‹ Méditations sur l'ÉvangileChapitre 54 sur 71 · LXXX1V6 JOUR · texte numérisé non relu

LXXX1V6 JOUR

( esl dans le Père qu'on voit le Fils. Joan. xiv. 9.

Comm'; il ne nous paroit point dans tout l'Evangile de demande plus haute que celle de saint Philippe, il u' v a aussi rien de plus haut, que la cepons<' de notre Seigneur. Nous avons vu que saint Philippe avoil bien connu deux choses; l'une, que pour être iiciirriix, c'étoit assez de voir le Père; l'autre, que c'étoit au Fils à nous le montrer. Le Fils lui \;i dom apprendre ce que cfesl que ?oir

le Père, et que c'est dans le Fils même qu'on le voit.

Remarquez avant toutes choses cette espèce d'étonnement , avec lequel le Sauveur parle : Il y a si long-temps que je suis avec vous, et vous ne me connoissez pas? Philippe qui me voit, voit mon Père (1). Je ne parle pas de celui qui me voit seulement des yeux du corps : celui-là en me voyant, ne me voit point. Car si celui qui regarde l'homme par ces yeux mortels, n'en voit que le dehors, et, pour ainsi parler, que l'écorce; combien est -on éloigné de voir le Fils de Dieu, quand on n'apporte que les yeux du corps à cette vue! Les apôtres avoient passé beaucoup au-delà, puisqu'ils avoient cru, et confessé par la bouche de saint Pierre, qu'il étoit le Christ, le Fils dit Dieu vivant (2) : et le même apôtre lui avoit encore dit au nom de tous : Nous avons cru, et nous avons connu que vous êtes le Christ, le Fils de Dieu®.

Ils l'avoient donc connu, et ils avoient en même temps connu son Père, puisqu'ils avoient très-distinctement et très-véritablement connu de qui il étoit fils.

Cependant ils n'étoient pas encore contens, et ils avoient raison; parce que comme ils n'a\oient pas encore connu parfaitement Jésus -Christ, ils n'avoient pas encore parfaitement connu son Père. Et c'est pourquoi il leur avoit dit : Si vous m'aviez connuw; leur faisant entendre qu'ils ne l'avoient pas encore parfaitement connu, et que c' étoit la

H Jouit. \\v. 9. — (?) Malt. xvi. 16. —(3) Jvan.yi. 70. — 'A Ibid. xvi. 7. 9.

sur l'évangile. 73

raison pourquoi ils ne connoissoient pas encore parfaitement son Père; et c'est pour expliquer à fond cette vérité, qu'il dit maintenant : Qui me voit, voit mon Père.

Il y a une certaine manière de me voir, qui ne laisse plus rien à désirer, parce que celui qui me voit de cette sorte, c'est-à-dire, celui qui me voit à découvert et tel que je suis, il voit mon Père. Je suis moi-même par mon fonds et par ma naissance, la manifestation de mon Père ; parce que je suis son image vivante, l'éclat de sa gloire, l'empreinte, l'expression de sa substance. Prenez donc garde, Philippe 5 ne souhaitez pas de voir mon Père, comme si mon Père étoit quelque chose hors de moi : c'est en moi qu'il faut le voir : c'est en lui aussi qu'on me voit. Ne croyez-vous pas que je suis dans mon Père, et mon Père dans moi^)Gi Quand donc on le voit, on me voit dans mon principe; et quand on me voit, on le voit dans son image, dans son expression, dans son éclat, dans le rejaillissement de sa gloire : et la vue du Père et du Fils est inséparable. Prenez donc garde, Philippe, que vous n'ayez pas encore entendu ce que c'est que de voir mon Père : vous l'entendrez parfaitement, lorsque vous entendrez que qui me voit le voit aussi; et que qui le voit me voit en même temps : et à mesure qu'on croit en la connoissance de l'un, on croit aussi en celle de l'autre.

Il \onoit de dire : Si vous me connaissiez, vous ùonnotlriez aussi mou Père : et vous le connoitn : bientôt ', et vous l'avez vu w. Car il faut toujours

'■mu. \\ i. 11. — > Ibid. 7.

revenir à cette parole, comme au principe d'où naît tout ce qui suit, Fous le connaîtrez : vous ne le connoissez donc pas encore parfaitement. Fous l'avez vu néanmoins : mais vous l'avez vu imparfaitement. Viendra le temps que vous le verrez à découvert; et ce sera dans ce même temps que je me manifesterai moi-même à vous. Celui qui m'aime, dit- il, il sera aime de mou Père, et je T aimerai, et, je me manifesterai moi-même à lui (1) : je me découvrirai tout entier; et en me montrant à lui à découvert, en même temps je lui montrerai mon Père.

Quand sera-ce, ù Seigneur, que vous m'admettrez à ce secret, à cette vue intime et parfaite de votre Père et de vous? Quand vous verrai -je, o Père et Fils ! ô Fils et Père ! Quand verrai-je votre parfaite unité, et la manière admirable dont vous demeurez l'un dans l'autre, lui en vous, et vous en lui? Quand vous verrai-je! ô Dieu, qui sortez de Dieu, et qui demeurez en Dieu! ô Dieu Fils de Dieu ! Ce n'est pas assez de vous prier de me montrer votre Père, si je n'entends en même temps, que montrer le Fils, c'est montrer le Père : que montrer le Père, c'est montrer le Fils : qu'on les doit aimer du même amour, et les voir d'une même vue. 0 Père, je serai heureux, quand je verrai votre face! Mais votre face, votre manifestation, c'est votre Fils : c'est le miroir sans tache de votre incompréhensible majesté, de votre beauté immortelle : Cimu^c de votre bonté parfaite : la douce vapeur, F émanation de votre clarté', et f éclat de votre

[*) Joun. xvi. ai.

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éternelle, lumière '■ : en un mol, votre pensée, voire conception, la parole substantielle et intérieure par laquelle vous exprimez tout ce que vous êtes : parfaitement et exactement un autre vous-même : qui sort sans diminution, sans interruption, sans retranchement du fond de votre substance. Je me perds, je crois, j'adore; j'espère voir 5 je le désire ; c'est là ma vie.

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