‹ Méditations sur l'ÉvangileChapitre 40 sur 71 · LUI JOUR · texte numérisé non relu

LUI JOUR

L'eucharistie unie par Jésus- Christ au repas commun, est plus semblable à l'ancienne y>kque. lbid.

On peut encore remarquer un autre dessein, qui a porté notre Seigneur à unir ensemble le festin de l'eucharistie, au repas ordinaire; qui étoit de la rendre plus semblable à l'ancienne pâque, qui faisoit aussi partie du repas commun. Il y avoit cette différence, que l'ancienne pâque ne se faisoit qu'une fois l'année ; mais maintenant, chaque jour on célèbre la nouvelle pâque : tous les jours des

i«) Ps. xxii. 5.

sur l'évangile. (519

chrétiens sont une fête : leur vie est une éternelle solennité : ils doivent aussi toujours être en joie, comme saint Paul le leur dit sans cesse : et c'est par là qu'ils sont initiés à la joie, et à la gloire éternelle.

L'année signifioit aux Juifs L'éternité tout entière et l'universalité des siècles. Mais maintenant chaque jour nous la signifie : nous sommes plus proches qu'eux de l'éternité, et l'idée nous en doit être plus présente.

La pâque se célébroit une seule fois 5 l'entrée du souverain pontife dans le sanctuaire une seule fois : tout cela pour figurer qu'en effet il n'y a qu'une seule pâque, qui est celle de Jésus-Christ. Car s'il y a aussi une pàque, et un passage pour nous, c'est en lui, et il faut qu il passe dans sa gloire tout complet, c'est-à-dire, le corps et les membres. Il n'y a non plus qu'une seule entrée du même Jésus, souverain pontife, dans le ciel ''; lorsqu'il y entre pour nous et pour lui, et qu'il nous y va préparer la place. Il ne passe donc qu'une fois, il n'entre qu'une fois dans le sanctuaire, à ne regarder que sa personne; mais dans ses membres il passe tous les jours au ciel : tous les jours il entre dans le sanctuaire : et l'eucharistie célébrée tous les jours, tous les jours nous représente ce mystère. Passons donc tous les jours à Dieu : passons en Jésus-Christ de plus en plus; que sa vie paroisse toujours de plus en plus dans la nôtre, par l'imitation des vertus qu il a pratiquées. Entrons tous les jours dans son sanctuaire : entrons-y par la foi; courons-y par de

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saints désirs : c'est célébrer tous les jours le banquet de Jésus-Christ, comme le doit un chrétien.

LI\e JOUR.

L'eucharistie jointe au repas commun, apprend à sanctifier tout ce qui sert à nourrir le corps. Ibid.

Je dirai tout, Seigneur : je me dirai à moi-même, et je dirai à tous ceux à qui je destine cet écrit : et je le destine à tous ceux que vous avez mis spécialement à ma garde, selon que je les croirai disposés à en profiter, et à tous ceux à qui vous permettrez qu'il tombe entre les mains : je leur dirai, mon Sauveur, tout ce que vous me mettrez dans l'esprit sur vos saints mystères, dans votre sainte parole. Je vois encore une autre raison qui vous a porté à unir l'eucharistie au repas commun : vous vouliez sanctifier toute notre vie, dans l'action qui l'entretient et la fait durer : vous vouliez que la nourriture corporelle fût accompagnée de la spirituelle, afin que nous apprissions à faire tout en esprit, même les choses qui dévoient servir à sustenter notre corps. Nous ne devons nourrir ce corps, que pour être un digne instrument à l'esprit : nous devions prendre le manger et le boire dans cet esprit. L'eucharistie, prise devant le repas, devoit être un tempérament salutaire au plaisir des sens, de peur que nous ne nous y laissassions emporter, et qu'il ne prit le dessus. Mais encore que l'Eglise, à qui Jésus -Christ a laissé la dispensation de ses

sur i,'évam;ile. &2\

mystères, dans la suite ait séparé, et très-sagement, ce que Jésus -Christ sembloit avoir uni, et qu'elle célèbre l'eucharistie hors du repas ordinaire ; le dessein de Jésus-Christ n'est pas anéanti : l'instruction qu'il nous a donnée subsiste toujours. Quand nous faisons nos repas, nous devons toujours nous souvenir que, selon l'institution primitive de l'eucharistie, elle devoit les accompagner ; que Jésus-Christ l'a fait ainsi ; que l'Eglise l'observoit ainsi sous les apôtres : qu'alors donc on vouloit apprendre aux chrétiens que toutes leurs actions, et même les plus communes, dévoient être faites saintement. Cette instruction subsiste toujours. En mangeant et en buvant, songeons à ce boire et à ce manger spirituel de la table de notre Seigneur : ayons l'esprit appliqué aux choses célestes : n'en quittons point la pensée durant nos repas. Si nous ne pouvons pas les accompagner de saintes lectures, comme on le fait dans les maisons spécialement consacrées à Dieu, accompagnons-les de saints discours, du moins de saintes pensées. Ne nous livrons pas aux sens, ni à ce corps misérable qu'il seroit honteux d'engraisser et de nourrir, si on ne le nourrissoit comme le ministre et le serviteur de l'esprit. Car autrement nous nourrir, ce n'est que travailler pour la mort, lui engraisser sa proie, et aux vers leur pâture. Nourrissons-nous avec règle, et comme disoit un ancien : Mangeons autant qu'il est nécessaire, pour nous sustenter : buvons autant qu'il convient à des personnes pudiques, qui ne veulent pas irriter les désirs sensuels. Enfin, quoi que nous fassions, soit que nous buvions, soit que nous mangions^ soit que nous

fassions quelque autre chose par rapport au corps, faisons-le pour la gloire de Dieu, et au nom de notre Seigneur Jésus-Christ, rendant grâces par lui à Dieu le Père v\

Le royaume de Dieu nest pas boire, ni manger ; mais justice et paix, et joie dans le Saint-Esprit^.

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