XCIV JOUR
Etat ferme de la vie chrétienne. Joan. xiv. 16 — 23.
Arrêtons-nous sur ces paroles : Mon Père vous donnera le Consolateur, afin qu'il soit en vous éternellement. Vous le connaîtrez, parce cjuil demeurera en vous. Nous viendrons a lui, et nous y établirons notre demeure ' . Entendons que la vie chrétienne n'est pas un mouvement perpétuel du bien au mal et du mal au bien. C'est quelque chose de stable et de permanent. Celui qui n'a rien de ferme, et dont la vie est un continuel retour du péché à la pénitence, et de la pénitence au péché, a juste sujet de craindre que le bien n'ait jamais été solidement en lui.
Je ne veux pas dire qu'on ne puisse jamais perdre la grâce : car pourquoi la pénitence auroit-elle été établie après le baptême ? Je ne veux pas dire que la chute après la pénitence soit sans remède : car Jésus-Christ n'a point donné de bornes à ta puissance des clefs : Tout ce que vous remettrez sera remis : tout ce que rot/s délierez sera délié - : \0US pourrez remettre < l délier jusqu'à l'abus de la pénitence. Je ne veux pas dire non plus que le passage de la grâce au péché, et du péché à la grâce, ne puisse pas quelquefois être fréquent. Saint Pierre étoit juste, quand Jésus lui dil comme aux autres : Vous êtes purs 8 ; el il n'excepta que Judas. 11 tomba
J<;m mv ih, î- i 'au \\\ M|. — Joan. KHI. IOi
bientôt après, quand il renia son maître : il se convertit bientôt après, lorsque Jésus le regarda, et qu'il pleura si amèrement. Qui osera dire qu'un regret si amer et si sincère, le fruit d'un regard spécial de Jésus, ne lui rendit pas la justice? Mais qui osera dire aussi qu'il ne l'avoit pas perdue de nouveau, lorsque Jésus lui reproche comme aux autres son incrédulité et la dureté de son cœur, pour n'avoir pas voulu croire ceux qui leur annonçaient qui! était ressuscité (,) ? Dieu permet ces chutes fréquentes, lorsqu'il fait sentir à une ame sa propre foiblesse. Mais où en veut-il venir par ces terribles leçons, sinon à affermir l'ame dans l'humilité, dans la défiance de soi-même, dans la confiance en Dieu, et par là dans la vertu? 11 en faut donc venir à un état de fermeté et de consistance. Chrétien, tu as assez appris tes foiblesses par tes chutes : il n'est pas question de l'expérimenter toujours : il est temps de profiter de tes expériences : Pierre n'a été vacillant un peu de temps, que pour être conduit par là à une longue et perpétuelle persévérance.
XCVe JOUR.
Le maître intérieur. Joan. xiv, 25, 26.
Je vous ai dit ces choses, pendant que félois parmi vous : mais le Saint-Esprit consolateur, que mon Père vous enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses, et vous inspirera, vous
{') Marc.xvi. i4>
sur l'évangile. 407
suggérera, mot à mot, selon l'original, vous fera ressouvenir de toutes les chosesqueje vous aurai dites (l). Quoi donc, avions -nous besoin de deux maîtres? et Jésus-Christ ne nous suffîsoit-il pas pour nous enseigner? Soyons ici attentifs à cette école intérieure, qui se tient dans le fond du cœur. Outre les enseignemens du dehors, il falloit un maître intérieur, qui fit deux choses; l'une, de nous faire entendre au dedans ce qu'on nous avoit enseigné au dehors; l'autre, de nous en faire souvenir, et d'empêcher qu'il ne nous échappât jamais.
Remarquons bien néanmoins que Jésus-Christ et le Saint-Esprit ne nous enseignent pas des choses différentes. Ecoutez bien, fanatiques, qui attribuez à la doctrine du Saint-Esprit des choses que Jésus- Christ n'a pas dites. H enseigne les mêmes choses; mais l'un enseigne au dehors, et l'autre au dedans : et lorsqu'on dit que le Saint-Esprit enseigne au dedans, il faut entendre que Jésus-Christ même enseigne aussi au dedans; parce que c'est lui qui envoie le Saint-Esprit, qui est plein de lui, comme il l'expliquera bientôt.
Et pourquoi cette doctrine intérieure est-elle attribuée au Saint-Esprit, si ce n'est pour la même r.iison, que l'infusion de la charité lui est attribuée? La charité, dit-il, est répandue dans nos cœurs par le Saint- Esprit, j/ui nous a été donné(-'. Qu'est-ce donc qu'enseigner au Saint-Esprit? si ce n'est faire aimer la vérité que Jésus-Christ nous a annoncer. jusqu'à DOUTOir dire : Qui nous séparera de la charité de Jésus-Christ ' Sera-ce ^affliction, ou la
C) Joan xiv. i5, 26. — 1> Rom. v. 5.
persécution, ou la Jaim ? ATous sommes victorieux dans toutes ces tentations, à cause de celui qui nous a aimés, et qui nous a donné son amour (l). Et qu'est-ce que nous faire ressouvenir de ce que Jésus-Christ nous aura dit, sinon le tenir toujours présent à notre esprit par rattachement que nous y aurons au fond du cœur? C'est-à-dire, que le Saint-Esprit nous inspire non tant la science que l'amour, et que c'est par lui véritablement que nous sommes enseignés de Dieu, comme Jésus -Christ nous l'a dit (2).
Soyons donc recueillis et intérieurs, puisque c'est au dedans que nous parle notre docteur. Homme ! où courez-vous d'affaire en affaire, de distraction en distraction, de visite en visite, de trouble en trouble? Vous vous fuyez vous-même, puisque vous fuyez votre intérieur, et vous fuyez en même temps le Saint-Esprit, qui vous y veut parler.
XCVIe JOUR.
Paix intérieure. Joan. xiv. 27.
Je vous laisse ma paix, je vous donne ma paix; cette paix intérieure, que le monde ne vous peut donner (5), puisqu'au contraire c'est lui qui la trouble. Et qu'est-ce que cette paix? Nous viendrons à lui, et nous y ferons notre demeure (4). Dieu en nous et dans notre fond, c'est notre paix. Car il
> Ho n vin. 35,37. — Joan. vi. -J5. — tbid. tiv 37. — (4) Ibui. 23.
sur l'évangile. 109
est écrit de la cité sainte, qui est la ligure de l'ame fidèle : Dieu ne sera point ('branlé au milieu d'elle^. Que la tempête vienne; c'est-à-dire, les passions, les afflictions, la perte des biens temporels : Dieu au milieu de ta/ne ne sera point ébranlé; ni par conséquent le fond où il est : car le Psalmiste poursuit : Dieu F aidera des h matin : Dieu la préviendra de ses grâces; et c'est là sa paix; pourvu qu'elle soit soigneuse de se recueillir en elle-même : car c'est là qu'elle trouve Dieu, qui est sa force. Si elle se dissipe, si elle court, Dieu sera ébranlé au milieu d'elle : non en lui-même, mais au milieu d'elle. Commencez-vous à écouter le monde et la tentation? Dieu s'ébranle au milieu de vous, il est prêt à \ous quitter. Consommez-vous le péché"? il vous quitte. Demeurez donc uni à vous-même, et à Dieu, qui est en vous : il ne s'ébranlera pas au milieu de vous; par là vous serez en paix : car il est écrit : Le lieu où il demeure sera en pai.i ~ . // ri y a point de paix pour les médians, dit le Seigneur 3 . Encore un coup : // riy a point de paix pour les médians : ils sont comme une mer agitée, qui lia jamais de repos i] : qui regorge en mauvais désirs : et ses jlots, et son écume jetée au bord, sera foulée aux pieds, et ne fera que de la boue .
1 Ps m.v (i. — [») IbiJ. i.xxv. 3. — ; Is. xlviii. 23. — (*) lbid. i.vii. ai . — \?) Ibitl. 30.