LXXX1X* JOUR
Ce qu'il faut demander et désirer : aimer et garder ses commandemens. Joan. xiv. 15, 21.
Si vous ]n aimez, gardez mes commande mens . Et il conclut : Celui qui a reçu mes commande mens , et qui les garde, est celui qui m aime : et celui qui m'aime , sera aimé de mon Père, et je V aimerai, et me manifesterai à lui '2j. Tout cela conclut de plus en plus, à ne se laisser troubler de rien , dans les moyens qu'il nous donne de nous assurer l'amour de son Père et le sien : comme s'il disoit : Ne vous mettez en peine de rien, que de garder mes commandemens : si vous les gardez, tout est sûr, parce que mon Père et moi vous aimerons d'un amour si cordial, que nous nous manifesterons à vous, sans vous rien cacher.
Les apôtres désiroient de voir son Père; et après leur avoir appris où il le faut voir , c'est-à-dire ,
(«) Joan. xiv. i3. — (-) JbiJ. i5. ai.
sur l'évangile. 94
en lui , il vient à la pratique, et leur apprend le moyen de parvenir à cette vision bienheureuse , où l'on voit le Fils dans le Père, et le Père dans le Fils, qui est de garder ses commandemens.
Je rite manifesterai moi-même à lui. N'espérez pas pouvoir me voir, ni voir mon Père , de vousmême. Nul ne me peut voir , que je ne me découvre moi-même à lui ; et je ne me découvre qu'à ceux qui gardent mes commandemens. Je me découvre à ceux-là de cette manière admirable, qui fait qu'on voit mon Père en moi, et qu'on me voit dans mon Père. Ne vous conteniez pas de vous attacher aux sublimes vérités : ne vous repaissez pas de la plus haute contemplation , encore moins des spéculations inutiles : venez aux moyens et aux vérités de pratique : appliquez - vous à l'observance des commandemens. Ne croyez pas qu'il suffise de parler hautement de moi; car toute votre hauteur n'est que bassesse à mes yeux : ni d'admirer ma grandeur ; car je n'ai pas besoin de vos louanges : ni d'avoir quelque tendresse vague et infructueuse pour ma personne; car tout cela n'est qu'un feu volage, qui se dissipe de lui-même, et se perd bientôt en l'air. Si vous m'aimez véritablement, sachez que l'amour n'est pas dans la spéculation, ni dans le discours. Tous ceux qui mè (Usent, Seigneur*, Seigneur, qui le disent deux fois, et semblent le dire avec force, rt 'entrefont pas pour cela dans le royaume des deux : mais celui (jui fait la volonté de mon Père, entrera dans le royaume des deux ,; : car c'est comme j'ai fait moi-même, et j'ai été obéissant jusqu'à la mort
' Yfàtt, vu. ait>aa,
de la croix 0). Comment seroit-il utile aux hommes de faire sur moi de beaux discours ? puisque ceux qui auront prophétisé et fait des miracles en mon nom , sans venir à la pratique des vertus et à observer mes préceptes, recevront à la fin cette terrible sentence : Je ne vous cannois pas : allez : retirez-vous de moi, ouvriers d 'iniquité (-). Combien donc la vie chrétienne est-elle sérieuse! Combien est-elle ennemie des vains discours! Elle est toute dans l'obéissance, dans l'humilité, dans la mortification, dans la croix : toute à crucifier ses mauvais désirs, et à abattre la chair qui convoite contre l'esprit.
Prenez garde à l'amusement ; j'oserai le dire , à la séduction des entretiens de piété, qui n'aboutissent à rien : tournez tout à la pratique.
Ne vous attachez néanmoins pas à une pratique sèche et sans amour. Si vous m aimez, gardez mes commandemens (5) : commencez à aimer la personne : l'amour de la personne vous fera aimer la doctrine ; et l'amour de la doctrine vous mènera doucement et fortement tout ensemble à la pratique. Ne négligez pas de connoître Jésus-Christ et de méditer ses mystères : c'est ce qui vous inspirera son amour : le désir de lui plaire suivra de là, et ce désir fructifiera en bonnes œuvres. La pratique des bonnes œuvres, sans l'amour de Dieu et de Jésus - Christ , n'est qu'une morale purement humaine et philosophique : toutes les vertus chrétiennes sont animées de l'amour de Jésus - Christ. Ainsi on fait tout en foi, on fait tout en espérance, on fait tout en charité : on aime Dieu , on en est
0) Philip. 11,8. — v Mail. \ n. l'h. — ;,( Joan, mv, i5.
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aimé : Jésus-Christ nous aime, et il se manifeste luimême à nous; et en lui, il nous manifeste son Père : nous voyons, nous vivons, nous sommes heureux, non point en nous, mais en Dieu.
XCC JOUR.
Promesse de l'esprit consolateur : ce que c'est que le monde. Joan. xiv. 16, 10, 17.
Si vous m'aimez, gardez mes commandemens ; et je prierai mon Père, et il vous donnera un autre consolateur, pour demeurer éternellement en vous: l'esprit de vérité, que le monde ne peut recevoir, parce qu'il ne le voit pas, et ne le connoit pas (l). Il n'oublie rien pour les consoler et les raffermir ; et après leur avoir parlé de son amour, et de celui de son Père , afin que rien ne leur manque do ce qui est divin , ou plutôt afin que rien ne leur manque de ce qui est Dieu, il leur promet le Saint- Esprit.
L'aimable titre que celui de consolateur , que Jésus-Christ donne au Saint-Esprit! Ce sera donc cet esprit qui vous consolera de mon absence ; ce sera cet esprit qui vous inspirera le vrai amour, qui vous fera garder mes commandemens. Cet esprit viendra à la prière de Jésus-Christ : le Père le donnera ; et nous verrons aussi que Jésus-Christ le donnera lui-même. C'est cet esprit qui est venu enflammer l'Eglise à l'amourde Jésus-Christ et à la pratique de ses préceptes.
(') Jean. xiv. ij, iC, 17.
Un autre consolateur : Jésus-Christ est un grand consolateur, puisqu'il dit : / enez à moi, vous tous qui êtes peines (1). Le Saint-Esprit insinue cette douce consolation dans le cœur; il y répand la douceur céleste, qui fait ressentir, qui fait aimer les consolations de Jésus-Christ.
Un autre consolateur. Il avoit parlé de son Père, il avoit parlé de lui-même : il falloit encore parler de cet autre consolateur, et nous manifester tout ce qui est Dieu, la Trinité tout entière.
Pour demeurer en vous éternellement : cet esprit consolateur ne quitte jamais que ceux qui le chassent; et de lui-même il demeure éternellement.
L'esprit de vérité : Quelle est la consolation de l'homme parmi les travaux et les erreurs, si ce n'est la vérité? L'esprit de vérité est donc notre véritable consolateur, en mettant la vérité à la place de la séduction du monde, et de l'illusion de nos sens.
(Jue le monde ne peut recevoir : Le monde est tout faux. Qu'est-ce que le monde? sinon la concupiscence de la chair, la concupiscence des jeux, et l'orgueil de la vie (2)? La concupiscence de la chair nous livre à des plaisirs qui nous aveuglent. La concupiscence des yeux, l'esprit de curiosité nous mène à des connaissances, à des épreuves inutiles : on cherche toujours, et on ne trouve jamais; ou bien on trouve le mal. L'orgueil de la vie, qui dans les hommes du monde en fait tout le soutien, nous impose par de pompeuses vanités. Le faux est partout dans le monde, et l'esprit de vérité n'y peut entrer.
V') fu'att. m. 28 — ;■ /. .hum. 11 16.
sur l'évangile. 95
On est pris par la vanité; on ne peut ouvrir les yeux a la vérité.
Que le monde ne peut recevoir, parce rjiCil ne le voit pas, et ne le vonnoit pas; parce qu'il ne veut ni le voir, ni le connoitre: il est livré, il est séduit. Le monde est tout dans la Malignité ' , esf tout plongé dans le mal. Le inonde pense mal de tout ; il ne veut pas croire qu'il y ait de véritables vertus, parce qu'il n'en veut point avoir, ni qu'il y ait d'autre motif des choses humaines que le plaisir et l'intérêt, ni qu'il y ait de bien solide que dans les choses corporelles. Jouissons, dit-il, des biens qui sont - ; tout le reste n'est qu'idée, imagination, pâture des esprits creux : ce qui est, c'est ce qu'on sent, c'est ce qu'on touche; tout le reste échappe. Et au contraire, ce qu'on sent, ce qu'on touche, c'est ce qui échappe continuellement des mains qui le serrent. Plus on serre les choses glissantes, plus elles échappent. La nature du monde est de glisser, de passer vite, d'aller en fumée, en néant. Mais le monde veut s'imaginer que c'est cela qui est. Comment donc pourra-t-il connoitre i'esprit de vérité ? et comment pourra-t-il le recevoir ?
Le monde ne peut pas le recevoir. 11 y a l'esprit de vérité et I esprit d'erreur. Qui est possédé de l'un, ne peut pas recevoir l'autre, l'homme sensuel
ne peut riileudrc ce qui est de [esprit de Dieu ; ce lui est folie, et il ne peut pas l' entendre, parce qu'il le faut cruniiner pur Fcspril 3 ; et son esprit esl tout plongé dans les sens; il l'ait quelque eil'ort, et
l) l.Joan v. it). — (2 Sap.u.6. — M I. Cor. n. i4<
yO MEDITATIONS
il ne peut pas, et il retombe toujours dans son sens charnel.
XCle JOUR.
La demeure de Jésus-Christ, et sa manifestation dans les saintes anies. Joan. xiv. 17.
Mais vous, vous le connaîtrez, parce qu'il demeurera en vous, et qu'il sera en vous. Y être véritablement, c'est y demeurer : il ne veut pas être dans nous en passant; où il ne demeure pas, si on peut parler de la sorte, il ne croit pas y avoir été. C'est un esprit jeune, esprit stable, constant, assuré w , parce qu'il est véritable; et ce qui est véritablement, c'est ce qui demeure ; ce qui passe tient plus du néant que de l'être.
Mais , Seigneur , vous avez dit : L'esprit soujjle où il veut; et personne ne sait d'où il vient, ni où il va; ainsi en est-il de celui qui est né de l'esprit*®. Comment donc dites -vous aujourd'hui : Vous le connaîtrez, parce qu'il demeurera en vous, et qu'il y sera ?
Dans les premières touches de l'esprit, on ne sait d'où il vient, ni où il va ; il nous inspire de nouveaux désirs inconnus aux sens; vous ne savez où il vous mène; il vous dégoûte de tout, et ne se fait pas toujours sentir d'abord ; on sent seulement qu'on n'est pas bien, et on désire d'être mieux. Quand il demeure, il se fait connoître ; mais après il vous
(») Sap. vu. 23. — [?) Joan. 111.8.
rejette dans de nouvelles profondeurs; et vous commencez à ne plus connoitre ce qu'il vous demande ; et la vie intérieure et spirituelle se passe ainsi entre la connoissance et l'ignorance, jusqu'à ce que vienne le jour où ce bienheureux esprit se manifeste.
Je ne vous laisserai pas orphelins ; je viendrai à vous ' . Il venoit de les appeler ses petits enfans ; il continue à parler en père : Je viendrai à vous ; je vous verrai après ma résurrection. Mais ce n'est pas là toute ma promesse; car je disparoitrai trop tôt, pour vous satisfaire par cette courte vision; je viendrai en vous par mon esprit consolateur. Les orphelins seront consolés, parce que l'esprit de leur père sera en eux, et qu'il leur apprendra à prononcer comme il faut le nom de père : Dieu enverra dans leurs cœurs l'esprit de son Fils qui les Jèra crier, mon Père , mon Père x ; qui leur apprendra à parler, à agir en enfans, et non en esclaves; en esprit de confiance, de tendresse, d'amour et de liberté.
Encore an peu de temps , et le momie ne me verra plus; mais vous, vous me verrez; parce que jevivtai, et vous vivrez v; vous vivrez de cette vie, dont il est écrit : Le juste vit de la foi ' . Vous vivrez de cette foi agissante et féconde en bonnes œuvres, qui opère pat F amour 5 . Pour voir Jésus vivant, il faut vivre, et vivre de la vraie vie. Le monde, qui est mort, ne verra point Jésus qui est
' Joui \i\ 18. \II1. 33. — ' Gai IV. 6, — ' Joan. \\\ . :<). 4 Rom. i <~ — ' (j.it \ . (.-.
vivant. En ce jour, vous verrez que je suis en mon Père, et vous en moi, et moi en vous (|J. En ce jour, lorsque le Saint-Esprit vous sera donné, et encore plus en ce jour , où vous verrez à découvert la vérité même, vous verrez mon union intime, substantielle et naturelle avec mon Père, et celle que j'ai contractée avec vous par miséricorde et par grâce. Si vous m'aimez, je vous aimerai, etyr? me manifesterai à vous par amour. Douce manifestation que l'amour inspire, que l'amour attire! Je me manifesterai, non point pour satisfaire des yeux curieux, mais pour contenter un cœur ardent.
xcir jour.
La prédestination. Le secret en est impénétrable. Joan. xiv. 22.
Jvde lui dit : Seigneur, d'où vient que vous vous découvrez à nous, et non pas au monde 2)? Cette question devoit naître naturellement du discours qui a précédé , puisqu'on y a vu que le Sauveur avoit déclaré qu'il se manifesteroit par son Saint- Esprit à ses amis, et non pas au monde. C'est donc ici le grand secret de la prédestination divine : saint Jude va d'abord au grand mystère : D'où vient? Qu'avons-nous fait, qu'avons-nous mérité plus que les autres? N'étions-nous pas pécheurs comme eux, charnels comme eux? Eussions-nous cru, si vous ne nous aviez donné la foi? Vous eussions-nous choisi,
(«) Joan. xiv. 20. — (.») Ibid. 22.
sur l'kwngile. 99
si vous ne nous aviez choisis lu premier ? / ous ne m'avez point choisi, dira-t-il bientôt, mais c'est moi qui vous ai choisis ■'■-. En cela paraît son amour, que ce n'est pus nous qui l' avons aimé; mais c'est lui qui nous a. aimés h' premier '- .
Pourquoi, Seigneur, pourquoi, dit saint Jude? Lui seul pou\oit résoudre celte question; mais il s'en est réserxé le secret. Et c'est pourquoi il n'y répond pas ; et sans l'aire même semblant de l'entendre , il répète encore une fois : ^V que/qiéuu m" aime, il gardera mon commandement ; et mon Père Idimera, et nous viendrons a lui, et nous ferons notre demeure en lui ;r-3j '. Comme s'il eût dit : 0 Jude, ne demandez pas ce qu'il ne vous est pas donné de savoir ; ne cherchez point la cause de la préférence; adorez mes conseils : tout ce qui vous regarde sur ce sujet, c'est qu'il faut garder les commandemens; tout le reste est le secret de mon Père ; c'est le secret incompréhensible du gouvernement, que le souverain se réserve.
Il y a des questions que Jésus résout; il y en a qu'il montre expressément qu'il ne veut pas résoudre, et 06 il reprend ceux qui les font. 11 y en 1 1 Minm. eelle-ci, où il réprime la curiosité par son silence; il arrête l'esprit tout court; et pour le désoccuper des recherches dangereuses, il le tourne à <l»s réflexions nécessaires. * [Saint Jude entendit
Joaiit IV. 16. — [*] /. Joan. iv. 10. — Joan. \iv. ».
1 Ju'le jusf/u'u li nous,] et ceux-ci [C'est
ivoir just/u'à il l'a fait. J oe sont |»oiut <Jhhs le manmerit
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bien qu'il ne falloit pas pousser plus loin la question. Apprenons de ce saint apôtre à demeurer en repos, non sur l'évidence d'une réponse précise, mais sur l'impénétrable hauteur d'une vérité cachée. Et nous, ] passons, évitons cet écueil où l'orgueil humain feroit naufrage. O profondeur des trésors de la science et de la sagesse de Dieu ! Que ses fugemens sont impénétrables , et ses voies incompréhensibles] Qui lui a donné quelque chose le premier, pour en prétendre récompense ? Parce que tout est de lui, tout est par lui, tout est en lui : A lui soit gloire dans tous les siècles : Amen (1). Il n'y a qu'à adorer ses conseils secrets, et lui donner gloire de ses jugemens, sans en connoître la cause. C'est avec ces mots de l'apôtre , expliquer le silence de Jésus-Christ. Taisez-vous, raison humaine ! 0 Seigneur, que j'ai de joie de la faire taire devant vous ! [ C'est assez de savoir dire comme David avec joie et reconnoissance ; qu'il n'a pas ainsi traité toutes les autres nations ; et il ne leur a pas manifesté ses jugemens (2); et encore avec saint Paul : Jésus-Christ a laissé chaque nation aller dans ses voies (5) ; sans lui demander pourquoi il l'a fait. ] Qui en veut savoir davantage, dit saint Augustin (4), qu'il cherche de plus grands docteurs; mais qu'il craigne de trouver des présomptueux.
les avons conservés, parce qu'on les lit dans les éditions précédâmes. Il est permis de conjecturer que l'auteur les aura ajoutés à quelque copie de cet ouvrage. Oa trouve dans l;i suite deux ou trois passages semblables ; nous aurons soin d'en avertir. ( Edition de Versailles.)
(» Rom. xi. 33, 36. — (2) Ps. cxlyu. 10. — {?) Act. xiv. iô. — W Lib. de spirit. et lit. cap. "i\, n. 60.
XCIÏP JOUR.
Demeure fixe du Père et du Fils dans les âmes. Joan. xiv. 25.
Ce qui est certain, ce qu'il faut savoir, ce qu'on ne sauroit assez imprimer dans son esprit, c'est que la cause prochaine de la préférence est que Jésus- Christ et son Père se manifestent à celui qui garde les commandemens : Nous viendrons à lui, et nous y établirons notre demeure (1).
Il va toujours les affermissant de plus en plus, en les assurant de l'amour de son Père, du sien, de la présence et de l'assistance de son Saint-Esprit; et afin de ne rien omettre, il leur dit encore : Nous viendrons en vous, mon Père et moi ; nous ne nous contenterons pas de vous assister au dehors : nous viendrons à vous; nous y établit ans notre demeure. Nous vous serons intimement unis; et cela, non point en passant, mais par un établissement permanent.
Nous viendrons : Quel autre qu'un Dieu peut parler ainsi? Un simple homme, une simple créature, quelque parfaite qu'on la fasse, oseroit-elle dire : Vous viendrons, et s'associer avec le Père éternel, pour demeurer dans le fond des âmes comme dans son sanctuaire?
Nous viendrons à eux, et nous jr établirons notre flemeurr : <f cela qu'est -C€ autre chose, sinon ce
1 Joan \ k>.
qui est écrit ? Fous êtes le temple du Dieu vivant : comme Dieu dit lui-même : jejerai ma < le meure en eux, et je me promené ra i au milieu d'eux, et je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple. Sortez du milieu du monde, dit le Seigneur, et séparez-vous, et ne touchez point aux choses impures; et je vous recevrai, et je serai votre père, et vous serez mes fils et mes filles, dit le Seigneur tout-puissant?*.
Qui nous dira quelle est cette secrète partie de notre ame, dont le Père et le Fils font leur temple et leur sanctuaire ? Qui nous dira combien intimement ils y habitent : comme ils la dilatent comme pour s'y promener, et de ce fond intime de l'ame, se répandre partout, occuper toutes les puissances, animer toutes les actions? Qui nous apprendra ce secret, pour nous y retirer sans cesse, et y trouver le Père et le Fils ?
Ce n'est pas là cette présence, dont saint Paul dit : // n est pas loin de nous; car nous vivons, nous nous mouvons, et nous sommes en lui et par lui Ki) . Car cette présence nous est commune avec tous les hommes , et même , en un certain sens , avec tout ce qui vit et qui respire. Mais l'union que Jésus- Christ nous promet ici, est une union qu'il ne promet qu'à ses amis. Qu'elle est profonde! qu'elle est intime! qu'elle est éloignée de la région des
sens !
Quand Dieu nous a faits à son image, il a créé en nous, pour ainsi parler, ce secret endroit où il se plaît d'habiter. Car il entre intimement dans la créature faite à son image : il s'unit à elle par
(•) //. Cor. vi. i6, 17, 'S. — (9J Jet. xvii. 27, i8.
sur l'évangile. 403
l'endroit qu'il a fait à son image, où il a mis sa ressemblance. L'homme ne lui est pas étranger, puisqu'il l'a fait, comme lui, intelligent, raisonnable, capable de le désirer, de jouir de lui; et lui aussi il jouit de l'homme; il entre dans son fond, d'où il possède le reste; il en fait son sanctuaire. 0 homme, ne comprendras-tu jamais ce que ton Dieu t'a fait ! Nettoie à Dieu son temple ; car il y veut habiter : crois seulement, mais d'une foi vive; tu n'auras besoin pour prier d'autre temple que de toi-même. Que Dieu t'écoute de près ! 11 est en toi , il y demeure, il y règne : son Fils y est avec lui. Quand il t'a fait à son image, il a parlé avec son Fils de l'ouvrage qu'il alloit faire ; et il a dit : Faisons F homme à notre image et ressemblance ' : et maintenant il vient en toi avec lui : il l'envoie continuellement de son sein dans le tien : il y envoie aussi son Saint-Esprit , sanctificateur invisible de ce temple. 11 faut être juste pour cela; car il ne peut pas habiter dans une ame souillée. 0 homme, comment peux -tu souffrir le péobé? Temple de Dieu, comment peuxtu mettre une idole dans ce sanctuaire ?
Non, je me veux retirer en Dieu. Et que faut-il faire pour cela, sinon se recueillir en soi-même? Mais l'y sentons - nous , l'y trouvons - nous ? Dieu n'est-il pas en nous d'une manière vive, et qui se fasse s«'ntii •"? Jésus- Christ a dit du Saint-Esprit : Vous le connaîtrez , parce Qu'il sera en vous, et qu il y demeurera m. Nous devons donc aussi connoître et sentir en nous le Père et le Fils, puisqu'ils y sont, et qu'ils y demeurent. Oui sans doute, il
' (,<n i. a6. — Joan. xiv. 17.
est ainsi ; Dieu se fait sentir en quelque sorte, lorsqu'il arrive en nous : c'est ce que saint Paul vient de nous rapporter : Et je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple (1). Quand je ne sais quoi nous dit dans le cœur, que nous ne voulons que Dieu , et que tout le reste nous est en horreur; alors Dieu se fait sentir. Mais ne croyons pas qu'il se fasse toujours sentir bien clairement, ni que dans le cours de cette vie il se fasse sentir avec certitude. 11 nous est plus intime que nous ne le sommes à nous-mêmes: ainsi- il se cache en nous autant qu'il lui plaît : il s'y découvre à nous-mêmes autant qu'il lui plaît : et il ne s'y découvrira pleinement, que lorsqu'il assouvira tous nos désirs; que sa gloire nous apparoîtra, et que Dieu sera tout en tous, comme dit saint Paul(9).
Ouvrons-lui cependant l'entrée : Jésus-Christ nous en donne le moyen : Si quelqu'un ni aime, il gardera ma parole : celui qui ne ni aime pas, ne garde pas ma parole (3). N'aimez point en discours, ni en paroles ; aimez par les œuvres et en vérité (4) . Il sonde les cœurs, et il voit que celui qui parle, et qui croit aimer «ans agir, n'aimepas. Mais aussi celui qui garde extérieurement sa parole, et qui n'agit point par amour, ne garde pas véritablement cette parole. Il faut joindre l'exécution de sa parole avec son amour ; parce que sa principale parole et l'abrégé de sa doctrine, c'est qu'il faut aimer.
(«) //. Cor. vj. 16. — (?) I. Cor. xv, 28. — (3) Jean. xiv. .'3, 2.\.— (î) I Joan. 111. i8,
sur l'évangile. 105