‹ Méditations sur l'ÉvangileChapitre 55 sur 71 · L\\\\ JOUR · texte numérisé non relu

L\\\\ JOUR

Le Père est dans le Fils, et le Fils dans le Père. Joan. \n. 10.

Entrons encore une fois avec humilité et tremblement dans la profondeur des paroles de Jésus- Christ. Il nous déclare tout ce qu'il est par ces paroles; puisque le même qu'on voit des yeux du corps, et qui par-là paroit homme, est le même eu qui on croit, et qu'on voit des yeux de l'esprit, qui par-là est le Fils de Dieu, et Dieu lui-même, le même Dieu que son Père; parce que le Seigneur noue Dieu est un (2) : parfaitement un, l'unité même mais non pas un autre Dieu que son Père; à Dieu ne plaise. Son Père et lui sont inséparables : I un est dans l'autre, des deux cotés : le Père à sa manière dans le Fils; le Fils d'une autre manière dans le Père : qui voit le Père, voit le Fils; qui voil le Fils, voit le Père : on ne 1rs sépare point dans la \'ic, on ne les doit non plus séparer dans la foi,

/ vu 2 • Veut, vi. 4-

conformément à ce qu'il a dit : Fous croyez en Dieu, croyez aussi en moi(l\

Je m en vais : et vous ne me verrez plus (2). C'est ce qu'il nous dira bientôt. Vous ne me verrez plus des yeux du corps : mais ne le verrons-nous plus des yeux de l'esprit? A Dieu ne plaise : où seroit notre foi et notre espérance? Mais s'en va-t-il tellement qu'il ne demeure plus du tout avec nous? A Dieu ne plaise, encore un coup. Car où seroit la vérité de cette parole, que nous entendrons bientôt : Nous viendrons en lui, et nous y ferons notre demeure (3). Il s'en va donc, et il demeure : comme quand il est descendu du sein de son Père, il y est demeuré; ainsi, quand il y retourne, il ne demeure pas moins avec nous. De cette sorte, l'homme qui disparoît est le même que le Dieu qui demeure ; celui qu'on voit est le même que celui qu'on ne voit pas; et lui-même est le même avec son Père, afin que nous entendions que tout est à nous. Dans celui que nous voyons, et qui s'est donné à nous en se faisant homme, nous pouvons posséder celui qui est éternellement avec le Père, qui est dans le Père, en qui le Père est, que nous verrons, que nous aimerons, que nous posséderons dans son Fils. C'est la parfaite explication de cette parole : Je suis la voie, comme homme : comme Fils de Dieu,ye suis, ainsi que mon Père, la vérité et la vie : la même vérité, la même vie. Voilà le mystère, voilà l'espérance, voilà la foi des chrétiens : tenir le Fils qui s'est fait visible, pour s'élever par lui, et trouver en lui l'invisible vérité de

^) Joan, xiv. i. — W Ibid, xvt. îG. — \5' Und mv. j3.

SUR l'évangile. 77

Dieu. Ali! que Dieu est proche de nous! Que Dieu est en nous par Jésus-Christ! Vraiment il est notre Emmanuel : Dieu avec nous! Allons à sa table; mangeons, rassasions-nous; là est notre nourriture: là est notre vie.

LXXXYT JOUR.

"Jésus le Verbe éternel nous fait voir le Père. Jbid.

Quoique nous soyons bien éloignés de cette bienheureuse vision , où nous verrons clairement le Père dans le Fils, comme le Fils dans le Père : le Fils de Dieu va nous apprendre que le Père commence déjà à se manifester en lui, par deux moyens admirables; par sa parole, par les œuvres de sa puissance, qui sont ses miracles.

Ne cwyez-vous pas que je suis dans mon Pire, et que mon Pire est en moi? Les paroles que je vous dis,, je rue les dis pas de moi-même (1;. Si je ne suis pas de moi-même, je ne parle pas de moi-même; si je suis la parole, je suis la parole de quelqu'un; celui qui me prononce, me donne mon être; et toutes mes paroles sont de lui, puisque la parole substantielle d'où naissent toutes les paroles que je profère, est de lui-môme.

Les paroles de Jésus-Christ ressentent quelque chose de divin, par leur simplicité, par leur profondeur, et par une certaine autorité douce avec

(0 Ji-an. \i\ . 10.

laquelle elles sortent. Jamais hommeria parlé comme cet homme ^ : parce que jamais homme n'a été Dieu comme lui, ni n'a eu sur tous les esprits cette autorité naturelle qui appartient à la vérité; qui fait que sans s'efforcer, sans se guinder, pour ainsi dire, elle y influe si doucement et si intimement, qu'on lui cède sans violence.

Mais la merveille de cette parole, c'est que cet homme qui parle en Dieu, parle en même temps comme prenant tout d'un autre : Ce que je dis., je le dis comme mon Père me l'a dit^\ et comme il me le dit toujours, parce qu'il me parle toujours, comme toujours je suis sa parole.

Ma doctrine n'est pas ma doctrine, mais celle de mon Père qui ma envoyé. Et quelle preuve nous en donne-t-il? Celui qui parle de lui-même, cherche sa propre gloire : mais celui 'qui cherche la gloire de celui qui Va envoyé, est véritable; et il n'y a point d'injustice en lui^K

Mon Sauveur, ne parlez-vous point trop comme une créature? Qu'est-ce qu'une créature, sinon quelque chose qui n'est pas de soi, qui n'a rien de soi, qui est toujours à l'emprunt? La différence est ilnmense entre ce qui est produit de toute éternité, et ce qui est produit dans le temps; ce qui est produit de toute éternité est toujours; ce qui est produit dans le temps n'est pas toujours, et peut n'être point du tout. Il est donc tiré du néant; il est néant lui-même. Par conséquent, quelle différence entre sortir de Dieu comme son ouvrage, et sortir de Dieu comme son fils? L'un est créé, l'autre engendré;

(■) Joan. vu. 4(> — -) Ibid. xti. 5o. — () Ibid. vu, 16, 18.

sur l'k\ wi.ii.E, 79

l'un tiré du néant, et néant lui-même; l'autre tiré de la substance de Dieu, et par conséquent l'être même. Parmi les hommes mêmes, quelle différence entre le fils et l'ouvrage? Tous deux néanmoins viennent d'un autre. Mais le Fils est de même nature que son Père; et en cela rien n'est moins que lui : mais l'ouvrage n'a rien de son ouvrier, et lui est absolument étranger.

Mon Dieu, oserai-je suivre je ne sais quelle lumière sombre qui me paroît ? Dieu est Père : Dieu est ouvrier : l'homme est père, 1 homme est ouvrier; mais avec une immense différence. L'homme est ouvrier; mais il trouve sa matière toute faite par un autre dont il l'emprunte : Dieu n'a besoin d'aucune matière, et il tire tout du néant.

L'homme est père : est-il un vrai père? Et que donne-t-il à son fils? Son fils, il est vrai, est de même nature que lui : mais est-ce lui qui lui donne cette nature ? Non sans doute. Comment donc vient-il de lui? Combien imparfaitement! La véritable paternité est en Dieu, qui, engendrant son Fils de tout son fond, lui donne toute sa substance, tout son être) par conséquent toute son éternité; et le fait être non-seulement son égal, mais encore un avec lui.

Ne dites pas qu'il emprunte : car son Père toujours fécond, en lui communiquant tout ce qu'il est, ftè se dessaisit de rien. Autre chose est prêter, ou donner par sa \olonté ce qu'on peut ne donner pas : autre eliosc est, être fécond. Il faut entendre dans le Père l'abondance, la plénitude, la féeondilé, une pleine effusion de soi-même, mais en soi-même pour

engendrer un autre soi-même : qui reçoit tout en naissant, et qui naît par conséquent égal à celui de qui il reçoit tout, aussi grand, aussi éternel, aussi parfait que lui. Un Dieu ne vient pas d'un autre, qui le tire du néant : mais un Dieu vient d'un autre, qui le tire, pour ainsi parler, de sa propre essence; qui le produisant en soi-même, se dégraderoit soi-même, s'il le produisoit imparfait. C'est donc un Dieu, qui vient d'un Dieu : Fils parfait d'un Père parfait, parfaitement un avec lui, parce qu'il reçoit sa nature dont l'unité fait l'essence. Ecoute, Israël: le Seigneur notre Dieu est. un (I) : le Père est un, le Fils est un : le Père est Dieu, le Fils est Dieu, et tous deux ne peuvent être qu'un seul Dieu; autrement, le Fils n'est pas Fils, et il n'a point la nature de son Père, s'il n'en a point la parfaite et souveraine unité.

Pourquoi se jeter dans ses abîmes? Pourquoi Jésus-Christ nous les a-t-il découverts? Pourquoi y revient-il si souvent? Et pouvons-nous ne nous arrêter pas à ces vérités, sans oublier la sublimité de la doctrine chrétienne? Mais il faut s'y arrêter en tremblant ; il faut s'y arrêter par la foi : il faut, en écoutant Jésus-Christ, et ses paroles toutes divines, croire que c'est d'un Dieu qu'elles viennent ; et croire aussi en même temps, que ce Dieu d'où elles viennent, vient lui-même de Dieu, et qu'il est Fils; et à chaque parole que nous entendons, il faut remonter jusqu'à la source, contempler le Père dans le Fils, et le Fils dans le Père.

Yoici donc l'acte de foi que je m'en vais faire : le Fils n'est pas de lui-même : autrement il ne seroit

(l> Dent. vi. !\.

sur l'évangile. 81

pas Fils : il ne parle donc pas de lui-même : // dit ce que son Père lui dit(]) : son Père lui dit tout en l'engendrant; et il le lui dit, non par une autre parole, mais par la propre parole qu'il engendre : il rapporte tout à son Père, parce qu'il s'y rapporte lui-même : il rapporte sa gloire à celui de qui il tient tout son être; mais cette gloire leur est commune : quelque chose manqueroit au Père, si son Fils ctoit moins parfait que lui. C'est ce que je crois : car Jésus-Christ me le dit : c'est ce que je verrai un jour, parce que le même Jésus me l'a promis.

Parlez donc, parlez, ô Jésus! parlez, vous qui êtes la parole même. Je vous vois dans vos paroles, parce qu'elles me font voir et sentir en quelque façon, que vous êtes un Dieu : mais j'y vois aussi votre Père, parce qu'elles me font connoître que vous êtes un Dieu sorti d'un Dieu, le Verbe et le Fils de Dieu™.

LXXXVIP JOUR.

Jésus-Christ opérant ses miracles, nous fait voir le Père dans ses œuvres. Ibid.

Le Père qui demeure en moi fait les œuvres Cû) miraculeuses. C'est la seconde chose par où Jésus- Christ veut qu'on voie son Père en lui : on le voit dans ses paroles; il le faut encore voir dans ses œuvres.

' Jnm:. Ml | ). "in. mv. O. — ' Ihid, l. I; l\. — Ibiu. \iv. iy.

BOSSUBT. X. 6

Mon Père agit, et moi j'agis aussi : Mon Père ne cesse d'agir, et je ne cesse d'agir^'. Si le monde a été, c'est que mon Père l'a fait, et moi aussi : si le monde continue d'être, c'est que mon Père le conserve, et moi aussi. Il a fait, et il l'ait tout par son Fils : Le Fils ne fait rien de soi, et il ne fait que ce qui! voit faire à son Père^K Est-ce un apprenti 1' toujours attaché aux mains et au travail de son maître? toujours apprentif, jamais maître? Lesapprentifs même ne sont pas ainsi parmi les hommes. Qu'imaginez-vous ici, homme grossier? Quoi! le Père qui fait quelque chose, et le Fils qui l'imite, et fait aussi quelque chose? Quelle folie! le Père a-t-il fait un autre monde que le Fils? Y a-t-il un monde que le Père ait fait, et un autre inonde que le Fils ait fait, à l'imitation de son Père? à Dieu ne plaise : le Père fait tout ce qu'il fait par son Fils, et le Fils ne fait rien que ce qu'il voit faire ; comme il ne dit rien, que ce qu'il entend dire. Mais comment lui parle-t-on? En l'engendrant : car au Père éternel, parler c'est engendrer : prononcer son Yerbe, sa parole, c'est lui donner l'être. De même, lui montrer tout ce qu'il fait, lui découvrir le fond de son être et de sa puissance, en un mot, lui ouvrir son sein, c'est l'engendrer : c'est le faire sortir de ce sein fécond, et en même temps l'y retenir, dans ce sein où il voit tout, tout le secret de son Père, et d'où il vient l'apprendre aux hommes, autant qu'ils peuvent le porter et qu'il leur convient.

Une dit donc rien que ce qu'il entend; il ne fait rien que ce qu'il voit faire : mais entendre son Père,

(*) Joan. v. 17. — W Ibid. 19.

sur l'évangile. 83

et voir ce qu'il fait et ce qu'il est, c'est naître de lui. Il a cela par sa naissance : il lui est aussi naturel d'agir qu'à son Père; et c'est pourquoi il ajoute : Ce que le Père fait, le Fils le fait semblablemerit^ \. Ecoutez : il ne le fait pas seulement, mais il le fait semblablement, aussi parfaitement et avec pareille dignité. Le Père le fait infatigablement, et le Fils de même : le Père tire du néant , et le Fils de même : le Père agit sans cesse, et le Fils aussi. Le Père ressuscite ejui il lui plaît, et le Fils ressuscite aussi qui il lui plaît - , avec une pareille autorité : parce que son autorité, comme sa nature, est celle de son Père. Cor ni ne le Père a la vie en soi, ainsi il a donné au Fils a avoir la vie en soi®*. On la lui donne; et néanmoins il l'a en soi, parce qu'on lui donne tout sans réserve. Ainsi la vie est en lui, comme elle est dans sern Père ; et il est comme lui la vie par nature.

Ainsi le Père qui demeure en moi, fait les œuvres miraculeuses que vous voyez : tout est parfait dans les œuvres de Jésus-Christ, tout y ressent une autorité et une origine céleste. C'est pourquoi saint Jean disoit : Nous avons vu sa gloire, comme la gloire du Fils unique, plein de grâce et de vérité K' . Comment donc ne voyez-vous pas, dit-il à Philippe, que mou Père est en moi, et moi en lui ? Voyez-le dans les vérités que je vous annonce, dans les paroles de vie éternelle que je vous apporte; voyezle dans les œuvres que je fais, pour montrer que c'est mon Père qui m'a envoyé. Mon Père m écoule

■ Jimn v. 19. — 0 Ibid. 31 — ') lbi.l. 36. — \fk) Ibut. 1. 14. —

' Ihlll . \i\ . 1U

toujours (l); il veut tout ce que je veux : je veux tout ce qui lui plaît : tout ce qui est à lui, est à moi ; tout ce qui est à moi, est à lui. Comment donc ne croyezvous pas que je suis en mon Père, et mon Père en moi? Croyez -le du moins, h cause des œuvres que je fais ^K Croyez-le du moins; comme s'il disoit : Il y a une autre manière de voir que mon Père est en moi, et moi en lui; qui est de voir la substance de l'un et de l'autre : c'est ce qui fera votre parfaite félicité. Mais en attendant, voyez-le du moins par les œuvres : je fais ce que veut mon Père, ce qu'il me montre : c'est lui qui fait tout en moi. Ne fait-il pas tout aussi dans les autres, qu'il appelle à travailler à son ouvrage? Oui sans doute; mais il ne le fait pas comme étant en eux : c'est-à-dire, comme y étant pleinement, comme y étant réciproquement et dans une parfaite égalité : parce que nul autre que le Fils ne peut dire : Qui me voit, voit mon Père, parce que mon Père est en moi, et moi en lui.

0 rapport! ô égalité! ô unité! je vous crois, je vous adore : je vous rends grâces, mon Sauveur, de ce que vous nous élevez si haut par la foi : ce m'est un gage que vous voulez m'élever encore plus haut par la claire vue. Qu'ai -je donc à craindre? qu'ai-je à me troubler? Pour n être jamais troublé, je ne désirerois avec saint Philippe que de voir votre Père. Vous me montrez où je le puis voir : vous me le montrez dans quelque chose qui m'est bien proche, puisque c'est un homme ; et qui est bien proche de vous, puisque

(») Joan.TU. 4i ■■-(') lbid. mv. il, 12.

sur l'évangile. 85

c'est un autre vous-même. Je vois, je verrai : qui peut m'ôter mon bonheur?

LXXXVIir JOUR.

Les miracles des apôtres plus grands que ceux de Jésus- Christ. De quelle manière. Joan. xiv. 12.

En vérité, en vérité, je nous le dis, celui qui croit en moi, non-seulement fera les œuvres que je fais, mois il en fera encore de plus grandes : parce que je m'en vais à mon Père'K Vous croyez tout perdre par ma retraite : vous y gagnez ,- et la puissance qui vous sera donnée d'en-haut, viendra à un tel point, que non-seulement vous ferez les choses que je fais, mais encore vous en ferez de plus grandes. Ne vous troublez donc pas ; ne craignez rien ; au contraire, remplissez-vous de foi et de confiance : de cette sorte, ce qui se fera par vous après ma retraite, est au-dessus de tout ce qui a été fait.

C'est la merveille de Dieu dans les disciples de Jésus-Christ. Ils ont l'ait tout ce qu'il a fait : car ils ont guéri comme lui tous les malades qu'on leur présedtoit, et comme lui ils ont été jusqu'à ressusciter des morts.

Ils ont fait des choses qu'il n'a pas faites : à la parole de Pierre, Ananias et Saphira sont tombée morts 'l ; et à celle de Paul, le magicien El) mas a été frappé d' licenciement '5;. Us ont livré à Satan,

> Joan> nv. ia. — Ad. v i, a et tfq. — <3 Ibiii. km. 8,

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