XCV1P JOUR
Paix imperturbable. Joan. xiv. 27.
Je vous laisse ma paix, je vous dorme ma paix : je ne vous donne pas une paix comme celle que le monde donne. Ne soyez point troublés, ne craignez rien. C'est ce que le monde ne peut vous donner. Ce qu'il redouble le nom de la paix, marque l'affection et la tendresse avec laquelle il fait un si beau présent. Vous diriez qu'à coups redoublés il veuille faire pénétrer la paix au fond du cœur. Il la leur donne pour eux, il la leur donne pour nous. Il leur donne cette paix qui reposera sur les enfans de la paix, qui seront dans la maison où ils entreront; et qui reviendra à eux, si personne ne la veut recevoir. Recevons donc la paix des apôtres, celle des ministres de Jésus-Christ, lorsqu'ils entrent dans nos maisons : soyons pour eux des enfans de paix; ne soyons ni contredisans ni murmurateurs. Recevons cette paix : non celle du monde, mais celle que Jésus-Christ sait faire trouver au milieu des humiliations et des travaux.
Ne craignez rien, ne vous trouble: pas* C'est, comme nous avons dit , la conclusion de tout ce discours, et le terme où il aboutit. Considérons toutes les raisons par lesquelles le Fils de Dieu bannit le trouble que devoit causer sa mort. Premièrement, s'il s'en va, c'est pour nous préparer la place dans la maison de son Père. Ses disciples le peuvent
suivre; et en leur disant où il va, il leur montre aussi le chemin pour y parvenir. Il leur apprend où ils pourront voir le Père, dont la vision leur suffit : dans la possession duquel ils n'onl plus rien ni à désirer ni à craindre. Secondement, quoiqu'il les quitte, il n'en sera pas moins leur protecteur; et ils peuvent tout obtenir en son nom. Loin que son absence leur nuise, il fera pour eux et par eux de plus grandes choses qu'il n'avoit jamais faites. Troisièmement, en les quittant il leur promet un consolateur invisible, qui adoucira leurs peines, et leur gravera dans le cœur toute sa doctrine. Touchés de l'amour qu'ils auront pour sa personne, ils garderont sa parole. Enfin, il ne les quittera pas en les quittant; il viendra à eux, et il y viendra avec son Père, et ils établiront leur demeure dans leurs âmes : ce qui les fera jouir dans le fond du cœur, au milieu des persécutions et des tentations, d'un imperturbable repos, et de cette paix qui surpasse tout sentiment, toute pensée, toute intelligence (,). Après cela on peut conclure : \e vous troublez pas, ne craignez rien. Voici néanmoins encore une raison plus touchante pour ses vrais disciples.
(■) Philip, iv. 7.
XCYIIIL JOUR.
Jésus-Christ rentre en sa gloire, retournant à son Père. Joan. aiv. 28.
Vous avez ouï que je vous ai dit : Je m'en vais, et je reviens ^ : je meurs, et je ressuscite, et je reviens de nouveau à vous : je m'en vais encore, je monte au ciel, et j'en reviendrai à la fin, pour demander compte de mes grâces. Si vous m'aimiez, vous seriez bien aise que je m'en allasse. Je vous ai dit les raisons de vous consoler de mon absence, par les biens qui vous en reviennent. En voici une, par rapport à moi, qui vous doit toucher davantage : Si vous m'aimez, vous devez vous réjouir que je retourne à mon Père; parce que mon Père est plus grand que moi; et que c'est avec lui que je trouverai ma véritable grandeur.
C'est son Père qui en est la source, parce qu'il tient tout de lui : il est toujours dans son sein, et ne le quitte jamais. Toutefois en se faisant homme, il est sorti en un certain sens du lieu de sa gloire; et il s'est fait moindre que son Père, lui qui est naturellement son égal. Comme homme il va retourner à ce lieu de gloire ; et en retournant à celui qui est plus grand que lui, à cet égard, il devient aussi plus grand lui-même : parce quil entre dans sa gloire v\ ensuite de ses souffrances : et Cassis à la tlroite de la majesté de Dieu, toute puissance lui
0 Joan. xiv. a8. — {*) Luc xxiv. 26.
-.i iv î. ; \ \ \(.ile. 413
est donnée dans le ciel et dans la terre l). C'est ce qu'il nous dira bientôt : Mon Père, glorifiez-moi de la gloire que j'ai eue auprès de vous, avant que le monde fut ->. Répandez cette gloire sur l'humanité que j'ai prise. Telle est la gloire que je vais recevoir en retournant à mon Père : Si vous m'aimiez, vous en auriez de la joie. Réjouissez-vous donc, vous qui m'aimez ; réjouissez-vous de la gloire où je vais entrer.
C'est ce que font tous les bienheureux esprits, en disant : V Agneau qui a été immolé est digne de recevoir puissance , divinité, richesses, sagesse, force , honneur, gloire , bénédiction . action de grâces : il est digne de les recevoir avec son Père : A celai qui est assis sur le trime, et ci F Agneau, bénédiction, et honneur, et gloire, et puissance aux siècles des siècles :i). Vous le voyez, ils n'ont point de termes pour expliquer un si grand transport : c'est qu'ils aiment Jésus, et se réjouissent de la gloire qu'il a reçue avec son Père.
C'est pour nous exciter à cette joie, qu'il nous dit : Si vous m'aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je vais à mon Pire (i>. 0 Seigneur, je m'en réjouis; je ne me réjouis pas tant de mes avantages, que je me réjouis de votre gloire. Allez à votre Père, selon ce qu'il est plus grand que vous, afin de jouir des avantages de votre naturelle grandeur. Gloire, louange, bénédiction, puissance, honneur, soit donné à l'Agneau qui a été immolé pour nous.
(') Mati \ LU. 1^. — (" Joan. XVII. 5. — 3 Apoc. v. 13, i3. —
V) Joan. mv. s8.
B09SUBT. \ v
Soyez loué, soyez adoré, soyez servi de toute créature : je fais ma gloire de votre gloire, ma grandeur de votre grandeur, ma félicité de votre félicité. Voilà ce qu'il nous faut dire dans toute l'étendue de notre cœur, en honneur de cette parole du Sauveur : *S7 vous m'aimiez, vous vous réjouiriez de oe que fe vais à mon Père, parce que mon Prie est plus grand que moi.
Mon Sauveur, que vous êtes grand ! puisque vous avez besoin d'avertir les hommes que votre Père est plus grand que vous. Si un autre que vous disoit : Dieu est plus grand que moi; on lui répondrait : Qui en doute? quelle comparaison y a-t-il à faire entre Dieu et vous? C'est trop présumer de vous, que de croire qu'on vous puisse mettre en comparaison avec Dieu. Mais comme il y a en Jésus- Christ une grandeur pareille à celle de Dieu, en sorte qu'il ne craint point de ce côté -là de traiter d'égal avec Dieu, et que dans tout le discours que nous avons ouï, il montre cette égalité ; il a été nécessaire de nous faire souvenir aussi de l'endroit par où le Père est plus grand que lui ; de peur qu'on n'oubliât qu'étant Dieu, il s'étoit humilié et anéanti jusqu'à prendre, non-seulement la forme d'esclave, mais encore la figure du pécheur.
Que vous êtes grand, mon Sauveur! Que j'ai de joie de votre grandeur ! Que j'ai de joie de la gloire que vous avez naturellement dans le sein de votre Père! Que j'en ai de celle où vous êtes exalté par votre humiliation jusqu'à la mort, et à la mort de la croix!
sur l'évangile. 115
Soigneur, vous m'avez appris comment il vous faut aimer : oserai -je vous dire avec saint Pierre : Seinr, vous savez que je vous aime ' . Excitezvous, chrétien, à cet amour : dites mille et mille fois à Jésus : je vous aime; mais souvenez -vous qu'il vous a dit ; Si vous m'aimez, gardez mes commandement.