‹ Méditations sur l'ÉvangileChapitre 60 sur 71 · XCIX JOUR · texte numérisé non relu

XCIX JOUR

Jésus-Christ prédit tout ce qui lui doit arriver : il va volontairement à la mort. Joan. xiv. 29.

Je vous ai <lii ces choses avant qu'elles arrivassent, a fia que vous crussiez, lorsqu'elles seroieht arrivées^'. Que vous crussiez : quoi? deux choses. La première, que je vois tout, que je sais tout, qu'on ne me peut cacher ce qu'on trtune contre moi dans les ténèbres. Je vois le traître disciple qui me vend, qui me va livrer, qui se met à la tète de mes ennemis pour me prendre. Je sais tout ce qu'ils feront, et qu'ils me conduiront à la mort. Je vous Je dis avant qu'il arrive, afin que vous croyiez en moi : au même sriis qu'il venoit de dire : / // de vous, qui mange acee moi, me trahira : et je vous le dis avant qu'il arrive; afin que lorsqu'il arrivera , vous croyiez qui c<\t moi qui suis le Christ : et qu'il avoit dit

peu de jours auparavant : Votre ami Lazare est

• Joan. \\\. l5. — (J) Ibid. \t\. ag — Ibid \m. 18, 19.

mort : je m'en réjouis pour l'amour de vous, ((fin que vous croyiez, parce que je ri y étois pas0). La seconde chose, afin que vous croyiez que le monde ne peut rien sur moi; et que personne n'auroit puissance de me livrer, si je ne me livrois moimême le premier, pour obéir à mon Père.

C'est ce qu'il confirme par les paroles suivantes : Je n'ai plus guère de temps pour vous parler : le prince de ce monde arrive, et il ri a rien en moi (2). Il anime les Juifs, et je les vois avancer par son instinct. Il n'a aucun droit sur moi, parce que je suis sans péché; ainsi il n'a pas de droit de m'assujettir à sa puissance, ni de me donner la mort : Mais afin que le monde sache que f aime mon Père, et que je fais ce qu'il me commande : Levezvous, sortons d'ici (3). C'est ainsi que finit son discours.

Afin que le monde sache : car je lui dois cet exemple; que j'aime mon Père, et que je fais tout ainsi qu'il me l'ordonne : c'est l'exemple que je veux donner, non-seulement d'obéir, mais d'obéir par amour. Je viens de vous dire : Si vous m'aimez, gardez mes commandemens : celui qui m'aime garde ma parole : il faut premièrement aimer, et ensuite obéir, mais par amour. C'est ce que je commande, c'est ce que je fais : j'aime mon Père, et j'obéis. Je m'avance volontairement pour exécuter ses ordres : Judas sait le lieu où j'ai accoutumé d'aller prier, et il se sert de celte connoissance pour me

W Joan. xi. il, i4, i5. — W Ibid. xiv. 3o. — (3) Ibid. 3i.

sur l'évangile. 117

surprendre : mais il ne me surprend pas. Je vois ses complots; et quelque loin qu'il soit, toutes ses paroles viennent à mes oreilles (1). Combien ai-je rompu de complots semblables? Combien ai-je échappé de fois aux Juifs, qui vouloient me prendre ? Je pourrois encore rompre ce coup, en n'allant point au jardin où l'on vient me prendre : mais il est temps, mon heure est venue : et mon Père me fait voir que c'est cette fois qu'il faut que je meure. C'est l'heure de mes ennemis, et de la puissance des ténèbres : Levezvous, sortons d'ici : allons au-devant de ceux qui- me cherchent.

11 répète les mêmes paroles en descendant de la montagne des Olives, et en sortant de son agonie : Levez-vous, allons; celui qui me trahit, approche Il ne recule pas : il marche à la mort avec une volonté déterminée : il y mène ses disciples : Levezvous, partons. Car encore que leur heure ne soit pas venue, il veut pourtant qu'ils le suivent; et il les mène au combat pour les aguerrir. Ils fuiront à cette fois : mais peu à peu ils s'accoutumeront à combattre : liions donc, suivez-moi, dit - il, levezvous. C'est à nous qu'il parle ainsi. Revêtons-nous à son exemple de résolution et de courage : ne nous troublons pas : ne craignons rien : à quelque hasard qu'il nous faille aller pour son service, faudroit-il aller à une mort assurée : levons-nous, partons; et quand il sera à la porte, lorsqu'il frappera le dernier coup, et qu'on nous annoncera la mort

• Jouit. v • m . ■ ) — y/ail. xxvi. \6

prochaine, disons avec un air libre et d'une voix ferme : Levons-nous, sortons d'ici.

Cela dit, Jésus se leva : il partit du cénacle et de la maison, pour aller, selon su couliimc, nu /un lin et à la montagne des Oliviers, et ses disciples le suivirent (1).

(«) Luc. xxu. 3f).

SUR l'évangîle. 419

Page 1