‹ Méditations sur l'ÉvangileChapitre 11 sur 34 · G MEDITATIONS · texte numérisé non relu

G MEDITATIONS

que leur prédire leurs malheurs, afin qu'ils les évitassent? ce Je vous envoie x> , disoit-il , « des prophètes , et des sages , » et des docteurs : vous en tuerez et crucifierez quelques-ans ; » vous en flagellerez d'autres, et vous les poursuivrez de ville )) en ville, afin que tout le sang innocent tombe sur vous, » depuis le sang d'Abel le juste, jusqu'au sang de Zacharie, » fils de Barachie , que vous avez fait mourir içntre le temple » et l'autel '» . N'étoit-ce pas leur faire voir leur perte future; et cependant autant qu'il pouvoit , épargner leur sang ? Ce qui fait même qu'en leur découvrant la tempête qui les me~ naçoit , il leur montre le sûr asile qu'ils pouvoient trouver sous ses ailes. « Jérusalem , Jérusalem , qui fais mourir les » prophètes, et qui lapides ceux qui t^sont envoyés, com- » bien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants sous mes » ailes , comme la poule renferme son nid sous les siennes : » et tu n'as pas voulu*». N'impute donc tes malheurs qu'à toi-même : et si tu veux les éviter, reviens à moi. Il est encore temps, et je suis prêt à te recevoir.

Clll' Jour. Patience de Jérémie dans le cachot.

Mais l'endroit où Jérémie fit le mieux paroître l'image de la douceur et de la patience, qui devoit reluire dans la passion du Sauveur, fut celui où on le mit dans le cachot. Car alors sans murmurer, sans se plaindre , au milieu de tant de douleurs, et de tant d'angoisses, il parla en cette sorte : «Mon » âme a dit : Le Seigneur est mon partage : j'attendrai ses » miséricordes, sans lesquelles nous serions déjà tous consu- » mes. Le Seigneur est bon à celui qui espère en lui , et à » l'âme qui le cherche : il est bon d'attendre en silence le » salut que Dieu envoie ». Loin de se plaindre de la longue suite des maux qu'il avoit eu à souffrir : Il est bon à rhomme, disoit-il , de porter le joug , et d'être exercé par les souffrances dès sa jeunesse. Le solitaire s"* assiéra et demeurera dans le silence : il ne s'agitera pas et ne criera pas dans ses douleurs, parce qu'il lèvera ce joug salutaire et le mettra sur lui-même. Quelque rebuté qu'il se sente par un Dieu qui semble le frap-

' Matth. XXIII. 34. 35.— ' Ib. 37.

per sans miséricorde, il baisera la terre et mettant sa bouche dans la poussière , il attendra humblement , s* il y a encore quelque chose à espérer. Loin de sMrriler contre ses persécuteurs , il donnera sa joue à qui voudra le frapper^ et se rassasiera d'opprobres \ C'est ainsi que ce solitaire, cet homme accoutumé à se retirer sous les yeux de Dieu, et à répandre son cœur devant lui , porte en patience les injustes persécutions que lui fait son peuple, et ne se laisse aigrir par aucune injure.

Loin de s'arrêter à la main des hommes, qui , à ne regarder que Textérieur, semble seule le frapper ; il lève les yeux au ciel : a Et», dit-il, « qui est celui qui osera dire, que les » maux puissent arriver autrement que par Tordre du Sei- )) gneur? Et qui dira : Le bien et le mal ne sortent point de » la bouche du Très-Haut? Ou pourquoi Thomme murmure- » ra-t-il de ce qu'il lui est imposé pour ses péchés? Recher- » chons nos voies dans le fond de nos consciences , et cher- » chons le Seigneur, et retournqns à lui. Levons nos cœurs )) et nos mains au ciel vers le Seigneur, et disons-lui : Nous » avons péché, et nous avons irrité votre colère ; c'est pour » cela que vous êtes inexorable. Vous nous avez couverts de » votre fureur : vous nous avez frappés sans miséricorde : et » vous avez mis un nuage entre vous et nous, pour empêcher d notre prière de passer jusqu'à vous ^ ».

C'est ainsi que ce saint prêtre, à la manière des sacrillcateurs infirmes , qui sont eux-mêmes revêtus de foiblesse , prioit pour ses péchés et pour ceux du peuple : laissant au vrai sacrificateur, selon l'ordre de Melchisédech, la gloire de ne prier, et de ne gémir que pour les autres. Et pour imiter le gémissement qu'il a fait pour nous à la croix avec un grand cri, et beaucoup de larines^ ; ce saint prophète dans ce lac affreux, dans ce cachot plein de boue, où le jour n'entra jamais : sous- cette pierre qui le couvroit par en haut, et au milieu de ces tristes et impénétrables murailles , où il avoit à peine la liberté de respirer : dans la faim qui le pressoit, prêt à rendre le dernier soupir, déploroit les calamités de son

' Lament. m. 22.24. 25.26.27.28.29. 30. — Mb. 37. 44. — MIeb. V. 7.

288 JH ÉDITA TIONS

peuple plus que les siennes '. Hélas, disoit-il , « mes tristes » prophéties nous sont devenues un lacet et un ravage inévi- » table : mon œil a ouvert des canaux sur mon visage, à cause » de la ruine de la lille de mon peuple. Mes yeux affligés » n'ont cessé de pleurer, et n'ont eu de repos ni nuit ni jour, )) jusqu'à ce qu'il plaise à Dieu de nous regarder, en pitié da » plus haut des cieux. Mes regards ont livré mon âme en proie » à la douleur, pendant que j'ai vu périr toutes les villes su~ » jettes à Jérusalem ^).

C'est ainsi qu'il pleuroit les maux de ce peuple ingrat ; de ce peuple qui avoit tant de fois machiné sa mort, et qui Tavoit enfoncé dans le cachot, dans le dessein de le faire mourir. Ainsi au milieu de sa passion, Jésus traîné au calvaire parle même peuple, et portant sa croix, se retourna vers celles qui pleuroient ses douleurs , et leur dit : Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi, mais sur vous, et sur vos enfants ^. Luimême en regardant la ville où il devoit être crucifié dans peu de jours, pleura sur elle, ei) disant : a Ha? si tu savois », ville ingrate et malheureuse , « ce qui te pouvoit donner la paix : » mais ton malheur est caché à tes yeux : viendront les jours», et ils sont proches, a que tu seras ruinée de fond en comble , » parce que tu n'as pas connu le jour où je te venois visi- » ter S) . Et enfin : « Jérusalem , Jérusalem , qui fais mourir » les prophètes , combien de fois ai-je voulu rassembler tés » enfants, comme une poule rassemble ses petits^ » ? Et le reste que nous venons de réciter.

C'est ainsi que Jésus pleuroit Jérusalem : et il n'a point de plus parfaite figure de ses douleurs , que celles de Jérémie , et ces tristes lamentations , où il a si amèrement déploré la ruine de sa patrie, et pendant qu'il la prédisoit, et après qu'il l'eût vue accomplir, qu'encore aujourd'hui on ne peut refuser des larmes à des chants si lugubres.

Pleurons à cet exemple sur nous-mêmes : pleurons la perte de notre âme ; et tâchons de la réparer, en la déplorant.

^ Lameut. m. 6. 7. etseq. — ^ Ib. 47. 51. — ' Luc. xxiii. 28. — .*Ib. \ix. ft\. 44. — * Matlh. x-iir. 37.

SUR l'lvaxgile. 289

CIV' Jouft- Jcîcmîe priant avec larmes pour sou peuple qui Toulrase,

figure de Jésus-Cbrist.

Ces larmes de Jcrcmie cloientune continuelle intercession pour son peuple, d Que mes yeux deviennent une fontaine JD de larmes, et ne cessent nijour ni nuit de verser despleurs : w parce que la lille de mon peuple est affligée d'une três- » mauvaise plaie. Si je vas aux champs, je ne trouve que des » gens passés au fil de Tépée ; et si je rentre dans la ville, je ï> n'y vois que des visages pâles et exténués par la faim. Est- » ce donc, ô Seigneur, que vous avez rejeté Judas? ou que D vous avez Sion en abomination? Pourquoi donc les avez- » vous frappés, en sorte qu'il n'y reste rien de sain? Nous » avons attendu la paix, et il n'y a aucun bien à espérer; nous i> avons eru que le temps de notre guérison alloit venir, et il » ne nous a paru que trouble. Seigneur, nous avons connu D nos impiétés, et les iniquités de nos pères : nous avons pé- » ché contre vous. Toutefois ne nous faites pas l'opprolDro S) des nations, à cause de votre saint nom ; et ne renversez

D pas le trône de voire gloire ' Si nos iniquités nous ré-

JD pondent » , et s'opposent à la miséricorde que nous vous demandons; a faites-la-nous néanmoins, non point pour Ta- » mour de nous, et à cause de nos mérites, mais à cause de j> votre saint nom qui a été invoqué sur nous. Car souvenez- » vous de l'alliance que vous avez contractée avec nous, et ne » la rendez pas inutile. Hélas! ô Seigneur, trouverons-nous » un Dieu semblable à vous parmi les peuples ou vous nous » dispersez? Quelqu'une de leurs idoles nous donncra-t-ellc » la pluie; ou celte eau bienfaisante tombera-t-elle du ciel » toulcseuleiet sans votre ordre ?N'êles-vous pas le Seigneur, )) notre Dieu, dont nous avons attendu les miséricordes? C'est » vous qui avez fuit toutes ces choses ' ».

C'est ainsi que Jérémie prioit nuit et jour avec larmes et. gémissements , pour un peuple qui ne cessoit de l'outrager, et de le poursuivre à mort ; en figure de Jésus-Christ notre grand pontife, « qui dans les jours de sa chair , de ses foi- » blesses, de ses souffrances , de sa vie mortelle, offrant dcâ

' Jcicm. xîv, 17. 21. — 'Jcrcm. xiv. 7. 21. ad fin.

SrO MÉDITATIONS

D prières et des supplications à son Père , fut exaucé selon » que le méritoit son respect % : et qui enfin à la croix , où ce même peuple Tavoit attaché, crioit à son Père : Mon Père, pardonnez-leur ; car ils ne savent ce qu'il font^.

Dieu lui apprenoit à iiccomplir le précepte , que Jésus- Christ devoit un jour publier : Priez pour ceux qui vous per^ sécutent *. Car il disoit : Rend-on ainsi le mal pour le bien ; puisqu'ils m'ont creusé une fosse pour m'y enterrer, moi qui étois sans cesse occupé du soin de leur bien faire? « Souve- » nez-YOUs, ô Seigneur! que j'étois toujours devant tous, » pour vous demander du bien pour eux, et détourner d*eux » votre colère ' »? A la vérité, ce discours de Jérémie semble être suivi de terribles imprécations contre ce peuple ; mais on sait que , selon le style des prophètes, cela même sous la ligure d'imprécation , n'est qu'une manière de prédire les malheurs futurs de ces ingrats. Et c'est pourquoi nous voyons Je même prophète , quand il eut vu tomber sur eux les maux qu'il leur avoit prédits; loin d'en ressentir de la joie, comme il auroit fait, s'il kur avoit souhaité du mal, fond en larmes à la vue de leur désastre, et finit ses lamentations par cette prière. « Souvenez-vous, Seigneur ! de ce qui nous est arrivé:

» regardez-nous - voyez notre honte Pourquoi nous ou-

» bliez-vous à jamais? Vos délaissements dureront-ils encore » longtemps? Convertissez-nous à vous , et nous serons con- » verlis , et vous nous pardonnerez : rendez-nous les jours » où nous étions si heureux : rétablissez-nous en l'état où » nous étions au commencement. Mais vous nous avez reje- » tés , et la colère que vons avez contre nous est extrême *».

CV JoLR. Jérémie excuse au moins son peuple, n'osant prier pour lui.

Il est vrai que Dieu déclaroit à ce saint prophète qu'il niB vonloit plus l'écouter : <c Cesse de prier pour ce peuple : » n'emploie pour eux , ni la prière , ni les cantiques de » louange; et ne t'oppose point à mes volontés : car je ne » t'écoulcrai pas * » ; et il lui disoit encore : « Si Moïse et » Samuel se mcttoient devant moi ; j'ai ce peuple en cxécra-

* Heb. ▼. 7. — 2 Luc. xxm. 34. — * Mattli. v. 44. — * Jerem, xvm. 20. — * Lamcnt. v. 1. 20. 21. 22. — • Jerem. vu. 16.

SUR l'Évangile. -^ï

» lion. Chasse-le de devant ma face. Et s'ils te demandent, » Oà irons-nous? tu leur répondras : A la mort, celui qui » doit aller à la mort : A Tépée, celui qui doit être percé » par son tranchant : A la captivité, celui qui doit aller en D captivité » : et que chacun suive son mauvais sort ; je no veux pas l'en tirer. « Car, qui aura pitié de toi, ô Jérusalem? o ou qui s'affligera pour toi, qui ira prier pour ton repos? Tu D as laissé le Seigneur ton Dieu ' » ! Mais cela même que le saint prophète retenoit ses gémissements et ses prières, étoit une espèce de gémissement et de prière cachée : et s'il n'osoit plaindre les malheurs de ce peuple justement puni, il en pleuroit les péchés, a Qui remplira » , disoil-il, cr ma » tête d'eaux , et qui fera couler de mes yeux une fontaine » de larmes , afin que je pleure nuit et jour ceux de mon » peuple qui ont été tués dans leur iniquité » ? Car qui pourroit excuser leurs crimes? qui pourroit demeurer davantage parmi eux? qui me fera trouver dans la solitude une petite cabane ^ de celles que les voyageurs y bâtissent, pour leur y servir de retraite? « et que je laisse mon peuple, et » que je me retire avec eux? Car ce n'est plus qu'une troupe p d*adultères et de prévaricateurs. Leur langue ressemble à n> un arc tendu, d'où il ne sort que mensonge et calomnie. » Ils se fortifient sur la terre , parce qu'il vont d'un mal à » un aulre , et soutiennent le crime par un autre crime : ils D ne me connaissent plus, dit le Seigneur. Ils se moquent D les uns des autres : ils ont appris à leur langue à ajuster » un mensonge : ils se sont beaucoup tourmentés; mais à » mal faire. Leur demeure est au milieu de la tromperie ' » : et le reste qui n'est pas moins déplorable.

Mais encore qu'il ne pût dissimuler leur malice , il les excusoit le mieux qu'il pouvoit : et lorsque Dieu touché de . leur rébellion , qui les faisoit soulever contre lui malgré toutes ses menaces, lui défendoit de prier pour eux ; « purce » que » , disoi(-il, « je les veux perdre, et je ne regarderai » ni leurs jeûnes, ni leurs prières, ni leurs holocaustes^ » : il leur disoit en tremblant et en bégayant, comme un homme

• Jcrcra. XT. 1. 3. 5. 0. — Mb. w. 1. 2. 3. 5. 0. — 'Ib. «y. II. 12

qui n*osoit parler : « A, a, a; Seigneur Dieu : leurs prophètes » les séduisent : vous ne verrez, leur disent-iis, ni lu peste, » ni la famine; mais vous jouirez d'une vérilable paix ' ». Il prioit, sans oser prier : il excusoit ces ingrats, el portoit leurs iniquités devant le Seigneur.

Jésus, comme Jérémie, sembloit vouloir s'éloigner des Juifs : Race incrédule et maligne, jusque quand serai- je avec vous, et vous souffrirai'je '? Mais comme lui , el plus que lui sans comparaison, il conserve toute sa bonté malgré leur malice, et se laisse arracher les grâces, comme il paroît dans le même lieu qu'on vient de voir: Uaee infidèle , serai-je encore longtemps parmi vou^, et contraint de vous supporter? Amenez ici votre fils, que je le guérisse.

CVi* Jour. Les Juifs reconnolssent Jérémie pour leur intercesseur.

Ce peuple ingrat sentit enfin , que Jérémie lui étoit doimé pour intercesseur; et après la prise de Jérusalem, ils dirent au saint prophète : «queThumble prière que nous faisons à » Dieu à vos pieds, vienne jusqu'à vous: priez le Seigneur » votre Dieu pour ces restes de son peuple; et qu'il nous » annonce la voie où il veut que nous marchions. Jérémie » leur répondit : Je m'en vais prier le Seigneur votre Dieu » scion vos paroles: je vous déclarerai toutes ses réponses, » el ne vous cacherai rien ». Et ils lui promirent d'exécuter de point en point tout ce que le Seigneur lui ordonneroit pour eux. «Que le Seigneur», dirent-ils, a soit un » témoin de vérité et de bonne foi entre vous et nous : » nous obéirons au Seigneur à qui nous vous envoyons , soit » que vous ayez à nous dire du bien ou du mal de sa » part^ ». Et Jérémie revint après dix jours : et leur défendit de la part de Dieu d'aller en Egypte, où il voyoit qu'ils scroient séduits par les idoles de ce peuple. Voilà , leur dit-il , ce que vous prescrit le Dieu d'Israël , à qui vous m'avez envoyé pour porter vos prières à ses pieds : et il les avertit en toute douceur et patience de se souvenir de leur parole , el d'obéir au Seigneur à qui ils Tavoient envoyé , comme ils

' Jerctn. ix. 13. — ' Matth. xvn. 10. — ' Jcrcm xlîi. 2. 9, etc.

Tavoienl promis. El après qu'il leur eut Icnii ce pressant discours, « Azarias, et Johanan , et les autres superbes lui » dirent : Vous mentez : le Seigneur ne vous a point en- » voyé, et ne vous a point défendu d'aller en Egypte; mais » Daruch vous irrite contre nous, pour nous livrer aux Clial- Y) déens , et nous faire périr à Babylone ' ». Après lui avoir fait celte réponse, ils allèrent tous ensemble en Egypte ; et ils arrivèrent à Taphnis, et à Memphis, etàMagdalo, et dans toute la terre de Plialurès : et sans se rebuter de leurs injures et de leur désobéissance , Jcrémie les y suivit avec une patience infatigable, pour les empêcher de périr dans . leur idolâtrie. Ils s'obstinèrent à adorer les faux dieux de cette nation infidèle : et le saint prophète vit périr encore ces malheureux i*estes de Juda , dans le lieu qu'ils avoient choisi pour leur retraite, avec Piiaraon Ephrée qui les y avoit reçus *.

CVIP Jocu. Dîeu rejette rintercessîon de ce proplicte.

Une sainte et véritable réflexion se présente ici : Jérémic éloit donné pour intercesseur à ce peuple : il ne cesse do prier pour lui et de détourner, autant qu'il peut, la colèro île Dieu de dessus sa tête; mais Dieu ne le veut pas écouter. Moïse et Samuel étoient aussi d'agréables intercesseurs , dont David même avoit chanté le pouvoir par ces paroles : « Moïso » et Aaron sont remarquables parmi ses sacrificateurs ; et Sa- » muel est renommé entre ceux qui invoquent son nom : ils D invoquoientle Seigneur, et il les écoutoit ^ ». Mais en cette occasion, nous avons vu que Dieu ne vouloit pas les entendre *, Qu'y a-t-il de plus saint que Noé, qui est sauvé du déluge afin de réparer le monde perdu et le genre humain anéanti ; quo Job, dont la patience a été vantée de Dieu comme un prodige, cl qui pour cette raison a été nommé de Dieu comme intercesseur de ses fidèles amis : Allez, disoil le Seigneur, et priez mon serviteur Job de prier pour vous, et je recevrai sa face, afin^ que votre folie ne vous soit point imputée ; que Daniel, l'homme "^h de désirs, à qui il envoya son ange pour lui déclarer, que ses

* Jer. xr.Tii. 2. 3. 4. 5. 6. 7. et scq. xt.iv. 1. 2. 3. 4. ctseq.— 'Ib. 15. ! 5. 16. 17 18et8eq.29.30. — M^s.iCviii.G.— *Jer.xv. — *Job.xui. 8.

-•^ ^ II£DrrAT10>'S

vœux pour ses frères, et pour son peuple, et pour la sainte montagne, et ce qui est bien plus admirable, pour la vcnuo (lu Messie, étoient reçus devant Dieu '. Et néanmoins ces trois hommes ne sont pas jugés dignes d'être écoutés pour le peuple juif; c'est Ezéchiel qui le dit ' : « Si ces trois hommes , » Noé, Daniel et Job étoient au milieu de ce peuple , ils dé- » livreroient leurs âmes dans leur justice, dit le Seigneur

D des armées Mais ils ne délivreront ni leurs fîls ni leurs

» filles » Oui, je le dis encore un coup, ils ne délivreront

ni leurs fils ni leurs filles, loin de pouvoir délivrer les étrangers : mais ils seront délivrés seuls : non, Noé, Daniel et Job, je le dis pour la troisième fois , ne délivreront pas leurs propres en--, fants. Afin que nous entendions qu'il n'y a qu'un seul saint , et un seul juste, qui étant juste pour lui et pour les autres, sera écoulé pour tous, a Le frère », disoit lePsalmiste*, a no » rachètera pas son frère : l'homme ne rachètera pas un au- » tre homme, ni n'offrira pour lui une digne propitiation, ou i) le prix de son rachat et de sa vie ». Nul ne ne peut offrir ce prix , que le Juste par excellence, et le Saint des saints, qui est non-seulement homme, mais Dieu et homme ; qui donnera son ame pour nous, et expiera nos péchés par son sang.

CVJll* Jour. Ucgrcts de Jérémie de u*être aa monde que pour annoncer dcf

malheurs.

Un des efl'ets les plus remarquables de la douceur et de la bonté deJérémie, c'est le regret qu'il avait de n\'ivoir à annoncer que des malheurs h ses citoyens et à ses frères. « Ma » mère », disoit -il, « malheur à moi : pourquoi m'avez-vous )) enfanté, homme de querelles que je suis, homme de dis- » corde par toute la terre »? Je suis séparé de tout commerce: c( Je ne prèle à personne, et personne ne me prête : ils me » chargenttous de malédiclionsS): et encore avec le transport d'un cœur outré : « Maudit soit le jour où je suis né.... Mau- » dit rhomme qui a annoncé à mon père : 11 vous est né un » fils, et qui lui a donné cette joie trompeuse... Que ne m'a- » t~il plutôt donné la mort dans le sein de ma mère, en

' Dan. IX. 21. 22. 23. — ^ Ezcch. xnr. 14. 10. 18. 20. — • Ps. xi.vin. S. D. JO.— *Jerem. xv. 10.

SUR L'ÉYAKGILE. '^^'*

» sorte qu'elle me fût un sépulcre, ou que ne demeura-t-eile » ^Tosse étcrnclîement sans enfanter? Pourquoi suis-je sorti » de ses entrailles, pour ne voir que peine et que douleur , » cl passer tous mes jours en confusion*».

Ce qui lui causoit ces transports, c'est qu'il voyoit que ses prophéties ne faisoient qu'accroître les péchés du peuple. Dieu lui meltoit dans la bouche des paroles pressantes , comme si le mal alloit arriver :,et après, se ressouvenant de ses miséricordes et de sa longue patience, il attendoit de jour en jour son peuple à résipiscence. Ce peuple ingrat abusoit de ses bontés, et insultoit à Jérémie, en lui disant: Où est la parole de Dieu, que vous nous annoncez depuis si longtemps? Quelle vienne donc\ Le saint prophète s'en plaignoit avec amertume: « Seigneur, vous m'avez trompé! Quelle merveille que vous » ayez prévalu contre moi! J'ai été en dérision à ce peuple )) tout le long du jour. Tous m*insultent et se moquent de mes a prédictions : parce que je ne fais que crier iniquité et ï> malheur, et inévitable ravage jd : et cependant il n'arrive rien ; c( et la parole du Seigneur me tourne en dérision et en op- » probrc. Et j'ai dit en moi-même : Je ne veux plus me sou- )) venir du Seigneur, ni prophétiser en son nom », ni exposer sa parole à la moquerie, et aggraver l'iniquité de ce peuple, liiîiis vous êtes toujours le plus fort : cette parole que je voulois retenir « dans mon cœur, y a été un brasier ardent ; elle s'est » renfermée dans mes os ; les forces me manquent, et je n'en » puis plus soutenir le poids* » ; il fautqu'elle en sorte. Dieu prévaut de nouveau sur le saint prophète; et après ces agitations il faut qu'il cède.

Les âmes prophétiques qui sont sous la main de Dieu, reçoivent des impressions de sa vérité, qui leur causent des mouvements que le reste des hommes ne connoît pas. Deux vérités se présentent tour à tour à Jérémie : l'une qu'il falloit annoncer au peuple tout ce que Dieu ordonnoit, quelque dur qu'il fût, et quoiqu'il en coûtât, car il est le maître ; et qu'il falloit prendre pour cela un front d'airain : l'autre, que prophétiser à un peuple qui se moquoit de la prophétie, à cause

* Jercm. xx. 14. 18. — Mb. xvii. 15. — * Ib. xx. 7. 8. 9.

que l'oiïct n'en 6toit pas assoe pronipl ; loin de le conTerlir, c cloit non-seulement aggraver son crime, et augmenter soi> supplice, mais encore exposer la parole de Di<îu à la dérisioi) et au blasplième. Dans les endroits qu'on vient de voir, Dicn lui imprime celte dernière vérité d'une manière si vive, qif il ne peut dans ce moment être occupé d'une autre pensée. Gir il Jmprime tout ce qu'il lui plaît, principalement dans les fîmes qu'il s'est une fois soumises par des opérations toutespnissnnlcs. A la vérité, quand il veut, il sait bien les ramener à lui , erlcs tenir sous le joug; mais dans le temps qu'il les veut pousser d'un côté, ils paroissent avoir tout oublié , excepté l'objet dont ils sont pleins. Car Dieu pour certains moments les laisse à eux-mêmes, et aux grâces ordinaires, pour tout autre objet; et pour celui dont il lui plaît de les remplir, l'impression en est si forte, le caractère si vif cl si enfoncé dans le cœur, qu'il semble n'y rester plus d'attention ni de mouvement pour les autres cboses, ni aucune capacité de s'y appliquer. Par un transport de celte nature, Jérémic , qui se voit contraint î\ n'être premièrement qu'un prophète de malheurs à tout son peuple, c'est-à-dire, au seul objet do son amour et de sa tendresse sur la tene , et ce qui lui paroissoit encore d'une plus insupportable rigueur, à ne faire plus autre chose, en second lieu, qu'en accroître en quelque façon l'iniquité et le supplice; ne veut plus vivre en cet état: il voudroit n'avoir jamais été, et ne trouve point d'expression assez forte pour exprimer ce dcsir. Un troisième objet se présente à lui ; la prophétie méprisée, la parole de Dieu en dérison, ses prophètes décriés, son nom blasphémé, et sa justice exposée au mépris des hommes, à cause de sa bouté dont ils abusent. C'est le comble de la douleur : et après avoir voulu effacer du nombre des jours, celui de sa natirité: puisqu'il ne peut point s'empêcher d'avoir l'être , il fait un effort secret, pour ne plus écouter la prophétie qui se présente à lui avec une force qu'il ne peut éluder. Il ne faut donc plus s'étonner si ses agitations sont si violentes. C'est Dieu de tous côtés qui le presse; qui lui donne, pour ainsi parler, des forces contre lui-même; et à la lin le réduit, après des

scB l'Évangile. -^'^

tonrmcn(s inexplicables, continuer ses funestes cl fatales prédiclions.

II ne convient pas au Sauveur d'être agil6 de celte sorte : car son àme est tellement dilatée, et d'une capacité si étendue, que toutes les impressions divines y exercent, pour ainsi dire au large et tranquillement, leur eflicace. Mais néanmoins il a dit : « Si je n'étois pas venu , et que je ne leur eusse point » parlé ; si je n'avois pas fait en leur présence des miracles , » qu'aucun autre n'avoit jamais faits, ils scroient sans pé- » elle: mais maintenant ils n'ont plus d'excuse ; et ils haïssent » gratuitement et moi et mon Père ' » ; ainsi que David l'avoit prédit'. C'est donc lui qui leur ôtc toute excuse : sa parole les jugera et les condamnera au dernier jour. Lui qui vcnoit ôter le péché du monde, a donné lieu au plus grand de tous les péchés, qui est celui de mépriser et de poursuivre jusqu'à la mort de la croix , la vérité qui leur apparoissoit en sa personne. Les blasphèmes se sont multipliés, et on lui a insulte jusque sur sa croix et dans son agonie. Sa passion , sa mort , son sang répandu, sont la matière de l'ingratitude de ses disciples, et leur tourne à mort et à péché. Les crimes s'augmentent par les p'îkes : c'est la grande douleur du Sauveur; c'est le calice (ju'il voudroil pouvoir détourner de lui ; c'est ce qui lui perce le cœur ; c'est entîn ce qui l'abat devant son Père : ce qui lui fait suer du sang, ce qui est le véritable gjujct do cette profonde Irisîesse, qui pénètre son âme sainîe jusqu'à la mon, et enlin de son agonie.

ClX' Jour. Jérémic annonce à son peuple sa délivrance.

Il n'en est pas de Jésus, comme des prophèles, à qui Dieu délVnd de le prier, et à qui il dit, comme à Jéréniie : Je ne V0U3 rr.iiitrrai pas^. Car au contraire H dit à son Père : Je sais que vouj m écoutez toujours \ Et afin de nous donner en la personne de njîie prophète, une figure quoique imparfaite de l'intercesseur qui a exaucé, il lui parla en celte sorte, pendant qu'il étoit arrêté dans le veslibule de la prison : « Cric » maintenant; élève la voix; et je Texauccrai ; et je t'ap-

' Joan. XV. 22 et scq. — ' Ps. XXIV. 10. — ^ Jcrcm v:i.»IG. — ' Jo.rj%

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11IEÏ)1TATI0>S

ne se confirmassent dans leur incrédulité, et ne méprisassent ses menaces , et les discours de ses prophètes. Et pressé par cet esprit prophétique , qui le poussoit au dedans avec une ■ force invincible à annoncer la ruine de Ninive, il lui dit : ':■-> Voilà, Seigneur, une parole que je ne puis porter : « je sars ' "^^ D que vous êtes un Dieu clément, plein de miséricorde et do j) patience, d'une compassion infinie, et toujours prêta D pardonner aux hommes leur malice ' » : vous pardonnerez encore à celte ville infidèle. On ne nous écoutera plus , quand nous parlerons en votre nom : nous annoncerons en vain à Juda et à Israël la rigueur de vos jugements : votre facilité et votre indulgence ne fera qu'endurcir les hommes dans le mal. Car il faut suppléer tout ceci , puisque nous Tavons déjà trouvé dans Jérémie. 0 Seigneur! ôlcz-moi la la vie, continu oit Jonas ' : car il vaut mieux mourir, que d'être trouvé un prophète menteur, et exposer la prophétie à la dérision. On voit, en passant, que les âmes touchées de ces impressions divines, sont élevées au dessus de tout, et la mort ne leur coûte rien. Dans cette extrême détresse , non-seulement il tâcha, comme Jérémie, de ne point écouter la prophétie , et de s'étourdir lui-même contre cette voie ; mais presés par cet esprit prophétique, il s'enfuit de devant le Seigneur : et s'embarque à Joppé \ pour aller de la Terre sainte où il étoit, à l'autre extrémité du monde. Car encore qu'on ne sache pas précisément qu'elle étoit la ville de Tharsis, on convient qu'elle étoit extrêmement éloignée da coté de l'Occident.

Il ne faut pas se persuader que le saint prophète crût (|uo Dion ne le verroit plus, ou qu'il sorti roit de son empire, lors- (ju'il iroit dans les terres lointaines. Car nous l'entendrons bientôt dire aux naulonnicrs : Je suis hébreu, et je révère le Dieu du ciel qui a fait la mer et la terre *. De sorte qu'il voyoit bien qu'on ne pouvoit échapper à sa puissance, ni î^orlir de son domaine. Cette face de Dieu, qu'il tâche de fuir, celte présence qu'il veut éviter; c'est la face que Dieu montroit intérieurement à ses prophètes; c'est la présence,

• Jon. IV. 2. — - r.v 3. — ' Ib. I. 3. — * Ih. 0.

SUR l'Évangile. ^^^

dont il cdai'.oit leur e?pnl, loi*squ'il daignoit les inspirer, r/ost celle face que Jouas crut pouvoir éviter en sY'loignant (le la Terre sainle et du milieu du peuple d'Israël , où Dien avoit accoulumé de répandre la propliélie. Il s'éloigna donc tout ensemble et de la Terre sainte et de Ninive, où il no crut pas que Dieu voulût le ramener malgré lui d'un pays si éloii;né. Mais il ne fut pas plus tôt embarqué, que « Dicii » fit soufller un vent impétueux : et la tempête fut si vio- J) lente, qu'on craignoit à chaque moment que le vaisseau p ne s'cnlr'ouvrît». Pendant que chacun invoquait son Dien avec des cris effroyables , et qu on jetait dans la mer toute la charge du vaisseau^ Jonasy sans s'étonner d'un si grand péril, car nous avons vu souvent ces âmes fortes, qui sont sous la main de Dieu , ne craignent rien que lui seul , descendit an fond du vaisseau^ et dormoit d'un profond sommeil \ C'est quelque trait de Jésus, qui , dans une semblable tempête, dort tranquillement sur un coussin ; et laisse remplir de flots lo vaisseau où il éloit avec ses disciples'. Par un semblable niyslcrc, et pour montrer qu'on n'a rien à craindre, quand on a Dieu avec soi , et qu'il n'y a en tout cas qu'à s'abandonner à sa volonté; Jonas dormoit parmi tant de cris, et tant d'horribles sifflements des vents et des flots, jusqu'à (0 (|u'on révcilira, à peu près de la même manière qu'on lit lo Sauveur, en disant : a Pourquoi dormez-vous? invo- » qiicz aussi votre Dieu, atin qu'il se souvienne de nous, » et que nous ne périssions pas ^ ». La main de Dieu ne (juiltoit pas le saint prophète.. Il sentit d'abord que la tempête étoit envoyée contre lui : il vit jeter tranquillement le sort, que les passagers jetoienl entre eux , pour découvrir le sujet de la tempête : il le vit tomber sur lui sans s'efl'rayer ; car il avoit toujours dans Tesprit que la mort lui éloit meilleure, que d'aller prophétiser pour être dédit, et faire blasphémer la prophétie * : et il dit hardiment aux naulonniers, qui le vouloient épargner : Jetez-moi dans la r.ier sans hésiter, et la tempête cessera ; car je sais bien que c'est pour moi qu'elle est excitée^. Cependant ils le respec-

' .I«)an. 1.4.5 — - Marc. IV. 37. 03. — ' Jen. I. G. — * Ib. iv. 3. — * 11). 1. i:> IJ.

lIli:DI rATIO>S

tèrcnt , étonnés de sa prodigieuse tranquillilé , et encore plus de la grandeur du Dieu qu'il servoit. Car comme on lui demanda, qui il étuil, « il avoit répondu, qu'il étoil hébreu, i » et que le Dieu qu'il craignoit étoit le Dieu du ciel , et le j» Créateur de la terre et de la mer » : et ils faisoieni les derniers efforls pour arriver à terre ^ sans qu'il en coulât la vie à un si grand homme. Mais plus ils ramoient , plus la mer s'eufloit : en sorle qu'ils furent contraints de jeter Jonas dans la mcry en prenant Dieu à témoin , que c'étoit à regret qu'ils le noyoient; et qu'ils étoient innocents de sa mort, et aussitôt V agitation de la mer cessa '. Et voilà déjà , en ligure de notre Sauveur, fout ce peuple sauvé par la mort, comme l'on croyoit, du saint prophète, à laquelle il s'étoit lui-même volontairement oiïert. Mais ce n'est pas là tout le mystère; et le reste nous est expliqué par le Sauveur même , lorsqu'il dit : tt Cette mauvaise race demande un signe, et il ne lui en » sera point donné d'autre, que le signe du prophète Jonas : 0 car comme Jonas fut trois jours et trois nuits dans les D entrailles de la baleine, ainsi le Fils de l'homme sera trois » jours et trois nuits dans le cœur de la terre' ».

L'esprit de prophétie ne quitta point Jonas dans le ventre de cet énorme poisson : car il y chanta ce divin cantique ' : « J\ii crié du fond de l'abîme, et vous avez écoulé ma voix : » les eaux m'ont environné : tous vos gouffres et tous vos » flots ont passé sur moi : et j'ai dit : Je suis rejeté de de- » vaut vos yeux; mais je reverrai encore votre saint tcm- » pie ». Il sent donc qu'il sortira de cet abîme; et il le recommence encore en cette sorte : « Les eaux m'ont pé- » nétré jusqu'au fond : l'abîme m'a entouré : la mer a » couvert ma tête : j'ai descendu au fond de la mer, et jus- » qu'à la racine des montagnes : je suis enfermé pour (ou- » jours dans les soutiens de la terre ^ ». Il n'y a point do ressource , dans la puissance créée. « Mais vous, ô Seigneur » mon Dieu , vous me relèverez » d'un si grand mal , et vous me préserverez « de la corruption. Au milieu de mes D angoisses, je me suis ressouvenu du Seigneur, afin que

• Joan. 9. 13. 15. — ^ Matth.,xii. 39. 40. — » Jon. u. 2. 3. — Mb. 1.0.

& ma prière parvînt jusqu'à votre saiDt temple. Ceux qui I) mettent leur confiance dans de fausses divinités, aban- » donnent la miséricorde » qui les peut sauver, et renoncent à la sainteté : « mais moi je vous ai immolé par ma » voix un sacrifice de louange : vous me sauverez, et je ren- » drai au Seigneur les vœux que je lui ai faits pour ma déli- » vrance. Et le Seigneur commanda au poisson, et il jeta ï) Jonas sur la terre ' », en figure de notre Sauveur, dont il est écrit; qu' tl fut libre entre les morts *, comme Jonas Ta- \oit été dans cet abîme vivant, qui Tavoit englouti; et à qui David a fait dire au milieu des ombres de la mort : a J'avois n toujours le Seigneur en vue, parce qu'il est à ma droite, » pour m'empêcher d'être ébranlé : c'est pour cela que y> mon cœur a tressailli, que ma langue a été remplie do » joie , et que mon corps s'est reposé en paix : parce que )> vous ne laisserez pas mon âme dans Tenfer, et que vous )) ne permetterez pas que votre saint prophète éprouve la » corruption ». Au milieu de la mort, a vous m'avez montré » le chemin pour retourner à la vie, et vous me remplirez » de la joie que donne la vue de votre face ' » . C'est à peu près et avec la force qui convenoit au Sauveur plus qu'à Jonas , accomplir ce qu'avoit dit ce prophète : Je reverrai votre saint temple *.

11 n'appartenoitpas à Jonas, qui n'étoit que la figure, d'avoir tous les traits de la vérité, ni d'avoir parmi les morts cette liberté qui étoit réservée au Sauveur, ni de prédire luimême et sa mort et sa résurrection. IMais à cela près, il n'y avoit rien qui ressemblât mieux à la mort et au tombeau, que le ventre de ce poisson ; ni rien qui représentât plus vivement une véritable et parfaite résurrection, que la délivrance de Jonas. Adorons donc celui qui n'a laissé aucun trait, ni aucun to/c dans les prophètes, non plus que dans la loi, qu'il n'ait parfaitement accompli : et apprenons à ne pcrdro jamais fespérance dans quelque abîme de maux où nous soyons plongés ; puisque Jonas est sorti du ventre de la baleine, et Jésus-Christ notre chef, du tombeau et de l'enfer, as-

' Joan. I. 7 et seq. — • Ps. lxsxvii. 6. — * Ib. xv. 8. Acl. u I j. — * Joaii. 11. 5.

33 i MÉDIT ATI05Î

gurant ses membres, qui sont seslidùlcs, d'une scmbhble ddlivrancc.

aXI'' Jcur. Prédication de Jonas à Ninivc.

Pour achever Thisloire de Jonas , puisque celle de notro Sauveur nous y a conduits; aussitôt que la baleine Teul rejeté sur le rivage , le voilà de nouveau repris par l'esprit de la prophétie ; et le Soigneur lui ordonna d'aller prêcher à Ninive, qu'elle périroit dans quarante jours '. Dieu ne voulut point que Jonas y mît la condition : Si elle ne faisoil pénitence. Cette ville la lit toutefois dans le sac et dans la cendre: cl Dieu voulut faire voir, qu'il étoit toujours prêt par sabonlc, à rétracter sa sentence, sans même l'avoir promis. Ecoutons sur ce sujet la parole de Jésus-Christ : « Les gens de Ninive » s'élèveront contre celte race dans le jugement, et la con- » damneront : parce qu'ils ont fait pénitence à la prédication » de Jonas : et celui-ci est plus que Jonas' ». Fajsons donc pénitence, puisque Jésus même nous y exhorte par son Evangile, parles pressantes et continuelles impulsions de son Saint- Esprit : et n'attendons pas que les Ninivites s'élèvent contre nous au dernier jour ; car la conviction seroit trop forte et la confusion trop inévitable.

Jonas ne résista point à cette fois ^ : la main de Dieu le serroit de trop près : mais après la miséricorde que Dieu eut exercée envers Ninive, le prophète fut affligé d'une affliction ^ extrême; et transporté décolère, il pria le Seigneur, et il lui (lit : « Je vous prie. Seigneur, n'est-ce pas là ce que je di- » sois, pendant que j'étois encore en mon pays : que vous » étiez bon et indulgent jusqu'à Tinfini * » ; qu'ainsi vous pardonneriez à Ninive; que les paroles de vos prophètes seroient méprisées ; et que sans se soucier de vos menaces ni rompre le cours de leurs crimes, les peuples s'altendroient toujours à vous fléchir par la pénitence, après avoir impunément accompli leurs mauvais désirs. « Seigneur, je vous prie, faites-moi » mourir : la mort me sera plus douce que la vie. En même » temps il se retira de la ville ^d, et atlendoit dans le voisi-

• JoM. III. 1.5. — - Malth. XII. '^1. — ' Joii. m. 3.— ' Ib. iv. 2.— ^ Ji>. IV. J. ô.

SUR L^LVANGILE» 305

nage, quel en seroit le sort : car à peine voulut-il croire, que Dieu piariionnîU tant de crimes, et augmentât la licence par cet exemple d'impunilé. Mais Dieu qui le vouloit revêtir do Tcsprit de la nouvelle alliance, qui est une alliance de miséricorde, de reconciliation et de pardon, et lui ôter cet esprit dur qui dcvoit comme régner en ce temps la à cause de la dureté an cœur de Tliomme, sécha, comme on sait, la branche verte qu'il avoit fait élever suf la tête de Jonas, pour lo défendre de Tardeur briManle du soleil, et des vents de ces pays là, qu'il avoit excités exprès '. Et comme Jonas s'en affligea jusqu'à dôsircr la mort : « Tu t'affliges », lui dit le Sei-» gneur% « de ce rameau vert que tu n'as pas fait , et la naisn sauce duquel ne t'a coûté aucun travail : cl tu ne veux pas » que j'aie pitié de l'ouvrage de mes mains, et de cette viilo » immense », si digne de compassion : quand ce ne seroil qu'à cause du nombre infini des enfants qui ne connaissent pas le bien et le mal, et de tant d'animaux? C:ir y ô Seigneur! votre bonté s'étend jusqu'à eux, conformément à cette parole du psalmiste : Vous sauverez les hommes et lesanimaux, parce qu'il vous a phif ô mon Dieu ! de multiplier votre miséricorde^. Prenons donc l'esprit de douceur; et ne nous laissons point (rausporler par le zèle, qu'on voit paroître même dans les Faillis de Tancien Testament: car Jésus dit à ses disciples, qui le vouloient imiter, et à l'exemple d'Elie \ faire descendre lo feu du ciel : Vous ne savez de quel esprit vous étes^,

IVe blâmons donc pas le zèle de Jonas qui étoit convenable au temps ; et louons Dieu au contraire, de lui avoir inspire Ja douceur, (pii devoil un jour paroître en Jésus-Christ, cl de l'avoir foi ce à [uêcher sa miséricorde. Ne condamnons pas aisément le saint prophète; parce que ces mouvements des pro[»liètes, et la communicatron de Dieu avec eux, sont un grand m\ store, qu'il ne nous est pas permis de pénétrer. Non, que je m'attache opiniâtrement à vouloir excuserde l'auto ce saint homme: car Dieu se plaît quelquefois à faire paroître son bras dans le crime même, et à s'assujettir les âmes les plus rebelles. Mais c'est que ce qui se passe entre Dieu et ses

' Jon. IV. 8. 9.— Mb. 10. 11. — • P«. XXXV. 7. S.— 'IV. Rcg. 1. 10. — ^ Luc. IX. 5j.

•^^^ HlËDITATtONS sua l'eVANGILE»

prophètes, est bien caché; et qu'il leur fait sentir sa secrète volonté par des votes bien éloignées des nôtres. Et il ne faut s'étonner, ni de ses paroles, ni même de sa fuite. Car Dieu pousse ces âmes qu^^il tient sous sa main, et les ramène luimême; et ri veut leur faire sentir par des expériences réelles^ la force invincible de cette marn souveraine sous laquelle ils sont. Souvenons-nous du saint homme Job, que Dieu reprend avec lant de force, de son ignorance, et des paroles qu'il avoit proférées ' ; et de qui néanmoins il dit ensuite par deu\ et trois fois , qu'il a parlé droitement ^ Suspendons donc notre jugement dans les violentes agitations de ces âmes prophétiques; et gardons-nous bien de tirer à conséquence ce qui se passe en elles ; soit que ce qui leur arrive soit uno simple permission de Dieu; soit qu'on y puisse trouver, en approfondissant la matière , une réelle influence de sa main dans tout ce qui nous y paroît un grand péché. Si Jonas paroît si troublé des miséricordes de Dieu, croyons que c'étoit, selon l'esprit de ces temps, un zèle pour la justice, et pour la vérité de sa parole. S'il fuit devant Dieu, entendons qu'il voudroit pouvoir se fuir lui-même, plutôt que de fournir aux hommes une occasion de mépriser Dieu : et en quelque sorte qu'il faille juger de cette fuite, admirons la main de Dieu qui le soutient; qui lui envoie parmi la tempête ce sommeil mystérieux qui témoigne la tranquillité de son âme, et figure celui de Jésus-Christ dans la nacelle. Imitons son intrépidité, a la vue de la mort présente ; sa charité, lorsqu'il veut mourir pour sauver les compagnons de son voyage; sa prière et sa prophétie jusque dans le ventre de la baleine. Prions donc avec lui , et à son exemple, en quelque état que nous soyons, en quelque abimc que nous nous sentions plongés. Admirons aussi refficnce de sa prédication ; et ne faisons pas moins pour Jésus-Christ, nous qui sommes chrétiens, quelesNinivites, qui n'étoicnt que des infidèles, éloignés de l'alliance de Dieu, firent pour Jonns. Enfin en contemplant ces vives figures que le Saint-Esprit nous a tracées de Jésus-Christ, préparotis-nous a entendre la vérité qui a été accomplie en sa personne. Amen.

* Job. xxxvni. xxxix. xu. xl. — ' Ib. xui. 7. 8.

LA CKNE.

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