‹ Méditations sur l'ÉvangileChapitre 67 sur 71 · V.U. vi. i, 3,3, n · texte numérisé non relu

V.U. vi. i, 3,3, n

indignes de paroître avec une sainteté finie devant l'infinie sainteté de Dieu. Et le cri qu'ils font pour se dire l'un à l'autre Sainte saint, saint, fait voir l'effort dont ils ont besoin pour entendre et pour célébrer la sainteté de Dieu, laquelle demeure audessus de tous leurs efforts; en sorte qu'il n'y a que lui qui se puisse louer lui-même, et que c'est en lui qu'il faut trouver et connoître sa digne louange.

Combien plus devons-nous trembler devant l'auguste et redoutable sainteté de Dieu avec nos péchés ? Mais si un charbon de l'autel est appliqué à mes lèvres, si un de ces séraphins prend l'ordre de Dieu pour me toucher, comme Isaïe, de ce feu céleste^ alors je louerai Dieu avec des lèvres pures, parce que je l'aimerai d'un pur amour.

Ne croyons pas néanmoins que les séraphins, ni que les ministres de Dieu, quels qu'ils soient, fussent-ils élevés à leur degré par la perfection de leur amour, puissent nous purifier. Ils peuvent bien nous toucher les lèvres de ce feu divin par l'inspiration de quelques bonnes pensées ; mais pour pénétrer dans le fond, pour nous embraser de l'amour qui nous sanctifie, c'est le coup réservé à Dieu, qui, plus intime dans nos cœurs que le plus intime, allume et cache dans notre intérieur, et dans la moelle de nos os cette flamme sanctifiante et purifiante. Et c'est ainsi que s'accomplit cette divine prière : Mon Père saint, sanctifiez-les en vérité: je me sanctifie pour eux'^K

Séparons-nous donc des pécheurs et de toute iniquité, en contemplant la saiftteté de Dieu notre

{') Joan. xyn. u, 17, iy.

sur l'évangile. 287

Père céleste. Car c'est ainsi que David, après avoir vu et contemplé dès le matin que Dieu est saint, et ne veut point l'iniquité, c'est-à-dire, ne la veut jamais, ni par quelque endroit que ce puisse être; ajoute aussitôt après : El le méchant n'habitera point auprès de vous: et les injustes, les pécheurs ne subsisteront point devant vos yeux^ . Encore un coup, séparons-nous donc des pécheurs: séparonsnous-en; mais encore, autant qu'il se peut, en nous retirant de leur odieuse et dangereuse compagnie, de peur d'être corrompus par leurs discours et par leurs exemples, et de respirer un air infecté.

LXVIIe JOUR.

Père juste. Ibid.

Après avoir dit par Jésus-Christ et en Jésus-Christ, mon Père saint, nous pouvons dire aussi en lui et avec lui, mon Père juste.

Après avoir conçu la grâce par laquelle il nous sanctifie, et avoir admiré le bonheur de ceux qui l'ont reçue, nous viendrons à considérer ceux qui en sont justement privés; et nous adorerons les jugemens d'un Dieu juste, après avoir admiré les sanctifications d'un Dieu saint.

La vue de ces sanctifications n'a rien que de consolant. Mais quand il faut venir à considérer cette parole : Le monde ne vous COlUlot t pas W : et celle-ci :

(') Ps. v. 6. — (>) Joan. xvn. a5.

Je ne prie pas pour le monde (,): c'est là que l'on tremble : l'esprit est confondu, le cœur s'abat, et il ne reste qu'à dire: Mon Père juste: vous êtes juste, Seigneur, et tous vos jugemens sont droits ^\ Gardez-vous bien de vous jeter dans ces profondeurs. Tant de nations qui ne connoissent pas Dieu, et qu'il laisse, comme dit Papotre, aller dans leurs voies (3), à qui Jésus-Christ n'a pas seulementélé nommé: tant d'hérétiques, tant de schismatiques, à qui on oie dés leur enfance laconnoissance de la vraie Eglise : parmi les vrais chrétiens, tant d'ingrats, tant d'esprils bouchés, lantdecœurs durs, tant d'oreilles sourdes. 0 Dieu, je m'y perds ! Que dirai-je? Mon Père juste, c'est par votre juste et impénétrable jugement qu'ils sont endurcis. Qu'y a-t-il de plus juste que de laisser à eux-mêmes ceux qui se cherchent? Quelle punition plus convenable que celle qui punit l'homme par sa propre faute? Seigneur, m'élèverai-je contre vous? Et parce que je vois périr dans un hôpital, où m'a réduit ma misère, uneinfinité de malades, me rebelle rai -je contre le médecin, qui daigne m'apporter un remède qui me guérit? Lui dirai-je : Je n'en veux point que je ne voie tout le monde guéri de môme? Non, mon frère, prends le remède. Pourquoi te troubler de ceux qui périssent, à qui tu vois quelquefois rejeter avec chagrin et aveuglement le secours qu'on leur présente? Ce n'est pas là ce que le céleste médecin demande de loi. Reçois humblement le remède, et laisse à la divine Providence ceux que tu en vois privés. Crois seulement que nul ne périt que par sa

i'j Juan, xvu, y. — \*) Pg. cxvm, i3;. — {>) Att. xiv. i5.

SUR i ÉVANGILE. 28y

faute : que dans ce grand hôpital de Dieu, dans le monde, où tout est malade, il n'y a point de mal qui n'ait son remède ; et que tous les secours qui se donnent dans l'univers, dans quelque lieu que ce soit, à qui que ce soit, dans quelque degré que ce soit, se dispensent avec équité et avec bonté, sans que personne se puisse plaindre.

Quand donc nous entendons ces paroles : Le monde ne vous connoit pas : ne demandons point, comme fit saint Jude : Seigneur, d'où vient que vous vous ferez connoître à nous et non pas au monde (l^ ? Car Jésus-Christ ne répond pas à cette demande, et il répond seulement : Celui qui m aime gardera ma parole. C'est-à-dire, Ne soyez point curieux de savoir pourquoi Jésus-Christ est caché au monde : ce n'est pas là votre affaire : votre affaire est de profiter de la lumière qui vous est donnée. Pour vous, et pour tous ceux qui sont sanctifiés, adorez Dieu qui est saint. Pour les autres, qui sont justement privés de la grâce qui vous sanctifie, adorez Dieu qui est juste. C'est à ces deux points qu'aboutit toute la prière de notre Seigneur.

En passant, où sont ceux qui veulent que ce soit déroger à la perfection de la contemplation, que de s'attacher aux attributs divins, auxquels il faut, disent-ils, préférer la contemplation de son essence? En savent-ils plus que Jésus-Christ, qui, dans la plus haute oraison qu'il ait daigné nous manifester, dit : Mon Père saint, mon Père juste? Qui sait ce que c'est que l'essence de Dieu? Mais qui ne sait,

' Joan. xiv. ->.-i, ii.

BOSSUFT. X. 1W

ou ne doit savoir que c'est son essence qu'on adore sous le nom de sainteté et de justice? Célébrons donc sans fin ces deux divins attributs. Disons avec David : O Seigneur, je vous chanterai miséricorde et jugement (1) : parce que c'est dire avec Jésus- Christ et en Jésus-Christ : Mon Père saint, mon Père juste.

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