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et à des maux imprévus, ceux qu'il falloit abattre manifestement pour inspirer de la crainte aux autres. Voilà des miracles que Jésus n'a pas faits : mais c'est aussi qu'il ne devoil pas les faire, à cause qu'ils répugnoient au caractère de douceur, au personnage de Sauveur qu'il venoit faire. Ce n'est que sur un figuier qu'il a déployé ht puissance de perdre et de détruire : ce n'est que des pourceaux qu'il a livres aux démons. Pour les hommes, il doit être un jour leur juge; mais dans son premier avènement, il ne devoit faire sentir que sa qualité de Sauveur.
Nous pouvons dire néanmoins encore, que dans ces miracles qui viennent d'une puissance bienfaisante, les apôtres ont fait plus que Jésus. En touchant les habits qu'il portoit actuellement, il sortoit de lui une vertu salutaire (l) : mais on n'a point vu qu'on guérît par V application des linges qui Tavoient touché une fois, comme il est arrivé à saint Paul ("2); et même par son ombre, comme il est arrivé à saint Pierre m.
Mais le grand endroit, où il paroit dans les apôtres un miracle plus grand que ceux de Jésus : c'est la conversion du monde. A la première prédication de saint Pierre, trois mille hommes se convertissent (4) : à la seconde cinq mille (5). Après la mort de Jésus ses disciples ne se trouvent qu'environ six vingts dans le cénacle (6) : il y avoit par-ci par-là quelques disciples cachés; mais saint Jacques dit à saint Paul : Voyez, mon frère, combien de milliers ont cru
(«) Luc. Vin. 44> 4^- — (*)j4ct. XIX. II. 12. — (') Iblil. V. ' U) lbid. il. 4i.— (5l llnd. iv. /,. — C6J Ibui. 1. i5. — (7) Ibid. xm 10
sur l'évangile. 87
Et que sera-ce donc si nous considérons la gentilité convertie, et l'Evangile reçu dans tout le monde, jusqu'aux peuples les plus barbares? Voilà les miracles de la prédication apostolique, plus grands que ceux de la prédication de Jésus-Christ même.
Ajoutons à ces miracles les secrets révélés par les apôtres, que Jésus n'avoit pas révélés par lui-même : en sorte que nous pouvons dire en quelque façon, non-seulement qu'ils ont fait de plus grandes choses que lui, mais encore qu'ils en ont dit de plus hautes.
Jésus avoit bien parlé de la réprobation des Juifs, et de la conversion des gentils; mais que la réprobation des Juifs dût sitôt paroitre, et dût donner lieu à la prochaine conversion des gentils; qu'Israël dût revenir, mais à la tin seulement, et quand les nations seroient pleinement entrées ' dans l'Eglise, et qu'il plût à Dieu de tout renfermer dans l'infidélité, afin de montrer que personne n'étoit sauvé que par miséricorde; c'est un secret dont Jésus-Christ avoit réservé la révélation à saint Paul, qui étant choisi pour être le docteur des gentils, devoit aussi annoncer aui hommes plus profondément l<- mystère incompréhensible de leur vocation.
C'ea ce mystère profond, et ce secret inconnu ;ni nonde dans les siècles et dans les races passés, que hier lui a révélé pour las gentils; par lequel aussi hini a fait connoitre la grande science qu'il lui avoit donnée du mystère de JésusrChrist. ('/est ce
■ / <j'ii a été révélé aux apôtres cl aua prophètes de la nouvelle alliaiur par le SaintrEsprit, el parti- «•uli/'iviiinil ;i lui Paul, prisonnier de Jésiis-Chrisl
1 Rom. 11. a« <y
pour les gentils, et qui a été révélé par eux et par l'Eglise, non-seulement aux hommes, mais encore aux anges et aux puissances célestes; afin de leur faire admirer les divers conseils de la féconde sagesse de Dieuw. C'est de quoi il se glorifie dans le troisième chapitre aux Ephésiens : parce qu'en effet il lui a été donné, non-seulement d'expliquer clairement et amplement ce que Jésus -Christ avoit comme enveloppé dans des paraboles; mais encore de proposer ce nouveau secret du retour des Juifs, après seulement que les gentils auroient rempli l'Eglise.
0 Dieu î soyez loué pour les grâces que vous faites aux hommes, et pour les lumières admirables que vous avez données à votre Eglise. Qui n'admireroit l'honneur que Jésus-Christ veut faire à ses disciples, de surmonter en quelque façon ses propres ouvrages ?
Il montre pourtant après, que ce que feront ses disciples de plus grand que lui, c'est lui encore qui le fait : Si vous demandez quelque chose en mon nom, je le ferai {% . Et ce que je ferai par vous sera plus grand en quelque façon, que ce que je ferai par moi-même. Pourquoi? écoutons-en la raison, parce que je m en vais à mon Père. Si je fais de si grandes choses en descendant de mon Père, combien en ferai-je de plus grandes, quand je remonterai au lieu de sa gloire?
Mon Sauveur, je le reconnois : vous êtes la sagesse éternelle, et vous faites tout à propos et dans son temps : les hommes ne pouvoient pas porter
(') JEphes. m. î, 3, 4, 5, <>, 8, 9, io. ii. — » Joan. xiv. i3.
sur l'évangile. 89
d'abord tout le poids de votre secret : vous dispensez tout par ordre. Vous réservez vos plus grands ouvrages pour le temps où retourné à votre Père, les jours d'humiliation étant écoulés, vous agirez avec plus d'empire. Vous montrerez votre puissance, en faisant de si grands prodiges par vos disciples. C'est vous qui animez tout : vous paroissez au haut des cieux à votre premier martyr (,), et vous montrez en lui le secours que vous donnez à tous les autres. Vous révélez votre vérité aux gentils par un saint Paul : mais ce Paul, par qui vous opérez la conversion de tant de peuples, vous le convertissez luimême, en lui parlant du haut des cieux 2), et lui apprenant que c'est en vain qu'il vous résiste.
Vous faites tout ce qu'il vous plaît par vous-même et par vos disciples : vous faites tout convenablement , selon que les hommes le peuvent porter, et selon les divers états où vous devez être.
Ce que vous demanderez à mon Père en mon nom, je le ferai (5; : il ne dit pas, Mon Père le fera : mais , Je le ferai. C'est toujours ce qu'il dit : Mon Père agit, et /agis aussi : ce qu'il fait, c'est moi qui le fais. Car il fait tout par son l'erbe, et rien de ce (/ni se fait, ne se fait sans lui (l).
Tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai. Tout ce que vous me demanderez, je le ferai : c'est lui par qui on demande; c'est lui qui fait ce qu'on demande : c'est en son nom qu'on demande: on lui demande à lui-même, et on obtient tout, non-seulement par lui, mais de lui. Et, dit-il, je le
' 4c. vu. 55. — M Ihid. ix. "., i, 5, 6,7. — Ji'an xn i3. — //,,,/. v. 17 — 5 Ibid. 1. 3.
ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils (,). 11 affermit notre foi en nous faisant voir qu'il nous fait du bien par l'intérêt de sa gloire. Son intérêt, c'est le nôtre; sa gloire, c'est notre bonheur. Qu'y a-t-il donc à craindre pour nous? Considérez, chrétiens, quel Médiateur vous avez : combien bon, combien puissant. Tout est possible par son entremise : il ne s'agit que de savoir ce qu'il faut demander et désirer : c'est ce qu'il va vous apprendre.