‹ Méditations sur l'ÉvangileChapitre 17 sur 71 · LUI6 JOUR · texte numérisé non relu

LUI6 JOUR

Chaire de Moïse : Chaire de Jésus-Christ et des apôtres. Matth. xxm. 1,2, 3.

Après avoir confondu les pharisiens et les docteurs de la loi par ses réponses, il commence à

{*) Matth. xxu. 45- — M Joan. xn 35. — ?) Ps. xxxm. fi- — (4) Ephes. v. i^.

découvrir au peuple leur hypocrisie, pour deux raisons. La première, afin que le peuple fût prémuni contre leurs artifices, puisque ce devoit être là le plus grand obstacle à leur foi. La seconde, pour l'instruction des maîtres et des docteurs de l'Eglise, afin qu'ils évitassent soigneusement cette hypocrisie pharisaïque, qui avoit fait une si grande opposition à l'Evangile, et avoit mis à la fin le Fils de Dieu sur la croix. Le Sauveur ne devoit pas sortir de ce monde, sans y laisser une instruction si essentielle.

Alors donc, après avoir confondu tous les docteurs de la loi et les pharisiens, Jésus s'adressa aux troupes que ces hypocrites séduisoient, afin de les détromper ; et à ses disciples, de peur qu'ils n'en suivissent un jour les mauvais exemples; et leur parla en cette sorte : Les docteurs de la loi et les pharisiens sont assis sur la chaire de Moïse ^ : et le reste, où il fait trois choses : 1. il établit leur autorité; 2. il en déclare l'abus; 3. il en prédit le châtiment.

Arrêtons-nous ici, et préparons-nous seulement à bien profiter du discours de notre Seigneur, en sorte que nous soyons véritablement purgés du pharisaïsme; conformément à cette parole du Sauveur : Donnez-vous de garde du levain des pharisiens, qui est l'hypocrisie m. Hélas! hélas! qu'il n'est que trop passé de ce levain jusqu'à nous! Nous Talions voir.

Jésus-Christ parle aux troupes et à ses disciples, au peuple et aux docteurs. Que chacun soit

(') Mallh, XXIII. '.! , 3. — » Mallh. xvi. O. Luc. xn, i.

sur l'évangile. 285

attentif, et prenne ee qui lui convient dans cette instruction.

La première chose qui est à observer dans le sermon de notre Seigneur, c'est qu'ayant à découvrir les abus et les corruptions qui étoient en vogue dans la synagogue et dans ses docteurs, il commence par établir l'autorité de leur ministère, de la manière du monde la plus forte. Car autrement, en reprenant ies abus, on en introduiroit un plus grand que tous les autres, qui seroit de se retirer de la société, et de mépriser le ministère qui est de Dieu, à cause des vices de ceux qui l'exercent. Le docteur du genre humain ne vouloit pas sortir du monde sans établir ce fondement, qui est le remède à tous les schismes futurs : et on ne peut pas l'établir avec plus de force.

Les docteurs de la loi et les pharisiens sont assis sur la chaire de Moïse (I). Assis pour enseigner : ils en ont l'autorité. Sur la chaire de Moïse. Il n'y avoit rien de plus grand pour l'ancien peuple, que d'être assis sur la chaire du législateur : de celui que Dieu avoit établi alors, pour être le médiateur entre lui et son peuple, comme l'appelle saint Paul 2;. C'est sur cette chaire que sont assis les docleurs de la loi et les pharisiens : ils représentent ces soixante-dix sénateurs qui partagèrent l'esprit de Moïse, pour juger le peuple.

Après avoir établi leur autorité sur celle de Moïse, il conclut : Gardez donc, et faites tout ce quils vous diront :,). Il attribue clairement à la synagogue une vérité infaillible; en sorte qu'il falloit tenir pour

i Vfatlh. xxiii. ■?.. — M Gai. ni. 19. — '3) Matth. zsni. 3.

certain tout ce qui avoit passé en dogme constant de la synagogue. Car il ne donne à personne le droit déjuger au-dessus d'elle; et le partage du peuple est l'obéissance : Gardez et faites.

Songeons donc à l'autorité que doivent avoir les docteurs de l'Eglise chrétienne ; puisqu'ils sont assis, non pas sur la chaire de Moïse, mais sur celle de Jésus-Christ, et des apôtres (1); et qu'ils y sont établis avec une promesse bien plus authentique, que les docteurs de la synagogue, puisque la synagogue devoit passer, et n'avoit que des promesses temporelles : au lieu qu'il a été dit à l'Eglise : Je suis avec vous jusqu'à la fin des siècles ^K

Gardez donc, et faites ce qu'ils vous diront. Mais parce que l'assistance qui leur est promise pour bien enseigner en corps, n'empêche pas la corruption qui peut être dans les mœurs des particuliers, et même la plupart, il ajoute : Mais ne faites pas selon leurs oeuvres : car ils disent et ne font pas (3). Prenez donc bien garde à vos docteurs. Ils n'oseront vous décider que ce qui a passé en dogme certain de la synagogue; et s'ils ne le font, ils seront redressés par l'autorité de la chaire, par toute l'unité de la synagogue. Mais la discipline pourra être si corrompue, qu'on ne réprimera pas les mauvaises mœurs ; l'avarice, l'hypocrisie, les conduites particulières de ceux qui chercheront leur intérêt, sous couleur de religion. Ainsi, en faisant ce qu'ils disent, ne faites pas ce qu'ils font : Et prenez garde, comme disoit saint Augustin, qu'en cueillant la bonne doctrine comme une fleur parmi les épines, vous

(') Ephes. u. ao. — (*) Kfatth. xxviu. 20. — (3) Ibitl. xxm. 3.

sur l'évangile. 287

ne vous /dissiez écorcher la main par le mauvais exemple (,).

Voilà l'abrégé de l'instruction du Sauveur. Il s'expliquera davantage dans la suite. Arrêtons-nous ici, et considérons la merveilleuse conduite de Dieu, qui gouvernera tellement le corps des docteurs, qu'ils soutiendront les saintes maximes plus qu'ils ne les pratiqueront; et qu'ils ne passeront pas leur corruption en dogme : le dogme ayant par luimême une racine si forte, qu'il se soutient comme de soi.

Jésus-Christ nous prémunit donc contre les scandales qui ne seront jamais plus grands, que lorsqu'on les verra dans les docteurs et dans les pasteurs. Et il veut que nous apprenions à honorer le ministère, même dans des mains indignes : parce que l'indignité des ministres est de leur fait particulier; et le ministère est de Dieu.

LIVe JOUR.

L'autorité de la synagogue reconnue et recommandée par Jésus-Christ dans le temps même qu'elle conjure contre lui. Ibid.

Il y a ici quelque chose d'étonnant : car Jésus- Christ savoit bien que la synagogue lalloit condamner dans trois jours, lorsque le conseil assemblé chez le souverain Pontife, décideroit : Il est coupable

■ Serm. \lvi. in F.zecli. n. 2.'. et Scr/n. r.xwvn. Je verb. Ev. Jo.tn. n. i3.

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