XIX JOUR
Réflexions sur les merveilles de la première journée. Il faut continuer sans relâche l'œuvre de Dieu à l'exemple de Jésus-Christ.
Tous ces passages font voir qu'à cette dernière semaine, et dès le jour qu'il fit son entrée, le Sauveur sortoit tous les soirs de Jérusalem, et se cachoit à Béthanie, d'où il revenoit tous les matins faire ses fonctions dans le temple, où tout le peuple s'assembloit aussi dès le matin pour l'entendre. Le jour ses ennemis étoient retenus par la crainte d'émouvoir le peuple si on le prenoit en plein jour : Car ils craignaient, dit saint Marc (I), parce que tout le peuple qui l'écoutoit étoit ravi de sa doctrine. Ou, comme le rapporte saint Luc (2} : Ils ne savoient que lui faire, parce que tout le peuple qui l'écoutoit, étoit ravi et hors de soi. Ainsi dans le jour il demeuroit, et dans la nuit, où ses ennemis eussent trouvé plus d'occasions de le perdre, il sortoit de la ville, et se retiroit à Béthanie, parmi ses disciples, afin d'achever sa semaine, et le temps qui lui étoit prescrit poui nous instruire 5 continuant à se servir des voies douces, si naturelles à la sagesse divine, des précautions nécessaires et des moyens ordinaires de se conserver jusqu'à la nuit où il devoit être pris. Voyonc donc, soit qu'il se conserve, soit qu'il se livre, qu'il fait tout pour l'amour de nous. Il se
1 Marc. XI. >8.— Luc. xix. \8.
Bossuet. IX. 12
conserve pour achever ses instructions, sans que nous perdions une seule de ses paroles; et il se livre pour consommer son sacrifice. 0 Jésus! je vous adore dans ces deux états, et je vous suivrai tous les matins de cette dernière semaine, pour écouter votre parole, plus touchante encore en ces derniers temps, que dans tous les autres.
Ramassons toutes les merveilles que nous avons vues accomplies en ce sacré jour du triomphe de Jésus-Christ ; toutes les marques de grandeur, d'autorité, de puissance, que le ciel et la terre donnent à Jésus : et en même temps tous ces caractères d'infirmité j de précaution et de fuite qu'il conserve. Adorons ce sacré mélange. Si nous sommes calomniés, maltraités, persécutés par nos ennemis, jusqu'à être contraints de fuir et de nous cacher devant eux, ne nous en affligeons pas : c'est le caractère de Jésus -Christ, qu'on doit au contraire être ravi de porter. Continuons toujours, à son exemple, l'œuvre de Dieu, s'il nous en a commis quelqu'un, quelque petit qu'il soit, sans nous relâcher jamais; et accomplissons la volonté de Dieu.
XXe JOUR.
Figuier desséché : figure de l'ame stérile, et sans bonnes œuvres. Matth. xxi. 18, 24. Marc. xi. 12, 28.
Le lendemain de son entrée, en arrivant de Bêthanie à Jérusalem du matin, il eut faim : ayant
sur l'évanCxIle. 179
vu de loin un figuier, il s'en approcha pour voir s'il y trouve/vit du fruit : mais ri y trouvant que des feuilles, parce que ce riétoit pas le temps des fruits, il le maudit (I), comme on sait. C'est une parabole de choses, semblable à celle de paroles que l'on trouve en saint Luc, chap. xm. 6. Il ne faut donc point demander ce qu'avoit fait ce figuier, ni ce qu'il avoit mérité : car qui ne sait qu'un arbre ne mérite rien ? ni regarder cette malédiction du Sauveur par rapport au figuier, qui n'étoit que la matière de la parabole. Il faut voir ce qu'il représentoit, c'est-àdire, la créature raisonnable qui doit toujours des fruits à son créateur, en quelque temps qu'il lui en demande : et lorsqu'il ne trouve que des feuilles, un dehors apparent, et rien de solide, il la maudit. Que jamais il ne sorte de fruit de toi {3). Etrange malédiction sur l'ame dont Dieu se retire : jamais il n'en sort de bonnes œuvres. Qu'est-ce qu'un figuier sans fruit, et un homme sans bonnes œuvres ?
Quand on se sent desséché et stérile, qu'on doit craindre alors que Jésus n'ait lâché le mot fatal ! Dieu a son heure où il attend le fruit désiré : l'heure passée, si on lui manque, il laisse partir la triste sentence ; et l'arbre, sans être coupé, est desséché jusqu'à la racine. C'est la damnation avant la mort : on voit un arbre sur pied ; mais il a la mort dans le sein. Vous avez le nom de vivant, mais vous êtes mort 3). Soyons donc fidèles et prêts à donner du fruit à notre Sauveur, toutes les fois qu'il en demandera.
Jésus eut faim. Selon la lettre, il jeûnoit
(') Matth. xxi. 18. — ■(>) Ibid. 19. — \t) Apoc. m, 1.
beaucoup : selon Je mystère, il avoit faim et soif quand il falloit.il a toujours faim et soif de notre salut. Jésus-Christ continua son voyage, et revint à Béthanie, selon sa coutume, et la matinée d'après, ses disciples s'arrêtèrent au figuier, qu'ils trouvèrent desséché depuis la racine : Pierre dit au Sauveur : Maître, le figuier que vous avez maudit, est séché (1). Jésus -Christ ne vouloit pas sortir de ce monde, sans faire voir des effets sensibles de sa malédiction, voulant faire sentir ce qu'elle pouvoit; mais par un effet admirable de sa bonté , il frappe l'arbre et épargne l'homme. Ainsi quand il voulut faire sentir combien les démons étoient malfaisans, et jusqu'où alloit leur puissance, lorsqu'il leur lâchoit la main, il le fit paroitre sur un troupeau de pourceaux que les démons précipitèrent dans la mer (2). Qu'il est bon, et qu'il a de peine à frapper l'homme! Ne contraignons pas le Sauveur contre son inclination, à étaler sur nous-mêmes l'effet de sa colère vengeresse.
XXIe JOUR.
Le prodige des prodiges : l'homme revêtu de la puissance de Dieu par la foi et par la prière. Matth. xxi. 21, 22. Marc. xi. 22, 24.
Les apôtres étant étonnés de l'effet soudain de la parole de Jésus-Christ sur le figuier, le furent beaucoup davantage, lorsqu'il leur dit qu'ils en pouvoient
(') Marc. xi. ai. — W Matth. vin. 32.
sur l'évangile. 181
faire autant, et même beaucoup plus, pourvu qu'ils eussent la foi. Si vous l'avez, leur dit-il (1), vous ne pourrez pas seulement dessécher un figuier; mais vous direz à une montagne : Déracinez - vous, et jetez-vous dans la mer, et cela se fera.
Voici le prodige des prodiges : l'homme revêtu de la toute-puissance de Dieu.
Allez, disoit le Sauveur 2), guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, chassez les démons. Qui fit jamais un pareil commandement?
// les envoya prêcher et guérir les malades 3). Qui jamais envoya ses ministres avec de tels ordres? Allez, dit-il, entrez dans cette maison, et guérissez tous les malades que vous y trouverez. Tout est plein de pareils commandemens. Mais ici il pousse la chose encore plus loin : Tout ce que vous demanderez, vous l'obtiendrez (i). Vous pourrez tout ce que je puis : vous ferez tout ce que vous m'avez vu faire de plus grand, et vous ferez même de plus grandes choses. En effet, si on est guéri en touchant le bord de la robe de Jésus-Christ, pendant qu'elle étoit sur lui, ne se fait-il pas quelque chose de plus dans saint Paul, lorsque les linges qui avoient seulement touché son corps, guérissoient les malades à qui on les portoit (5) ? Et non-seulement les linges qui avoient touché les corps des apôtres avoient cette vertu, mais leur ombre même : l'ombre qui n'est rien, quand elle passoit sur les malades, ils étaient guéris (,l).
Voici donc le grand miracle de Jésus-Christ. C'est que, non-seulement il est tout-puissant, mais il rend
(0 Matth. xxi. 21. — (»] Ibid. x. 8. — l3) Luc. ix. i. \. 3, 9. — • Joan. mv. 13, i3. — (s) /Ici. \\x. 12. — r0 Ibid. v. i5.
encore l'homme tout-puissant, et, s'il se peut, plus puissant que lui, faisant du moins constamment de plus grands miracles, et tout cela par la foi et par la prière : Tout ce que vous demanderez, en croyant sans hésiter quH vous sera donné, il vous arrivera (l). La foi donc et la prière sont toutes-puissantes, et revêtent l'homme de la toute-puissance de Dieu. Si vous pouvez croire, disoit le Sauveur (2), tout est possible à celui qui croit.
La difficulté n'est donc pas de faire des miracles : la difficulté est de croire. Si vous pouvez croire : c'est là le miracle des miracles, de croire parfaitement et sans hésiter. Je crois, Seigneur, aidez mon incrédulité (5), disoit cet homme, à qui Jésus dit : Si vous pouvez croire. Seigneur, augmentez-nous la foi, disoient les apôtres (4). Nous n'avons besoin que de la foi, car avec elle nous pouvons tout. OHJ si vous en aviez, dit le Seigneur (5), comme un grain de sénevé, le plus petit de tous les grains, vous diriez à ce mûrier: Déracine-toi, et, te plante dans la mer, et il vous obéiroit, et il trouveroit un fond sur les flots pour y étendre ses racines.
Ainsi le grand miracle de Jésus-Christ n'est pas de nous faire des hommes tout-puissans; c'est de nous faire de courageux et de fidèles croyans, qui osent tout espérer de Dieu, quand il s'agit de sa
gloire.
Il faut donc entendre que cette foi qui peut tout nous est inspirée. Pour oser faire cet acte de foi qui peut tout, il «faut que Dieu nous en donne le
(0 Matlh. xxi. 22. Marc. xi. a/J.— W Marc. ix. 32. — (») Und. 23. — (0 fMC. xvn. 5. — K5) Ibid. G.
SUR l'é vanuile. 183
mouvement. Etle fruit de ces préceptes de l'Evangile, que nous lisons aujourd'hui, c'est de nous abandonner à ce mouvement divin qui nous fait sentir que Dieu veut de nous quelque chose. Quoique grand qu'il soit, il faut oser, et n'hésiter pas un seul moment.
Lorsqu'il s'agit de demander à Dieu les choses nécessaires pour le salut, nous n'avons pas besoin de ce mouvement particulier de Dieu , qui nous apprend ce qu'il veut que nous obtenions de sa puissance. Nous savons très-clairement par l'Evangile, que Dieu veut que nous lui demandions notre salut et notre conversion. Demandons-la donc sans hésiter; assurés, si nous le faisons avec la persévérance qu'il faut, que tout nous sera possible. Quand nos mauvaises habitudes auroient jeté dans nos âmes de plus profondes racines, que les arbres ne font sur la terre, nous leur pouvons dire : Déracine-toi. Quand nous serions plus mobiles et plus inconstans que des flots, nous dirons à un arbre : Va te planter là ; et à notre esprit : Fixe-toi là ; et il y trouvera du fond. Quand notre orgueil s'éleveroit à l'égal des plus hautes montagnes, nous leur pourrions ordonner de se jeter dans la mer, et de s'y abîmer, tellement qu'on ne voit plus aucune marque de leur première hauteur. Osons donc tout pour de tels miracles, puisque ce sont ceux que nous sa\ons très-certainement que Dieu veut que nous entreprenions. Osons tout , et pour petite que soit notre foi, ne craignons rien; car il n'en faut qu'un petit grain, gros comme du sénevé, pour tout entreprendre. La grandeur n'y fait rien, dit le
Sauveur : je ne demande que la vérité et la sincérité : car s'il faut que ce petit grain croisse, Dieu qui l'a donné le fera croître. Agissez donc avec peu, et il vous sera donné beaucoup : et ce grain de sénevé, cette foi naissante , deviendra une grande plante, et les oiseaux du ciel se reposeront dessus (,). Les plus sublimes vertus n'y viendront pas seulement, mais y feront leur demeure.
XXIP JOUR.
La prière persévérante ; elle tient de la plénitude de la foi-
Ibid.
Pesez les qualités de la foi et de la prière. Qu'on la fasse sans hésiter, pour peu que ce soit, avec une pleine persuasion : c'est ce que saint Paul appelle, plénitude de persuasion : que la Vulgate a traduit simplement : in plenitudine multd : avec une grande plénitude (2). Ce que le même saint Paul appelle ailleurs : plénitude d 'intelligence (5) • et ailleurs en termes formels : plénitude de l'espérance, et plénitude de la foi (4). C'est donc à dire, qu'il faut avoir une foi si pleine qu'elle ne se démente par aucun endroit, et qu'on n'ait nulle défiance du côté de Dieu; comme le même saint Paul le dit d'Abraham, qu'il n hésita point par défiance, mais se fortifia dans la foi, donnant gloire à Dieu; pleinement persuadé et convaincu qu'il est puissant pour accomplir tout ce
(0 Mallh. xin. 31, 3a. — (^ /. Thess. i. 5- — (3) Coloss. n. 3 — (4) lieb. vi. ix. x. 22.
sur l'évangile. 185
qu'il promet ' . Voilà donc la foi qui obtient tout, et la foi qui nous justifie, selon le même saint Paul dans le même endroit (2). Telle est donc la première condition de la prière marquée dans notre évangile, qu'elle se fasse avec une pleine foi. La seconde y est encore marquée : Qu'on pardonne sincèrement à son frère, si on a quelque chose contre lui :'}. On obtient donc tout ce qu'on demande, si on le demande avec un cœur plein de foi en Dieu , et en paix avec tous les hommes. Voilà ce que Dieu demande, un cœur sans aigreur et sans défiance : on a tout de lui à ce prix.
Mais peut-on ne se pas défier, et ne doit-on pas le faire? Oui, de soi; puisqu'on est si foible, et qu'on ne sait même si on a une foi vive, encore moins si on y persévérera : mais avec toute cette incertitude, j'ose dire qu'il ne faut pas s'en inquiéter; et sans tant de retour sur soi-même, il faut dans le temps que la prière s'allume, oser tout attendre et tout demander ; et être si plein de Dieu, qu'on ne songe plus à soi-même.
Est-ce là cette téméraire confiance que les hérétiques prêchent? Point du tout. Mais sans éteindre les réflexions qu'on peut faire sur sa foiblesse, c'est dans la ferveur de la prière s'oublier tellement soimême, qu'on ne demeure occupé que de ce que Dieu peut, et de l'immense bonté avec laquelle il a tout promis à la prière persévérante.
(l) Jiom. iv. 20, 21. — ■>, Ibid. 22. — (3) Marc. xi. 2/j, '.'-Ô.
XXIIIe JOUR.
Dictinction des jours de la dernière semaine du Sauveur. Matière de ses derniers discours. Marc. xi. 11 — 33. Matth. xxi. 23 — 32. Luc. xx. 1 —8.
En comptant avec saint Marc, c'est ici le quatrième jour de la dernière semaine de notre Sauveur. Le premier est celui de son entrée, qui est le cinquième avant Pâque. Le second jour de cette semaine, fut le lendemain matin, lorsque Jésus, venant de Béthanie à la ville, eut faim, dessécha le figuier, et nettoya le temple de voleurs, comme il les appelle. Le troisième est celui où, repassant sur le matin devant le figuier, on le vit flétri et séché ; et c'est celui où nous avons entendu tant de merveilles sur la foi. Le quatrième est celui dont saint Marc dit, après tout ce que nous venons de voir : Jésus vint encore une autre fois à Jérusalem (1)j et c'est celui où il objecta aux Juifs le baptême de saint Jean, comme on va voir.
Après cela je ne vois plus de distinction de jours. Nous apprenons seulement de saint Luc, que Jésus- Christ venoit tous les jours au temple pour y enseigner, et que le peuple Vj venoit entendre dès le matin m. En sorte qu'il faut partager ce qui reste de ses discours entre le mercredi et le jeudi durant le jour; car il fut pris la nuit, et fut crucifié le lendemain.
(0 Marc, xi, 27. — ') Luc. xxi. 37, 38.
sur l'évangile. 187
Plus nous approchons de la fin de Jésus, plus nous devons être attentifs à ses discours. Hier, qui fut le mardi, il nous fit voir dans la foi le fondement de la prière et de toute la vie chrétienne. Il n'y avoit rien de plus essentiel à la piété. Mais dans la suite il va établir la foi, et autoriser sa mission d'une manière admirable : premièrement par le témoignage de saint Jean-Baptiste, et ensuite par celui de David, et par beaucoup d'autres choses que nous allons voir les unes après les autres ; fermant la bouche à tous les contredisans, et laissant ce témoignage au monde, que sa doctrine étoit absolument irrépréhensible, puisque ses plus grands ennemis demeuroient muets devant lui.
Méditons cette vérité : considérons de quelle sorte Jésus-Christ répond à ceux qui l'interrogeoient avec un esprit de contradiction ; et apprenons comment il faut consulter la vérité éternelle.
XXIVe JOUR.
Jésus refuse de répondre aux questions des Juifs superbes et incrédules; et répond aux esprits humbles etdociles. Matth. xxi. 27. Marc. xi. 33. Luc. xxi. 1, 2, 8.
Comme il enseignoit dans le temple, les princes des prêtres, et les docteurs de la loi, et les sénateurs du peuple s'assemblèrent, et lui firent cette demande : En quelle puissance faites -vous ces choses (,)? Il paroît que cette demande regardoit
(■) Luc. XX. I, -2.
principalement la puissance qu'il se donnoit d'enseigner, car ils vinrent à lui comme il enseignoit. Mais la demande s'étend aussi à tout le reste que venoit de faire Jésus : et c'est comme si on lui eût demandé : En quelle puissance êtes- vous entré si solennellement dans le temple ? en quelle puissance y enseignez-vous? en quelle puissance en chassezvous les vendeurs et les acheteurs, et y exercezvous tant d'autorité? Ce seroit à nous à vous donner cette puissance; nous ne vous l'avons point donnée, d'où vous vient-elle? Voilà une demande faite dans les formes par l'assemblée et par les personnes qui sembloient avoir le plus de droit de la faire. Et néanmoins Jésus ne leur donne sur ce sujet aucune instruction. Je ne vous dirai pas non plus, leur dit-il, en quelle puissance j' agis (,). Mais il se contente de les confondre devant le peuple, de mauvaise foi et d'hypocrisie, comme l'on va voir.
Jésus se communique si facilement aux esprits dociles et humbles. La Samaritaine, une pécheresse lui parle bonnement du Christ : Je le suis, moi qui vous parle, lui dit-il sans circuit (2). Croyez-vous au Fils de Dieu? dit-il à F aveugle-né. Qui est-il, Seigneur, afin que j'y croie ? Fous Tavez vu, et c'est celui qui vous parle. J'y crois, Seigneur; et il l'adora (5). Ainsi en d'autres endroits. Quand donc il ne répond pas de cette manière simple, si digne de lui, c'est que les hommes ne sont pas dignes qu'il se manifeste à eux en cette sorte.
En quelle puissance faites-vous ces choses (4) ? Il
(<) Luc. xx. 8. — « Joan. iv. 26. — [») Ibid. ix. 35, 36, &«, 38 — (4) Malth. xxi. i$.
su p. l'évangile. 189
leur avoit déjà répondu sur un cas semblable, ou plus fort, en présence de tout le peuple. Car ayant dit à un paralytique qu'on lui présentoit pour le guérir : Homme, tes péchés te sont remis (,) ; ce qui dans le fond étoit beaucoup plus grand que tout ce qu'il avoit jamais fait : comme les docteurs de la loi le trouvoient étrange, il leur parla en cette sorte (2) : Lequel des deux est le plus facile, ou de dire : Je vous remets vos péchés ; ou de dire à un paralytique : Levez-vous, et marchez ? Or, afin que vous sachiez que le Fils de l'homme a le pouvoir de remettre les péchés : Homme, c'est à toi que je parle, lève-toi, et marche. 11 avoit donc clairement établi le pouvoir qu'il avoit de remettre les péchés, qui étoit le plus grand qui pût être donné à un homme. Il n'y avoit plus à l'interroger sur le reste; il n'y avoit autre chose à faire qu'à se soumettre. Comme ils ne pouvoient s'y résoudre, ils viennent encore lui demander : De quelle puissai.ee faites-vous ces choses :i ? Comme s'ils eussent dit : De quelle puissance guérissez-vous tous les malades? de quelle puissance rendez -vous la vue aux aveugles? de quelle puissance ressuscitez-vous les morts ? Il étoit trop clair que c'étoit par la puissance divine; et ils ne l'interrogeoient sur une chose si claire que par un mauvais esprit.
Ailleurs on lui demande dans le même esprit : Jusqu'il quand nous tiendrez-vous en suspens; et nous arracherez-vous rame? Si vous êtes le Christ, dites-le-nous franchement (4) ? A les entendre parler
(0 Matlh. îx. •>.. — [*) Ibid 5, 6. — 3. Lue. \x. 2. — (i) Jean. x. 7^.
i 90 MÉDITATIONS
avec cette force, on diroit qu'ils veulent savoir de bonne foi la vérité ; mais la réponse de Jésus fait voir le contraire. Vous demandez que je vous dise ouvertement qui je suis : je vous le dis, et vous ne me croyez pas : cependant les œuvres que je fais au nom de mon Père, parlent assez, et me rendent un assez grand témoignage (I). Ils avoient donc deux témoignages, celui de sa parole, et ce qui étoit encore plus fort, celui de ses miracles. S'ils consultoient après cela, au lieu de croire, un mauvais esprit les poussoit. La vérité éternelle, qu'ils consultent mal, n'a rien à leur répondre, et n'a plus qu'à les confondre devant tout le peuple. Ainsi nous arriverat-il, quand nous la consulterons contre notre propre conscience sur des choses déjà résolues : nous ne cherchons qu'à tromper le monde, ou à nous tromper nous-mêmes. Cessons de nous flatter : cessons de chercher des expédiens pour nous perdre. Rompons ce commerce dangereux et scandaleux : rendons ce bien mal acquis : soyons fidèles aux devoirs de notre profession : ne reculons point en arrière contre le précepte de l'Evangile : ne cherchons point à nous relâcher et à tout perdre.
(») Joan. \.ï5.
sur l'évangile. 191
XXVe JOUR.
Aveuglement des hommes, plus disposés à croire saint Jean que Jésus-Christ même. Matth. xxi. 23, 25. Marc. xi. 27. Luc. xx. 1, 8.
De qui est le baptême de Jean (,) ? Est-il possible que le Sauveur doive tirer son témoignage de saint Jean-Baptiste, qui n'étoit que son précurseur, qui n'étoit pas l'Epoux, mais l'ami de l'Epoux, comme il l'avoit dit : qui n'étoit pas le Christ, mais celui qui lui devoil préparer la voie : qui, pour tout dire en un mot, n'étoit pas digne de lui délier les cordons de ses souliers? Voilà ce qu'étoit Jean-Baptiste, et néanmoins Jésus-Christ se sert de son témoignage, pour convaincre ceux qui ne vouloient pas croire au Christ lui-même. Cependant Jean n'avoit fait aucun miracle; et Jésus en avoiî rempli toute la Judée : Jean parloit comme le serviteur; et Jésus- Christ comme le Fils disoit ce qu'il avoit vu dans le sein du Père. Telle est la faiblesse de nos jeux, dit saint Augustin : un flambeau nous accommode mieux que le soleil. Nous cherchons le soleil avec un flambeau. Jésus l'enlendoit bien ainsi, et il avoit dit : J'ai un témoignage plus grand que celui de Jean !~>. Quand donc il se servoit de ce témoignage, c'est qu'il approchoit aux yeux malades une lumière plus proportionnée à leur foiblesse : et c'est ce qu'il fait encore en cette occasion. Profond aveuglement
(') Matth. xxi. a5 — [•) Joan. v. 63.
des hommes, plus disposés à croire saint Jean que Jésus-Christ même! 0 Dieu, qui ne trembleroit? Mais qui ne vous demanderoit en tremblant, d'où vient dans le cœur des Juifs une si étrange disposition? Ne se trouvera-t-il pas quelque chose de semblable en nous ? Nous le pourrons chercher une autrefois : nous frapperons à la porte pour entendre ce secret, et peut-être nous sera-t-elle ouverte. Continuons cependant notre lecture.
XXVIe JOUR.
Les Juifs incrédules confondus par le témoignage de saint Jean. Jbid. et Joan. v. 33, 36.
Si nous disons que le baptême de Jean est du ciel, il nous dira, Pourquoi ne V avez-vous pas cru (1)? Il le leur avoit déjà dit, et ils n'avoient su que répondre : Vous avez envoyé à Jean, et d a rendu témoignage à la vérité™. S'ils avoient donc avoué la mission céleste de saint Jean-Baptiste, il leur auroit fermé la bouche par son témoignage. Que dire donc ? Que le baptême de Jean ne venait pas de Dieu? Ils nosoient le dire devant le peuple qui le tenoit pour un prophète. Nous n'en savais rien, disent-ils. Et moi, dit-il, je ne vous dispos non plus en quelle puissance j'agis (3). Gens de mauvaise foi, qui n'osez ni avouer ni nier la mission de saint Jean- Baptiste, vous ne méritez pas que je vous réponde. Avouez, niez, pensez ce que vous voudrez : vous
i}) Matth. xxi. a5. — W Joan.y. 33. — , ' 9fmth. \xi. a3, 27.
sur l'évangile. 193
êtes confondus; et il n'y a de parti pour vous que de vous taire. Il y en auroit un autre ; ce seroit de croire en Jésus : mais vous ne pouvez, pour les raisons et à la manière que nous verrons en son lieu.
Lisez ici le passage entier de saint Jean, v. 33 : Vous avez envoyé à Jean, et il a rendu témoignage à la vérité. Pour moi, je ne reçois pas mon témoignage de V homme, mais je parle ainsi, je vous allègue Jean à qui vous croyez, afin que vous soyez sauvés. Jean étoit un flambeau ardent et luisant, et vous avez voulu vous réjouir pour un peu de temps à sa lumière. Pour moi, fai un témoignage plus grand que celui de Jean : 1rs œuvres que mon Père m'a donné le pouvoir de faire, rendent assez témoignage que c'est lui qui né a envoyé^.
C'est ainsi qu'il se servoit du témoignage de saint Jean-Baptiste, ajin, dit-il, que vous soyez sauvés, et pour vous convaincre par vous-mêmes. Voilà donc l'orgueil et l'hypocrisie de ces interrogateurs de mauvaise foi, confondus. Ils ne méritoient pas que le Sauveur leur dit davantage ce qu'il leur avoit dit cent fois, et que cent fois ils n'avoient pas voulu croire.
Que sera-ce au dernier jour, lorsque la vérité, manifestée dans toute sa force, nous confondra éternellement devant tout l'univers? Où irons-nous? hélas! où nous cacherons-nous? Mais voyons comme Jésus confond les docteurs et les pontifes.
• Joan. v. 33,34, 95, 3G.
Hossukt. l\ 13
XXYIT JOUR.
Parabole des deux fils désobéissans. Application aux chrétiens lâches et tièdes et aux faux dévots. Matth. xxi. 28, 31.
Que vous semble de ceci: Un homme avoit deux fils (1), etc. Cette parabole va convaincre les pontifes et les sénateurs d'une hypocrisie manifeste. Le Fils de Dieu nous y marque deux caractères dans ces deux fds : l'un est celui d'une désobéissance manifeste : l'autre est celui d'une obéissance imparfaite, et plus apparente que solide; et il se trouve que ce dernier est le plus mauvais.
Il y a des gens qui promettent tout, ou par foiblesse, parce qu'ils n'ont pas la hardiesse de résister en face, ou par légèreté, ou par tromperie. Ils n'osent vous dire qu'ils ne veulent pas se corriger, et quoique peu résolus à vous obéir, ils vous disent : Seigneur, je m en vais : Eo, Domine. Ils vous appellent, Seigneur : ils ont un certain respect : ils sont en apparence prompts à obéir : ils ne disent pas, J'irai, mais, Je vais : vous diriez qu'il va marcher, et que tout est fait. Cependant il n'obéit pas; il ne bouge pas de sa place, ou parce qu'il vous veut tromper, ou, ce qui est pis, parce qu'il se trompe lui-même, et se croit plus de volonté et plus de courage qu'il n'en a.
Il paroît que ce caractère est manifestement le
l1) Matth, xxi. 28, 2<j. 3o, 3i.
plus mauvais : ces foibles résolutions, et cet extérieur de piété font qu'on s'imagine avoir de la religion; et on n'a point cette horreur de soimême et de son état qui fait qu'on le change. Mais pour celui qui tranche le mot : Je ne veux pas : Nolo : comme il résiste à Dieu par une manifeste désobéissance, et ne peut se flatter d'aucun bien , a la fin il a honte de soi-même, et réveillé par son propre excès, il s'en repent : Poenitentia motus abiit : Touché de repentir, il obéit.
Notre Seigneur fait voir aux pontifes que ce dernier caractère est le leur. Nourris dans la piété, ils ne parlent que de Dieu, que de religion, que de l'obéissance qu'on doit à la loi; et parce qu'ils en parlent souvent, ils se croient assez gens de bien, et ne se corrigent jamais. C'est pourquoi Jésus-Christ leur parle de celte manière terrible : Les publicains et les femmes de mauvaise vie arriveront plutôt que vous dans le royaume de Dieu (l/ : parce que, confus de leurs excès, ils en ont fait pénitence à la voix de Jean : et vous, qui par vos lumières et la dignité de vos charges deviez donner l'exemple aux autres, non-seulement vous n'êtes pas venus les premiers, comme on avoit raison de l'attendre ; mais vous n'avez pas même su profiler de l'exemple des autres. Plus endurcis dans le crime que les publicains et les femmes de mauvaise vie, vous les avez vus se convertîr sans en être touchés. Double enfoncement dans le crime : premier: ne faire pas mieux que de telles gens, et ne leur point donner l'exemple ; second : ne profiter pas même du leur.
v Maith. nxi. 3i; 3a.
Jean est venu dans la voie de la justice, sans autre marque de sa mission que sa vie sainte et austère; et néanmoins les publicains et les femmes de mauvaise vie en ont été touchés (1). Et vous qui avez vu Jésus-Christ, qui non-seulement marchoit comme Jean dans la voie de la justice, puisqu'il a dit, non dans le désert, mais dans le milieu du monde : Qui me reprendra de péché (2)? mais qui a fait de si grands miracles, qu'il y avoit de quoi émouvoir les plus insensibles : vous, dis-je, qui l'avez vu et qui avez ouï sa voix, vous n'avez pas cru. Quelle est votre honte et quel sera votre supplice !
Vous, ô prêtres, religieux et religieuses, dont la vie ne répond pas à votre état; et vous tous, ô gens de bien en apparence, dévots de profession, appliquez-vous cette parabole. Ne vous lasserez-vous jamais de n'avoir qu'un vain titre de piété, à l'exemple des pharisiens, des pontifes et des sénateurs des Juifs? Rougissez, rougissez une bonne fois : humiliez-vous, confessez vos foiblesses, et les corrigez. C'est avons que Jésus parle dans ce discours.
XXVIIIe JOUR.
Parabole des vignerons, prise de David et d'Isaïe. Juste punition des Juifs : leur héritage transféré aux gentils. Matth. xxi. 33 — 46. Marc. xn. 1— 9. Luc. xx. 9 — 19.
Ecoutez encore cette parabole (5). Dans la précédente parabole, Jésus avoit fait sentir aux sénateurs,
(«) Matth, xxi. 32. — W Joan. ym. 46. — (*) Matth. xxi. 33.
sur l'évangile. 107
aux docteurs et aux pontifes, leur iniquité : il leur va faire avouer ici le supplice qu'ils méritent. Car il les convaincra si puissamment, qu'ils seront euxmêmes contraints de prononcer leur sentence.
Ecoutez encore cette parabole. C'est à nous qu'il parle aussi bien qu'aux Juifs : écoutons donc, et voyons, sous la plus claire et sous la plus simplefigure qui fut jamais, toute l'histoire de l'Eglise.
Un père de famille a planté une vigne. C'est ce que David avoit chanté : Vous avez transplanté la vigne que vous aviez en Egypte; vous avez chassé les gentils de la terre de Chanaan, et vous J'y avez plantée. Elle a pris racine, et a rempli la terre : son ombre a couvert les montagnes, et ses branches se sont étendues sur les plus hauts cèdres : elle a provigné jusqu'à la mer et jusqu'à l'Euphrate (,). Mais voici quelque chose de plus clair en Isaïe : Une vigne a été plantée pour mon bien-aimé, pour le Fils qui a été oint, pour le Christ : il Fa faite du meilleur plant: il a élevé une tour au, milieu, pour y loger ceux qui la gardoient : il a bâti un pressoir ;2). Yoilà les propres paroles de notre Sauveur.
// a loué cette vigne à des vignerons (3) : il en a commis la culture aux pontifes, enfans d'Aaron, et aux docteurs de la loi.
// a envoyé ses serviteurs, pour en recueillir les fruits (4). J'ai envoyé, dit le Seigneur r , mes serviteurs les prophètes, le soir et le matin, pour avertir et les princes, et les pontifes, et le peuple, qu'ils eussent à donner à Dieu le fruit qu'il attendoit de la
(') Ps. lxxix. 9, 10, 1 1, 13. — (0 h. v. 1,2. — r3 Matth. xxt. 33. — (4) Ibid. 34. — (5, Jerem. xxxv. i5. et x\v. 3, ').
culture qu'il avoit donnée à sa vigne par la loi et par les saintes Ecritures. Au lieu d'écouter les prophètes, ils les ont persécutés, ils les ont massacrés (1). Lequel des prophètes vos pères 11 ont-ils point persécuté? leur dit saint Etienne f2;. Ils ont massacré ceux qui nous annonçoient l'arrivée du juste, dont vous avez été tes traîtres et les meurtriers. C'est justement ce que Jésus-Christ leur reproche dans la parabole. Après tous les prophètes, il << envoyé son Fils, Jésus-Christ lui-même : Ils respecteront mon Fils. Il avoit de quoi se faire respecter par sa doctrine admirable, et par ses miracles. Mais cependant ils l'ont traîné hors de la vigne, hors de Jérusalem, sur le Calvaire ; et ils l'ont inhumainement tué par Jes mains du Ponce Pilate et des gentils. Admirez combien vivement Jésus les presse, comme il leur découvre ce qu'ils machinoient, ce qu'ils alloient accomplir dans deux jours. Ne devoient-ils pas être attendris? D'autant plus que le Sauveur leur mil leur crime si évidemment devant les yeux, que leur ayant demandé ce que le père de famille fe* roit en cette occasion, ils avoient été contraints de répondre : Il punira ces médians selon leur méchanceté, et il louera sa vigne à d'autres vignerons (5) ; ou, comme il l'explique après : L( royaunie de Dieu vous sera été, et sera donné à un peuple qui en rapportera les fruits (4). C'est ce qui devoit arriver bientôt, lorsque les apôtres leur dirent : // vous jalloit premièrement annoncer la parole de Dieu : mais puisque vous la. rejetez, et que vous
(») Matth. xxin.34. 3;. Imc. xui. 34- — y") AcLVïï. 5a — (-0 Malth. i\i. 41. — (4) Ibid. 43.
sur l'évangile. 199
vous jugez indignes de la vie éternelle, nous passons aux gentils : car c'est ainsi que le Seigneur nous l'a ordonné : Je t'ai établi pour éclairer les gentils (l).
Voilà donc l'accomplissement de la parabole du Sauveur : le royaume de Dieu est ôté aux Juifs, et il est donné à un peuple qui en de voit porter les fruits. Car les gentils entendant la déclaration que les apôtres firent aux Juifs si hautement, se réjouirent, et glorifiaient la parole de Dieu ; et tous ceux qui étaient préordonnés a la vie éternelle, crurent (2). Ainsi les gentils portèrent les fruits que Dieu avoit attendus des Juifs, comme dit l'apôtre saint Paul : Le prépuce est imputé à circoncision aux gentils qui gardent la loi; et il jugera les circoncis qui en sont prévaricateurs (3);
Ne trompons point l'attente du Sauveur : et puisque nous sommes cette nation qu'il a choisie pour porter les fruits de sa parole, fructifions en bonnes œuvres. Les fruits de l'esprit sont la charité, la joie, la pair, la patience, la bénignité, la bonté, la douceur, la foi, la modestie, la chasteté, la tempérance (4). Voilà les fruits qu'il nous faut porter, et non pas les œuvres de la chair qui fructifient à la mort : qui sont les impuretés, les impudicités, les querelles, les jalousies, les ivrogneries, les débauches, et les autres que saint Paul raconte dans le même lieu (5). Autrement le royaume de Dieu nous sera ôlé comme aux Juifs, et un autre recevra notre couronne (6}. Car si Dieu n'a pas pardonné aux
M Aci. mu. :j'', 47. — (») Ibid. 43. — i1) Rom. n. a5, 16, 27. — ' > Gai. v. 7.2. — (5) Ibiil. 19, ao, ai. — '6N Apoc. 111. 11,
Juifs, qui étaient les branches naturelles de sou olivier, il vous pardonnera encore moins {1). Ce sera là la grande douleur des Juifs, de voir entre les mains des gentils la couronne qui leur étoit destinée ; lorsque, comme dit le Sauveur, ils verront venir les élus d'Orient et d'Occident, pour s'asseoir avec Abraham, Jsaac et Jacob, dans le royaume des deux, et que les enfans du royaume seront chassés dans les ténèbres extérieures. Là sera pleur et grincement de dents (2). Car on verra la place qu'on devoit avoir, la couronne qu'on devoit porter sur la tête; si réelle, qu'on verra actuellement cette place remplie par d'autres, et cette couronne sur une autre tête. Alors on pleurera sans fruit, et la rage sera poussée jusqu'au grincement de dents. Ecoute, écoute, chrétien! Lis ta destinée dans celle des Juifs : mais lis et écoute dans le cœur ; et ne laisse pas tomber à terre une parabole si claire et si clairement expliquée.
0 mon Dieu ! vous me destinez cette couronne. Que je l'arrache promptement de vos mains : elle ne périra pas ; car vous savez à qui la donner : vous connoissez vos élus, et le nombre en sera complet. Mettez-moi au nombre de ceux qui ne perdent point leur couronne.
(') Nom. xi. ai. — v») Matth, vm. Il, 12.
XXIXe JOUR.
Ce que c'est que rendre des fruits en son temps, et cette parole : L'héritage sera à nous. Matth. xxi. 41. Marc. xn. 7.
Pesons en particulier cette parole : Qui rendront le fruit dans le temps (,). Autre est le fruit de l'enfance, autre est celui de la jeunesse et de l'âge plus avancé : autre est le fruit d'un qui commence, autre le fruit de celui qui est consommé dans la piété : autre le fruit d'une novice, autre celui d'une religieuse : autre le fruit de la cléricature, autre celui du sacerdoce, autre celui de l'épiscopat. Songez, non-seulement au fruit, mais encore à la maturité qu'il doit avoir; autrement le père de famille ne le recevra pas.
Pesons encore ceci : L'héritage sera à nous (2). C'est l'indépendance qu'on cherche. Le prodigue veut qu'on lui donne son partage en pleine possession : il se lasse d'être en tutelle sous la conduite d'un bon père. En faisant mourir Jésus-Christ, les pontifes s'imaginèrent qu'ils secoueroient un joug importun, et se déferoient d'une censure incommode. Qui désormais oseroit troubler la domination qu'ils exerçoient sur les consciences, et les pillages qu'ils faisoient sur ces prétextes? Mais la prudence de la chair est confondue même sur la terre; et ils perdirent, non-seulement les fruits, mais jusqu'au
' \fatth. u. 4i.— ) Marc. xn. 7.
fonds de l'héritage qu'ils vouloient avoir. Leur puissance leur fut ôtée; leur ville, leur temple furent renversés; et les voilà l'opprobre éternel des nations.
XXXe JOUR.
Aveuglement des Juifs de méconnoîlre le Christ, qui est la pierre de l'angle qu'ils ont rejetée. Luc.%.%.. 15 — 20.
A Dieu ne plaise! dirent-ils. Ilsavoienten horreur ce qu'ils faisoient. Ils étoient ceux qui, après avoir tué les prophètes, vouloient encore tuer le fils; et néanmoins quand on leur dit qu'ils le vouloient faire, ils s'écrient : A Dieu ne plaise ^\ ne se connoissant pas eux-mêmes, et ne voulant pas croire que celui qu'ils feroient mourir pût être le Christ, ni que sa mort pût attirer la réprobation de la nation : car ils ne connoissoient pas que la contradiction et la souffrance étoit un des caractères du Messie dans son premier avènement. Mais le Sauveur leur ouvroit les yeux par deux prophéties : La pierre qu'ils ont rejetée en bâtissant, est devenue la pierre de l'angle (2), la pierre principale, le nœud et le fondement de tout l'édifice. Cette pierre principale étoit sans doute le Christ. Or cette pierre devoit être rejetée. Le Christ devoit donc être rejeté : par qui, sinon par ceux à qui il venoit? Il n'y eût rien eu de merveilleux, qu'il ne fût pas écouté ni reçu de ceux à qui il ne parloit pas, tels
(•) LUC. XX. l6. — (a) Ps. CXVII. 12.
sur l'évangile. 203
qu'étoient les gentils. Mais les Juifs qui dévoient bâtir l'édifice spirituel, réprouvèrent cette pierre, qui devint par ce moyen la pierre de l'angle, qui unit dans un seul bâtiment les Juifs et les gentils. Et c'est ce qui nous a paru merveilleux; et un ouvrage que Dieu seul pouvoit accomplir (1).
Voici encore un passage d'un autre prophète, ou plutôt deux passages prononcés par le même esprit, et pour cela unis en un : Je poserai dans les fondemens de Sion une pierre, une pierre choisie et éprouvée; une pierre angulaire, précieuse, fondée sur le fondement (2), sur Dieu même. Et cette pierre si précieuse et si importante pour construire l'édifice, n'y sera pas mise sans contradiction. Car pour vous, ô enfans de Dieu, tirés des gentils selon les conseils de sa prédestination éternelle, ce vous sera une pierre de sanctification, semblable à celle sur laquelle Jacob avoit dormi de ce sommeil mystérieux, et qu'il sacra avec de l huile pour être un monument de la gloire de Dieu (3). Mais ce sera une pierre contre laquelle on se heurtera; et une pierre de scandale aux deux maisons d'Israël, et qui les fera tomber : un piège cl une ruine aux habitons de Jérusalem : plusieurs s'y heurteront, et seront brisés, et ils tomberont, et ils seront pris dans le piège, et ils y seront enlacés '''>, Le Christ devoit être cette pierre unique et fondamentale; et néanmoins en même temps il devoit être un scandale à Jérusalem : scandale aux Juifs, disoit saint Paul (5). Celui qui se heurtera
(0 Ps. cxvii. a3. — (*)/*. xxvni. 16. — (■) Gen. xxvm. u, 17,18. — (4) ls. vin. i4, i5. — ;.5 /. Cor. 1. 23.
contre cette pierre, ou qui tombera dessus, sera brisé, et celui sur qui elle tombera, sera écrasé et mis en poudre de son poids, dit le Sauveur (1).
Jésus-Christ est notre règle et notre juge. On tombe sur cette pierre, et on se heurte contre cette règle, quand on pèche : elle tombe sur nous quand il nous punit : l'un suit de l'autre. Le pécheur qui s'est brisé, et a perdu toute sa force en transgressant la loi de Jésus-Christ, est écrasé par sa juste et éternelle vengeance. Mais on peut s'unir à cette pierre d'une manière plus heureuse et plus convenable. Approchez-vous , dit saint Pierre m, de cette pierre vivante, réprouvée des hommes, mais honorée de Dieu. Etablissez-vous sur cette pierre; et entrez dans la structure de ce bâtiment comme des pierres vivantes, et devenez la maison de Dieu; étant unis par la foi et à la pierre fondamentale, qui est Jésus-Christ, et à tout le corps des fidèles qui sont les pierres dont est composé ce saint édifice. Prenez donc garde, continue l'apôtre, que Jésus-Christ ne vous soit comme aux infidèles, une pierre contre laquelle on se brisera, en se heurtant contre sa parole.
Si le fondement est solide, bâtissez dessus sans crainte; mettez -y votre appui; ne craignez pas, n'hésitez pas : la pierre est ferme : ferme à ceux qui s'y appuient, pour les soutenir; ferme à ceux qui se heurtent contre, pour les mettre en pièces.
(•) Luc. xx. 18 (') /. Petr. 11. <j> 5, 6, 7, S.
XXXIe JOUR.
Parabole du festin des noces. Les Juifs sont les conviés qui refusent d'y venir. Matth.xxn. 1 — 15. Luc. xiv. 16 — 20.
On voit avec quelle convenance la sagesse éternelle arrange les choses. Rien n'étoit plus convenable, dans le temps qu'on machinoit la mort du Sauveur, que de parler comme il a fait aux chefs d'une si noire conspiration, en leur faisant voir quels en seroient les effets, et combien funestes à euxmêmes et à toute la nation. Il étoit bon aussi de prévenir le scandale de la croix, et faire voir que si le Sauveur étoit rejeté, s'il devenoit un scandale aux Juifs, il n'en seroit pas moins, suivant les anciennes prophéties, la pierre de l'angle, le fondement de tout l'édifice, et l'espérance du monde. Le Fils de Dieu enseigne toutes ces vérités deux jours avant celui de sa mort. Rien n'éloit plus capable, ni de corriger la malice de ses ennemis, ni de prévenir le scandale de ses disciples. Ce qu'il va encore ajouter n'est pas moins à propos.
Et Jésus répondant leur dit 'y> : ce mot de répondre pourroit marquer qu'il continuoit son discours. Le Fils de Dieu, qui vo) oit le fond des cœurs, répondoit souvent aux pensées secrètes de ceux qui l'écoutoienl, comme il paroît par plusieurs endroits de l'Evangile. Après avoir ouï qu'il se choisiroit un
(0 Jlfdltfl. XXII. I.
autre peuple, il n'y avoit rien de plus naturel que de rechercher en soi-même les causes les plus générales qui feroient abandonner les Juifs, et les moyens qu'il auroit pour remplir sa maison. C'est ce qu'il explique par la parabole suivante :
Le royaume des deux est semblable à un roi, nui fait à son/ils un festin de noces ' °. Jésus-Christ étoit l'Epoux de cette noce : Celui qui a P épouse est lépoux, disoit saint Jean-Baptiste (2), en parlant de lui. C'est lui qui étoit venu pour épouser son Eglise, la recueillir par son sang, la doter de son royaume, la faire entrer en société de sa gloire. Il fait un grand festin quand il donne sa sainte parole pour être la nourriture des âmes; et qu'il se donne lui-même à tout son peuple comme le pain de vie éternelle.
Il envoya ses serviteurs pour appeler aux noces ceux qui y étoient conviés ; mais ils refusèrent dy venir. Il envoya encore d'autres serviteurs a retordre de dire : Tout est prêt, venez aux noces (3). Ceux qui étoient invités, et qui refusoient de venir, étoient les Juifs qu'il avertit par lui-même, et qu'il fit avertir par ses apôtres que l'heure du festin étoit venue, qu'ils vinssent promptement, ou qu'il en appelleroit d'autres. Cela regardoit les Juifs ; mais cela nous regarde aussi. Nous sommes à présent les invités ; et nous devons apprendre ce qui empêche les hommes de venir à ce céleste festin.
La cause la plus générale, c'est l'occupation, et, pour ainsi dire, rcnchantementdesaffairesdu monde. Jésus ne rapporte pas les affaires extraordinaires qui surviennent dans la vie. C'est le train commun des
(0 Malth. xxii i. — [*)Joan. m. 29. — .) Mattlu xmi. 3; !\.
sur l'évangile. 207
affaires qui occupe et qui enchante les hommes, de manière qu'ils ne se donnent pas le loisir de penser à leur vocation, ni d'écouter Jésus-Christ qui les appelle à son festin. Tous négligeaient sa parole; F un aïïoit à sa métairie, P autre à son négoce, et personne ne l'écoutoil. Quelques-uns prirent ses serviteurs ; et après leur avoir fait toute sorte de mauvais traitemens, ils les tuèrent (IJ. C'est en effet ce qui arriva au Sauveur. Les uns ont résisté ouvertement à la prédication de l'Evangile ; mais la cause la plus générale de le rejeter, fut la négligence, neglexerunt, causée par l'occupation des affaires de la vie. Jésus-Christ avoit déjà fait cette parabole en une autre occasion ; et saint Luc , qui nous la rapporte , nous rapporte en même temps les vaines excuses de ceux qui ne venoient pas au festin. Les uns disoient : J'ai acheté une métairie; les autres : J'ai acheté des bœufs pour le labourage ; les autres : Je me suis /amie ~ . Ceux-là ne méprisoienî pas ouvertement I;» parole ; mais occupés des soins du monde, ils alloient et venoient, sans songer à rien qu'à leurs affaires. Ils ne disoient pas, Je n'ai que faire de vous ni de votre festin; ils s'excusoient avec une espèce de respect. Je vous prie, disoient-ifs , excusez-moi pour celte fois. C'étoit plutôt un délai qu'un refus : i<il«' est la \i<\ On venoit dire aux Juifs, aux Roui.hus, à tout le monde : Une grande chose est arrivée I Jérusalem; la vérité s'y est manifestée; et la voie a été ouverte pour le bonheur de la vie future. Que m'importe i chacun passoit son chemin,
' Mallh. xxn. 5 G- — {?) Luc. HT. 16, '8, i , ao.
et alloit à ses affaires; l'un à la ville, l'autre à la campagne : chacun avoit son plaisir ou son petit intérêt. Combien plus étoient enchantés ceux qui n'étoient pas seulement occupés de leur domestique comme les particuliers, mais qui, attachés à ce qu'on appelle les grandes affaires du inonde, ne disoient pas seulement : J'ai acheté une métairie, ou J'ai pris une femme ; mais, J'ai une province, j'ai une armée, j'ai une importante négociation, j'ai l'empire entier à conduire. Qui se soucioit en cet état de ce qu'avoit dit Jésus-Christ ? ou qui se mettoit en peine de s'en informer ?
// en est ainsi arrivé aux jours de Noé : Ils mangeoient, ils bui'oient, ils se marioient, ou ils marioient leurs en/ans les uns aux autres ; et le déluge vint tout à coup, lorsqu'on y pensoit le moins, et ils y périrent tous. Ainsi aux jours de Lot dans Sodome, ils mangeoient, ils buvoient, ils achetoient, ils vendoient, ils plantaient, et ils bàtissoient; eftout d'un coup un autre déluge, un déluge de soufre et de feu tomba du ciel, et ils périrent tous. Ainsi en sera-t-il dans les jours du Fils de l'homme (1). Il ne dit pas : Ils tuoient, il pilloient, ils commettoient des adultères : l'occupation des affaires les plus innocentes suffit pour nous assourdir, pour nous aveugler, pour nous enchanter. Il n'allègue pas non plus les grandes affaires, les grands emplois, les grandes charges : les soins les plus ordinaires suffisent pour nous étourdir, et nous ôter tout le loisir de penser à nous; et la mort vient toujours imprévue : et pendant qu'à la manière de ces oiseaux niais, nous nous
(') Luc. xvii. 26, 27, 38, 29, 3o.
sur l'évangile. 209
repaissons de ce qu'on présente pour nous amuser; le lacet vient tout à coup, nous sommes pris, et il n'y a plus moyen d'échapper. 0 pauvre nature humaine! ne faut-il qu'un si foible appât pour t'arauser? Ne faut-il qu'un charme si foible pour t'endormir ? une si foible occupation pour t'aveugler, et t'ôter le souvenir de Dieu et de ses terribles jugemens ? Aucun de ceux qui sont invités ne goûtera de mon repas !); c'est la sentence du juge. Si peu de chose les a détournés et déçus ! Où trouveronsnous des larmes pour déplorer notre aveuglement et notre foiblesse !
Telle est la parabole que Jésus -Christ avoit faite, et qu'il trouva à propos de répéter peu de jours avant sa mort. Il y ajouta pour les Juifs l'endroit qui les regardoit, et les noires machinations qu'ils faisoient entre eux pour le perdre. Quelquesuns firent mourir ses serviteurs qui les appeloient ait festin, et le roi en colère envoya ses armées , et perdit ces meurtriers, et mit te feu à leur ville, qui fut réduite en cendres f2). Encore un coup, appliquons-nous tout. Qui conspire contre la justice, en quelque manière que ce soit, conspire contre Jésus -Christ : qui opprime le pauvre, l'attaque : qui n'est pas avec lui, est contre lui : qui néglige ses commandemens et les foule aux pieds, le crucifie, et tient son sang pour impur. Lisez : vous en trouverez la sentence aux Hébreux, vi. 6. x. 29.
1 Luc. xiv. a4- — (') Matth. xxn. 6, 7.
xxxir jour.
Les pauvres et les infirmes sont les conviés au festin. Forcezles d'entrer. Matth. xxn. 8, 9. Luc. xiv. 21, 23.
Le festin est prêt : mais ceux qui y étoient invités, n'en ont pas été jugés dignes. Où trouvera-t-on des convives? Allez dans les coins des rues, et amenezmoi tous ceux que vous trouverez (,) ; les bons, les mauvais, les pauvres, les estropiés, les aveugles et les boiteux (2).... Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs (3). Les pharisiens et les docteurs de la loi, qui présumoient de leur justice, ont été exclus : car ils se sont heurtés contre la pierre, et ils ont trébuché, en venant à moi, non point par la foi, mais comme par leurs œuvres '>, et par leurs propres mérites : en recherchant,' non point un médecin qui les guérit, et un Sauveur qui les délivrât; mais un flatteur qui applaudit à leur fausse vertu. Je n'en veux point : ils s'en iront vides, ceux qui viennent à moi comme pleins et comme riches par eux-mêmes : divites dimisit inanes, comme chante la sainte Vierge (5). Amenezmoi les premiers venus : s'ils sont vides, je les remplirai; s'ils sont pauvres, je leur ferai part de mes richesses; je les redresserai, s'ils sont boiteux; je les éclairerai, s'ils sont aveugles; je leur ouvrirai
(') Matth. su. 8, (). — (?) Luc. .viv. ai.— (3) Matth. w- i3 — I) Honi. jx.î>2, 33. — 5 Luc. i. 53.
sur l'évangile. 211
l'oreille, s'ils sont sourds : c'est pour cela que je suis venu. Lisez-le dans saint Matthieu : Je suis venu, afin que ceux qui ne voient pas soient éclairés, et que ces superbes clairvojans qui s'imaginent tout voir par eux-mêmes, et sans ma lumière, soient aveuglés (lj. Venez, foibles; venez pécheurs; ne rougissez pas d'apporter ici vos pieds engourdis, et vos membres tors : la grâce de Jésus-Christ vous redressera.
Les pharisiens ne se laissoient approcher que de ceuxquils croyoient justes j ils disoient : Ne me touchez pas, ne m'approchez pas : Si celui-ci étoit un prophète, il sauroit que cette Jcmme qui l'approche, et qui lui baise les pieds, est pécheresse (2). Mais il n'en étoit pas ainsi de Jésus-Christ et des apôtres : ils amenoient au festin tous ceux qu'ils trouvoient, bons et mauvais; les bons pour les confirmer, les mauvais pour les convertir : et c'est ainsi qu'ils remplirent la maison de Dieu.
Forcez-les d'entrer 3). S'il n'y avoit pas dans la grâce une espèce de violence, Jésus -Christ nç diroit pas : Personne ne vient à moi que mon Père n, le tire. Et encore : Quand j aurai été enlevé de terre, je tirerai tout il moi h.
Les prédicateurs de l'Evangile doivent user au dehors d'une espèce de force : Pressez, priez, rc- />/(//(■:, corrigez, non-seulement avec toute patience et toute dot -trine, mais encore avec tout empire : pt/rlez a propos, et hors de propos : ne souffrez
>«; MatUi.w 5, i5. xv. 3o, 3i. Luc. iv. 18. Joan. i\. 3g. — {*) Luc» ▼ 11. 3g. — l) Ibid. xiv. a3. — [A) Joan. VI. 44- XM- -*a-
pas qu'on vous méprise J\ Cette force est salutaire, et la foiblesse humaine en a besoin.
Les fidèles, grands et petits, se doivent servir du pouvoir qu'ils ont, avec prudence toutefois et modération, pour réprimer les scandales, et abattre le règne de l'iniquité. Les hommes veulent quelquefois être forcés, et une douce violence prépare les esprits à écouter.
Enfin forcez-vous vous-même : n'agissez point mollement : employez tout pour dompter votre corps rebelle, et vous engager dans la voie étroite ; en sorte, s'il se peut, que vous ne puissiez reculer.
XXXIIIe JOUR.
Robe nuptiale, le festin est prêt : préparation à la sainte Eucharistie : noces spirituelles.
Prenez garde, Matth. xxn, aux 5^ 44, 42, 43, 44. N'y a-t-il donc qu'à entrer dans le festin dès qu'on y est appelé, et la vocation fait-elle tout? Gardez-vous bien de le croire. Le roi va entrer dans la salle du banquet ; et celui qui n'aura pas l'habit nuptial sera honteusement chassé. On appeloit anciennement l'habit nuptial, une sorte de parure que dévoient avoir ceux qui accompagnoient l'époux et l'épouse, lorsque celle-ci passoit de la maison paternelle en celle de l'époux. Il falloit, pour honorer la solennité, être paré d'une certaine
(.0 //. Tim, iv. a. TU. il. i5.
sur l'évangile. 243
manière : et on portoit cet habit magnifique clans le festin nuptial. De là vient que le Fils de Dieu, qui prend ses comparaisons des usages les plus solennels et les plus connus de la vie humaine, allègue ici l'habit nuptial, pour expliquer les ornemens intérieurs qu'il faut apporter à son banquet.
Ces ornemens sont, premièrement l'innocence et la sainteté baptismale. On donnoit autrefois l'eucharistie incontinent après le baptême. 11 falloit toujours en conserver la grâce : et il ne faut point douter que la sainteté baptismale ne soit la disposition, et, pour ainsi dire, la parure naturelle qu'il falloit toujours apporter au festin de l'Epoux. Mais la parabole du Prodigue nous fait voir que les grands pécheurs, qui ont été assez malheureux pour déchoir de leur innocence, et souiller cette robe blanche qu'on leur avoit donnée dans le baptême, ne laissent pas d'être admis au banquet du père de famille, après qu'il leur a fait rendre leur première robe : Apportez, dit-il (l}, sa première robe, et l'en revêtez, rendez-lui la grâce qu'il a perdue : et mettez-lui un anneau au doigt, et des souliers à ses pieds ; et amenez le veau gras et le tuez : mangeons et faisons bonne chère. Venez donc, âmes innocentes ; venez du baptême à la sainte table : venez, vous êtes lavées; le festin nuptial vous est préparé; et nonseulement le festin, mais encore le lit nuptial : car toute ame lavée de cette sorte est épouse, et le fils du roi s'unit à elle. Mais je ne vous bannis pas de ce festin, ô pécheurs ! ô épouses infidèles! qui avez manqué à la foi donnée : revenez, revenez,
(•) Luc. xv. '2.!. 3
et je vous recevrai, dit le Seigneur : vous rentrerez au festin ; mais pourvu que vous ayez repris votre première robe, et que vous portiez, dans l'anneau qu'on vous met au doigt, la marque de l'union où le Verbe divin entre avec vous.
Apportons donc l'innocence et la sainteté à la table de l'Epoux. C'est l'immortelle parure que nous demande celui qui est en même temps l'époux, le convive et la victime immolée, qu'on nous donne à manger dans le festin. Autrement nous serions ces pourceaux devant qui on jetteroit des perles et des pierreries.
Les riches habits sont une marque de joie : et il est juste de se réjouir à la table du roi, lorsqu'il célèbre les noces de son fils avec les âmes saintes ; lorsqu'il leur en donne le corps, pour en jouir, et qu'elles deviennent un même corps et un même esprit avec lui par la communion. Car ce qui s'appelle ici le festin nuptial, est aussi en un autre sens la consommation du mariage sacré, où l'Eglise et toute ame sainte s'unit à l'Epoux corps à corps, cœur à cœur, esprit à esprit : et où s'accomplit cette parole : Qui me mange, vivra pour moi (1). Venez donc avec vos habits les plus riches : venez avec toutes les vertus : venez avec une joie digne du festin qu'on vous fait, et de la viande immortelle qu'on vous donne : Ce pain est le pain du ciel: ce pain est un pain vivant qui donne la vie au monde {2). / enez,mes amis, mangez et buvez; enivrez-vous, mes tres-ehers, de ce vin (5), qui transporte l'ame, el lui fait goûter par avance les plaisirs des anges.
(0 Joan. vi. 58. - W m. 3=, 33, !v , 5..- Û Cant. v. i.
sur l'évangile. 215
Si nous étions toujours avec l'Epoux, il n'y auroit pour nous que de la joie. Mais écoutons ce qu'il dit lui-même : Les amis de F Epoux; les enfans des noces, comme on les appeloit dans la langue sainte; ceux qui sont conviés au banquet nuptial, ne peuvent pas jeûner et s'affliger pendant que F Epoux est avec eux : le temps viendra que l'Epoux leur sera été, ils s'affligeront et ils jeûneront dans ces jours (l). Nous sommes maintenant dans ces jours. Nous ne sommes point dans ces jours où l'on entendoit sur la terre la voix de l'Epoux céleste, qui faisoit dire à saint Jean-Baptiste : L'ami de F Epoux se réjouit d'une grande joie, à cause de la voix de F Epoux qu'il entend. Cette joie, poursuitil, s'accomplit en nwim. Nous ne sommes plus dans ce temps : Jésus est retourné à celui qui l'a envoyé : et l'Epoux ne paroît plus parmi nous. Nous ne voyons plus ce jour qu'Abraham et tous les prophètes avoient désiré; l'Epoux a disparu: la nuée nous l'a enlevé : et il ne nous reste plus qu'à crier nuit et jour avec l'épouse : Revenez, revenez, mon, bien-aimé (3). Nous devons donc apporter au festin royal une joie mêlée de tristesse. L'habit nuptial riche et magnifique par la grâce de la sainteté, ou conservée, ou rendue, doit tenir quelque chose du deuil. Il faut jeûner, il faut s'affliger dans le festin nuptial en la forme où nous avons à le célébrer. Car le festin que nous célébrons, est la commémoration de la mort de l'Epoux. Revêtons-nous donc d'un deuil spirituel à ce festin : apportons-y le jeûne et la mortification des sens : c'est ce que nous
V) Mallh. ix. i5. — (») Joan. m. ■>.<.). — W Cunl. u. 17.
signifie le jeûne du carême, par lequel nous nous préparons au festin pascal.
L'Eglise jeûnoit autrefois toutes les semaines deux ou trois fois, en mémoire de la douleur que la retraite de l'Epoux lui avoit causée. Le vendredi qui étoit le jour de sa mort, le samedi qui étoit le jour de sa sépulture, étoient de ces jours consacrés au jeûne. L'abstinence nous en reste, pour marque de l'abstinence où nous devons vivre durant l'absence de l'Epoux, en renonçant à la joie, et annonçant sa mort jusqu'à ce qu'il vienne. C'est peut-être une des raisons qui nous oblige à ne manger pas avant la communion : c'est une espèce de jeûne que nous célébrons par ce moyen ; et il faut entendre par là qu'il se faut préparer au pain de vie, en nous refusant toute autre nourriture, et en cessant de vivre selon les sens. Ainsi la mortification des sens doit faire une des parties de notre habit nuptial ; et il faut se mortifier pour célébrer la mort du Sauveur.
XXXIVe JOUR.
Entrer au festin des noces sans l'habit nuptial. Beaucoup d'appele's et peu d'élus. Petit troupeau chéri de Dieu. Matth. xxn. 11 — 14.
Mon ami, par la vocation, qui devenez mon ennemi en la méprisant, comment élcs-vous entré ici sans avoir l'habit nuptial? Et il n'eut rien à répondre (1). Car, que répondre au Sauveur qui nous
(•) Matth. xmi. 12.
sur l'évangile. 217
reproche par la bouche de l'apôtre, de n'avoir pas su discerner son corps, et de nous en rendre coupa" blés (1)? Liez-lui les pieds et les mains, dit le roi : ôtez-lui la liberté dont il a fait un si mauvais usage : jetez-le dans les ténèbres extérieures (2). Il a voulu entrer dans l'intérieur de la maison avec des dispositions funestes, chassez-le : plus il a voulu entrer au dedans, plus il le faut pousser dehors. Mais qu'y trouvera-t-il, le malheureux? Loin de la maison de Dieu, où la lumière réside, où la vérité se manifeste, où Jésus-Christ luit éternellement, où les saints sont comme des astres : qu'y trouvera-t-il? sinon les ténèbres d'un éternel cachot. Yoilà ces ténèbres extérieures dont Jésus-Christ parle si souvent. Là sera pleur et grincement de dents. Au lieu des chastes délices de la sainte table, il y aura un pleur éternel. La rage contre soi-même, contre sa témérité, contre les lâches confesseurs qui nous auront trop facilement introduits au banquet sacré, sera poussée jusqu'au grincement de dents. Avoir été appelé et mis au nombre des amis par le Sauveur, fera la partie* la plus cruelle et la plus vive de notre supplice. La voix de l'époux et de l'épouse cessera : toute la joie sera bannie de ce triste lieu : la désolation sera éternelle.
// y a beaucoup d'appelés, et peu d'élus (3) : Jésus-Christ nous en a souvent avertis, et il avoit déjà dit la même parole, Matth. xx. 16.
Cela est vrai, premièrement parmi les Juifs : Je suis venu, dit le Sauveur, pour les brebis perdues
< J. Cor. xi. 27, 39. — 00 Malth. x\u. i3. — (') lbid. \x. >6.
de la maison d'Israël (I). Jésus-Christ a prêché, et a fait éclater ses miracles par toute la Judée : il a passé en bien faisant, et guérissant tous les oppressés (2). Les apôtres ont aussi rendu témoignage à sa résurrection devant tout le peuple, comme il leur avoit été ordonné (3) ; et néanmoins, dans ce nombre immense des Juifs, il n'y a eu que le résidu, c'est-à-dire, un très-petit reste du peuple qui ait été sauvé. Ainsi Israël n'a pas trouvé ce qu'il cherchoit, c'est-à-dire, le Christ et son royaume : mais les élus en très-petit nombre l'ont trouvé : et les autres, dont la multitude étoit immense, ont été aveuglés (i) pour leurs péchés par un juste jugement de Dieu : et voilà manifestement la parole de Jésus- Christ vérifiée sur les Juifs.
Mais le Sauveur ne parle pas seulement des Juifs à l'endroit que nous lisons de la parabole. Car c'est après nous avoir fait voir les gentils appelés en la personne de ces aveugles et de ces boiteux qui sont invités à son festin, qu'il conclut, qu7/^r a beaucoup d'appelés, et peu d'élus. Efforçons-nous donc d'entrer par la petite porte qui mène à la vie : car la voie qui mène à la mort est très-spacieuse, et plusieurs y entrent. Qu'il y en a peu, poursuit le Sauveur, qui entrent par la voie étroite (? ! 11 y en a donc beaucoup d'appelés, et peu d'élus. Mais la condition de ces appelés, qui ne persévèrent pas dans leur vocation, est plus terrible que celle des autres : car ils sont ces serviteurs, qui ont connu la
(0 Matlh. xv. i!\. — W Ad. x. 38. — (') Ibid. n. aa. iv. 19. 33. v. 39, 5?.. — W ftom.xi. 3, 4, 7- — V5) Maltli. tii. i3, i4-
sur l'évangile. 219
volonté de leur maître sans la faire, qui seront les plus punis. . . Tyr et Sidon et les Ninivites s'élèveront contre eux : et le jugement de ces villes ingrates sera léger (I), à comparaison de celui que doivent attendre les chrétiens infidèles à la grâce qu'ils auront reçue. 0 Jésus! ô Jésus! sauvez-moi de l'iniquité du peuple pervers '" : sauvez-moi; car l'iniquité s'est multipliée parmi les enfans des hommes, et on ne voit point de saint. Tout est plein de ces appelés qui ne veulent pas seulement penser à leur vocation, ni se souvenir qu'ils sont chrétiens.
Ne vivons pas comme la plupart ; car il y a longtemps qu'il est écrit : // n'y en a pas un qui fasse le bien, il îiy en a pas un seul^K Ne disons pas : Tels et tels font ainsi, à qui on le souffre : et ne nous excusons pas sur la multitude ; car la multitude elle-même est inexcusable. Si Dieu eût craint la multitude, il n'auroit pas consumé ces villes abominables par le feu, ni noyé tout l'univers dans le déluge. N'alléguons point la coutume : car Jésus- Christ a dit : 15b suis la vérité (i) : on ne prescrit pas contre Dieu. Chacun portera son fardeau (;'\ et on ne nous jugera pas par les autres. Rangeonsnous avec ce petit nombre d'élus que le monde ne connoît pas, mais dont les noms sont écrits dans le ciel, à qui le Sauveur a dit : Petit troupeau, ne craignez pas ("; : petit en nombre, petit en éclat, et la batayure du monde : qui est caché avec Jésus- Christ, mais aussi qui paroitra avec lui. O petit nombre, quel que tu sois, et en quelque coin de
(«) Luc. xn. 45, 46, 47. x. i3. xi. 3a. — W Ps xi. a. — (») Ps. xin. 1,3. — (4 Joan. xiv. 6. — (5) Gai. vi. 5. — 6) Luc. x. 20 xu. 32.
l'Eglise que tu te caches, je me joins à toi en esprit, et je veux vivre à ton ombre !
XXXVe JOUR.
Consultation frauduleuse, et décision pleine de merveille et de vérité. Rendez à César ce qui esta César, et à Dieu ce qui est à Dieu. Matth. xxn. 15 — 22. Marc. xn. 13 — 17. Luc. xx. 20 — 26.
Considérons avant toutes choses le caractère de ceux qui viennent consulter le Sauveur. Saint Luc les appelle des hommes artificieux, propres à dresser des embûches : insidiatores, selon le grec et selon le latin, et il ajoute : qui contrefaisaient les gens de bien (1). Tout homme qui consulte, fait l'homme de bien; car il fait semblant de chercher la vérité : mais sous ce bel extérieur on cache souvent beaucoup d'artifice : on tend des pièges aux autres, comme ici on en tendoit au Sauveur : on en tend jusqu'à soi-même; et il n'y a rien qui soit plus mêlé de fraude que les consultations, parce que chacun veut qu'on lui réponde selon sa passion.
Ceux que saint Luc a désignés par ce caractère général étoient, selon saint Matthieu et selon saint Marc, les pharisiens, dont la malice et l'hypocrisie est bien connue, et les hérodiens. Ces derniers étoient des politiques, qui faisoient profession d'honorer la mémoire du grand Hérode, ce politique raffiné, qui, pour avoir rebâti le temple avec une
(•) Luc. XX. 20.
sur l'évangile. 221
magnificence presque semblable à celle de Salomon, et pour avoir rétabli en quelque manière le royaume de Judée fort foible et fort appauvri devant lui, avoit paru si grand aux Juifs, dont il professoit la religion, que quelques-uns voulurent le prendre pour le Messie. Les politiques et les hypocrites s'entendent fort bien ensemble : et les voilà qui conspirent pour surprendre le Sauveur.
Ils commencent par la flatterie : car c'est par là que l'on commence toujours, lorsqu'on veut tromper quelqu'un : Maître, nous savons que vous êtes véritable, et que vous enseignez la voie de Dieu en toute sincérité, sans vous mettre en peine de qui que ce soit; car vous ne prenez pas garde à la personne des hommes ,(1) '. C'est ainsi qu'on pique d'honneur les hommes sains, pour les faire parler hardiment et sans mesure, et leur faire des ennemis. La matière étoit délicate, puisqu'il s'agissoit du gouvernement : et c'est l'endroit où l'on a toujours tendu le plus de pièges aux serviteurs de Dieu, qui, parce qu'ils sont simples et sans ambition, sont réputés par les gens du monde avoir moins d'égard pour les puissances. Mais Jésus-Christ leur fait bien voir que sans prétendre aux emplois publics, on sait connoitre l'endroit par où il les faut respecter.
Est-il permis de payer le tribut à César (2;? Le peuple juif s'étoit nourri dans cette pensée qu'il ne pouvait pas être assujetti à des infidèles. Les Romains avoient occupé la Judée, et avoient même réuni à leur empire une grande partie du royaume qu'ils avoient donné autrefois à Hérode et à sa
(') Mallh. xxn. i' — Ibiil. i.
famille : Jérusalem étoit elle-même dans cette sujétion; et il y avoit un gouverneur qui commandoit au nom de César, et faisoit payer les tributs qu'on lui devoit. Si Jésus eût décidé contre le tribut, ils le livroient aussitôt, comme dit saint Luc (l), entre les mains du gouverneur : et s'il disoit qu'il falloit payer, ils le décrieroient parmi le peuple, comme un flatteur des gentils et de l'empire infidèle. Mais il leur ferme la bouche : premièrement, en leur faisant voir qu'il connoissoit leur malice; secondement, par une réponse qui ne laisse aucune réplique.
Hypocrites, pourquoi me tentez-vous (2)? Hypocrites : vous faites paroître un faux zèle pour la liberté du peuple de Dieu contre l'empire infidèle ; et vous couvrez de ce beau prétexte le dessein de perdre un innocent : mais donnez-moi la pièce d'argent dont on paie le tribut (3) : je ne veux que cela pour vous confondre.
De qui est cette image et cette inscription? De César (4). Vous voilà donc convaincus de la possession où étoit César de la puissance publique, et de votre propre acquiescement, et de celui de tout le peuple. Qu'avez-vous donc à répondre? Si vous reconnoissez César pour votre prince ; si vous vous servez de sa monnoie, et que son image intervienne -dans tous vos contrats, en sorte qu'il soit constant que vous faites sous son autorité tout le commerce de la vie humaine; pouvez-vous vous exempter des charges publiques, et refuser à César
W Lue. sx. ao. — W Matth. xxn. 18. — 00 Il>i,i. 19.— v*) Ibid. 30, ai.
sur l'évangile. 223
la reconnoissance qu'on doit naturellement à la puissance légitime, pour la protection qu'on en reçoit? Rendez donc à César ce qui est à César (l). Reconnoissez son empreinte : payez-lui ce qui lui est dû : payez-le, dis-je, par cette monnoie à qui lui seul donne cours : ou renoncez au commerce, et en même temps au repos public, ou reconnoissez celui par qui vous en jouissez.
Et à Dieu ce qui est à Dieu. Par cette parole, il fait deux choses : la première, c'est qu'il décide que se soumettre aux ordres publics, c'est se soumettre à l'ordre de Dieu qui établit les empires : la seconde, c'est qu'il renferme les ordres publics dans leurs bornes légitimes. A César ce qui est à César : car Dieu même l'ordonne ainsi pour le bien des choses humaines : mais en même temps, à Dieu ce qui est à Dieu : son culte, et l'obéissance à la loi qu'il vous a donnée. Car voilà ce qu'il se réserve; et il a laissé tout le reste à la dispensation du gouvernement public.
11 épuise la difficulté par cette réponse ; et nonseulement il répond au cas qu'ils lui proposoient, par un principe certain dont ils ne pouvoienl disconvenu-; mais encore il prévient l'objection secrète qu'on lui pouvoit faire : Si vous ordonnez d'obéir sans bornes à un prince ennemi de la vérité, que deviendra la religion ? Mais cette difficulté ne subsiste plus : puisqu'on rendant à César ce que Dieu a mis sous son ressort, en même temps il réserve à Dieu ce que Dieu s'est réservé, c'est-à-dire, la religion et la conscience. Et Us s'en allèrent confus : et
' Hatth. «il. ai.
ils admirèrent sa réponse (l;, où il régloit tout ensemble et les peuples et les Césars, sans que personne pût se plaindre.
XXXVIe JOUR.
Injustice des Juifs envers Jésus-Christ. Jésus calomnié, opprimé par la puissance publique, en maintient l'autorité. Ibid.
Un peu de réflexion sur l'injustice des hommes. Ils admirèrent Jésus, et sentirent bien qu'ils ne pouvoient l'accuser ni devant le gouverneur, ni devant le peuple (2). Mais se convertissent-ils, et cessent-ils de le vouloir perdre ? Au contraire, plus ils sont convaincus, et moins ils ont de raison à lui opposer, plus ils lui opposent de fureur.
En apparence ils font les zélés pour la liberté du peuple de Dieu, et contre l'empire infidèle, puisqu'ils osent môme demander avis sur le tribut qu'on lui doit. Mais ceux-là même qui font paraître ce faux zèle, dans trois jours crieront à Pilatc : Si vous sauvez cet homme, vous n'êtes pas ami de César (3). Bien plus; voici un des chefs de l'accusation : Nous avons trouvé cet homme qui empéchoit de payer le tribut a César (4). G'étoit précisément tout le contraire, comme on vient de voir par sa réponse. Qui peut empêcher la calomnie, si une réponse si nette ne l'a pu faire? Il ne reste qu'à la
(0 Malih xx.u. 22. — K1) Luc. xx. 26. (3) Joan. xix. 12. — 4 Lue. xxiii. 2.
SLR l'évangile. 225
souffrir, si Dieu la permet, et à savoir se contenter de son innocence.
Mais cavons encore plus avant dans le cœur humain, et apprenons à en bien connoître l'injustice. Ceux qui font ici les zélés contre l'empire infidèle, y vont avoir recours contre Jésus-Christ, et ils en useront de même contre ses disciples. S'agit-il de flatter le peuple? César ne peut rien. S'agit-il de faire mourir leurs ennemis? César peut tout. Les hommes ne trouvent justes que leurs passions : tout est bon pour les satisfaire 5 et on veut même y faire servir la puissance publique, qui est établie pour les réprimer.
Au reste, jamais réponse ne vint plus à propos que celle de Jésus-Christ; jamais instruction ne fut plus nécessaire au peuple juif dans la conjoncture et la disposition où il étoit. Ce peuple s'entretenoit dans un esprit de révolte qui éclata bientôt après, et en causa la ruine. Les pharisiens et les faux zélés fomentoient secrètement ces mauvaises dispositions, Mais Jésus-Christ, toujours plein de vérité et de grâce, ne veut point partir de ce monde, sans les avQÎr bfen instruits sur ce qu'ils dévoient au prince, et sans prévenir la rébellion dans laquelle toute la nation devoit périr.
Il savoit aussi que ses fidèles dévoient être persécutés par les Césars, dont même l'autorité et le nom devoit dans deux jours intervenir dans le supplice qu'on lui préparoit. Jésus ne l'ignoroitpas, puisque même il l'avoit prédit; et qu'une des choses qu'il avoit marquées en prédisant son supplice, c'est qu'il seroit livré aux gentils. Le Fils de l'homme, dit-il, Bosscet. ix. 15
sera livré aux gentils pour en être outragé, flagellé, crucifié '(,). II savoit aussi qu'on feroit le même traitement à ses apôtres, et que les Juifs les livre/vient aux gentils aussi bien que lui, les traînant devant les tribunaux et devant tous les princes c% en haine de son Evangile. Mais quoiqu'il sût toutes ces choses, il fait justice aux princes ses persécuteurs : il maintient leur autorité dont il devoit être opprimé, lui et son Eglise : et il apprend en même temps à ses disciples, de demeurer comme lui sans aigreur, et en toute soumission envers les puissances, en se livrant, à son exemple, comme dit saint Pierre (3), à celui qui lejugeoit iniquement.
Ne nous plaignons donc jamais du gouvernement ni de la justice, quand même nous croirions en être opprimés injustement. Mais imitons le Sauveur; et conservant à Dieu ce qui est à lui, c'est-à-dire, la pureté de nos consciences, rendons de bon cœur à tous les hommes, et même aux juges iniques, si le cas y échoit, et à nos plus grands ennemis , ce qui leur est dû. C'est ce qu'il faudroit faire quand ils auroient tort : à plus forte raison quand ils ne l'ont pas, et que notre seule passion excite nos plaintes.
(■) Malth. xx. i8, 19. — W Mattk. x. 17, 18. — $ /. Pi. \\. ri-
sur l'évangile. 221
XXXVIIe JOUR.
Réflexions sur ces paroles : De qui est cette image ? Le chrétien est l'image de Dieu. Il doit vivre de la vie de Dieu. Matth. xxn. 20.
De qui est celte image et cette inscription (1) ? Quittons la monnoie publique et l'image de César : chrétien, tourne tes yeux sur toi-même. De qui estu l'image, et de qui portes-tu le nom? 0 Dieu! vous nous avez faits à votre image et ressemblance. Vous êtes en nous, 6 Seigneur] comme dans votre temple : et votre saint nom a été invoqué sur nous (2). 0 Père, Fils et Saint-Esprit! nous avons été baptisés en votre nom : votre empreinte est sur nous : votre image, que vous aviez mise au dedans de nous en nous créant, y a été réparée par le baptême. Ame raisonnable, faite à l'image de Dieu, chrétien renouvelé par sa grâce, reconnois ton auteur; et à l'image que tu portes, apprends à qui tu es.'
Connoître Dieu, aimer Dieu, s'estimer heureux par là : c'est ce qui s'appelle dans saint Paul, la vie de Dieu; dont les gentils étaient éloignés dans leur ignorance, et l'aveuglement de leur cœur (3). Car c'est par là que nous entendons que Dieu même est heureux, parce qu'il se connoît et aime lui-même : et lorsque nous l'imitons, en nous estimant heureux par sa connoissance et son amour, nous vivons de la vie de Dieu.
Que la connoissance de Dieu ne soit pas en nous
(•) Matth. xxn. qo. — M Jerenu xiv 9 — (}) Eph. rv. 18.
une simple curiosité, ni une sèche méditation de ses perfections : qu'elle tende à établir en nous son saint amour : nous vivrons de la vie de Dieu, et nous rétablirons en nous son image.
Unissons-nous à la vie de Dieu , à la connoissance, et à l'amour qu'il a pour lui-même : lui seul se connoît et s'aime dignement. Unissons-nous autant que nous pouvons à l'incompréhensible connoissance qu'il a de lui-même; et consentons de tout notre cœur aux louanges dont il est digne, que lui seul connoît : nous vivons de sa vie, et son image sera parfaite en nous.
Tout ce que nous connoissons de Dieu, transportons-le en nous. Nous connoissons sa miséricorde : ce n'est pas assez ; imprimons ce trait en nous-mêmes : Et soyons miséricordieux comme notre Père céleste est miséricordieux (1). Nous admirons sa perfection : ce n'est pas assez; imitons-la. Soyez parfaits y dit le Sauveur (2), comme votre Père céleste est parfait.
Pour se faire connoitre à nous d'une manière sensible et proportionnée à notre nature, Dieu nous a envoyé son Fils, dont l'exemple est notre règle. Imitons-le donc : Apprenons de lui qu'il est doux et qu'il est humble (3); rendons-nous semblables à lui, et nous serons semblables à Dieu, et nous vivrons de sa vie, et son image sera rétablie en nous; et nous parviendrons à la vie où nous lui serons toutà-fait semblables, parce que nous le verrons tel qu'il estw.
(■) Luc. vi. 36. — (0 Matih. v. 48. — (3) Marc. xi. 29. — (4) /. Joan, ni. 2.
sur l'évangile. 229
Rendons-nous donc de vrais enfans de Dieu, en portant l'image, et en faisant les œuvres de notre Père. Ne faisons donc point les œuvres du diable; de peur que nous n'entendions la dure sentence que Jésus-Christ prononça aux Juifs : Vous êtes les enfans du diable, et vous voulez faire ses œuvres : il est malin, envieux, calomniateur, menteur et père du mensonge, cruel et homicide dès le commencement (,). Il inspire la sensualité, il enflamme la concupiscence, afin de faire servir l'esprit à la chair, et effacer en nous l'image de Dieu.
XXXVIIIe JOUR.
Sur ces paroles : A Dieu ce qui est à Dieu. Ibid.
A Dieu ce qui est a Dieu (a). Si une image pouvoit sentir, s'il lui venoit un esprit de vie et d'intelligence, elle ne cesseroit de se rapporter ellemême à son original. Trait à trait, partie à partie, membre à membre, elle iroit sans cesse se réunissant à lui. Si elle pouvoit connoître qu'il lui manquât quelque trait, elle iroit, pour ainsi parler, continuellement l'emprunter. S'il s'en effaçoit quelqu'un, elle n'auroit point de repos jusqu'à ce qu'il fût rétabli; et si elle y pouvoit contribuer, ce seroit la foule son étude et tout son travail. TSuit et, jour elle ne seroit occupée que du désir de lui ressembler : car c'est là sou être. Elle n'auroit point d'autre gloire que celle de le l'aire connoître : fclle
.' Jvau m , ,. — \Iaith. vmj. 'ii.
ne pourroit souffrir qu'on terminât son amour en elle; mais elle feroit tout passer à son original : surtout, si son original étoit en même temps son auteur, parce qu'elle lui devroit l'être en deux manières. Elle le devroit à sa main et à son art qui l'auroit formée. Elle le devroit à sa forme primitive et originale, dont toute sa ressemblance seroit dérivée, et ne subsisteroit que par ce double emprunt.
Si les portraits de nos peintres étoient animés, ils scroient étrangement partagés entre le peintre qui est leur auteur, et le Roi ou quelqu'autre objet qui est leur modèle, et qu'ils ont à représenter. Car à qui aller? Je suis tout à celui qui m'a fait, et il n'y a trait que je ne lui doive. Je suis tout à celui que je représente , et il n'y a trait que je ne lui doive d'une autre manière. La pauvre image, pour ainsi dire, se mettroit en pièces, et ne sauroit à qui se donner, étant attirée des deux côtés avec une égale force. Mais en nous les deux forces concourent ensemble. Celui qui nous a faits, nous a faits à sa ressemblance : il est notre original et notre principe. Quel effort ne devons -nous donc pas faire pour nous réunir à lui?
Qui peut représenter Dieu, si ce n'est lui-même? Lui seul se connoit. C'est lui qui nous a faits, ce n'est pas un autre : il nous a faits à sa ressemblance; et nous lui devons doublement tout ce que nous sommes jusqu'au moindre trait. Nous ne pouvons donc ni nous reposer, ni nous glorifier en nous-mêmes. A Dieu ce' qui est à Dieu. C'est notre gloire, c'est notre enseigne, c'est notre vie. Notre
étude et notre travail est de lui ressembler de plus en plus; de faire tout pour lui, et de lui rapporter sans cesse tout ce que nous sommes.
Voyez le Fils de Dieu : il est la parfaite image du Père, son proverbe, son intelligence, sa sagesse, le caractère de sa substance, et le rejaillissement de sa gloire (1 . Mais que fait-il sur la terre? Rien, dit-il, que ce qu'il voit faire à son Père : rien de lui-même, rien pour lui-même; // ne fait que ce que son Père lui découvre : et tout ce que le Père fait, non-seulement le Fils le fait aussi, mais encore il le fait semblablement (2) , avec la même dignité et la même perfection que lui : parce qu'il est le Fils unique, Dieu de Dieu, parfait du parfait. Tel est le devoir, ou plutôt telle est la nature de l'image. \ous qui ne sommes pas l'image et la ressemblance même mais qui sommes faits à l'image et ressemblance, c'est-à-dire, qui ne sommes pas l'image engendrée du sein et de la substance du Père, mais un ouvrag? tiré du néant où il a gravé son image, nous devons à notre manière imparfaite et foible imiter noire modèle qui est Jésus-Christ : et toujours attentifs à son exemple, faire ce que Dieu nous montrera, ne nous étudier à autre chose qu'à y conformer nos désirs. A Dieu ce qui est à Dieu : c'est la vérité : venons à la pratique.
0 U<b. 1.3. — M Joan. v. ij) elseq.
XXXIXe JOUR.
Terrible punition des corrupteurs de l'image de Dieu. Ibid.
Cette image, qui est notre ame, et toute créature raisonnable, repassera un jour par les mains et devant les yeux de Jésus-Christ. Il dira encore une fois en nous regardant : De qui est cette image et celte inscription (,)? Et notre fond lui répondra : De Dieu. C'est pour lui que nous étions faits : nous devions porter son empreinte. Le baptême la devoit avoir réparée , et c'étoit là son effet et son caractère. Mais que sont devenus ces divins traits que nous devions porter1? L'image de Dieu devoit être dans ta raison, ô ame chrétienne! Toi, tu l'as noyée dans le vin. Toi, tu as trouvé cette ivresse indigne et grossière : mais tu t'es enivrée d'une autre sorte encore plus dangereuse et plus longue, lorsque tu t'es plongée dans l'amour des plaisirs. Toi, tu l'as livrée à l'ambition. Toi, tu l'as rendue captive de l'or, ce qui étoit une idolâtrie (2). Toi, tu l'as sacrifiée à ton ventre, dont tu as fait ton Dieu (3). Parlons avec confiance quand nous parlons avec l'Ecriture. Toi, tu lui as fait une idole de la vaine gloire, au lieu de louer et de bénir Dieu nuit et jour, nuit et jour elle s'est louée et admirée elle-même. En vérité, en vérité, dira le Sauveur, je ne vous comtois pas (/,) : vous n'êtes pas mon
(«) Malth. \xn. 20. — (a) Eph. v. a. — W Philipi'. m. 19 — U> Matlh. nxv. |i.
ouvrage, et je ne vois plus en vous ce que j'y ai mis. Vous avez voulu vous faire vous-mêmes à votre mode : vous êtes l'ouvrage du plaisir et de l'ambition : vous êtes l'ouvrage du diable dont vous avez fait les œuvres, que vous avez fait votre père en l'imitant. Allez avec celui qui vous connoît, et dont vous avez suivi les suggestions : Allez au feu éternel qui lui a été préparé J). O juste Juge! OÙ en serai-je? Me connoitrai-je moi-même, après que mon Créateur m'aura méconnu ?
XLe JOUR.
Question des sadduceens sur la femme qui a eu sept maris l'un après l'autre. Jésus-Christ détache le chrétien de tout le sensible. Lisez Matth. xxn. 23, 24. Marc. xu. 18, 19 : et plus particulièrement Luc. xx. 27, jusqu'au 40, où tout est expliqué plus au long.
Voici le jour des interrogations 5 mais le jour des résolutions les plus admirables que la sagesse incarnée ait données aux hommes.
Ce jour- la les sadducéehs qui nient la résurrecfion, le vinrent trouver, et lui proposèrent une question, en lui disant : Maître, Moïse a ordonné que si quelqu'un mourait sans enfans, son frère épousât su femme, et au il suscitai des enfans à son frère mort. Or il y avait sept frères parmi nous, dont le premier ayant épousé une femme, est mort,
1 \ftitth. \w, ji.
et n ayant point eu d'enfans il a laissé sa femme à son frère. La même chose arriva au second, et au troisième, et ci tous les autres jusqu'au septième. Enfin cette femme est morte aussi après eux tous. Lors donc que la résurrection arrivera, duquel de ces sept sera-t-elle femme, puisqu'ils l'ont tous eue (,)?
Moïse nous a commandé. Voyez comme ceux qui errent cherchent toujours à s'appuyer sur les Ecritures, et font semblant de vouloir obéir à la loi. De qui des sept sera-t-elle femme : car elle Va été de tous? Il faut encore ajouter, selon saint Marc et selon saint Luc, quelle n'a point laissé d'enfans au septième, non plus qu'aux autres : de sorte qu'il n'y a rien qui détermine en sa faveur.
De qui sera-t-elle femme? Admirez combien les hommes sont charnels. Ils ne peuvent comprendre une vie ni une félicité, sans les objets qui flattent les sens, et sans les choses corporelles auxquelles ils sont accoutumés. Ainsi ils n'entendent pas comment les saints sont heureux. Toute cette vie incorporelle leur paroît un songe, une vision des spéculatifs, une oisiveté impossible à soutenir. Si on ne va, si on ne vient, comme en cette vie; si on n'y contente les sens à l'ordinaire, ils ne savent ce qu'on peut faire, et ne croient pas qu'on puisse vivre. C'est pourquoi une telle vie ne les touche pas; et la croyant impossible, ils croient que tout meurt avec le corps. Tels étoient parmi les païens les disciples d'Epicure. Tels étoient les sadducéens dans le peuple de Dieu. Tels sont
t>) Mattli. xxn. al> et. suiv. Luc. xx. •j'j et suie.
sur l'évangile. 235
encore parmi nous les impies et les libertins qui ne connoissent que la \ie des sens. Ils sont pires que les sadducéens; car ceux-ci se piquoient d'être zélateurs de la loi ; et nos impies n'ont aucun principe.
Vous vous trompez (,). C'est ainsi qu'il faut parler à ces gens qui mesurent tout à leurs sens charnels et grossiers : vous vous trompez. Quelle erreur plus grande que de suivre toujours les sens, sans songer qu'il y a en nous un homme intérieur, et une ame que Dieu a faite à son image? C'est pourquoi Jésus-Christ leur dit encore à la fin, selon saint Marc : Vous vous trompez donc beaucoup 2).
Vous vous trompez, faute d'entendre les Ecritures et la puissance de Dieu (5). C'est la source de toutes les erreurs. On ne veut point entendre que Dieu puisse faire des choses au-dessus du sens et du raisonnement humain, ni autre chose que ce qu'on voit. C'est pourquoi on n'entend pas les Ecritures : parce que, pour ne vouloir pas étendre ses vues sur l'immensité de la puissance de Dieu, on abaisse les Ecritures à des sens proportionnés à notre foiblesse. On ne veut croire ni incarnation, ni eucharistie, ni résurrection, ni rien de ce que Dieu peut, et de ce qu'il veut bien faire pour l'amour de ses serviteurs. Ainsi les sadducéens ne vouloient pas croire, ni qu'il pût conserver l'ame sans le corps, ni qu'il pût l'y réunir de nouveau, ni qu'il le lui pût rendre a\<c de plus nobles qualités qu'en cette vie; ni enfin donner à l'homme d'autres plaisirs que ceux qu'il a coutume de sentir.
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Dans ce siècle, les hommes prennent des femmes, et les femmes prenne ni des nui ri s : mais dans la résurrection, ou comme il est porté dans saint Luc il), parmi ceux qui seront jugés dignes du siècle à venir et de ressusciter des morts, ni les hommes ne prendront des femmes, ni les femmes des maris; et ils seront immortels, égaux aux anges de Dieu dans le ciel. Ainsi, pour conserver un tel peuple, il ne faudra ni de génération ni de mariage : et on n'en aura non plus besoin pour les hommes que pour les anges. Tout ce qui est établi pour soutenir la mortalité, cessera : l'homme sera renouvelé dans son corps et dans son ame : nous serons enfuis de Dieu, parce que nous serons enfans de la résurrection -} : ce ne sera plus de la chair et du sang que nous naîtrons comme en cette vie : il n'y aura plus rien de corruptible. Avec une nouvelle naissance Dieu donnera à nos corps de nouvelles qualités; et nous serons, non enfans des hommes, mais enfans de Dieu, et égaux aux anges, parce que nous serons enfans de résurrection.
Le corps est maintenant conçu et semé dans la corruption ; il ressuscitera dans l'incorruptibilité : Il est conçu dans la difformité; il ressuscitera dans la gloire : il est conçu dans la faiblesse; il ressuscitent dans la force : il est conçu pour une vie animale. ; il ressuscitera pour une vie spirituelle (3). Ne vous étonnez donc pas s'il n'y aura point alors de mariage, comme il n'y aura point de festins. On sera comme les anges, sans aucune infirmité des sens, et sans avoir besoin de les
[}) 'tue. xx. 34, 35. — \? tàiJ. :<>• - • /. Oor. \n . ja, \ '• 1 c
sur i.'év \ ni; île. 237
satisfaire : Et Dieu sera tout en tous (1). On n'aura besoin que de lui.
Commençons donc dès cette vie ce que nous ferons dans toute l'éternité. Commençons à nous détacher des sens, et à vivre selon cette partie divine et immortelle qui est en nous. Nous qui vivons dans le célibat, puisque nous voulons dès à présent imiter les anges, soyons purs comme eux. Ne vivons que pour Dieu, comme saint Paul l'ordonne : Car l'homme qui a une femme, et la femme qui a un mari , a le cour partagé. Qui est seul ne pense qu'à Dieu - •. Ceux qui mènent une vie commune, ne laissent pas d'être obligés dans le fond au même détachement : et c'est à eux que le même apôtre adresse celte parole : Au reste, mes frères, le temps est court : ainsi que ceux qui ont des femmes soient comme n'en ayant pas, et n'y soient point attachés : Que ceux qui pleurent, et qui sont affligés, soient comme s'ils ne V étaient pas (3), et qu'ils conçoivent que leurs larmes seront bientôt essuyées. Que ceux qui se réjouissent conçoivent la fragilité et l'illusion de leur joie, et ne s'y abandonnent pas : Que ceux qui achètent soient comme ne possédant point; et qu'ils cessent de s'imaginer que ce qui tient si peu à eux, soit véritablement en leur puissance : Enfin que ceux qui usait des biens de ce monde, soient comme s'ils n'en usaient point : car la figure de ce monde
passe Considérons ce qu'on ne voit pas, et non
pas ce qu'on voit, parce que ce qu'on voit passe,
(>) /. Cor xv. a8. — W Ibid. vu. 3a, 33, 34. — (») Ibid. 39, 3o, 3i.
et ce qu'on ne voit pas est éternel (,). Passons donc, et prenons tout comme en passant, sans y attacher notre cœur lorsqu'on le possède, ni se troubler quand on le perd. Car le temps de jouir des biens de la terre est court : ce n'est qu'un moment, et ce n'est pas la peine de s'y arrêter. S'y arrêter, c'est renoncer au christianisme, et à l'espérance du siècle à venir.
Mais si nous sommes chrétiens, pour nous détacher des choses même permises, combien est grand notre crime, si nous demeurons attachés à celles qui ne doivent pas même être nommées parmi les chrétiens ! selon ce que dit saint Paul : Que l'impureté' et l'avarice ne soient pas même nommées parmi vous, ainsi qu'il est convenable parmi les saints. Et encore : Ce qu'ils font dans le secret, est honteux même à dire (2).
XLIe JOUR.
Immortalité de l'ame; résurrection des corps. Luc. xx. 37, 38.
Or que les morts ressuscitent, Moïse même vous l'a dit (3). Il va à la source, et il leur allègue les paroles du législateur , et le fondement de l'alliance. Je serai ton Dieu, dit Dieu à Abraham (4} : et c'est sur cela que l'alliance est fondée. Et depuis il s'est toujours appelé le Dieu a* Abraham,
(«) 11. Cor. iv. 18. — W Eph. v. 3, ia. ~ (3) Luc. xx. 37. — (4) Çen. xvii. 7, 8.
sur l'évangile. 239
te Dieu dlsaac, le Dieu de Jacob. Et c'est ainsi qu'il se qualifia, quand il apparut à Moïse pour l'envoyer à son peuple : Je suis le Dieu de ton père, le Dieu et Abraham, le Dieu d'Isaac, le Dieu de Jacob. Et après : J'a, dit -il, et dis aux en fans d'Israël : le Seigneur Dieu de vos pères; le Dieu d'Jbra/iam, le Dieu d'Isaac, le Dieu de Jacob : c'est là mon nom a jamais , et c'est là mon mémorial, et le titre sous lequel je veux être connu de génération en génération (,). Or Dieu n'est pas le Dieu des morts (*2), ni le Dieu de ce qui n'est plus. Les morts, à les regarder comme morts, dorment dans le sépulcre ; le Seigneur ne s'en souvient plus, et ils ne sont plus sous sa main (3). Mais il n'en est pas ainsi des âmes saintes, des âmes des ami& de Dieu : car s'ils sont morts à l'égard de l'homme, ils sont vivons pour Dieu. Ils sont vivons sous ses yeux et devant lui ; et encore : ils sont vivons pour lui (4). S'ils ont perdu le rapport qu'ils avoient à leurs corps et aux autres hommes, ils avoient un autre rapport à Dieu, qui les a faits à son image, et pour en être loué. Ce rapport ne se perd pas : car si le corps se dissout et n'est plus animé de l'ame, Dieu, pour qui l'ame a été faite, et qui porte son empreinte, demeure toujours. Ainsi les amis de Dieu subsistent toujours par le rapport qu'ils ont à Dieu. Et c'est pourquoi il se dit leur Dieu, non-seulement durant leur vie, mais encore après leur mort. Car leur vie a été trop courte pour donner à Dieu une dénomination
{*) Ex. in. 6, iÔ. — » Luc. xx. 38.— (*) Ps. lxxxvh. 6.— Q Luc. xx .38
éternelle. Or le titre de Dieu d'Abraham, d'isaac et de Jacob, est éternel. Dieu donc se dit leur Dieu, parce qu'ils vivent toujours devant lui, et qu'il les tient sous sa face : et comme dit l'apôtre saint Paul (,) : Dieu ne rougit pas de s'appeler leur Dieu, parce qu'il leur a bâti une ville permanente, et qui avoit des fondemens étemels. Autrement, comment n'auroît-il pas honte de s'appeler leur Dieu, s'il les avoit abandonnés, et ne leur eût laissé pour demeure qu'un tombeau ? Ils sont donc vivans devant lui : et ce qui leur convient, convient à tous les enfans de Dieu ; puisque c'est le fondement de l'alliance, à laquelle par conséquent tout le monde a part. Car ce même Dieu qui se dit le Dieu d'Abraham, se dit en même temps le Dieu de nos pères, et en disant à Abraham : Je serai ton Dieu, il a ajouté : et de ta postérité après toi (2). 11 leur a donc également destiné cette demeure éternelle.
On dira que Jésus ne prouve que l'immortalité des âmes, et non pas la résurrection des corps. Mais la coutume de l'Ecriture est de regarder une de ces choses comme la suite de l'autre. Car, si on revient à l'origine, Dieu, a\ant que de créer l'aine, lui a préparé un corps. 11 n'a répandu sur nous ce souffle de vie, c'est-à-dire, l'ame faite à son image, qu'après qu'il a donné à la boue, qu'il manioit si artistement avec ses doigts tout-puissans, la forme du corps humain. Si donc il a fait l'ame pour la mettre dans un corps, il ne veut pas qu'elle en soit éternellement séparée. Aussi voulut -il
(«) Heb. xi. io, 16. — (») Gen. xvn. 7.
SUR l'évangile. 241
d'abord qu'elle y fût unie éternellement, puisqu'il avoit fait l'homme immortel, et que c'est par le péché que la mort a été introduite sur la terre. Mais le péché ne peut pas détruire à jamais l'œuvre de Dieu : car le péché et son règne doit être luimême détruit. Alors donc l'homme sera rétabli dans son premier état : la mort mourra ; et l'ame sera réunie à son corps, pour ne le perdre jamais. Car le péché qui en a causé la désunion ne sera plus. 11 a donc prouvé aux sadducéens plus qu'ils ne vouloient, puisqu'il leur a prouvé non- seulement la résurrection des corps, mais encore la subsistance éternelle des âmes, qui est la racine et la cause fondamentale de la résurrection des corps, puisque l'ame à la fin doit attirer après elle le corps, qu'on lui a donné dès son origine pour son éternel compagnon.
Que reste-t-il donc après cela, sinon de nous réjouir avec les pharisiens, de ce que Jésus a fermé la bouche aux sadducéens (l), qui ne vouloient croire ni la résurrection, ni la subsistance des âmes après la mort. Le Sauveur les a confondus : il est allé d'abord à la source de l'erreur, en leur prouvant l'immortalité des âmes. Joignons-nous donc à ces docteurs de la loi, qui, ravis de ce qu'il venoit de dire, s'écrièrent avec une espèce de transport : Maître, vous avez bien dit '2). Mais ce n'est pas de vains applaudissemens que Jésus cherche. S'il a bien dit, profitons de sa doctrine. Vivons comme devant éternellement vivre : ne vivons pas comme
Tatt. N\ir. 1 \. — Eue. x . ■ . BOSSUET. IX. 1f>
devant mourir, pour terminer tous nos soins à cette vie : songeons à cette vie qui nous est réservée éternellement devant Dieu, et pour Dieu. Commençons donc dès à présent à vivre pour lui, puisque c'est pour lui que nous devons vivre dans l'éternité. Vivons pour lui : aimons-le de tout notre cœur : c'est ce qu'il nous va enseigner dans la lecture suivante.
XLIIe JOUR.
Le grand commandement de la loi, l'amour de Dieu et du prochain.— Matth. xxn. 34,3G.— Marc. xn. 28,30.Zhc.x. 27.
Quel est le grand commandement dans la loi (1) ? On ne sait si c'est encore pour le tenter qu'on lui fit cette demande, en saint Matthieu et en saint Marc ; ou si c'est de bonne foi, pour être instruit : car nous voyons en saint Luc, dans une autre occasion, qu'un des docteurs de la loi lui fit une demande approchante pour le tenter (2), et qu'après avoir ouï de la bouche du Sauveur la même réponse qu'il fait aujourd'hui, il continua son discours, en voulant se justifier lui-même.
Je ne sais s'il en est de même en cette occasion ; car le docteur de la loi qui l'avoit interrogé, paroît si satisfait de sa réponse, qu'il mérita de recevoir cet éloge du Sauveur : Fous n'êtes pas loin du royaume de Dieu (3). Par où, s'il lui montroit qu'il n'y étoit pas encore arrivé, il lui faisoit voir en
(0 3Iauh.\xM. 36. — 0») Luc. x. i5, 26. — (3) Marc. xu. 32, 3^.
même temps qu'il étoit dans le chemin : comme la suite le fera peut-être mieux paroitre.
Il semble aussi que les pharisiens qui firent faire cette demande au Fils de Dieu (,), furent bien aises qu'il eût confondu les sadducéens; et que reconnoissant en lui par ses admirables réponses une doctrine supérieure à tout ce qu'ils avoient jamais entendu, ils furent bien aises d'apprendre sa résolution sur la plus importante question qu'on pût faire sur la loi : Quel est le grand commandement de la loi m ? ou comme saint Marc le rapporte : Quel est le premier de tous les commandemens K0) ?
Jésus, qui étoit la vérité même, alloit toujours et d'abord au premier principe. Il étoit clair que le plus grand commandement devoit regarder Dieu. C'est pourquoi il choisit un lieu de la loi qui portoit ainsi : Ecoute, Israël : le Seigneur ton Dieu est le seul Dieu, le seul Seigneur (4). Par là la grandeur de Dieu étoit établie dans sa parfaite unité. De là il s'ensuivoit encore qu'il lui falloit consacrer celui de nos sentimens qui le faisoit le plus régner dans nos cœurs, et réunissoit davantage en lui toutes nus affections, qui étoit l'amour. Ce qui montroit encore que l'amour qu'il falloit donner à un être si parfait, devoit aussi être parfait. C'est ce qui fait choisir au Sauveur l'endroit de toute l'Ecriture, où la perfection de l'amour de Dieu, et la parfaite réunion de tous nos désirs en lui, étoit expliquée. Mais de peur que quelque ignorant ne soupçonnât qu'en réunissant en Dieu tout son amour, il n'en
(0 Malth. xkii. 54. — W lèid 36.— \farç. xn- »8. — M Dtut. vi. Marc. 4. xii. 29.
restât plus pour le prochain, il ajoute au premier précepte le second qui lui est semblable (l) : et il porte l'amour du prochain à sa perfection, en montrant encore dans la loi, qu'il faut aimer son prochain comme soi-même :où il met le mot de prochain, au lieu de celui à' ami, qui est dans la loi (2). Parce que le nom d'ami eût semblé restreindre l'amour à ceux avec qui on avoit des liaisons, et une confiance particulière : au lieu que le mot de prochain, plus général, l'étendoit sur tous ceux qui nous touchoient par la nature qui nous est commune, ainsi que le Fils de Dieu l'avoit déjà expliqué (3).
Voilà donc toute la loi rappelée à ses deux principes généraux; et l'homme est parfaitement instruit de tous ses devoirs : puisqu'il voit en un clind'œil ce qu'il doit à Dieu son créateur, et ce qu'il doit aux hommes ses semblables. Là est compris tout le Décalogue: puisque dans le précepte d'aimer Dieu, toute la première table est comprise; et dans celui d'aimer le prochain, est renfermée toute la seconde. Et non-seulement tout le Décalogue est compris dans ces deux préceptes, mais encore toute la loi et tous les prophètes (4), puisque tout aboutit à être disposé comme il faut envers Dieu et envers les hommes; et que Dieu nous apprend ici nonseulement les devoirs extérieurs, mais encore le principe intime qui nous doit faire agir, qui est l'amour. Car qui aime ne manque à rien envers ce qu'il aime. Nous voyons donc la facilité que Jésus- Christ apporte aujourd'hui à notre instruction;
(•) Matth. ?xxn. 39. — 00 Ltv. xix 18. — (?) Luc x. 29, 37. — (fi)Màtth. sxh, 40.
sur l'évangile. 245
puisque sans nous obliger à lire et à pénétrer toute la loi, ce que les foibles et les ignorans ne pourroient pas faire, il réduit toute la loi à six lignes : et que pour ne point dissiper notre attention, s'il nous falloit parcourir en particulier tous nos devoirs, il les renferme tous, et envers Dieu et envers les hommes, dans le seul principe d'un amour sincère, en disant qu'il faut aimer Dieu de tout son cœur, et son prochain comme soi-même. De ces deux préceptes y dit-il, dépendent toute la loi et tous les prophètes (1).
Adorons la vérité éternelle dans cet admirable abrégé de toute la loi. Que je vous suis redevable, ô Seigneur ! d'avoir tout ramassé en un ; en sorte que sans avoir toujours à me fatiguer dans une immense lecture, je tiens en sept ou huit mots toute la substance de la loi. Et lorsque, pour donner à mon esprit un exercice convenable, je lirai avec affection et attention le reste de votre Ecriture : vous m'avez mis en main dans ces deux préceptes, le fil qui me conduira dans toutes les difficultés que je trouverai dans une lecture si profonde ; ou plutôt la résolution et le dénouement de toutes les difficultés : puisque je suis assuré qu'en entendant ces deux préceptes, je n'ignore rien de ce qui m'est nécessaire. O Dieu! je vous loue : ô Jésus! soyez béni : 6 Jésus! je vais m'appliquer à méditer cet admirable abrégé de la doctrine céleste. Je me veux parler à moi-même sans paroles, de ces paroles si pleines de lumières : c'est-à-dire, je veux tâcher de les pénétrer plutôt par l'affection que par
' Valût. x\n 37, 31
le discours. J'en contemplerai la vérité, afin d'en sentir la force et de m'en remplir tout entier au dedans et au dehors. O Jésus! donnez-m'en la grâce : ô Jésus! répandez dans mon ame votre Saint-Esprit, qui est l'amour éternel et subsistant de votre Père et de vous : afin qu'il m'apprenne à vous aimer tous deux, et à aimer avec vous comme un seul et même Dieu, l'Esprit qui procède de l'un et
de l'autre.
Et personne n'osoit plus ï interroger (,). Cette réflexion de saint Marc fait soupçonner que ceux qui lui firent faire cette dernière demande, ou du moins quelques-uns d'eux, ne le consultaient que pour le tenter. Car s'ils eussent consulté, pour s'instruire de bonne foi, un maître dont la doctrine étoit si remplie de vérité et de grâce, il y avoit à l'interroger jusqu'à la fin. Mais comme ils l'interrogeoient dans le dessein de le surprendre, et pour voir s'il répondroit mal, ou s'il demeureroit court dans quelque question, ils cessent de le consulter aussitôt qu'ils sentent qu'ils n'ont aucun avantage à tirer contre lui de ses réponses.
Apprenons de ceux qui consultent mal la venté éternelle, comment il la faut consulter, c'est-à-dire, non pour la tenter, ou la contredire, ou morne pour satisfaire une vaine curiosité : mais pour se nourrir de sa substance, y conformer tous nos sentimens, et vivre de la véritable vie, selon cette réponse du Sauveur : Faites ceci, et vous vivrez m. Faites ceci: aimez Dieu de tout votre cœur, et votre prochain comme vous-même. Faites ceci : Ne vous
(«) Marc. XII. a/j. — (> Luc. x. 28.
sur l'évangile. 247
contentez pas de discourir, et de faire une matière de spéculation de ce qui est la règle de votre pratique : Faites ceci, et vous vivrez ; vous vivrez de la véritable vie : vous vivrez de la vie qui ne meurt jamais. Caries prophéties s' évanouissent dans le ciel: les énigmes se dissipent par la manifestation de la vérité : la foi se change en claire vue, et l'espérance en possession. // n'y a que la charité qui consiste en ces deux préceptes; il riy a, dis-je, que la charité qui ne finit pas et ne se perdra jamais, comme dit saint Paul (I). Commençons donc de bon cœur à entendre, et à pratiquer ce que nous pratiquerons éternellement. Amen. Amen.