DEUIL A LA VUE DK L'ÉMIGRATION DE SES ENFANTS
MM., à la cession du Canada à l'Angleterre, cette Province se trouva isolée, abandonnée, meurtrie, appauvrie,
soumise à des maîtres étrangers, durs et impitoyables et Dieu seul sait tout ce que uous avons souflfert, non seulement de souffrances morales, mais môme de souffrance physiques ! Ce n'était pas assez de perdre lu France, il fallait encore être abreuvés d'outrages et écrasés d'impôts, pour faire vivre une nuée d'étrangers, s'abattaut, comme des oiï^eaux de mauvais augure, sur une proie faible et sans défense.
La culture de nos terres était abandonnée, les droits seigneuriaux, les lods et ventes surtout, nous ruinaient. Notre langue était menacée de prohibition ; le pays était pauvre, triste, découragé. Par une politique étroite et mal inspirée, avant ';47-'38, au lieu de travailier aux grandes améliorations publiques de notre pays, on amassait, dans les coffres publics, ces monceaux d'or que la Maison Barinrj & Cie., de Londres, devait engloutir après l'Union et que le Haut-Canada convoitait avec cet appétit qui ne s'est jamais démenti, chez ses habitants Aussi, tandis que nous perdions notre temps en vaines disputes, après l'effort surhumain que nous virent tenter les tristes années 1837- 1838 pour reconquérir nos libertés et nos franchises, vit-on le Haui-Canada à l'œuvre pour nous imposer cette Union bâtarde de 1841 que nous avons brisée, par la Confédération ; union qui a englouti notre or, nos espérances, nos richesses au détriment du B Canada et au profit d'Ontario seul. Cette Province, plus pratique, plus égoïste que nous, s'emparant alors de nos trésors, paya ses dettes, fit des améliorations publiques, agrandit ses canaux, construisit des voies firrées, développa son agriculture et laissa périr sa province sœur du Bas-Canada. Ce fut après ces déplorables résulUits, après 38. que cc/mmença cette douloureuse exode de notre pdîiple vers les Etata-Uni.?. C'est alors que l'on vit les flots de l'Emigration se succédant sans interruption et entraînant par milliers nos compatriotes sur la terre étrangère. C'est depuis cette époque aussi que le Canada est plongé duna le deuil à la vue de ses campagnes fertiles, abandonnées et
qui attendent en vain le retour de leurs anciens possesseurs; à la vue do ce torrent dévastateur qui nous décime et va grossissant toujours le flot qui chasse devant lui, vers des phvgcs étrangères, nos populations, si laborieuses, si patriotiques, et si utiles à notre pays.
Comment pouvions-nous nous livrer à la joie quand on savait tant des nôtres éloignés de tout ce qu'ils ont do plus cher au monde, du toit qui les abrita pendant leur jeunesse, du sol qui les nourrit, des tombeaux lie leurs ancêtres des souvenirs d'enfance, des joies de la famille, etc, etc.
Assurément le plus grand secret do notre réunion de ce jour touche: le à ce mystère du cœur humain qui a nom le Patriotisme, 2e à l'état avaHtiigeux que notre Pays offre maintenant à ceux qui veulent y revenir. Assez longtemps, compatriotes, vous vous êtes assis sur les fleuves de l'Exil et assez longtemps, vous y avez pleuré. Assez longtemps, comme les restes d'Israël, vous avez craint d'être toujours privés de la Patrie: Putria privari verebantur, assez lengtemps, Rachel a gémi sur ces enfants, sur ceux qu'elle croyait à jamais perdus, voici le moment favorable, voici le moment du retour, livrez-vous tous à l'espérance, applaudissez tous, car. je viens vous apporter une bonne nouvelle. Celles de nos succès et nos espércnces.
3e Succès et espérances de la Patrie.
MM., ayant jeté un coup d'œil sur notre origine, nos luttes, nos souffraa cas et notre deuil. Reposons-nous un instant, comme le voyageur fatigué de la route parcourue et des obstacles franchis, à la vue de nos succès et de nos espérances légitimes.
A votre départ de ce pays, MM., des E. U. il y a 20, 25 ou 30 ans, comme nous venons de le voir, le pays était plongé dans le découragement ; mais voili que tout à coup à l'orage politique qui nous avait décimés succède des jours de calme et de travaux un système nouveau s'inaugure : des patriotes a dents apparaissent, travailleurs infatigables, ils ont renouvelé la face de notre pays, A dater de la fameuse
coalition de 1854, nous sommes entrés à pleines voiles dans la voie du progrès. Toutes les difficultés s'applanissent. Le système féodal s'effondre. Le pays se sillonne de voies ferrées : Le Pont Victoria s'érige, l'International se construit ; nos canaux s'agrandissent, se creusent, se multiplient, nos fleuves sont explorés, notre marine est crée, nos forêts reculent,notre culture fleurit, notre commerce se développe, notre industrie,protégéesuffisammCDt,s'agrandit chaque jour. Voyez partout, nos usinée, nos chantiers, nos manufactures et du coté d'Hochelaga, ne voyez-vous pas la grande filature Hudon lançant du haut de son site pittoresque et historique, un encourageant défit à de semblables entreprises ?
Nos cités se multiplient, reculent leurs limites, regorgent de po pulation, d'espérance et d'avenir. Et pour grossir nos rangs, disséminés et amoindris, par la malheureuse émigration de nos compatriotes, nous dûmes ouvrir nos portes aux peuples malheureux du vieux monde. Aussi ceux qui n'avaient plus de Patrie, de famille, ni d'amis retrouvaient ici tous ces biens inappréciables. Nous séchions les larmes de Campbell, mettant dans la bouche des Irlandais proscrits, ces tristes lamantations :
" Where is my cabio door fast by the [wild wood?
Where is my sirethat wept for ils fall ? Where is Ihe motlier thaï watch'^d over [my childhood ?
Where ismybosom friend Jearer Ihan ail . Sad is my laie said the heart broken
[slrant-er.
The wild deer and wolf to a coverl can
[flee.
But I hâve no refuge from famine and
[danger.
A home and a country remain not for me.
■ Ce n'était pas assez d'avoir fait tant de grandes choses, créé tant de merveilles, fondé de si belles institutions, lallait leur donner une sanction légale et les protéger de toute atteinte.
Le Code Civil, qui nous assure ces cbo- Bes, nous est donné.
\ Ce n'est pas tout. Dans notre mouvement progresssif l'on se trouve comme à l'étroit dans d'immenses possessions,
l'on se souvient que des frères nous restent, non seulement aux E. U , mais encore au N. Brunswick, à Manitoba et même jusqu'aux bords lointains du Pacifique. Alois un projet gigantesque est mis au jour. *
On se souvient de l'alliance contractée sur cette montagne témoin de notre foi et de nos serments. L'on veut reprendre, par une révolution pacifique, toutefois, notre héritage, toutes les terres si^es entre les deux grands Océans et que l'injustice des armes nous avait fait perdre. Le plan de notre immense Confédération est conçu, élaboré, mis à exécution. Nous voilà un grand peuple. Nos frères les métis et les Acadiens nous sont rendus et il ne nous reste plus, qu'à repatrier nos frères dis perses des E. U. pour être le peuple le plus prospère et le plus heureux de la terre, pour pouvoir s'écrier, avec beaucoup plus de raison que le poëte ancien : '• Deus nobis hxc olix fecit. Ne craignez pas, MM., que je fasse, ici de l'amplification ; les faits sont là, patents pour tous et ce n'est pas quand la lumière vous éblouit, que vous en nierez l'effet. D'ailleurs il y a un argument brutal auquel on ne résiste giière^ c'est celui des chiffres. C'est ce critèriiim de la vérité que je vais vous exposer en deux mots : En 1854, MM., le commerce total des Canadas Unis était de $63,548,-5 15,00. En 1872, pour ces deux mêmes provinces il s'était élevé à $153,990,704,00, c'est-a-dire, avait augmenté dans une proportion d'au-delà de 142 pour 100. Il n'y a pas un peuple sur ce globe qui n'aurait pas lieu de s'enorgueillir d'un pareil succès.
Maintenant je prends le dernier rapport de Thon, ministre des Finances, tel que posé dernièrement devant flos chambres. Le commerce de la Puissance s'est élevé pour l'année finissant au 30 juin dernier à la somme de $216,000,000,00 laquelle répartie sur une population de 4 millions représente $54,00 par tête de toute la population de la Puissance.
MM. une petite comparaison vous fera mieux comprendrej' importance de
bi
ûotie eommerco. Jo la prends chez nos voit^ius, les Ainilricains, le peuple le plus extraordiuaire en fait d'iudustrie et de commeree. Eh ! bien, le commerce tot;il des E. U. pour 1870 a été de §901,420,143, que je vous prie de répartir sur une population de 38 millions, ce qui ne s'élève qu'à $25,30 par tête, tandis que le nôtre, pour la même période s'élève ù, §54,00 par tête.
Si voas mettez en considération, MM., que ce n'est que depuis 20 ans que nous avons construit tous nos chemins de fer et fait nos grandes améliorations, soutjenues par nos subsides, vous en viendrez à la conclusion qu'un pays qui peut se vanter d'un aus.si grand résultat, dans une période aussi restreinte, peut se livrer à l'espéranca la plus légitime et s'avancer résolûmept et fièrement, vers les progrès qui l'attendent dans l'avenir.