XLIII6 JOUR
Réflexion sur le même commandement dans la Loi. Deut. vi. 4, 5, 10.
Ecoute, Israël : le Seigneur ton Dieu est le seul Dieu ; le seul Seigneur : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, et de toute ton ame, et de toute ta force (2J : c'est ainsi que nous lisons dans la Loi. Et l'Evangile interprète : de tout ton esprit, de toute ton intelligence, de toute ta pensée, de toute ta puissance (5). 11 ne se faut pas tourmenter l'esprit, à distinguer la vertu de chacune de ces paroles; ni à distinguer par exemple le cœur d'avec l'ame, ni l'un ni l'autre d'avec l'esprit et l'intelligence, ni
(' //. Cor. «m. 8. \i. — (») Deut. vi. \, 5. — (3) Matth. xxn. 37. Marc. xti. 3o. Luc. x 27.
tout cela d'avec la force de l'ame, ni la force d'avec la puissance : encore que tout cela se trouve expliqué par des paroles expresses et distinguées. Mais il faut seulement entendre, que le langage humain étant trop foible pour expliquer l'obligation d'aimer Dieu, le Saint-Esprit a ramassé tout ce qu'il y a de plus fort, pour nous faire entendre qu'il ne reste plus rien à l'homme qu'il puisse se réserver pour lui-même; mais que tout ce qu'il a d'amour et de force pour aimer, se doit réunir en Dieu. Pesons donc toutes les paroles dans cet esprit, et par le cœur et l'affection, plutôt que par la méditation et par la pensée. Et lisons encore la suite de ce précepte divin dans le Deutéronome, d'où il est pris. Ecoute donc, Israël : Ecoute du cœur : impose silence à toute autre parole, et à toute autre pensée. Ecoute, en un mot, comme il faut écouter Dieu quand il parle ; et encore quand il parle de la principale chose qu'il exige de l'homme. Ecoute, ô vrai Israël : ô chrétien, ô juste, ô fidèle! Le Seigneurton Dieu est le seul Seigneur : il n'y a pas plusieurs dieux en Israël, comme dans les autres nations. Il n'y a pas aussi plusieurs objets entre lesquels on puisse partager son cœur : en un mot, il n'y a pas plusieurs personnes ni plusieurs choses à aimer. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, ce Dieu, ce Seigneur unique, de tout ton cœur, de toute ton ame, de toute ta force : uniquement, comme il est unique : parfaitement, comme il est parfait; en consacrant à ce premier être, principe et moteur de tout, ce qui est aussi le principe et le moteur en toi-même de toutes tes affections. Je le veux, Seigneur : et si je
sur l'évangile. 249
le veux, je Je fais : car le vouloir, c'est le faire : le vouloir imparfaitement, c'est le faire imparfaitement ; le vouloir parfaitement, c'est le vouloir dans la perfection que vous voulez. Rien n'est plus facile; rien n'est plus présent à la volonté que le vouloir : Ce précepte n'est pas au-dessus de moi, ni loin de moi : il ne faut point monter au ciel, ni passer les mers pour le trouver. Mais la parole est fort proche de toi, dit le Seigneur, dans ta bouche et dans ton cœur pour l'accomplir (,). Dans ta bouche, c'est encore trop loin ; car pour cela il faut parler, et la bouche et le cœur sont deux : mais dans le cœur; le cœur te suffît : rien n'est plus proche du cœur que le cœur même : et ce précepte d'aimer, qui est le précepte du cœur, est vraiment fort proche de nous. Si je veux donner l'aumône, et exercer les œuvres de miséricorde, il faut sortir. Si je veux me réconcilier avec mon frère, et réchauffer en lui la charité éteinte, il faut le chercher. Si je veux chanter des psaumes, il faut du moins ouvrir la bouche. Mais pour aimer, que faut-il faire, sinon aimer? 0 Dieu! que ce précepte est près de moi ! fais-le donc ; accomplis-le dans ce moment, ô cœur humain ! 11 est vrai que pour l'accomplir j'ai besoin de vous, ô Dieu vivant, qui êtes le seul moteur des cœurs, qui seul y inspirez votre saint amour! Mais, ô Dieu! vous êtes présent, plus présent à moi-même que moimême. O Dieu ! que ce précepte est encore proche de moi par cet endroit-là! Qu'attends-tu donc, ô mon amc ? Mon arne, bénis le Seigneur : et que tout ce qui est en moi célèbre son saint nom (~\.. O
(0 Dcul. \\x. ii, la, t3, 14. — {*) Ps. Cii. 1.
Seigneur, qui êtes ma force, je vous aimerai (1). Mais, ô Seigneur! pourquoi dire, je vous aimerai? Disons dès à présent, je vous aime. 0 que ce précepte est proche de moi ! Mais, ô Dieu, qu'il est loin de moi d'une autre manière : et quelle est ma maladie ! Mais nous n'en sommes pas encore là : nous avons à lire le précepte, ainsi qu'il est écrit dans la loi. Lisons, mais lisons du cœur, et non des yeux.