LXVI1I* JOUR
La prière de Jésus-Christ après la cène, est l'abrégé du sermon qui la précède.
En repassant sur la prière de Jésus-Christ, on verra qu'il y ramasse toute la substance du sermon de la cène. S'il dit dans sa prière, que ses apôtres ne sont pas du monde, c'est ce qu'il avoit dit auparavant. S'il dit qu il quitte le monde : il avoit dit : Je suis sorti de Dieu, pour venir au monde : et maintenant je quitte le monde, pour retourner ci Dieu. Comme il avoit donné l'amour et l'union de ses disciples, comme la marque de son école ; il inculque la même chose dans sa prière (2). Ces paroles : Vous connoitrez en ce jour-lit, que je suis dans mou Père, et vous en moi, et moi en vous (3), reviennent à celles-ci : Je suis en eux :et vous en moi; et h cellesci : Afin que l'amour que vous avez pour moi soit en eux, comme je suis en eux (4). Ce qu'il promet par
{*) Ps. Ci.— v3) Joan. xvii. 16. xv. 18, 19. xvi. 33. xvn. n. xvi. lé. xv. 12, 17. xin. 34, 35. — (3) Joan. xiv. ao. — (4) Ibid. xvn. a3, a6.
SUR l'évangile. 291
ces paroles : Là où je suis, celui qui me sert y sera aussi {l), il le demande à son Père par celles-ci : Là où je suis, je veux, mon Père, que ceux que vous ni avez donnés, y soient aussi avec moi (2). Cela nous montre deux vérités. L'une, que ce qu'on enseigne aux hommes, doit être aussi la matière de ce qu'on traite avec Dieu dans la prière. La seconde, que la même chose qui fait la matière du commandement, et celle de la promesse, fait en môme temps la matière de la prière : parce qu'on doit demander à Dieu l'observation des commandemens, et l'accomplissement de ses promesses : Ce qu il promet, dit saint Paul (3), il est puissant pour le faire : Et saint Augustin disoit aussi en parlant des commandemens : Accordez-moi ce que vous me commandez. Il ne dit pas, Accordez -moi ce que vous me promettez, ce qui seroit naturel : mais, Accordez-moi ce que vous me commandez; qui est la même chose que s'il disoit : Accordez-moi ce que je dois faire, c'est-à-dire, faites en moi mon action propre. Ce qui est conforme à la paroJe de Jésus- Christ, qui, après avoir commandé la charité fraternelle, et l'union de ses fidèles, demande à Dieu qu'il la fasse en eux, et qu'ils soient consommés en un.
Unissons-nous à la prière sainte de Jésus-Christ : rappelons en notre mémoire, et méditons devant Dieu, les vérités qu'il nous enseigne, et surtout méditons-y ce qu'il nous promet, et ce qu'il commande, pour obtenir en Jésus-Christ et par Jésus- Christ l'accomplissement de l'un et de l'autre, et
(.*) Joan. xu. 26. — t,a) Ibicl. xvm. a^-"— ^3) R0m.1v. 21.
autant de ce qui dépend de nous, que de ce qui dépend de Dieu.
Apprenons la liaison sainte de la promesse, du commandement et de la prière. Le commandement nous avertit de ce que nous avons à faire. La promesse nous avertit de ce que nous avons à espérer : et l'une et l'autre nous avertissent de ce que nous avons à demander, à celui sans lequel nous ne pouvons rien espérer, ni rien faire.
LXIXe JOUR.
Ferme foi en Jésus vrai Messie. Toan. xvii. 25, 8.
Ils ont conflit que vous m'avez envoyé (1) : ils l'ont connu avec une ferme foi et une persuasion aussi forte, que celle qu'on a des choses dont on est le plus assuré : Ils Y ont connu véritablement (2), comme il l'a dit : tout est là-dedans : et cela posé, tout s'ensuit. Heureux ceux à qui Jésus-Christ rend ce témoignage! Examinons-nous nous-mêmes sur celte importante disposition de notre cœur. Ecoutons saint Paul, qui nous dit : Examinez-vous vousmêmes, si vous êtes dans la foi : éprouvez - vous vous - mêmes (5) . Voyez combien il presse, combien il inculque. Examinez-vous, éprouvez-vous. Croyezvous avec une pleine certitude que Jésus-Christ soit véritablement envoyé de Dieu ? Quelle raison pourriez-vous avoir de ne le pas croire? N'a-t-on pas vu en lui toutes les marques que les prophètes et les
(0 Juan. xvn. -25. — 00 Ibld. 8. — (') IF. Cor. xnr. 5.
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patriarches avoient données du Christ qui devoit venir? N'a-t-ilpas fait tous les miracles qu'il falloit faire, et dans toutes les circonstance qu'il les falloit faire, en témoignage certain qu'il étoit celui qu'on devoit attendre, et le véritable envoyé de Dieu ?
Quel autre que lui a donné aux hommes une morale si sainte, si pure, si parfaite? Et qui a pu dire comme lui : Je suis la lumière du monde (l)? Où trouverons- nous plus de charité envers les hommes; de plus saints exemples, un plus beau modèle de perfection; une autorité plus douce, plus insinuante, plus ferme; une plus grande condescendance pour les foibles, pour les pécheurs, jusqu'à s'en rendre l'avocat, lintercesseur, la victime? C'est ce qu'il explique lui-même par ces aimables paroles : Venez à moi, vous tous qui êtes oppressés et affligés, et je vous soulagerai : approchez, et apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur; et vous trouverez le repos de vos âmes : car mon joug est doux, et mon fardeau est léger (2). Il faut à l'homme un joug, une loi, une autorité, un commandement : autrement, emporté par ses passions, il s'échapperoit à lui-même. Tout ce qu'il y avoit à désirer, c'est de trouver un maître comme Jésus-Christ, qui sût adoucir la contrainte, et rendre le fardeau léger. Où trouverons-nous la consolation, l'encouragement, et les paroles de vie éternelle, si nous ne les trouvons pas dans sa bouche ? Croyezvous bien tout cela? C'est la première partie de cet examen.
Mais quand nous aurons dit : Oui, je le crois, je
Toan. vm u, — ' Mali, xi. 28, jg, 3o.
le reconnois avec cette plénitude de la foï(i\ dont parle saint Paul; avec une pleine et entière persuasion (2) : saint Jean viendra nous dire, avec sa divine et incomparable douceur : Cest en cela que nous savons que nous le connoissons, si nous gardons sa parole. Celui qui dit qu'il le connoït, et ne garde pas sa parole, c'est un menteur, et la vérité n'est pas en lui. Et un peu après : Celui qui dit qu'il demeure en lui, doit marcher comme il a marche ,(3), et suivre ses exemples. Bien certainement, il y en a qui le confessent de bouche, et qui le renoncent par leurs œuvres^. Saint Paul l'a dit : et saint Jean a dit : Mes petits en/ans, aimons non de bouche, et de la langue, mais en œuvre et en vérité '( '}. Sommesnous ou n'en sommes -nous pas de ceux-là? Qu'avons-nous à nous répondre à nous-mêmes là-dessus? C'est la seconde partie, encore plus essentielle que la première, de l'examen que nous faisons.
Et la troisième, la plus importante de toutes : Si notre cœur ne nous reprend pas, et que nous marchions devant Dieu avec confiance (6) : si nous tâchons de vivre, de sorte que nous soyons les enfans de la vérité, du moins que nous travaillions à le devenir, et que nous en puissions persuader notre cœur en la présence de Dieu : croyons -nou^ bien, que c'est là un don de Dieu, conformément à cette parole : La paix soit donnée aux frères, et la charité avec la foi par Dieu le Père, et par Jésus-Christ notre Seigneur (7), en sorte que nous n'avons point
MHeb. x.aa. — (*) /. Thess. i. 5. — (») 1. Joan. i>. 3, 4, 6. — (4 TH. i 16. — (f) I. Joan. m. 18. — (6) Ibïd. ai, 29. — (7) Ephes. vi. a3.
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à nous en glorifier, mais plutôt à nous humilier jusqu'aux enfers; parce que nous n'y avons apporté du nôtre, à ce tel quel commencement de bonnes œuvres, que misère, pauvreté, et corruption ; et que si c'est se perdre que de s'écarter de la vertu, c'est se perdre encore beaucoup plus d'en présumer. Après cela, il ne reste plus qu'à, confesser nos péchés, non avec découragement et désespoir, mais avec une douce espérance : parce que le même saint Jean a dit, Que si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous pardonner nos pèches, et pour nous purifier de toute iniquité '(l) . Remarquez, fidèle et juste : non qu'il nous doive rien : mais à cause qu'il a tout promis en Jésus-Christ. En sorte que pour pouvoir espérer de lui notre rémisson et notre grâce, il suffit de croire qu'il a envoyé Jésus- Christ, parce que bien constamment, il n'est envoyé que pour être par son sang la propitiation de nos fautes '2).