‹ Méditations sur l'ÉvangileChapitre 16 sur 71 · LIV JOUR · texte numérisé non relu

LIV JOUR

Jésus-Christ, Médiateur : Dieu : Roi : Pontife. Matth. xxii. 41, 44.

Ouoique ce qui étoit dû à Jésus-Christ fut compris dans le précepte de l'amour de Dieu, puisqu'il est un même Dieu avec son Père et le Saint-Esprit, néanmoins il nous falloit encore expliquer ce qui étoit dû à Jésus-Christ, en tant que Christ, médiateur

!,)Joan. x\. 17. — ■ Rom. vin. i5. Gui iv. <>'.

et lien de l'amour de Dieu envers nous, et de nous envers Dieu; et c'est ce qu'il fait encore avant que de mourir, de la manière la plus authentique qu'on pût souhaiter; puisque c'est en nous expliquant la plus célèbre prophétie du règne du Christ, publiée par la bouche de David qui en devoit être le père.

Puisqu'une des qualités par laquelle le Christ devoit être le plus connu, éloit celle de fils de David, il étoit beau que ce fût David qui nous apprît à leconnoître.

Qu'il est beau que le Christ ait été vu de ses pères! d'Abraham, qui a vu son jour, et qui s'en est réjoui (l) : de David, qui, ravi de ses grandeurs, quoiqu'il dût être son fils, Vcwoit appelé son Seigneur CZK

Comme en Abraham étoient données les promesses de la multiplication des fidèles de Jésus- Christ, en David étoient données celles de son empire éternel. Puisque Dieu lui avoit promis en David, un trône qui dureroit plus que le soleil et la lune (3), il étoit beau que David, à qui ce trône étoit promis en figure de Jésus-Christ, fût le premier à reconnoître son empire, en l'appelant son Seigneur. Le Seigneur a dit à mon Seigneur (4). Comme s'il eût dit : En apparence c'est à moi à qui Dieu promet un empire qui n'aura point de fin : mais en vérité, c'est à vous, ô mon Fils, qui êtes aussi mon Seigneur, qu'il est donné; et je viens en esprit le premier de tous vos sujets, vous rendre

(i) Joan. vm. r>6. — M Ps, cix. i. — (*) Ps, r.xKxvin. 38. — (4) Ps. cix. i.

sur l'évangile. 279

hommage dans votre trône, à la droite de votre Père comme à mon souverain Seigneur. C'est pourquoi il ne dit pas en général : Le Seigneur a dit au Seigneur ; mais, à mon Seigneur.

S'il est le fils de David, comment l' appelle- t-il son Seigneur (l)? Il vouloit par là leur faire lever les yeux à une plus haute naissance de Jésus-Christ, selon laquelle il n'est pas Fils de David, mais Fils unique de Dieu : et ils n'avoient qu'à continuer le psaume, pour trouver cette naissance éternelle, puisque Dieu même parle ainsi dans la suite : Je vous ai engendré de mon sein devant F aurore, dans les splendeurs des saints (2).

Devant l'aurore : devant que cette lumière qui se couche, et qui se lève tous les jours, eût commencé à paroître, il y avoit une lumière éternelle qui fait la félicité des saints : c'est dans cette lumière éternelle que je vous ai engendré.

Je vous adore, ô Jésus, mon Seigneur ! dans cette immense et éternelle lumière. Je vous adore comme la lumière qui illumine tout homme venant au momie 3j : Dieu de Dieu : lumière de lumière; vrai Dieu de vrai Dieu.

Quelle joie de voir Jésus-Christ nous expliquant lui-même les prophéties qui le regardent ; et nous apprenant par là, comme il faut entendre toutes les autres !

Tout ce que nous devons à Jésus-Christ nous est montré dans ce psaume. Nous le voyons premièrement comme Dieu; et nous disons : C'est ici notre Dieu, et il n'y en a point d'autre. Car s'il

1 Halth. XXII. [\\. — Ps. 'in. 3. — ,N Joan. f . g.

est engendré, il est Fils : s'il est Fiis, il est de même nature que son Père ; s'il est de môme nature que son Père, il est Dieu, et un seul Dieu avec son Père : car rien n'est plus de la nature de Dieu que son unité.

Il est roi. Je le vois en esprit assis dans un trône. Où est ce trône ? A la droite de Dieu : le pouvoiton placer en plus haut lieu? Tout relève de ce trône : tout ce qui relève de Dieu et de l'empire du ciel, y est soumis : voilà son empire.

Mais cet empire est sacré ; c'est un sacerdoce, et un sacerdoce établi avec serment; ce qui n'avoit jamais été. Dieu voulant, par une déclaration plus particulière de sa volonté, nous marquer la singularité de ce sacerdoce : Dieu Jure, et il ne s'en repentira jamais. Il n'y aura point de changement à cette promesse : le sacerdoce de Jésus-Christ est éternel : Fous êtes pontife à jamais selon l'ordre de Melehisédech (I). Vous n'avez ni commencement ni fin : ce n'est point un sacerdoce qui vienne de vos ancêtres, ni qui doive passer à vos descendans. Votre sacerdoce ne passe point en d'autres mains : il y aura sous vous des sacrificateurs et des prêtres ; mais qui seront vos vicaires, et non point vos successeurs. Vous célébrez pour nous un office et une fête éternellement, à la droite de votre Père. Vous lui montrez sans cesse les cicatrices des plaies qui l'apaisent, et nous sauvent. Vous lui offrez nos prières ; vous intercédez pour nos fautes ; vous nous bénissez, vous nous consacrez. Du plus haut des cieux vous baptisez vos enfans ; vous changez

(0 Ps. Cix. 4. Htb. v. C>. vu :-..

SLR l'évangile. 284

des dons terrestres en votre corps et en votre sang ; vous remettez les péchés ; vous envoyez votre Saint- Esprit; vous consacrez vos ministres; vous faites tout ce qu'ils font en votre nom. Quand nous naissons, vous nous lavez d'une eau céleste ; quand nous mourons, vous nous soutenez par une onction confortative : nos maux deviennent des remèdes, et notre mort un passage à la véritable vie. 0 Dieu ! ô Roi! ô Pontife! je m'unis à vous en toutes ces augustes qualités; je me soumets à votre divinité, à votre empire, à votre sacerdoce, que j'honorerai humblement et avec foi, dans la personne de ceux par qui il vous plaît de l'exercer sur la terre.

Tous vos ennemis, ô mon Roi ! doivent être l'escabeau de vos pieds (1). Ils seront réduits; ils seront vaincus; ils seront forcés à baiser vos pas, et la poussière où vous aurez marché. Qu'attendonsnous? Mettons-nous volontairement sous les pieds de ce roi vainqueur, de peur qu'on ne nous y mette par force; de peur qu'il ne dise du haut de son trône : Pour ceux qui n'ont pas voulu que je régnasse sur eux, qu'on les fasse mourir à mes yeux ('-;; devant ma vérité; devant ma justice éternelle. Car ce sera leur juste supplice, que la justice et la vérité les condamneront à jamais : et ce sera la mort éternelle.

Asseyez-vous en attendant dans votre tronc, ù Roi de gloire ! jusqu'il ce que le temps vienne de mettre tous vos ennemis à vos pieds (5) ; c'est-à-dire, demeurez dans le ciel, jusqu'à ce que vous en veniez

f«) Ps cix. i /. Cor. xv. a5. Heb. i. i3. x. i3. — M Luc. xi\. -.27. — Pu <i\ 1. /. (or xv. j.5.

encore une fois, pour juger les vivans et les morts. C'est précisément ce que nous disons tous les jours dans le symbole : // est assis à la droite de Dieu ; d'où il viendra Juger les vivans et les morts. Alors donc il en sortira pour les venir juger. Mais il retournera bientôt prendre sa place avec tous les prédestinés qui ne feront qu'un avec lui,- et il donnera à Dieu ce royaume entier, tout le peuple sauvé ; c'est-à-dire, le chef et les membres : Et Dieu sera tout en tous (l).

En attendant, il ne laissera pas d'exercer son empire sur la terre : il brisera la tête des rois : un Néron, un Domitien attaqueront son Eglise; mais il brisera leur tête superbe. Un Dioclétien, un Maximien, un Galère, un Maximin tourmenteront les fidèles : mais il les dégradera, il les perdra, il les frappera d'une plaie irrémédiable, comme il fit un Antiochus. Un Julien l'Apostat lui déclarera la guerre; mais il périra d'une main inconnue, peutêtre par celle d'un ange, certainement par un coup ordonné de Dieu. Tremblez donc, ô rois, ennemis de son Eglise ! Mais vous, petit troupeau, ne craignez rien (2) : votre Roi mettra à ses pieds tous vos ennemis, fussent-ils les plus puissans de tous les rois.

// boira du torrent dans la voie. Il boira lf calice de sa passion, mais ensuite il élèvera la téte^\ Buvons avec lui les afflictions, les mortifications, les humiliations, la pénitence, la pauvreté, les maladies. Buvons de ce torrent avec courage : que ce torrent ne nous entraîne pas, ne nous abatte pas, ne nous abîme pas, comme le reste des hommes.

(*) /. Cor. xv. 28. — *] Luc xii. 3î. — (s) Ps. cix. 7.

sur l'évangile. 283

Alors nous lèverons la tête : les têtes orgueilleuses seront brisées; nous le venons de voir : mais les têtes humiliées par un abaissement volontaire seront exaltées avec Jésus-Chrisi.

Et personne ri osa l'interroger ,,). Aveugles; parce que la lumière venoit trop claire à leurs yeux, ils n'osoient plus l'interroger. 11 falloit l'interroger, non par un esprit superbe et contentieux, mais pour être instruit. Venez donc; interrogez; profitez du temps; il ne sera plus guère avec vous. La lumière n'est plus avec vous que pour peu de temps : Marchez, interrogez, pendant que vous avez la lumière, de peur que les ténèbres ne vous environnent: celui qui est dans les ténèbres ne sait où il va (2).

Mais nous, pour qui Jésus-Christ ne s'en va pas, ne cessons de l'interroger, et de consulter sa vérité éternelle, pour le connoître, et pour nous connoître. Approchons-nous de lui et soyons illuminés^ : fussions- nous dans les ombres de la mort, écoutons l'Apôtre, qui nous dit : O vous qui dormez parmi les morts] sortez de votre tombeau, et Jésus-Christ vous éclairera ^}. Amen, Amen.

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