est pour bien dire qu'un moment d'hésitation causé par nos luttes politiques, par l'injustice des gouvernements et ne saurait être mis au compte ni du clergé ni des populations.

Les Frères Gharaons, les premiers instituteurs des écoles avaient éié remplacés quelquefois par les franciscains, quelquefois par des instituteurs laà'ques subventionnés par les jésuites, les sulpiciens, les curés et les fabriques. Mais déjà les besoins dépassaient les ressources du clergé, des particuliers et

des fondations. La question de Tins- 1 truction publique fut quelque temps à Tordre du jour, mais le gouvernemeut était aux mains d'une oligarchie locale peu scrupuleuse et il faut le dire peu intelligente. Si l'Angleterre sut être juste pour nous dans plusieurs grandes occasions, si elle fut souvent inspirée par une politique intelligente et libérale, l'oligarchie s'était décidée à nous débarrasser de ce qui cependant ne nous gênait aucunement, notre langue et notre religion, — elle essaya d'importer tout d'une pièce' un système d'écoles ; elle fit venir des maîtres dont quelques-une ignoraient la langue du pays pour enseigner dans des écoles où la religion du pays serait également ignorée : en un mot elle tenta d'établir ici le système que l'on veut imposer à nos frères les Acadiens du Nouveau Brunswick, et que nous avons repoussé comme ils le repoussent eux-mêmes.

Avec une population homogène comme l'était alors celle de nos campagnes la lutte fut bien courte : les prêtres défendirent aux familles d'envoyer leurs enfants à ces écoles et vous le voyez : point d'enfants, point d'écoles. (Rires et app.)

La législature s'alarma avec raison de cet état de choses ; elle fit diverses tentatives pour y remédier et elle eut des écoles assez nombreuses subventionnées en partie par elle et par les fabriques : c'était alors l'âge d'or de l'instruction publique, les membres du parlement étaient eux mêmes inspecteurs d'école gratuitement et distribuaient des récompences aux élèves.

(Rires et app.)-

De grands efi"orts furent faits dans ces temps par des citoyens généreux et influents qui prodiguaient leurs soins et leur argent pour fonder des sociétés comme la société d'éducation des Messieurs et celle des Dam" s de Québec, dont les éooles laïques ont été plus tard remplacées par celles des Frères et des Sœurs de Chatitc. Au premier rang pai-mi oes hommes zélés figurait M.

Joseph François Perrault, dont nous voyons aujourd'hui le petit fils au nombre des organisateurs de cette grande démonstration nationale. (Vifs appl.)

Non content d'avoir publié un grand nombre de traités élémentaires sur la jurisprudence, l'agriculture, l'histoire du Canada et un grand nombre de livres d'écoles, M. Perrault, établit à .ses frais plusieurs écoles %\x. il fit même des essais d'horticulture, d'enseignement pratique des arts et métiers et où il introduisit le système lancastérien ou d'enseignement mutuel qui faisait alors fureur, mais qui est moins en vogue aujourd'hui. Je crois même que ce système a fonctionné en Canada avant que d'avoir été introduit aux Etats- Unis. Si c'est le cas, messieurs de la république, c'est toujours quelque chose que d'avoir devancé vos concitoyens sur un point. (Rires.)

Il en est des systèmes d'enseigne ment comme de bien d'autres choses, comme des systèmes politiques qui

passent et repassent ; et vous vous.

souvenez de cet homme d'e.-prit qui disait en parlant d'un remède : surtout servez vous-en pendant qu'il guérit.

Si vous voulez me perruettre de faire le savant, je vous dirai qu'il y a quatre systèmes d'enseignement : le premier, le système individuel n'est pas un système du tout, les autres sont le système mutuel, le sioiultané et le simultané-mutuel ; c'est ce dernier que l'on suit aujourd'hui chez les Frères des écoles chrétiennes et dans nos écoles normales.

Mais cette loi de l'instruction pri maire qui tirait tout son appui de la législature, dan& laquelle les municipalités n'avaient aucun intérêt pécuniaire, cette loi, en vertu de laquelle chaque école recevait une subvention du gou-.

vernemcnt, en proportion du nombre d'enfants qui figuraient sur les rapports des instituteurs, était sujette à bien des abus. Tout imparfaite qu'elle fut cependant elle faisait un grand bien ; m lis il arriva ce qui se voyait souvent alors, d;ins ces temps de défiance mutuelle, les loi.? ne se passaient que tem porairement et il y avait le système des lois expirantes. A la veille de nos troubles politiques, la vieille oligarchie repré.seutée dans le Conseil Législatif, c'est-à-dire ceux-là mêmes qui nous accusaient sans cesse d'ignorooce

dans les termes les plus insultants, refusa de renouveler l;i loi de r»5ducation et elle expira ! Four tout cela toutefois rinstruction publique ne mourut p«^int ; elle eut seulement une subite dt?faillanco.

Mais jamais à aucune t^poque les Canadiens-Français ue gémirent sous cette ignorance absolue que dos touristes et des écrivains plus ou moins officiels et plus ou moins préjugés n'ont cessé de proclamer. Dans un excellent livre publié à Londres en 1^30, M Pierre de Laterrière a fait bonne justice de ces assertions et en particulier de celle qui a été si souvent répétée que la majorité ou un très-grand nom bre de nos représentants était tout-àfait illettré. Malheureusement, il l'a traitée avec trop de dédain et n'est pas entré dans des détails qu'il serait très utile de constater maintenant.

Cette vieille fable reparaît de temps à autres, dans les livres et les journaux ; mais j'ai entendu dire moi-même à l'hon. L. J. Papineau, dont elle excitait justement l'indignation que le nombre de ceux qui se trouvaient dans ce cas était en réalité très-minime.

Après l'union soua la constitution de 1841, l'instruction primaire a pris les plus grands développements. A quelque chose malheur est bon, et l'exemple du Haut-Canada dont la population récemment venue d'Europe avait apporté avec elle le goût des institutions libres et du régime municipal, mit bientôt au nombre des eompensations à ce régime injuste au moins dans le principe, une excellente loi d'éducation daprès laquelle le gouvernement, les municipalités et les pères de famille étaient appelés à faire chacun leur part au moyen de l'octroi public, de la cotisati-.)n foncière et de la rétribution mensuelle. Mais un obstacle formidable se dressa tout d'abord à l'exécution de cette loi.

Ici, messieurs, en vous disant ce que nou.s avons fait pour l'éducation et ce qu'elle a fait pour nous, si les bornes imposées à ce discours me le permettaient, j'aimerais à* vous décrire cette lutte longue et opiniâtre d'un patriotisme plus éclairé contre les préjugés

qu'un patriotisme véritable et relativement juste dans le principe avait implantés et développés au cœur même des populations. De l'ancien régime français et des exactions de l'Intendant Bigot, Yhabilanl canadien avait conservé une sainte et légitime horreur de toute. espèce d'impôt-^, horreur que les patriotes de toutes les nuances avaient cultivée avec soin sous l'ancienne constitution pour en faire la base de la résistance à l'oligirchie. Il fallut un grand courage à ceux qui les premiers bravèrent le mécontentement public et tentèrent de vaincre cette résistance des populations agricoles si difficile à combattre dans tous les pays, et dont nos voisins des provinces maritimes nous ont donné tout dernièrement un notable exemple.

A ceux qui les premiers se lancèrent avec les nouvelles lois de l'instruction publique sur ces vagues populaires si facilement soulevées, si difficilement appaisées, peut s'appliquer avec nne justesse peu commune les vers si souvent cités qu'Horace a dédiés aux premiers et audacieux navigateurs :

Il i robur et œ^ irif Isx Cirr& pestas era .

A M. Morin et à M. LaFontaine qui firent voter les deux premières lois de l'instruction primaire, au Dr. Meilleur qui fut chargé de leur exécution, le pays doit une éternelle connaissance.

Mais de cette lutte à laquella prirant part et les curés et nombre de citoyens zélés dans toutes les parties du pays sortit un résultat beaucoup plus grand que celui que l'on avait droit d'attendre. Kien ne réussit si bien que ce qui est contesté et di.scuté; rien n'est apprécié comme ce qui est le prix dos plus grands labeurs, des plus vives contradictions Un élan puissant fut imprimé et il ne se bornera pas à l'instruction primaire et à l'action du gouvernement et des municipalités. Le clergé dont les ressources augmentaient et dont la solicitude B'accr6is.sait en proportion de sa tâche, multiplia les institutions de haute éducation et l'on en vint môme à se demander si l'on n'avait point dépassé le but et à s'occuper sérieusement d'un genre d'institutions que l'on appelle en

Belgique l'enseignement naoyen, et qui tient le milieu entre Téducation classique et l'instruction primaire.

A mesure que l'œuvre s'étendait, à mesure qu'elle se développait, des besoins nouveaux se faisaient sentir, besoins qui rencontrèrent chaque fois et qui reocontrent encore aujourd'hui plus d'un formidable obstacle dans la concurrence que leur font d'autres nécessités publiques. Remarquez-le bien, messieurs, tandisque tous les autres services qui émargent au budget sont anciens et depuis longtemps jugés indispensables ou bien sont appuyés par de puissants intérêts locaux ou individuels, le chapitre de l'instruction publique se présente avec son seul mérite, et charge nouvelle et croissante, il a encore à lutter contre toutes les critiques plus ou moins fondées auxquelles son administration est nécessairement exposée. Il y a plus, les subventions des écoles communes et celle de l'éducation supérieure ont pour les protéger, la première l'intérêt des masses qu'elle soulage directement pour autant au moins en apparance; la seconde, l'intérêt des corporations et des localités, tandis que les mesures administratives, les institutions spéciales du gouvernement, l'organisme même de l'instruction publique n'obtiennent et ne conservent que difficilement des allocations qui semblent être autant d'enlevé à des demandes qui jouissent d'une plus grande faveur.

Malgré ces difficultés «ans cesse renaissantes et quelquefois aggravées par les passions politiques, l'instruction publique a pu obtenir et conserver jusqu'ici quelques-uns des moyens d'action indispensables à son développement et qui existent sous diverse» formes dans tous les autres pays. C'est ainsi que nous avons eu successivement les bureaux d'examinateurs pour l'admission des instituteurs, l'inspection des écoles, le conseil de l'instruction publique, les deux journaux de l'instruction publique, les conférences d'instituteurs, les écoles normales, la caisse d'économie des instituteurs, les écoles d'agriculture, les écoles de réforme et d'industrie, et tout dernièrement les écolea de science appliquées aux arts.

Par ces divers moyens d'action une meilleure méthode pédagogique se répand graduellement, une classe d'instituteurs mieux préparés à leurs importantes fonctions se forme et lutte avec courage contre les difficultés de leur état, les branches plus pratiques tels que les leçons de choses, le calcul men • tal, la tenue des livres recrutent un plus grand nombre d'élèves et le niveau de l'enseignement s'élève graduellement quoique pas aussi rapidement qu'où pourrait le désirer.

Ce n'est pai à dire qu'il ne reste heauceup à faire et des choses trèsimportantes, urgentes même. L'enseignement du dessin, de l'algèbre et de la géométrie ont à se propager et à s'élever davantage dans nos écoles-modèles ; celui de la lecture expressive et de la lecture raisonnée, et les leçons de choses, dans nos écoles élémentaire»

ont à faire des progrès analogues à ceux que l'analyse grammaticale, les dictées orthographiques et la calligsaphie ont faits depuis quelques années, enfin l'ensuignemeut moyen ec l'enseignement spécial déjà représentés jusqu'à un crrtain point dans notre système par les écoles normales, les acr.démies commerciales de nos grandes villes, par un certain nombre de nos collèges industriels et de nos écoles modèles dans les campagnes, l'enseignement moyen et l'enseignement spécial ou professionnel ont un très-grand besoin d'être développés.

La tendance des choses sur ce continent poussera nécessairement dans cette voie où l'on ne fait que d'entrer. Mais il ne faut point non plus rien exagérer et ne pas trop restreindre notre enseignement classique et supérieur auquel nous devons tant de succès Nos rivaux des autres origines ont fait d'heureux effiîrt» pour faire disparaître la supériorité qu'ils admettaient chez nous sur ce point et que Lord Durham lui-même a constaté dans son rapport; ne nous bâton» point de déposer une »i belle couronne ; parons-la de tous les accessoires utiles que nous voudrons; mais de grâce ne la laissons pas tomber du front de notre jeune nation.

C'est la culture des lettres, c'est l'eu-

geignement classique qui élève les idées, qui fortifie les plus généreuses dispositions de l'homme, c'est elle qui, combinée avec l'éducation domestique de nos pères et rayonnant de nos collèges dans nos familles a conservé la distinc tion et la véritiible noblesse des sentiments et a été l'une de» sources les plus vives du patriotisme et de l'honneur civique. Cet enseignement n'est pas non plus aussi dédaigné qu'on le suppose, même chez les peuples les plus mercantiles, les plus pratiques. liO Haut-Canada a ses écoles de grammaire préparatoires à ses collèges, les Etats- Unis ont leur Hi'jh Schools^ et vous seriez étonnés du nombre auquel se

lui fit une grande célébration ou jubilé ; j étiiis présent à celte fête ; des drapeaux et banderoUes ornaient comme ici aujourd'hui quelques rues do la ville et une foule émue et empressée contenant l'élite de la société se porta vers les trois institutions qu'avait dirigés Iheureux et noble vieillard, vn collège, une école de demoiselles, et une école pratique. Il y eut discours, musique, poésie, et tout ce qui peut se désirer en pareille solennité ; malheureusement pour moi dans les deux premières institutions presque tout se fit en allemand ; ce ne fut pu' au real-shule d'où il m'avait semblé que les langue»

mortes devaient être bannies que j'eus

tirent les éditions des classiques que i le plaisir d'entendre du grec et surtout

Harper et Appleton impriment à l'usage de ces institutions. L'Ecosse passe à bon droit pour contenir le peu pie le plus apte au progrès moderne^ le plus âpre aux choses de la vie ; industrieux et commerçants, les Ecossais sont répandus sur tous les points du globe et l'on a dit de cette race hardie et aventureuse que partout où un chardon pouvait pousser un Ecossais pourait prospérer ; eh bien, daus un grand nombre d'écoles de paroisse en Ecosse on enseigne encore les rudiments des langues mortes comme préparation au •oUége. La Belgique est bien certainement le pays le plus industriel, le plus progressif de tous ceux où se parle le langue française ; cependant «es écoles moyennea se divisent en deux classes, les athénées et les écoles moyennes proprement dites, et dans les premières on enseigne les littératures grecque, latine et française. Enfin la Prusse, le pays par excellence du positivisme, la Prusse a conservé l'enseignement classique jusque dans ses real shule ou écoles pratiques. Permettez-rnoi à ce sujet une anecdote ou plutôt un sou Tenir qui vous montrera en même temps quels honneurs l'Allemagne sait rendre aux professeurs et aux instituteurs de la jeunesse. En mars 1867, le vénérable M. Ranke, frère du célèbre Leopold Ranke qui a écrit cette remarquable histoire des Papes que vous connaissez ; M. Ranke atteignait sa cinquantième année de professorat. On

du latin, car pour le grec, je l'avoue à ma honte, c'était encore un peu de l'allemand pour moi. (Rires.) Peutêtre le personnel du real-shule était-il comme bien d'autres en ce monde, appréciàit-il mieux ce qui n'est que facultatif que ce qui est obligatoire.

N'exagérons donc point un mouvement bien nécessaire sans doute ; mais faisons-le sans détruire ou amoindrir trop ce qui a fait notre gloire. Au sujet de l'éducation comme au sujet de la nationalité étendons, ne repoussons point, n'exaltons pas un moyen de succès aux dépens des autres ; prenonsles tous et afin de donner la part large et juste à chacun, redoublons s'il lo faut la somme totale de nos efi'orts et de nos sacrifices. Préparons-nous par les études pratiques, par les connaissances usuelles, préparons-neus aux grandes destinées qui s' ouvrent pour les deux rives du St. Laurent, formons des marchanes, dez ingénieurs, des chimistes, des manufacturiers ; mais soyons certains aussi qu'un peu de littérature est un lustre qui ne nuit pas à l'éclat de l'or, que Virgile ou Racine ne contredisent rien de ce qu'enseignent Kuclide et Barème, et que pour avoir comtncnté Homère, M. Gladstone n'en est pas moins un des plus grands économistes, un des plus grands financiers de l'Europe. Ne négligeons point non plus les beanx-arts qui au point de vue même de l'industrie ont une si grande portée et qui eux aussi élèvent lea

idées et les aspirations du peuple. Voua surtout, messieurs, qui vivez à l'étranger, prenez ce qu'il vous faut du pro grès moderne, mais ne renoncez pas au glorieux héritage du passé ; ne vous en laissez pas imposer par ceux qui vous représentent vos pèrea ou vos frères comme des ignorants. Sous ce rapport comme bous tous les autres vous pouvez, suivant le mot d'Isidore Bédard ; marcher tète levée.

Non, ils n'étaient pas, ils ne pouvaient être des ignorants ceux qui ont «u la suprême science : croire, espérer et attendre ; ceux qui n'ont point abandonné l'idée religieuse et nationale dans les plus rudes épreuves, ceux qui ont préparé ce que nous voyons !

Cette magnifique démonstration, l'ordre, la décence, l'intelligence, les sentiments généreux, l'élégance qui y président nous ont fait voir que vous avez conservé sur tous les points de l'Amérique beaucoup plus intact qu'on ne le pensait le précieux dépôt de nos traditions et que vous rapportez ici avec vous et la langue que les orateurs «hoisis par vous ont si purement paï-lé et le titre glorieux de peuple gestilhomme dont vous savez vous montrer dignes. Soyez en fiers, revêtei-vous en comme d'un splendid* vêtement afin que l'on dise de vous comme Virgile disait de ses compatriotes :

populum Romanum gentem que togatam. (Applaudissements prolongés.)

Et tandis que j'y suis, messieurs, tout dernièrement encore on a voulu, pour justifier la guerre impie que l'on fait à nos frères les Acadiens sur ce terrain même de l'Instruction Publi que, on a voulu contraster le chifi're des élèves de nos écoles avec celui des écoles du Haut-Canada, aussi celui des personnes sachant lire et écrire dans chaque province, d'après le dernier recensement. Disons de suite que ce recensement a fait justice du reproche d'exagération adressé a nos statistiques scolaires : le recensement publiant le nombre des enfants fréquentant les écoles un jour donné et la stati-tique scolaire celui de toute l'année, il doit nécessairement y avoir une différence.

Or cette difi'érence est proportionnelle-

ment la même pour Ontario que pour Québec ; un rapport est donc confirmé par l'autre. Mais pour ce qui est de ce chiffre lui même, ce n'est ni à l'enseignement religieux, ni au système scolaire qu'il faut s'en prendre.

Qui ne connaît point les difEcultésplus considérables qui existent dans notre pays, par le climat, par la richesse moins grande de» populations dont on nous fait il est vrai également un crime, et surtout par la disposition des établissements qui sont plus compactes dans le Haut Canada où il y a beaucoup plus de petites villes et de villages ? Il y aurait bien aussi quelque chose à aire sur l'étrange manie de tout apprécier uniquement par les chiffres, c'est-à-dire par la quantité et non point par la qualité. Un calcul à faire ce serait de trouver le nombre d'hommes ne sachant que lire et écrire qu'il faudrait réunir pour égaler la puissance réelle d'un homme véritablement instruit.

Quoiqu'il en soit, Messieurs, que ces reproches vous animent et nous animent nous aussi à de plus grands, et s'il est possible à de plus généreux efforts.

Une chose surtout ressort de cette mémorable réunion : c'est la solidarité de toutes les populations franco-canadienues de l'Amérique. Ne craignes pas dans vos besoins de vous adresser à nous. Déjà dans bien des endroits nos prêtres et nos religieuses sont allés vous trouver et quelques-uns des élevas de nos écoles normales ont ao- •epté la même mission. Je ne saurais vous dire avec quel orgueil nous voyons ici un d'entr'eux, M. Lebœuf qui remplit maintenant aux Etats-Unis des fonctions judiciaires importantes. (Vifs appl).

Jusqu'à un certain point, notre rôle envers vous est celui que la France, notre vieille mèrcpatiie a joué envers nous, et ce rôle les communautés les plus nombreuses, les mieux mstallées parmi vous pourront bientôt le remplir à l'égard de celles où les groupes français sont encore isolés. Déjà vous avez vos journaux et vcs écoles ; bientôt vous aurez vos livres et la langue française se sera implantée en plus d'un

endroit qu'où lui croyait fermé pour toujours.

Corto?, messieurs, tout le monde ici sympathise avec le désir si énergique meut manifesté par plusieurs d'entre- TOUS de repatrier en masse nos compatriotes ; mais cette tâche ne pourra jamais s'accomplir que partiellement et graduellement ^t dans l'intérêt, même de cette cause, il faut veiller à l'autonomie de ceux qui resteront. La manifestation d'aujourd'hui y contribuera puissamment ; nous nous sommes comptés et euiTant le mot si vrai dô M. Gaillardetqui eut lui aussi cette grande idée de l'union des populations francoaméricaines, c'est déjà quelque chose de le compter car, disait-il, si le droit est la force aux yeux de Dieu, le nombre est la force aux yeux des hommes I

L'instruction dans la langue mater nelle, la lecture des livres français, celle des livres oanadiens après le lien plus puissant encore de la religion sont les meilleurs gages de votre autonomie.

Faites connaître à vos enfants le mouvement littéraire et intellectuel de TOtre pays depuis les jours où les Viger, les Morin et les Parent ont jeté les fondements de notre littérature et rendu à notre langue qui déjà commençait à s'altérer, sa pureté première, jusqu'à cette floraison si rapide qu'éialeot aujourd'hui tant de jeunes et lirillants écrivains. Faites-leur lire nos poètes, nos historiens, nos publicistes, ce sera un des meilleurs moyens de leur faire aimer notre nationalilé.

Je sais que comme nous, plus encore que nous, vous avez besoin d'une autre langue ; mais rien ne vous empêche de conserver en même temps la vôtre.

C'est une grande et belle chose que de parler les deux plus belles langues des temps modernes, celles des deux plus grandes Dations de l'Europe. C'est même un immense avantage au point de vue du développement de l'intelligence ; car là où double, est la peine, double aussi est la récompense.

Messieurs, cette pensée de fraternité bien comprise qui vous a réunis de tous les coins de l'Amérique, elle sera ntile aux plus grandes comme aux plus

petites communautés de notre origine.

Ce que Tune fora pour les' autres lui sera rendu au centuple. Déjà dans les limites do notre Confédération il n'est pas impossible que le salut do la plus gr inde province franco - canadienne, celle de Québec, ne soit dû un jour aux Acadiens des Provinces Maritimes ou aux Métis de Manitoba. Faites beaucoup pour les Acadiens, nous disait dans uue conférence M. Rameau, faites beaucoup pour eux et soyez certains qu'un jour ils vous le rendront. Ce généreux Français, qui le premier s'est occupé sérieusement de nous, qui le premier nous a conseillé l'immigration françnise et belge comme moyen de réparer les pertes que nous ne pouvons pas entièrement empêcher,— car sur ce point encore je vous dirai : ne soyez pas exclusifs — ne repoussez pas un moyen de salut parce que vous en préférez un autre, employez-les tous et vous n'en aurez peut être point trop. — M. Rameau dono nous disait que c'était la charité cosmopolite de la France qui sauverait un jour la France elle-même, et il nous donnait la même recette. Eh bien ! elle peut s'appliquer et elle s'est déjà appliquée à l'instruction publique et c'est une gloire pour le Bas-Canada de Ronger que les éta blissements d'éducation catholiques et français qui se développent sur tant de points en dehors de nos limites sont dus en grande partie aux sacrifices des habitants de la vieille province, permettez moi de le dire, de la province mère !

Et même aujourd'hui la France sans presque le savoir continue sa glorieuse mi.ssion à notre égard : à nos prêtres et à nos religieuses cependant si nombreux viennent s'ajouter chaque jour ses prêtres et ses religieuses, et souvent prêtres français et prêtres canadien.^, religieuses françaises et religieuses canadiennes partent ensemble pour les pointa les plus éloignés de ce continent.

Pour l'ignorer, messieurs, il ne faudrait connaître ni cette noble maison de St. Sulpice de Montréal, qui a fait encore, et qui fera longtemps de si grandes choses dans notre pays, ni cette illustre Compagnie si connue dans

notre histoire et qui nous donne aujourd'hui l'hospitalité ; toutes deux, ainsi que tant d'autres ordres religieux, se recrutent encore plus en Europe que parmi nous. (Appl.)

Mais je m'oublie, messieurs, on ne m'avait donné que vingt minutss pour traiter ce grand sujet, pour vous dire ce que l'éducation a fait pour nous, ce que nous avons fait pour elle ; et j'ai déjà dépassé ces limites: je demande quelques minutes de plus pour un acte de justice et de reconnaissance.

Je ne saurais laisser passer cette solennelle occasion de rendre témoignage à la mémoire d'un homme dont la mort a été un grand deuil public à Sir George Cartier qui m'a si puissamment aidé, et souvent je n'ai pas honte de le dire, si habilement dirigé, pendant mon administration scolaire. A son énergie, à sa persévérance sont dus la passation de plusieurs lois importantes sur l'instruction publique avant la Confédération ; à son aide actif celle qui, depuis, a réglé des questions importantes entre la majorité et la minorité religieuse. Dès le principe nous avons adopté une politique libérale qui a eu son contre coup dans le Haut-Canada tout en empêchant bien du mal chez nous ; en allant plus loin encore nous aurons fait un grand bien à nos compatriotes des provinces maritimes ; si .la majorité qui les froisse dans ce qu'ils ont de. plus cher, peut apprendre quelque chose de notre exemple ne fut-ce que d'avoir la moitié de la justice et de la libéralité que nous avons montrés.

J'ai aussi à remercier mon honorable successeur M. Ouimet, qui s'est mis à l'œuvre avec tant de zèle et d'habileté, des paroles beaucoup trop bienveillantes qu'il a eues pour moi dans ses discours publics et dans ses rapports officiels.

Enfin, monsieur le président et mes- BÎeurs, j'ai à vous remercier et à vous demander pardon ; à vous remercier de votre indulgente attention, à vous demander pardon n'avoir osé traiter dans un cadre nécessairement si restreint un pareil sujet. Mon excuse est dans l'obligeante invitation de votre comité, dans l'enthousiasme du jour, dans cette atmosphère toute imprégnée

d'un patriotisme tellement enivrant que ceux qui l'ont respirée ne doutent plus de rien.

Même dans les circonstances les plus défavorables il était impossible de refuser son concours à cette réunion fraternelle où sont accourues portés par l'électricité les félicitations, les sympathies de tous les groupes français de l'Amérique depuis Vancouver jusqu'aux rives de l'Atlantique, nobles témoignages qui ont été couronnés par la plus auguste et la plus émouvante de toutes les approbations, en un mot grande et belle journée dont le souvenir imposant sera lui-même une des pageg de notre histoire.

Après M. Chauveau, M Landry prit la parole el s'exprima a peu près en ces termes :

Messieurs,

J'arrive de l'ancienne Acalie pour prendre part à la fêt'i nationale des Canadiens. Ji voudrais pouvoir m'exprimer plus facilemt'nl en français, mais le malbeur de notre position a voulu q'ie moo insiruclioQ franc use ait été n^gig^e. V-^uill»'Z excuser mes fautes, en songeant que je suis resté Franças par le cœur t jut comme vous. J'ai é é heureux d'enteodre M.

Giiauveau parier de l'Acadi»', et je l'eu remercie ; c'est la première fois dans caita fête que l'oo a songé à nous. Mais n'oubii'Z pas qu'il y a là-bas une population qui vous est sympathique, des hommes qui sont vos frères et qui atteodent de ^ou9 secours et prot^ciioa. En ce moment, l'un et l'autre nous sont plus que jamais aèces.-airr»9, car jamais la persécution n'a ele plus terrible contre nous.

Je fco s d une èiettion et j'ai été battu dans le comté de Westmorelan I. Les électious ont tourné contra nous presque partout. Ce n'est pas son mérite qui a valu celte victoire au gouvernement, mais le fanatisme religieux qu'il a soulevé. Dans ce même comte, oii nous ne comptons que pour un li^rp, j'ài dpji été da par 300 VOIX de majoriiè sur ceux qui étaient élus en même temps qae moi. Vuus bavez qu'il y a trois ans, la loi nous permetiaiv d'avoir des écoles t.étaié-8 oii nos enfants recevaient une instruciloa religieuse, suivant les désirs des parents, mais cette loi a été abrogée. Bien des prole^tams condamnèrent les écoles s^n s Uieu d'abord, et la majorité étaient contre ce système, mais on a soulevé le fmatisme r-'llgieux, et aujourd'hui les élections n'ont eie que sous l'inOieuce de ce mauvais conseiller. J'espèie que nous aurons bientôt une nouvelle Convention, et .|ue l'Acadii, alors

plus h-'ureu'P, iPra repr^seatée par plus de d^puif's qu'aujourd'hui.

M. 0 Loranger lit remarqu-^r q le nous venions d'»'ni>n1r«* pTifr un r»»pr''<»HntRnt d'une population éloigné'», ►! qn'il fallait aussi éco"ier la v. ix de Manit 'ba. L invita M. l'abbé Lacombe à prendre la parole.

Le séioi Millionnaire prononça un di cours qui Tut vivement appUuai.

L'orat-'ur qui m'a précédé, s'est excusé de ne louvoir parler Franças au<8i corr-ctem^nl qu'il h voudrait. J'ai les mê nt^;: excuses à foire, y suis missionnaire et il y a vingt qudtre ans que je vis de la vin des sauvages J- buis arrivé à parler leur langage r-t mAme à penser sauvage Je n'ai pas regreiié de ne pas parler plus souvent le français avant Cfite fjjs, mais aujourd'hui jr le déplore vivem-'nl, cut]^ ne puis expriffif-r tout ce que ]-^ ressens, je ne pui> Vous dire t-n fraoçiis tout ce que 3e pense en sauvage [ippl ]

Je sui^ hrurt^ux de représenter Manitoba et les g an 1s tfrritoires du Nort-Oue^t dans cette assemblée de Cmadi^^ns ; j'^ suis heureux de vous dire que vous avei là bas de chauds amis qui ont sans cess» les yeux tournée le votre cdié. Perm>'lt zmci de vous le dire, mes sauvages et les jL'étis vous a m»-nt et vous connaissent Que de fois, ils me demandent des nouvelles " -les Français du côté de Mon*réal " car c'e&t ainsi qu'ils désignent les Canadiens.

Moi qui ai été si longtemps éloigna du Camda, je me suis émerveilh de tout ce que j'ai vu hier J'avais une s^'ivenanc» des fêles nationales d'autrefois, c'était resté grand d-^ns mon imagination, mais la démonsiraion d'hier surpasse tout cela, j'en SUIS des plus heureux.

Depuis qllej^ suis au Canada, je n'ai cessé d'aiiirer l'a't-^nton des Ctoadiens sur un sujet importini et je vous demanda un moment o'atieniion. Je veux veus parler de l*imaji(;ration à Mdniloba.

Il noLS fHt.t une immigration française si nous vobljns conserver notre position Sachez qu'il y airive ^n moyenne par moii, quaranle familles d'Ontario. ManJtoba esi un beau pays, sa richesse at i'e DOS voisins. Les lai^serez-voua sei.ls s'emparer d'un sol qui vous apparti-|Pt autant qu'à eux. Venez au Maniloba, vous Ga nadiens des Et-it -Uni-i, qui voulez revo r la patiin, ven^z li et vous vous trouver- z ch'^z vous. Le gouvernement vous offiv 160 â:res d-^ terre moy-nnaijt .$10 et peutêtre à m'iiileur condition. La pra rie est là qui vous attend. Vous n'aurez qu'à passer la charrue dans cette l rre f'ini e, y jet-r d»-s gra ns ei vous aurez de belles moissons. Le f ci 1 n'y est pas aussi grand qa'oa le di', mais il est pluB fort

qu'au Canida, cependant on n'y gèle pas. Il y a moins de neige qu'ici beaucoup moins et les aiimaux rt'st nt lans 1 1 pralri- jusqu'à la lin de D cembre. Si quelqu'un voulait se mettre à la tôie d'ua Qouvement en favr-ur de l'immigration, j'attendrai po ir conduire les fam'lles qui seraient piô -'s à venir nous lejuindi-e. l'ai écrit dans les journaux des lettres sur l'imm ïrat on vts ce pny* et je l^s ai sign'^es un ami de ses compatriotes et de- () ii leur publ caiian je niçois beaucoup le lettres qui me demandeni de nouveaux renseignements.

Jrt termine en disantque nous Canali ms les Ëiat>-Uais et de .Vlaniioba, nous devons r'-gard'T la Province de Q lébec, coofme celle-ci regardait jadis la France et que nous d-^vons attendre d'elle ce qu'elle alien ait de nos amis d'Europe.

Après M. Lacombe, M l'abbé Lamarche prit la parole. Il nous dit qu'il croyait jue tout ce que nous avons vu et eatenlu depuis deux jours reposait sur une grande idée : l'i lée religieuse. Ce que les Canadiens aiment pardessus tout, c'est la r^lgion; le peuple canadien es> le plus caiiionqne du monde. Soyons fi lëles à notre religion qui est la gardienne de notre nailonalite. L'orateur develoape cette i lee et coaclut eu exprimant l'espoir que le Canada françiis restera fiièle à ses croyance» et au Saint-S.ège.

SE.VNGEDUSOIR.

A la séance du soir, après « dépouillement des lettres de créance, M. Coursol fut élu président, M. Fréd Houde, vice-président, et M. Lebœuf, secrétaire.

Lé rapport du comité de la convention, rédigé par M. Beausoleil, fut alors soumis à l'assemblée et pris en considération. Ce rapport est basé sur les réponses faites par les Canadiens des Etats- Unis aux questions qui leur avaient été adressées.

Une motion priant instamment les gouvernements local ci fédéral d'établir des manufactures, fut alors proposée par M.

H Beaugrand et secondée par M L O David et cette motion fut acceptée après une discussion intéressante à laquelle prirent part M. Beaugrand, rédacteur de V Echo r/u ' anada, M. Drapeau, d'Ontario, M Iloude du foyer Canadien, M. Lebrfiuf, M Bélanger, de Sherbrooke, et M. Thibault et M Montraarquel.

M. Stanislas Drapeau proposa alors, secondé par M. J O Dion, une motion eu faveur du repatriement et des moyens à prendre potir l'opérer.

<3ette motion fut adoptée.

M. Chs. Thibault prit ensuite la parole I Pour être patriote, MM., il fan:

»t prononça le discours suivant : j penser, agir et faire, ce que pense, agit

Monsieur le Président, i et fait sa patrie ; or, ce soir, tous la

^ Messieurs les Délé-uésdesE.U. représentez à mes veus et par tos

cœurs, elle me demande a parler. Je le ferai, en réclamant toutefois cette

et Messieurs.

Appelé, par les vœux des Canadiens indulgence que j'ai toujours rencontrée de Trov. spécialement à prendre la | ^jj^^ ^^^j compatriotes ; cette indul-

parole dans cette circonstance mémorable, je ne puis me refuser d'accepter votre bienveillante invitation. Rien cependant ne vous autorisait M M. à me faire cet appel : rien, si ce nest peutêtre les lésers services que j'ai pu rendre à mes compatriotes du Canada et des E. U., soit en écrivant dans nos journaux des articles propres à revendiquer leur position, trop souvent mé-

gence que vous accordez toujours à ceux qui comme moi la sollicitent, à ceiLX qui comme moi en ont un si grand besoin. Ti.iut d'abord. MM., qu'il me soit permis de souhaiter la bienvenue à nos compatriotes de l'exil et de leur témoigner ma reconnaissance pour s'être aiosi rendus à l'appel de la Patrie : de leur dire qu'à la pensée de leur retour dans Rama on s'est livré à la

connue, à relever leur courage, en leur ; j^j^ j^^ lamentations ont cessé, la

montrant la sublimité de leur mission • patrie a retrouvé ses fils, et que de

dans ces pays, soit encore en me ren- ; ^^^^^ p^^ ji ^-^-t fait, dans cette Pro-

dant à leur appel, dans des circonstances , yince, un immense tressaillement d' al-

inalogues à celles qui nous réunissent Jé^resse. à la pensée de votre arrivée

ce soir, pour leur retracer les grandes et p^chaine narmi nous. Eh ! bien,

sublimes vertus de nos ancêtres ; leur ^^^ \ Xoms êtes venus, soyez des

faire aimer davantage la patrie absente nôtres, puisque vous êtes nôtres, par

et les encourager sur la terre de l'exiL [^ ç^^^r par le sang, par la foi, par la

D'ailleurs, pourquoi ne parlerais-je pas : langue et par l'intelligence.

en ce iour oiî tout parle, tout chante, i Cr^r •, • "" i ,

eu V.C jKnxx VI» i-v r" , MM. u n y a que quelques années,

tout sourit ? La nature eUe-meme nous ! ^^ ^^^^ arti:ste. Horace Yernet. célèparanplus grandiose, plus sereine et i,re>intre de la nature, traversait plus riante. Cette tête, benie par la reli- , ^^^^^ . ^^ ^^^^^ ^^^ ^^^^^^ ^^^ gion, ennobae par le patriot^me, est | ^,^^^ ^^ ^^^^^ ^^^^^^^^ ^^^

belle entre toutes; elle commande aux ris j ^ ^ , , ^ j r .^ i. -i.

•^ , . , j- • ' 1 matelots la faveur de 1 attacher au mat

et à la K)ie avec plus d autorité que la , . .

, , «'^ f 1 ! du navire, pour pouvoir mieux coQtem-

douleur ne commande aux larmes : la , , , a f. , » ui u

, , .. -, •<■'•. ui pler la sublime. 1 épouvantable horreur

douleur s impose mais la saiete véritable j i- t c i-

uuuicui a iui^/v7 ^ I de 1 ouragan ! afin d en mieux srraver

ne peut être que le résultat du bonheur | j^ g^^^^^-j. ^^^

comme celui qui vous enivre en ces ! , ^ ^ i * -i

tvmujc v.tiu 4 ç^j. jjjg exactement sur la toile

lours. N ous travaillée. Messieurs, en ce *^ . . .» i,

J" ;, , -c I sez moi, messieurs, tous attacher un

moment a élever un temple mairumque ; . . . ' • j ^ j i. j^ i«

. , , ,,„ ■ ' x. ^r • ^ i instant au pied du grand arbre de 1»

à la concorde, a la fraternité chrétienne, j D ^ .^ - ^ . » ^ , 7 ,7, . ', ,. . J . J Patrie afin de mieux contempler:

à 1 harmonie, a J union des coeurs et des | ^

intelligences ; est-ce à la jeunesse de j

notre époque, dont j'ai l'honneur de ;

faire partie, à hésiter d'entrer en lice

pour engager le grand combat ? A se

son esprit et le retra- Lais-

lo. sa noble origine et ses luttes ;

ses souffrances et son deuil à U Tue de rémigration de ses enfants ;

ses su<jcès et ses espérances. Enfin, en conclusion, quels sont les résultats pratiques qu'elle a droit d'attendre de cette fêtA

lo.

taire, à refuser d'apporter son grain de sable à la construction de ce temple aU(7U5fe que j'entrevois comme résultat de vos nobles efforts, de votre pa- 1 triotisme éclairé et de votre ardent ! désir à servir la cause sacrée de cette j Aima Maler. qui est la patiie de vos cœurs, de vos intelligences, de vos sou- vie des nations, quand la colère du ciel renirs et de vos espérances ? s'appesantit sur elles, il se fait un tra-

NOBLK ORIGINE DE La PATRIE ET

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