XCVIII6 JOUR
Jérémie figure de Jésus-Christ. Prédictions de ce prophète.
Lequel des prophètes vos pères n'ont-ils point persécuté (3)? Un de ceux qu'ils ont le plus persécutés, pour leur avoir dit la vérité, et qui par là s'est rendu une des plus illustres figures de Jésus-Christ, continuellement persécuté pour le même sujet, c'est le prophète Jérémie.
C'a été un des plus saints hommes de l'ancienne loi. C'est le seul de tous les prophètes dont il est écrit : Je t'ai connu avant que de £ avoir formé dans le sein de ta mère, et. avant que tu en sortisses, je t'ai sanctifié (i). Une sainteté avancée dans ce prophète, a été une des figures les plus excellentes de
0) Matth. nxv. \l\6. — W tbitl. xxvi. i. — M Ait. vu. 5-1. — (4) Jerem. i. 5.
sur l'évangile. 409
celle du Saint des saints : mais comme Dieu vouloit donner à Jérémie une grande part à la sainteté de Jésus-Christ, il lui en a donné une très-grande à ses persécutions et à sa croix.
Dieu avoit choisi Jérémie pour annoncer à son peuple deux terribles vérités : l'une, que la cité sainte et le temple même alloient être détruits et réduits en cendre par l'armée de Nabuchodonosor : l'autre, que le seul moyen qui restoit au peuple, aux princes, au roi même, d'éviter le dernier coup, étoit de se soumettre volontairement à ce roi , que Dieu avoit choisi pour son vengeur : en sorte qu'il ne vouloit pas qu'on lui résistât, mais qu'on subit volontairement le joug, que Dieu avoit mis entre ses mains pour l'imposer au roi de Judée, et à tout son peuple. Jérémie, par ordre de Dieu, annonçoit ces vérités: Quoi, je ne visiterai pas les iniquités de ce peuple, dit le Seigneur? Je ferai de Jérusalem un monceau de sable , la retraite des serpens; et les villes de Juda seront désolées, et sans habitans (l). Voici ce que dit le Seigneur, s'écrie-t-il en un autre endroit (2) : J'amènerai sur cette ville des maux horribles, en sorte que tous ceux qui les écouteront, leurs oreilles leur tinteront d'étonnement et de frayeur. Elle sera un sujet d étonnement, de dérision et de sifflement à toute la terre : et tu briseras en leur présence un pot de terre; et tu diras : Ainsi je briserai mon peuple, et je mettrai cette ville en pièces, comme on y met un pot de terre : ce ne sera pas comme on brise un vaisseau d'or, ou d'étain, ou de quelque autre inétal , qu'on peut refondre et ressouder :
(■) Jcn m. ix, .), h. — \ Ibul. xix. 3, 8, ior 1 1.
mais ce sera comme on casse, et on met en pièces un pot de terre, qu'on ne peut plus raccommoder : et ils seront ensevelis dans Tophet, lieu abominable, parce que toute la ville sera ruinée, et les environs seront remplis de ses ruines; et Une restera pour les ensevelir que cette exécrable vallée, infâme à jamais par les sacrifices impies qu'y ont offerts les Israélites, en brûlant leurs fils et leurs filles k Moloch : Ainsi je ferai à cette ville , et à tous ses habitans : elle sera déserte et abominable, comme Tophet. Et pour ce qui regardoit le temple : Ne vous fiez point, disoit-il (l), en ces paroles de mensonge, en disant : Le temple du Seigneur, le temple du Seigneur, le temple du Seigneur : comme si la sainteté de ce temple étoit capable de vous sauver seule : car je ferai à cette maison, en laquelle mon nom a été invoqué, comme j'ai fait à Silo , ancienne demeure de V arche que f ai détruite et rejetée. Et le Seigneur dit encore à Jérémie (2) : Fa-t'en à l'entrée de la maison du Seigneur : car c'est là que je veux que tu en annonces la ruine : et tu leur diras : Je ferai que cette maison sera comme Silo, un lieu désert et abandonné ; et je ferai que cette ville sera en malédiction a tous les habitans de la terre.
Il n'épargnoit pas les rois. Voici ce que dit le Seigneur à Joachim , fils de Josias , roi de Juda : On ne pleurera point à sa sépulture : et ses sœurs ne diront pas : Hélas! mon frère : ni elles ne se plaindront les unes les autres, en disant: Hélas ! ma sœur : on ne criera point en pleurant : Hélas} Prince : hélas ! Seigneur. Il sera enseveli de la
(0 Jerem. vu. /j, 12, 14. — {*) Ibid. xxvi. 2,6.
sur l'évangile. 411
sépulture d'un âne; il est pourri, et on fa jeté hors des portes de Jérusalem. Son fils ne sera pas plus heureux. Quand Jéchonias, fds de Joac/um, roi de Juda, seroit comme un anneau dans ma main droite, je feu arracherai, dit le Seigneur : Je te livrerai entre les mains du roi de Babjlone ; et je t'enverrai, toi et ta mère qui fa porté dans ses entrailles, dans une terre étrangère, et vous j mourrez. Terre, terre, terre, écoute la parole du Seigneur : Voici ce que dit le Seigneur : Ecris, que cet homme sera stérile et n'aura aucune prospérité durant ses jours : parce qu'encore qu'il doive avoir des enfans, il n'en aura point qui lui succède, ni qui soit assis sur le trône de David M.
Il ne prédisoit pas a Sédécias une plus heureuse destinée. Voici ce qu'a dit le Seigneur au Roi qui est assis sur le trône de David, et à tout le peuple : Je vous enverrai le glaive, et la j aminé, et la peste : et vous serez en étonnement, en sifflement, et en horreur à tous les peuples du monde (3). Sédécias roi de Juda n'évitent pas les mains des Chaldéens, et du roi de IlahyloneÇù) , et le reste qu'il prophétisa publiquement, et en présence du roi, durant que la ville étoit assiégée (4).
Jérérai^ étoit devenu odieux aux rois, aux sacrificateurs, aux prophètes et à tout le peuple, à cause qu'il annonçoitecs vérités. Et ce qui les animoit davantage, c'est qu'il leur disoit, que c'étoit à cause de leurs péchés, de leurs idolâtries, de leurs injustices, de leurs violences, de leurs fraudes, de leur
(>) Jercm. xxii. 18, 19, "i\, >5, jG, j<j, \o. — (2 Ibid. x\i\. '6, 18. — (3) Ibid. xxxu. 4- — M Ibid. \xxiv. \, -2,'\.
avarice, de leurs impudicités et de leurs adultères^ de leur endurcissement et de leur impénitence, que tous ces maux leur arriveroient, sans qu'il y eût pour eux aucune ressource. Voici ce que dit le Seigneur: Ne vous trompez pas vous-mêmes y en disant: Les Chaldéens se retireront; car ils reviendront bientôt , et ne se retireront plus : et ils prendront, et ils brûleront cette ville. Et quand vous auriez défait toute leur armée, et taillé en pièces vos ennemis, en sorte qu'il n'y reste qu'un petit nombre de blessés \ ils sortiront de leurs tentes un à un, et ils brûleront cette ville (1). La seule ressource qu'il leur annonçoit, étoit de se rendre aux ennemis : Tu diras à ce peuple : Voici ce que dit le Seigneur : Je mets devant vous la voie de la vie et la voie de la mort : celui qui demeurera en cette ville, mourra de l'épée, de la famine, et de la peste; mais celui qui en sortira, et se rendra aux Chaldéens qui vous assiègent, vivra : et son ame lui sera comme une dépouille qu'il aura sauvée des mains des ennemis : car f ai mis ma face contre cette ville en mal, et non pas en bien ; et il faut quelle soit livrée au roi de Babjlone, et qu'il la consume par le feu (9) : ce qu'il répéta encore à Sédécias (3).
(•) Je rem. xxxvn. 8,9. — (») Ibid. xxi. S, 9, 10. — (*) lbid. xxxYiii. 17, 18 etsuiv.
XCIXe JOUR.
Les souffrances de Jérémie.
Telles étoient les dures vérités que Dieu mettoit en la bouche du prophète Jérémie; et ce qu'il souffrit à ce sujet pendant quarante-cinq ans que dura son ministère, est inouï. Il a voit à souffrir mille indignités qui lui faisoient dire : J'ai été en dérision à tout, mon peuple, le sujet de leurs chansons tout le long du jour, et Tobjet de leur moquerie. Il ma rempli d'amertume ; il ma enivré dabsynthe. Je ne cannois plus le repos : j'ai oublié tous les biens. On en venoit jusqu'aux coups : et il disoit : Le solitaire s' asseyera, et se taira: il baisera la. terre, et mettra sa bouche dans la poudre , pour voir s'il lui restera quelque espérance d'être écouté dans ses prières. // livrera sa joue aux coups : il sera rassasié d'opprobres. On voit dans ce dernier trait une image expresse du Fils de Dieu. Et un peu après : O Seigneur, vous m'avez mis au milieu du peuple comme un arbre déraciné, comme le mépris de tous les hommes : Tous mes ennemis ont ouvert impunément la bouche contre moi (l). Ce fut dans sa patrie, dans la ville d'Anathoth, ville sainte et sacerdotale, qu'il eut le plus à souffrir de ses citoyens, et des sacrificateurs ses compagnons. On y conspira contre sa vie. El fétois, dit-il, comme un agneau innocent et doux qu'on porte au sacrifice :
l») Lament. ni. 14, iJ, 17, 28, ag, 3o, ^5, ^6.
et je ne savois pas ce qu'ils machinaient contre moi, en disant : Mettons dans son pain un bois empoisonné : effaçons-le du nombre des vivons, et qu'on ne parle plus de lui sur la terre. Et ils lui disoient : Ne prophétisez plus au nom du Seigneur, si vous ne voulez mourir entre nos mains. Mais il fallut obéir à Dieu : et il prophétisa contre Anathoth, d'une manière terrible : Je visiterai les habitans d' Anathoth : leurs jeunes gens mourront de l'épée, dit le Seigneur des armées : leurs jeunes en/ans et leurs filles mourront de faim et de peste; et il ne restera rien de cette ville; j'amènerai tout le mal sur Anathoth, et l'an de sa visite sera plein d'effroi (I>.
Ainsi en arriva- t-il à notre Sauveur dans Nazareth. Une pouvoity faire beaucoup de miracles, à cause de leur incrédulité : car ils se disoient Vun à l'autre : N'est-ce pas là ce charpentier fils de Marie, frère de Jacques et de Jean? Et n'avons-nous pas ses sœurs parmi nous? Et ils le méprisèrent (2). Il éprouva, comme Jérémie, la vérité de ce proverbe : Le prophète n'est point reçu dans sa patrie. Il s'en plaignit. Et ses citoyens remplis de colère le Gainèrent hors de leur ville, au plus haut de la montagne où leur ville étoit bâtie, pour le précipiter du haut en bas (3}.
Ce n'étoit pas seulement ses concitoyens qui machinoient contre lui, à cause de ses prophéties : tous les peuples s'encourageoient à le perdre, et ils se disoient les uns aux autres : Venez, entreprenons contre
i})Jerem. xxi. 19, 21, 2*, 23. — (») Marc. vi. 3, 4, 5. — ,3) Luc. iv. 24, 28, 29.
sur l'évangile. 445
Jérémie : il n'est pas le seul prophète, ni le seul sacrificateur, ni le seul sage : venez, frappons-le avec la langue, et ne prenons pas garde à tous ses discours. Fous savez, Seigneur, tout ce qu'ils ont entrepris contre ma vie: ils creusoient des abîmes sous mes pieds; partout ils me tendoient des pièges (I). Ses meilleurs amis, qui sembloient le garder, entroient dans ces pernicieux conseils : tous ne songeoient qu'à le tromper, et à se venger de lui (2), parce qu'il leur prophétisoit des malheurs. Ainsi à chaque pas du Sauveur, il trouvoit des entreprises contre sa personne. On l'appeloit démoniaque, imposteur : on le chargeoit de toute sorte d'injures, pour animer contre lui la haine publique : et par deux fois en très-peu de jours, on leva des pierres pour le lapider : ses frères même ne croyoient pas en lui (3) : et il fut livré par un de ses disciples.
Cc JOUR.
Jérémie persécute par ses disciples. Autorité publique.
Venons à ce que souffrit Jérémie, non plus seulement par de secrets complots, mais par l'autorité publique. Phassur, sacrificateur, fils liEmmer, qui était prince dans la maison du Seigneur, entendit les discours de Jérémie : et il frappa ci 7, prophète, comme le prince des prêtres fit frapper le visage de saint
(0 Jcrem. xvm. 18, M, ?3. — '*) Ibid. xx. 10. — 0) Joan. vm. 69. x. 3i.
Paul : et il mit Jérémie dans les- entraves: et il l'en tira le matin (l) : et le prophète, qu'il avoit injustement maltraité, lui annonça sa destinée, et celle de tout le peuple. Une autre fois, comme Jérémie venoit de prophétiser la ruine du temple devant le temple même, les sacrificateurs et les prophètes, et tout le peuple se saisirent de lui : et ils disoient tous ensemble : Il faut qu'il meure : et ils le déférèrent aux princes de la maison de Juda, en disant : Cet homme doit être condamné à mort, parce qu'il a prophétisé contre cette ville, et contre le temple, et quil a dit que le Seigneur enferoit comme de Silo <2\ Jésus fut accusé du même crime (:) : on lui imputoit d'être le destructeur du temple : les sacrificateurs étoient à la tête de ses ennemis; et comme un autre Phassur, Anne et Caïphe les souverains sacrificateurs le persécutoient, et prophétisèrent contre lui : Vous ne savez rien, dit Caïphe; et vous ne pensez pas quil faut qu'un homme meure pour tout le peuple ret que la nation ne périsse pas (4) : et les sacrificateurs et les docteurs de la loi prononcèrent l'un après l'autre, comme ils avoient fait autrefois contre Jérémie : Cet homme est coupable de mort (5). Mais Dieu ne vouloit pas que Jérémie mourût selon leurs désirs; et la sentence des pontifes contre Jésus-Christ fut exécutée.
Jérémie fut fait prisonnier du temps du roi Joachim, à cause de ses prophéties : Mais, comme dit saint Paul, la parole de Dieu n'est point liée. L'ordre
(«)«7erl«. xx. i, 2, 3. — CO Ibid. xxxi. 2, G, 7, S, f), II. — (») Mauh. xxvi. 57, 5p, 6(. — (4) Joan. xi. 47, 49» 5o. — t5J Ibid. xyin. i3, i4- Matth. xxvi. 66.
de Dieu vint à ce prophète d'écrire au roi Joachim , ce qu'il avoit prophétisé de vive voix : il manda Baruc, fils cleNérias : et il lui dicta cequidevoit arriver au roi et au peuple; puis il lui dit : Je suis prisonnier, et je ne puis entrer dans la maison du Seigneur. Allez -y donc, et lisez au peuple, au jour de jeûne solennel, les paroles de Dieu que vous venez d'ouïr de ma bouche : et le discours fut porté au roi, et un secrétaire le mit en pièces, et le roi le fit brûler : et Jérémie dicta de nouveau tout ce qui étoit contenu dedans, et ajouta beaucoup d'autres choses encore plus terribles ri). Jérémie fut fidèle à Dieu, et continua à annoncer constamment sa parole.
CIe JOUR.
Jérémie dans le cachot ténébreux.
Après que le saint prophète eut été mis en liberté, il alloitdans la terre de Benjamin pour quelques affaires, comme Dieu le lui avoit ordonné : et comme il avoit prophétisé qu'il n'y avoit de salut que de se rendre au roi de Babylone qui assiégeoit Jérusalem , on le soupçonna de s'y aller rendre lui-même, et il répondit : // n est pas vrai : je ne vais pas me livrer auxChaldéens : car il falloit que cela se fit par autorité publique, et que le roi lui-même en donnât l'ordre. On ne voulut pas croire le saint prophète : et les princes, après l'avoir fait battre de verges, le
i Jerem, jcxxvi. i. \. Ç, 6, S. i5, ai, 33, n%, ii.
BOSSUOT. IX. 27
jetèrent dans le cachot (l) noir et profond, dont le fond étoit de la boue. Jérémie y fut descendu avec des cordes, et on l'y laissa long-temps, afin qu'il y mourût : car il n'y avoit plus de pain dans la ville : et on le laissoit mourir de faim ; et les princes dirent au roi : Nous vous prions que cet homme meure : car il abat le courage de ce gui reste dans cette ville de gens courageux, en disant qu'il faut se rendre (*2). Le voilà donc accusé de crime d'état par les seigneurs : et le roi acquiesça à leur sentiment ; mais Dieu lui changea le cœur, et trente hommes tirèrent Jérémie du lac de boue par son ordre.
Lorsque le prophète fut jeté dans le cachot ténébreux, il fit cette lamentation : Je vois maintenant toute ma misère, et je sens la, verge de la colère de Dieu dont il me frappe. Il ma éloigné de la lumière : il ma jeté dans les ténèbres Ma peau
s' est desséchée : ma chair est sans suc; mes os sont rompus. Un épais bâtiment me serre. Je suis environné de fiel et de travail. Il ma mis dans les ténèbres, comme les morts qui ne sortiront jamais de
leur cercueil. Je suis resserré de tous côtés mes
entraves sont appesanties Te suis enfermé dans
un cachot de pierres taillées, et il n'y a point de
sortie On ne me donne que du pain rempli de
pierres. Je ne suis nourri que de cendre et de poussière Je suis enfoncé dans le lac, et on a mis
sur moi une pierre : les eaux d'un lieu si humide sont tombées sur moi; j'ai dit : Je suis perdu (3).
(0 Jerem. xxxvn. 4, n, 12, i3, \!\, i5. — [*) lbid. xxv vin. •>, 5, 6, 9, 10. — (J) Lament. ni. i, 2, 4, 5, 6, 7, 9, 16, 53, 54-
çiy jour.
Jérémie figure de Jésus-Christ par sa patience.
Telles furent les souffrances de Jérémie, pour avoir dit la vérité : c'est ainsi qu'il porta les traits de celles du Sauveur, qui, comme lui, fut accusé d'être un séducteur, et de soulever le peuple contre l'empereur, et contre l'empire : en sorte qu'il falloit le perdre comme un séditieux, et comme ennemi du prince. Jérémie eut part à cet opprobre du Sauveur. Mais il en est encore plus la digne figure par sa douceur et sa patience, que par les cruautés qu'on exerça sur lui injustement. Lorsque les sacrificateurs et les prophètes, tt le peuple le vouloient traîner à la mort, et crioient avec fureur qu'il le falloit faire mourir, il dit aux princes et au peuple, qui l'alloient juger : Le Seigneur né a envoyé pour prophétiser lotîtes les choses que fui prédites à ce temple et à eelte ville. Muintenunt donc corrigez-vous, et changez vos muuvaises inclinations, et écoutez lu voix du Seigneur votre Dieu; et peut-être que le Seigneur se repentira du mal qu'il a prononcé contre vous. Pour moi je suis entre vos mains ; faites de moi ce qu'il vous plaira; mais sachez et aj>prcnez, que si vous me fuites mourir, vous livrerez un sang innocent contre vous-même, et contre cette ville et ses habituas; car en vérité, le Seigneur ma envoyé a i >QMSt afin de faire entendre toutes ces paroles à vos oreilles l}. Dieu permit qu'il les apaisât par
,') Jercm. ixvi. 1 1, 12, i3, 1^, i5.
des paroles si douces. On y voit une disposition admirable, puisque, par lui-même prêta mourir comme à vivre, il ne craint dans sa mort que les châtimens qu'elle attirera sur tout le peuple : et il dit à Sédécias dans ce même esprit : Que vous ai -je fait? Et quai-je fait à vos serviteurs, et à tout le peuple, que vous m'avez jeté dans le cachot ? Où sont vos prophètes qui vous disoient que le roi de Babylone ne viendroit point? Le voilà à vos portes : et je n'ai fait que vous annoncer ce que Dieu avoit résolu. Ne me renvoyez donc point dans ce lac, de peur que je n'y meure (,) : où il faut suppléer ce qu'il avoit dit ailleurs : et que Dieu ne vous redemande un sang innocent (2). Car pour lui la mort ne le touchoit pas, et surtout après la perte de sa patrie, puisqu'il disoit : Ne plaignez point le morty et ne versez ooint de larmes sur lui; mais pleurez celui qui sort de son pays, parce qu'il ne retournera plus, et ne verra jamais sa terre natale (3).
Un prophète nommé Hananias prêchoit tout le contraire de ce que prêchoit Jérémie, et ne donnoit que deux ans au peuple ; après lesquels on rapporterait à Jérusalem tous les vaisseaux qui avoient été enlevés du temple : et Jérémie entendant ces belles promesses, sans contredire davantage le faux prophète, lui dit devant tous les prêtres et devant le peuple : Ainsi soit-il Hananias ! Que le Seigneur fasse comme vous dites : puissent vos paroles être accomplies plutôt que les miennes : et que nous voyions revenir les vaisseaux sacrés et tous nos frères
(.«) Jercm. xxxvn. 17, 18. — (?) Ibid. xxvi. i5. — (3) Ibid.
sur l'évangile. 421
qui ont été transportes à Babjlone. Mais écoutez ces paroles que je vous annonce, et à tout le peuple : Les pmphètes qui ont été avant vous et avant moi, n ont été reconnus pour tels, que quand leur prédiction a été accomplie : et alors on a vu qui étoit celui que le Seigneur cwoit envoyé en vérité. Et en même temps Hananias ôta du col de Jérémie la chaîne de bois que ce prophète y avoit mise par ordre de Dieu, en figure de la captivité future de plusieurs peuples : et Hananias la mit en pièces, et il dit : Ainsi Dieu brisera dans deux ans le joug que ISabucliodonosor, roi de Habylone, a imposé à tous les peuples : et Jérémie, sans rien répliquer, se retirait tranquillement : mais la parole du Seigneur lui fut adressée, et il lui fut dit : l'a, et tu
diras à Harunias Ecoute, Hananias : le Seigneur
ne t'a pas envoyé : et tu as donné à ce peuple une confiance trompeuse. Pour cela, voici ce que dit le Seigneur Je t'ôterai de dessus la trrre : tu mourras dans fan, pa? ce que tu as parlé contre le Seigneur. ht le prophète Hananias mourut dans Van au septième mois (1). Ainsi Jérémie, toujours patient, et par lui-même prêt à céder à tous ceux qui parloient au nom du Seigneur, ne disoit des choses fortes, que lorsque le Seigneur le faisoit parler, et se montroit tout ensemble le plus doux et le plus ferme de tous les hommes de son temps, en figure de Jésus-Christ qui disoit, lorsqu'on lui donnoit un soufflet : Si fai mal dit, convainquez-moi: si j'ai bien dit, pourquoi me frappez-vous ('2) ? Et ailleurs : Je ne suis point un possédé . mais je glorifie mou ' Jertm, tx\ m ; ii ■ i — Joan »vm iô.
Père (l) ; et encore : Vous cherchez à me tuer, moi qui vous ai dit la vérité : Abraham, dont vous vous vantez d'être les enfans, n'a pas fait ainsi (2). C'est ainsi que, sans armer sa justice, il leur reprochoit leurs sanguinaires desseins : et encore qu'il eût en main la vengeance de leur incrédulité, personne n'a été frappé de mort, comme le fut Hatianias pour avoir contredit Jérémie. Il n'a eu que de la douceur pour ses ennemis; et pour épargner les hommes, il n'a montré la puissance qui lui étoit donnée pour punir, que sur cet arbre qui fut desséché à sa voix ; car il falloit que sa bonté éclatât au-dessUs de celle de Jérémie; et nul homme ne devoit périr à ses )reux, ni à sa parole.
Il est vrai qu'il apprend aux Juifs avec indignation le châtiment inévitable de leur infidélité. Et vous 7 disoit-il (o), accomplissez la mesiuv de vos pères : Serpens, engeance de vipères, comment éviterez-vous la damnation de la gène, c'est-à-dire, l'enfer? Mais tout cela qu'étoit-ce autre chose, que leur prédire leurs malheurs, afin qu'ils les évitassent? Je Vous envoie, disoit-il, des prophètes, et des sa<>es, et des docteurs : WUs en tuen'Z et crucifierez quelques - uns \ vous en flagellerez d'autres, et vous les poursuivrez de ville en lu'lle, jfin que tout le sang innocent tombe sur vous, depuis le sang d'Abel le juste, jusqu'au sang de Zacharie, fils de Barachie, que vous avez fait mourir entre le temple et l'autel (4). N'étoit-ce pas leur faire voir leur perte future ; et cependant, autant qit'fl pouvoit,
(«) Joan. vm. 4p. — (•] thld. $o. — l?) 3Mtti. x*in. Si, 33. — (4) Ibid. 34, 35.
sur l'évangile. 423
épargner leur sang? Ce qui fait même qu'en leur découvrant la tempête qui les menaeoit, il leur montre le sûr asile qu'ils pouvoient trouver sous ses ailes. Jérusalem, Jérusalem , qui jais mourir les prophètes, et qui lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-je voulu rassembler tes en/ans sous mes ailes, comme la poule renferme son nid sous les siennes : et tu n'as pas voulu (1). N'impute donc tes malheurs qu'à toi-même : et si tu veux les éviter, reviens à moi. Il est encore temps, et je suis prêt à te recevoir.
ClIIe JOUR.
Patience de Jérémie dans le cachot.
Mais l'endroit où Jérémie fit le mieux paroître l'image de la douceur et de la patience, qui devoit reluire dans la passion du Sauveur, fut celui où on le mit dans le cachot. Car alors, sans murmurer, sans se plaindre, au milieu de tant de douleurs et de tant d'angoisses, il parla en cette sorte : Mon a/ne a dit : Le Seigneur est mon partage : f attendrai ses miséricordes, sans lesquelles nous serions déjà tous consumés. Le Seigneur est bon à celui qui espère en lui, et à rame qui le cherche : il est bon d'attendre en silence le salut que Dieu envoie. Loin de se plaindre de la longue suite des maux qu'il avoit eu à souffrir : // est bon a l'homme, disoit-il, de
') Mallh xxiii. 37.
porter Le joug, et d'être exercé par les souffrances dès sa jeunesse. Le solitaire s'assejera et demeurera dans le silence : il ne s'agitera pas et ne criera pas dans ses douleurs, parce qu'il lèvera ce joug salutaire et le mettra sur lui-même. Quelque rebuté qu'il se sente par un Dieu qui semble le frapper sans miséricorde, il baisera la terre, et mettant sa bouche dans la poussière, il attendra humblement, s'il j a encore quelque chose ci espérer. Loin de s'irriter contre ses persécuteurs, il donnera sa joue à qui le voudra frapper, et se rassasiera d opprobres (l). C'est ainsi que ce solitaire, cet homme accoutumé à se retirer sous les yeux de Dieu, et à répandre son cœur devant lui, porte en patience les injustes persécutions que lui fait son peuple, et ne se laisse aigrir par aucune injure.
Loin de s'arrêter à la main des hommes, qui, à ne regarder que l'extérieur, semble seule le frapper , il lève les yeux au ciel : El, dit-il, qui est celui qui osera dire, que les maux puissent arriver autrement que par l'ordre du Seigneur ? Et qui dira : Le bien et le mal ne sortent point de la bouche du Très-Haut? Ou pourquoi l'homme murmurerat-ilde ce qui lui est imposé pour ses péchés ? Recherchons nos voies dans le fond de nos consciences, et cherchons le Seigneur, et retournons à lui. Levons nos cœurs et nos mains au ciel vers le Seigneur, et disons-lui : Nous avons péché, et nous avons irrité votre colère ; c'est pour cela que vous êtes inexorable. Vous nous avez couverts de votre fureur :
' f.ameni. ni. aa. i\, 25, a5, 27, 28, 39, 3o.
sur l'évangile. 425
vous nous avez frappés sans miséricorde : et vo//s avez mis un nuage entre vous et nous , pour empêcher notre prière de passer jusqu'à vous {i .
C'est ainsi que ce saint prêtre, à la manière des sacrificateurs infirmes, qui sont eux-mêmes revêtus de foiblesse, prioit pour ses péchés et pour ceux du peuple : laissant au vrai sacrificateur, selon l'ordre de Melchisédech, la gloire de ne prier, et ne gémir que pour les autres. Et pour imiter le gémissement qu'il a fait pour nous à la croix avec un grand cri, et beaucoup de larmes {-> , ce saint prophète, dans ce lac affreux, dans ce cachot plein de boue, où le jour n'entra jamais ; sous cette pierre qui le couvroit par en haut, et au milieu de ces tristes et impénétrables murailles, où il avoitàpeine la liberté de respirer; dans la faim qui le pressoil, prêt à rendre les derniers soupirs, déploroit les calamités de son peuple plus que les siennes (5). Hélas! disoit-il, mes tristes provhéties nous sont devenues un lacet et un ravage inévitable : mon œil a ouvert des canaux sur mon visage, à cause de la ruine de la fille de mon peuple. Mes jeux affligés n'ont cessé de pleurer, et n'ont eu de repos ni nuit ni jour, jusqu'il ce qu'il plaise a Dieu de nous regarder, en pitié du plus haut des deux. Mes regards ont livré mon unie en proie à la douleur, pendant (pie j'ai vu périr toutes les villes sujettes à Jérusalem (4).
C'est ainsi qu'il pleuroit les maux de ce peuple ingrat; de ce peinte qui avoit tant de fois machiné sa mort, et qui l'avoit enfoncé dans le cachot, dans
1 Lament. m. 37, icb. v. 7. — (• Lament. 111. 6. 7 et
le dessein de le faire mourir. Ainsi, au milieu de sa passion, Jésus, traîné au Calvaire par le même peuple, et portant sa croix, se retourna vers celles qui pleuroient ses douleurs, et leur dit : Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi, mais sur vous, et sur vos enfatis (1). Lui-même, en regardant la ville où il devoit être crucifié dans peu de jours, pleura sur elle, en disant : Ah! si tu savois, ville ingrate et malheureuse , ce qui te pouvoit donner la paix : mais ton malheur est cache à tes yeux : viendront les jours, et ils sont proches, que tu seras ruinée de fond en comble, parce que tu lias pas connu le jour où je te venois visiter^. Et enfin : Jérusalem,, Jérusalem, qui fais mourir les prophètes, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfàns, comme une poule rassemble ses petits (5) ? Et le reste que nous venons de réciter.
C'est ainsi que Jésus pleuroit Jérusalem : et il n'a point de plus parfaite figure de ses douleurs, que celles de Jérémie, et ces tristes lamentations, où il a si amèrement déploré la ruine de sa patrie, et pendant qu'il la prédisoit, et après qu'il l'eut vue accomplir, qu'encore aujourd'hui on ne peut refuser des larmes à des chants si lugubres.
Pleurons à cet exemple sur nous-mêmes . pleurons la perte de notre ame ; et tâchons de la réparer, en la déplorant.
(*) Luc. xxiii. 28. — (0 Ibhl. xix. 41, \\. — [3) Maith. xxm. 37.
SUR LEVANGILE.
CIYe JOUR.
Jërémie priant avec larmes pour son peuple qui L'outragé, figure de Je's us- Christ.
Ces larmes de Jérémie étoient une continuelle intercession pour son peuple. Que mes yeux deviennent une fontaine de humes, et ne eessent ni jour ni nuit de verser des pleurs : parée que la fille de mon peuple est affligée d'une très-mauvaise plaie. Si je vas aux ehamps , je ne trouve que des gens passés au fil de l'épée ; et si je rentre dans la ville, je n'y vois que des visages pâles et exténués pat la faim. Est-ce donc, o Seigneur, que vous avez rejeté Juda? ou que vous avez Si on en abomination ? Pourquoi donc les avez - vous frappés , en sorte qu'il n'y reste rien de sain ? Nous avons attendu la paix, et il n y a aucun bien a espérer; nous avons cru que le temps de notre gujérison alloit venir, et. il ne nous a paru que trouble. Seigneur, nous avons connu nos impiétés , et les iniquités de nos peres : nous avons péché contre vous. Toutefois ne nous faites pas Foppixtbre des nations, à cause de votre sa> nt nom : et ne r<>nverscz pas le trône de votre
gloire 1} Si nos iniquités nous répondent, et
s'opposent à la miséricorde que nous vous demandons, faites-la-nous néanmoins, non point pou/1 l'amour de nous , et a cause de nos mérites, mais à cause de votre saint nom qui a été invoqué sur
C1) Jtrtm. xiv. 17, 21.
nous. Car souvenez-vous de l'alliance que vous avez contractée avec nous, et ne la rendez pas inutile. Hélas ! 6 Seigneur, tmuverons-nous un Dieu semblable à vous parmi les peuples ou vous nous dispersez ? Quelqu'une de leurs idoles nous donnerat-elle la pluie ; ou cette eau bienfaisante tomberat-elle du ciel toute seule, et sans votre ordre ? N'étesvous pas le Seigneur notre Dieu, dont nous avons attendu les miséricordes ? C'est vous qui avez fait toutes ces choses (,).
C'est ainsi que Jérémie prioit nuit et jour avec larmes et gémissemens, pour un peuple qui ne cessoit de l'outrager, et de le poursuivre à mort 5 en figure de Jésus-Christ notre grand pontife, qui dans les jours de sa chair, de ses faiblesses, de ses souffrances, de sa vie mortelle, offrant des prières et des supplications à son Père, fut exaucé selon que le méritoit son respect (2) : et qui enfin à la croix , où ce même peuple l'avoit attaché , crioit à son Père : Mon Père, pardonnez-leur ; car ils ne savent ce qu ils font t3).
Dieu lui apprenoit à accomplir le précepte que Jésus-Christ devoit un jour publier : Priez pour ceux qui vous persécutent (4J. Car il disoil : Rend-on ainsi le mal pour le bien puisqu'ils m'ont creusé une fosse pour m'y enterrer, moi qui étois sans cesse occupé du soin de leur bien faire? Souvenez-vous, ô Seigneur ! que f étois toujours devant vous, pour vous demander du bien pour eux, et détourner d'eu.i votre colère (5)? A la vérité, ce discours de Jérémie
00 Jerem. xiv, 7, '2\ ad fin. — [*) Tieb. v. 7. — v-0 Luc. .\xui. 3.'|. — W Malth. v, | j. — .' Jerem. wm. 10.
semble être suivi de terribles imprécations contre ce peuple ; mais on sait que, selon le style des prophètes, cela même, sous la figure d'imprécation, n'est qu'une manière de prédire les malheurs futurs de ces ingrats. Et c'est pourquoi nous voyons le même prophète, quand il eut vu tomber sur eux les maux qu'il leur avoit prédits , loin d'en ressentir de la joie, comme il auroit fait, s'il leur avoit souhaité du mal, fond en larmes à la vue de leur désastre, et finit ses lamentations par cette prière : Souvenez-vous, Seigneur! de ce qui nous est arrivé : regardez -nous : voyez notre honte... Pourquoi nous oubliez-vous à jamais ? Vos délaissemens durerontils encore long-temps? Convertissez-nous à vous, et nous serons convertis, et vous nous pardonnerez : rendez-nous les jours où nous étions si heureux : rétablissez-nous en l'état où nous étions au commencement Mais vous nous avez rejetés, et la colère que vous avez contre nous est extrême ^K
CYe JOUR.
Jérémie excuse au moins son peuple, n'osant prier pour lui.
Il est vrai que Dieu déclaroit à ce saint prophète qu'il ne vouloit plus l'écouter : Cesse de prier pour ne peuple : n'emploie pour eux, ni la prière , ni les cantiques de louange ; et ne f oppose point a mes volontés : car je ne f écouterai pas i] : Et il lui disoit / tment \ i, >o. ai, 17. — ? Jerem. vu. ifi.
encore : Si Moïse et Samuel se /nettoient devant moi; fai ce peuple en exécration. Chasse-le de devant ma face. Et s'ils te demandent : OU irons-nous ? tu leur répondras : A la mort, celui qui doit aller à la mort : A l'épée, celui qui doit être percé par son trancliant : A la captivité, celui qui doit aller en captivité : et que chacun suive son mauvais sort; je ne veux pas l'en tirer. Car, qui aura pitié de toi, ô Jérusalem ? ou qui s'ajfligera pour toi, ou qui ira prie r pour ton repos ? Tu as laissé le Seigneur ton Dieu{l>\ Mais cela môme, que le saint prophète retenoit ses gémisseniens et ses prières, ètoit une espèce de gémissement et de prière cachée : et s'il n'osoit plaindre les malheurs de ce peuple justement puni, il en pleuroit les péchés. Qui remplira, disoitil, ma tête d'eaux, et qui fera couler de mes yeux une fontaine de larmes, afin que je pleure nuit et jour ceux de mon peuple qui ont été tués dans leur iniquité? Car qui pourroit excuser leurs crimes ? qui pourroit demeurer davantage parmi eux? qui me fera trouver dans la solitude une petite cabane, de celles que les voyageurs y bâtissent , pour leur y servir de retraite? et que je laisse mon peuple, et que je me retire d'avec eux? Car ce n'est plus qu'une troupe d'adultères et de prévaricateurs. Leur langue ressemble à un arc tendu, d'où il ne sort q/>e mensonge et calomnie. Ils se fortifient sur la terre, parce qu'ils vont d'un mal à un autre, et soutiennent le crime par un autre crime : ils ne me connoissentplus, dit le Seigneur. Ils se moquent les uns des autres : ds ont appris à leur langue à ajuster un mensonge : ils
(') Jerem. xv. i, 3, J, 6.
sur l'évangile. 434
se sont beaucoup tourmentés ; mais à mal faire. Leur demeure est au milieu de la tromperie (l) : et le reste qui n'est pas moins déplorable.
Mais encore qu'il ne pût dissimuler leur malice, il les excusoit le mieux qu'il pouvoit : et lorsque Dieu, touché de leur rébellion, qui les faisoit soulever contre lui malgré toutes ses menaces, lui défendoit de prier pour eux ; parce que, disoit-il, je les veux perdre, et je ne regarderai ni leurs jeunes, ni leurs prières, ni leurs holocaustes (2) : il leur disoit en tremblant et en bégayant, comme un homme qui n'osoit parler : 7, a, a, Seigneur Dieu : leurs prophètes les séduisent : vous ne verrez, leur disentils, ni la peste, ni la j'amine ; mais vous jouirez d'une véritable paix (0). Il prioit, sans oser prier : il excusoit ces ingrats, et portoit leurs iniquités devant le Seigneur.
Jésus, comme Jérémie, sembloit vouloir s'éloigner des Juifs : Race incrédule et maligne, jusqii 'à quand serai -je avec vous, et vous souffrirai -je (4) ? Mais comme lui, et plus que lui sans comparaison, il conserve toute sa bonté malgré leur malice, et se laisse arracher les grâces, comme il paroît dans le même lieu qu'on vient de voir : Race infidèle, serai-je encore long-tenq>s parmi vous, et contraint de vous supporter? Imencz ici votre fils, que je le guérisse.
1 Jercm. ix. i, 2, 3, 5,6. — ■) llid. \\\ 11, 12. — Ibid \'j. — 4 Mut th. xvn. 16.
CVIe JOUR,
Les Juifs même reconnoissent Jérémie pour leur intercesseur.
Ce peuple ingrat sentit enfin que Jérémie lui éloit donné pour intercesseur ; et après la prise de Jérusalem, ils dirent au saint prophète : Que V humble prière que nous faisons à Dieu à vos pieds, vienne jusqu'à vous -.priez le Seigneur votre Dieu pour ces restes de son peuple ; et qu'il nous annonce la voie ou il veut que nous marchions. Jérémie leur répondit : Je m en vais prier le Seigneur votre Dieu selon vos paroles : je vous déclarerai toutes ses réponses, et ne vous cacherai rien. Et ils lui promirent d'exécuter de point en point tout ce que le Seigneur lui ordonneroit pour eux. Que le Seigneur, direntils, soit un témoin de vérité et de bonne foi' entre vous et nous : nous obéirons au Seigneur à qui nous vous envoyons, soit que vous ayez à nous dire du bien ou du mal de sapart{]). Et Jérémie revint après dix Jours : et leur défendit de la part de Dieu d'aller en Egypte, où il voyoit qu'ils seroient séduits par les idoles de ce peuple. Joilèi, leur dit-il, ce que vous prescrit le Dieu d'Israël, à qui vous m'avez envoyé pour porter vos prières èi ses pieds : et il les avertit en toute douceur et patience de se souvenir de leur parole, et d'obéir au Seigneur à qui ils l'avoient envoyé, comme ils l'avoient promis. Et après qu'il leur
(,») Jerem. xt.ii. t, q, tic
sur l'évangile. 433
eut tenu ce pressant discours, Atarias, et Johanan, et les autres superbes lui dirent : Fous mentez : le Seigneur ne vous a point envoyé, et ne nous a point défendu d'aller en Egypte ; mais Baruch vous irrite contre nous, pour nous livrer aux Chaldéens, et nous faire périr à Babjlone (,). Après lui avoir fait cette réponse, ils allèrent tous ensemble en Egypte ; et ils arrivèrent à Taphnis, et à Memphis, et à Magdalo, et dans toute la terre de Phaturès : et sans se rebuter de leurs injures et de leur désobéissance, Jérémie les y suivit avec une patience infatigable, pour les empêcher de périr dans leur idolâtrie. Ils s'obstinèrent à adorer les faux dieux de cette nation infidèle : et le saint prophète vit périr encore ces malheureux restes de Juda, dans le lieu qu'ils avoient choisi pour leur retraite, avec Pharaon Ephrée qui les y avoit reçus ('2).
CVlIe JOUR.
Dieu rejette l'intercession de ce prophète.
Une sainte et véritable réflexion se présente ici : Jérémie étoit donné pour intercesseur à ce peuple : il ne cesse de prier pour lui et de détourner, autant qu'il peut, la colère de Dieu de dessus sa tète; mais Dieu ne le veut pas écouter : Moïse et Samuel étoient aussi d'agréables intercesseurs, dont David même avoit chanté le pouvoir par ces paroles : Moïse et
(>) Jeiem. XtlII. ?, 3, 4,5, 6, 7 ri se/, m.iv. I, i, 3, 4 c' seq.— 'f)lbid. l5, iG, 17. 18 et teq. ao, 3o.
ROSSUFT. IX. 28
Aawn sont remarquables parmi ses sacrificateurs : et Samuel est renommé entre ceux qui invoquent son nom : ils invoquoient le Seigneur, et il les écoutait w '. Mais en cette occasion nous avons vu que Dieu ne vouloit pas les entendre (2). Qu'y a-t-il de plus saint que Noé, qui est sauvé du déluge, afin de réparer le inonde perdu, et le genre humain anéanti : que Job, dont la patience a été vantée de Dieu comme un prodige, et qui pour cette raison a été nommé de Dieu comme intercesseur de ses infidèles amis : Allez, disoit le Seigneur, et priez mon serviteur Job de prier pour vous : et je recevrai sa face, afin que votre jolie ne vous soit point imputée (3) : que Daniel, l'homme de désirs, à qui il envoya son ange pour lui déclarer que ses vœux pour ses frères, et pour tout son peuple, et pour la sainte montagne, et ce qui est bien plus admirable, pour la venue du Messie, étoient reçus devant Dieu(,)? Et néanmoins ces trois hommes ne sont pas jugés dignes d'être écoutés pour le peuple juif : c'est Ezéchiel qui le dit () : Si ces frois /tommes, Noé, Daniel et Job étoient au milieu de ce peuple, ils délivreraient leurs âmes dans
leur justice, dit le Seigneur des armées : Mais ils
ne délivreront tri leurs fils ni leurs filles : Oui,
je le dis encore un coup, ils ne délivreront ni leurs fils ni leurs filles, loin de pouvoir délivrer les étrangers : mais ils seront délivrés seuls : non, Noé, Daniel et Job, je le dis pour la troisième fois, ne délivreront pas leurs propres enfans. Afin que nous entendions qu'il n'y a qu'un saint, et un seul juste,
(0 Ps. xcvni. G. — ." Jcrem. xv. 1. — (3) Job. xi.il. 8. — (4) Dan. ix. 21, i), 23. — (5) Ezcch. XIV. l/|, \G, \S, 20.
sur l'évangile. 435
qui étant juste pour lui et pour les autres, sera écouté pour tous. Le frère, disoit le Psalmiste :,), ne rachètera pas son frère : f homme ne rachètera pas un autre homme, ni n'offrira pour lui une digne propitiation, ou le prix de son rachat et de sa vie. Nul ne peut offrir ce prix, que le juste par excellence, et le Saint des saints, qui est non-seulement homme, mais Dieu. et homme; qui donnera son ame pour nous, et expiera nos péchés par son sang.