‹ Méditations sur l'ÉvangileChapitre 52 sur 71 · I. SI - i l · texte numérisé non relu

I. SI - i l

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pas besoin de nous, ni de nos services; avec un amour qui coule de source, et ne s'est jamais rebuté. déliez donc, et faites de même.

Pourquoi vois-je parmi vous des haines bizarres, des oppositions d'humeur à humeur, et de personne à personne, des inimitiés, des jalousies, de l'aigreur, de l'emportement, des répugnances cachées? Est-ce en cette sorte que Jésus-Christ nous a aimés? Mais pourquoi vois-je d'un autre côté des flatteries, des complaisances ou excessives ou fausses ? Est-ce ainsi que Jésus-Christ nous a aimés? Et pourquoi vois-je parmi vous des liaisons particulières, des partis et des cabales les uns contre les autres? Est-ce ainsi que Jésus-Christ nous a aimés ? Mais pourquoi avancer ou reculer les personnes selon l'inclination que vous avez pour elles ? Est-ce ainsi que Jésus-Christ nous a aimés?

Il a témoigné plus d'inclination, si l'on ose parler de cette sorte, pour saint Jean : cétoit le disciple que Jésus aimoit. Mais cette inclination qu'étoit-ce autre chose, selon la tradition des saints docteurs, qu'un amour particulier pour la chasteté virginale qu'il avoit trouvée, et qu'il conserva en saint Jean! Et pour venir aux autres qualités de ce bien-aimé disciple, l'amour qu'il avoit pour lui, qu'^ toit-ce autre chose que l'amour de la bonté , de la douceur, de la simplicité, de la candeur, de la cordialité , de la tendresse , de la contemplation par lesquelles il avoit une convenance particulière avec son maître? Aimez donc en cette sorte. Et cet amour particulier dont il honora saint Jean , lui fit-il avoir de l'indulgence pour lui, quand il avoit

sur l'évangile. 41

tort? Et i'empêcha-t-il de lui dire aussi bien qu'à son frère saint Jacques : Fous ne savez ce que vous demandez {V> : et dans une autre occasion : fous ne savez de quel esprit vous êtes {i) ? Faites donc de même. Mais sa tendresse lui fit-elle préférer saint Jean aux autres? N'est-ce pas Pierre qu'il mit à la tète du collège apostolique et de toute l'Eglise? A la fin il confia à saint Jean sa sainte mère. Qui convcnoit davantage avec elle comme avec lui par toutes les qualités que nous avons vues, et en particulier par la virginité ? 11 s'agissait de sa famille, de son domestique, et il préfère saint Jean, qui, outre les autres choses que nous avons vues, étoit encore son proche parent. Aimez donc de même ; ayez les égards que le sang demande : mais réglez le fond de vos affections par la vertu. Et jusqu'où est-ce que Jésus a porté son amour? Jusqu'à donner sa vie pour ceux qu'il aimoit. Ne doutez pas qu'il n'y ait des occasions où vous en devez faire autant pour votre frère. Aimez comme j'ai aimé : voilà mon nouveau précepte : le modèle de votre amour, c'est le mien. Ecoutez, mes petits en/ans : faites comme moi.

Mais voici le dernier mot qui presse plus que tous les autres : En cela tous connoltront que vous ries mes disciples, si vous vous aimez mutuellement (5). Voilà le caractère de chrétien, et de disciple de Jésus-Christ. Qui renonce à la charité, renonceà la foi, abjure le christianisme, sort de l'école de Jésus-Christ, c'est-à-dire, de son Eglise. Tremblez donc, cœurs endurcis; tremblez, insensibles; tremblez, vous tous, dont les aversions sont implacables,

' Mutth. \\. -J2.— -. Luc. i.\. 55. — ) Jean. \m. 35.

les inimitiés irréconciliables : vous n'êtes plus disciples de Jésus-Christ 5 vous n'êtes plus chrétiens; vous renoncez à votre baptême.

Voyez l'Eglise naissante : Un cœur et une aine : tout commun : et ils étaient tous unanimement assemblés dans la galerie de Salomon (,) : sans dissension, sans envie, sans intérêt; rendant le bien pour le mal : Et tout le peuple les adndroit : et on disoit : Voilà les disciples de Jésus : c'étoit là leur caractère particulier. L'envie, l'intérêt, la haine régnent dans tout le reste des hommes : l'innocent troupeau de Jésus ne connoissoit point ces maux. Mon Sauveur, où sont vos disciples maintenant? où est la charité ? où est l'amour fraternel ? Qu'il est rare ! Aussi avez-vous dit , que le temps -viendrait, que les scandales , que l'iniquité abonderait , que la charité seroit refroidie dans la multitude (2) 5 et que quand vous viendriez sur la terre, à peine y trouveriez-vous de la foi (3), de cette foi animée de la charité.

Pleurons, mes frères, pleurons la charité refroidie, refroidie dans la multitude, dans la plupart de ceux qui se disent chrétiens : mais refroidie en nousmêmes. Réchauffons-la : venons à Jésus : écoutons avec tendresse son dernier discours ; avec tendresse ce qu'il dit si tendrement. La charité fraternelle nous devient recommandable par ces raisons, par la tendresse avec laquelle Jésus-Christ nous la recommande ; par le temps qu'il choisit pour nous la recommander ; par le modèle qu'il nous donne de la charité fraternelle en sa personne ; par le caractère

(') Jcl. iv. 3a. y. 12. — '/' Mail. X7i.iv. 12. — {>) Luc. xvni. 8.

sur l'évangile. i->

de chrétien qu'il attache à cette divine vertu. Soyons disciples de Jésus-Christ; soyons chrétiens; c està-dire, aimons nos frères : et comment? Comme Jésus-Christ nous a aimes. A ces mots il se tut; et nous laissa à goûter ce nouveau commandement de la loi de grâce.

LXXVP JOUR.

Présomption et chute de saint Pierre. Joan. xm. 8 etserj.

Comme Jésus-Christ se fut lu, saint Pierre frappé de cette parole : Vous me chcre/ierez : et ainsi que j'ai dit aux Juifs, vous ne pouvez pas venir ou je vas f]) : car elle paroissoit rude , et il semhloit les avoir rangés avec les Juifs, qui ne croyoient point à sa parole : frappé donc de ce discours, il dit au Sauveur : Seigneur, où allez-vous? Et Jésus lui dit : / ous ne pouvez maintenant me suivre où je vas , mais vous me suivrez après l/l). Jésus console ses apôtres en la personne de Pierre ; et leur donne espérance de le suivre un jour où il alloit. Mais il leur déclare en même temps qu'ils ne le pouvoient pas encore. Et Pierre, dont le zèle n'étoit pas content de « "lie explication, lui répondit tout ému : Pourquoi ne puis-/ e pas vous suivre maintenant ? Il entendit bien que son maître alloit à la mort, et il ajouta : Je donnerai ma vie pour vous. Vous donnerez voir, vie pour moi? Le coq ne chantera point, que vous ne ni avez renié trois jois (3).

M Joan. xui. 33. — W Ibid. 36. - tind. 37, 38.

La faute, la grande faute, la cause de son reniement, de son crime, et déjà peut-être un terrible commencement de ce crime, c'est que Jésus- Christ lui disant : Vous ne pouvez pas; au lieu de reconnoître son impuissance, et de lui dire : Il est vrai, Seigneur, je ne le puis ; je devrois bien le sentir, et me connoitre mieux moi-même; mais je veux du moins vous en croire, m'humilier devant vous, et confesser, non pas ma fojblesse, mais mon impuissance : mais vous, qui êtes tout -puissant, aidez-moi; donnez-moi la force : au lieu donc de répondre ainsi, et de dire comme il avoit dit autrefois avec les autres apôtres : Seigneur, augmentezmoi la foi (l); rendez-la forte, rendez-la ardente, rendez-la toute-puissante : ou avec cet autre : Je crois, aidez mon incrédulité (2) : en un mot, au lieu de s'humilier et de prier, il s'élève contre Jésus- Christ : et avec une témérité pitoyable, mais punissable, il dit qu'il peut, à celui qui sait tout, et qui lui dit qu'il ne peut pas/

Quand Jésus demande à Pierre par trois fois : M'aimez-vous , m aimez-vous , m aimez-vous plus que ceux-ci? il sut bien lui dire : Seigneur, vous savez tout; vous savez que je vous aime (3) : il de voit donc dire ici : Seigneur, vous savez tout, vous savez ce que je puis, mieux que moi-même : aidez-moi donc, afin que je puisse ce que je vous promets de faire.

Faute d'avoir fait cette réponse, il tombe d'une manière déplorable ; mais plutôt il est déjà tombé bien bas, faute de la faire : car il est tombé dans

(•) Luc. xvii* o. — ^J Marc. i.\. 23.— v3) Joan. xxj. i5, ib, 17.

SUR L ÉVaNGILE. 45

la présomption, faute qui mérite qu'on soit livré à tous les crimes, et qui, en effet, livra saint Pierre au reniement par trois fois.

0 mon Dieu! qui ne trembleroit, qui ne se défieroit de soi-même? qui ne reconnoitroit humblement son impuissance? Avouons-la : n'attendons pas que notre Seigneur nous dise : Tu ne peux pas : prévenons sa face par la confession de notre impuissance, de peur qu'il ne nous la fasse connoitre par notre chute.

Mais encore, qu'est-ce qui trompe saint Pierre? Qu'est-ce qui le trompe ? sinon cette aveugle estime qu'on a de soi-même, qui nous fait croire que nous pouvons ce que nous ne pouvons pas.

Mais enfin qu'est-ce qui fait croire à saint Pierre qu'il pouvoit ce qu'il ne pouvoit pas, si ce n'est qu'il le vouloit, et qu'il croyoit avoir son pouvoir dans sa volonté?

En effet, en cette occasion qu'étoit-ce que pouvoir, sinon vouloir? Il ne s'agissoit pas de suivre Jésus-Christ par les pas du corps, il s'agissoit de le suivre par une ferme résolution de mourir pour lui : et cette ferme résolution, qu'est-ce autre chose qu'un vouloir? Ainsi saint Pierre, qui le vouloit, et le vouloit sincèrement; car il n'avoit pas dessein de tromper son maître : et le vouloit ardemment, à ce qu'il lui sembloit, et en vérité; car il étoit en effet tout plein de ferveur, et il aimoit Jésus-Christ jusqu'à vouloir mourir avec lui, s'il étoit besoin; et il croyoit qu'il le pouvoit, parce qu'il le vouloit de cette sorte.

Il ne savoil pas ce que c'étoit que la volonté de

l'homme. Car, en eifet, quand il s'agit de prendre la résolution de marcher après Jésus -Christ, de l'imiter, de le suivre; pouvoir, c'est vouloir; mais c'est vouloir fortement, c'est vouloir invinciblement, c'est avoir une volonté à l'épreuve de tous les périls, et capable d'affronter la mort.

La volonté de saint Pierre n'en étoit pas encore à ce degré : et c'est pourquoi Jésus - Christ lui dit qu'il ne pouvoit, parce qu'il ne vouloit pas encore assez : et lui, au lieu de sentir qu'une volonté foible ne peut rien, et qu'elle cesse, pour ainsi parler, d'être volonté, dans une tentation qui la passe, djsoit hardiment qu'il pouvoit tout ce qu'il sentojt qu'il vouloit, et qu'il vouloit avec force, jusqu'à un certain point, mais non pas jusqu'au point qu'il falloit pour accomplir sa promesse. C'est pourquoi Jésus lui disoit, non pas simplement : Fous ne pouvez pas, mais vous ne pouvez pas me suivre maintenant; et il ajoutoit : Vous me suivrez un jour w : qui étoit lui dire, comme dit saint Augustin (2) : Vous ne le pouvez pas encore, parce que votre volonté est foible; mais vous le pourrez, quand vous aurez reçu une volonté assez forte.

Saint Pierre étoit juste; car Jésus-Christ lui avojt dit comme aux autres : Et vous, vous êtes purs, mais non pas tous (3), en n'exceptant que Judas. Mais sa justice tenoit encore beaucoup de cette justice de la loi, qui croit qu'il n'y a rien qu'à vouloir, et qu'à faire, sans songer par qui on veut, et par qui on fait. Saint Pierre vouloit; mais il ne vouloit

(0 Joan. xiii. 36. — 0>) Tract, in Joan, lxvi. "• i. — (?> /o«n,

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