‹ Méditations sur l'ÉvangileChapitre 16 sur 34 · II£DIT.VTI0NS · texte numérisé non relu

II£DIT.VTI0NS

et de le faire mourir' : a Et le Fils de Thomme s'en va, » comme il aété écrit de lui : mais malheur à celui par qui le » Fils de rhomme sera livré: estlivré », selon le grec ^ Il parle toujours en temps présent, à cause que sa perte étoit résolue, tramée pour le lendemain , et qu'on alloit dans deux heures commencer à procédera Texécution; et afin aussi qu'en quelque temps que nous recevrions son corps et son sang , nous regardassions sa mort comme présente.

Chrétien , te voilà instruit : tu as vu toutes les paroles qui regardent l'établissement de ce mystère : quelle simplicité ! quelle netteté dans ces paroles ! il ne laisse rien à deviner, à gloser : et s'il y faut quelque glose , c'est seulement en remarquant que selon la force de l'original, il faudroit traduire : a Ceci est mon corps , mon propre corps ; le même corps qui » est donné pour vous : Ceci est mon sang, mon propre sang ; D le sang de la nouvelle alliance : le sang répandu pour vous » en rémission de vos péchés ». Car c'est aussi pour cette raison que le syrien, aussi ancien que le grec, et fait du temps des apôtres, lit : Ceci est mon propre corps : et que dans la liturgie des Grecs il est porté, que ce qu'on nous donne, ce qu'on fait de ce pain et de ce vin, c'est le propre corps de Jésus, son propre sang. Voilà la glose s'il en faut. Quelle simplicité, encoreun coup! quelle netteté! quelle force dans ces paroles! S'il avoit voulu donner un signe, une ressemblance toute pure, il auroitbien su le dire : il savoit bien que Dieu avoit dit, en instituant la circoncision : Vous circoncirez votre chair : ce sera le signe de l'alliance entre vous et moi *. Quand il a proposé des similitudes, il a bien su tourner son langage d'une manière à le faire entendre ; en sorte que personne n'en doutât jamais : « Je suis la porte : celui qui entre par moi , » sera sauvé ^ Je suis la vigne et vous les branches : et comme » la branche ne porte de fruit qu'attachée au cep : ainsi vous » n'en pouvez porter, si vous ne demeurez en moi' ». Quand il fait des comparaisons, des similitudes ; les évangélistes ont bien su dire : Jésus dit cette parabole ; il fit cette comparaison. Ici, sans rien préparer, sans rien tempérer, sans rien expli-

' Matth. XXVI. 3. — ' Ib. 24. Maicxiv. 21. Luc xxii. 22. — ^ Gen. XVII. tl. — * Joau. X. 9. — * Ib. XV. 5.

SUR l'Évangile. 353

rpier , ni devant , ni après^ on nous dit tout court : Jésus dit : Ceci est mon corps ; Ceci est mon sang : mon corps donné ; mon sang répandu : voilà ce que je vous donne. Et vous , que ferez- vous en le recevant? Souvenez-vous éternellement du présent que je vous fais en cette nuit : Souvenez-vous , que c'est moi qui vous Tai laissé , et qui ai fait ce testament; qui vous ai laissé cette pâqne, et qui Tai mangée avec vous, avant que de souffrir. Si je vous donne mon corps, comme devant être, comme ayant été livré pour vous ; et mon sang comme répalndu pour vos pécliés: en un mot, si je vous le donne comme une victime, mangez-le comme une victime ; et souvenez-vous que c'est là un gage qu'elle a été immolée pour vous. 0 mon Sauveur ! pour la troisième fois, quelle netteté! quelle précision! quelle force! Mais en même temps, quelle autorité et quelle puissance dans vos paroles! Femme, tues guérie ' : elle est guérie à Tinstant. Ceci est mon corp^; c'est son corps : Ceci est mon sang; c'est son sang. Qui peut parler en cette sorte, sinon celui qui A fout en sa main? Qui peut se faire croire , sinon celui à qui faire et parler, c'est fa même chose ?

Mon âme, arrête-toi, ici, sans discourir : crois simplement, aussi fortement que ton Sauveur a parlé, avec autant de soumission, qu'il fait paroîlre d'autorité et de puissance. Encore un coup, il veut, dans ta foi, la mêm6 simplicité qu'il a tùhù dans ses paroles. Ceci est mon corps; c'est donc son corps : Ceci est mon sang; c'est donc son sang. Dans l'ancienne façon de communier, le prêtre disoit : Le corps de Jésus-Christ ; et le Adèle répondoit : Amen, il est ainsi : Le sang de Jésus- Christ ; et le fidèle répondoit : Amen , il est ainsi. Tout étoit fait, tout étoit dit, tout étoit expliqué par ces trois mots. Je me tais, je crois, j'adore : tout est fait, tout est dit.

XXIII" Jour. Fruit de l'cuchari-tie : vivre delà vie de Jésus-Christ (tbfd.)

Mon âme, tu as établi le fondement; tu as cru en simplicité, par un simple acte. Épanche-toi maintenant, dans la méditation d'un si grand bienfait: développe-foi à toi-même

' Luc. XIII. 12.

tout ce qu'il contient; tout ce que Jésus t'a donné par ce peu de mots. Vous êtes donc ma victime,ô mon Sauveur! maissi je ne faisois que vous voir sur votre autel,etsurvotrecroix,jene saurois pas assez que c'est à moi, que c'est pour moi que vous vous offrez. Mais aujourd'hui que je vous mange, je sais, je sens pour ainsi parler, que c'est pour moi que vous vous êtes offert. Je suis participant de votre autel, de votre croix, du sang qui y purifie le ciel et la terre , de la victoire que vous y avez remportée sur notre ennemi, sur le démon, sur le monde; victoire qui vous fait dire : Le monde vous affligera ; mais prenez courage ; j*ai vaincu le monde ' .

Si vous vous êtes offert pour moi , donc vous m'aimiez : car pour qui donne-t-on sa vie, si ce n'est pour ses amis? Je vous mange en union avec votre sacrifice ; par conséquent avec votre amour : je jouis de votre amour tout entier, de toute son immensité ; je le ressens tel qu'il est : j'en suis pénétré. Vous venea vous-même me mettre ce feu dans les entrailles, afin que je vous aime d'un amour semblable au vôtre. Ah! je vois maintenant, et je connois que vous avez pris pour moi cette chair humaine ; que vous en avez porté les infirmités pour moi ; que c'est pour moi que vous l'avez offerte ; qu'elle est à moi. Je n'ai qu'à la prendre, à la manger, à la posséder, à m'unir à elle. En vous incarnant dans le sein de la sainte vierge, vous n'avez prisqu'unechair individuelle : maintenant vous prenez la chair de nous tous, la mienne en particulier : vous vous l'appropriez, elle est à vous : vous la rendrez comme la vôtre par le contact, par l'application de la vôtre; premièrement pure, sainte, sans tache ; secondement, immortelle, glorieuse : je recevrai le caractère de votre résurrection , pourvu que j'aie le courage de recevoir celui de votre mort. Venez , venez, chair de mon Sauveur; charbon ardent, purifiez mes lèvres, brûlez-moi de l'amour qui vous livre à la mort. Venez, sang que l'amour a fait répandre : coulez dans mon sein , torrent de flamme. Q Sauveur! c'est donc ici votre corps, ce même corps percé de plaies. Je m'unis à toutes; c'est par là que tout votre sang s'est écoulé pour moi. Vous languissez , vous mourez; vous passez; c'est ici votre passage: je passe, j'expire

' Joau. xvi '.iA.

SUR L*£VANG1LE. 355

avec vous. Que m'est le monde ? rien du tout. Je suis crucifié au monde, et le monde à moi. Il ne me plaît pas , et je ne veux pas lui plaire. Il ne me goûte pas : tant mieux pour moi, pourvu que je ne le goûte pas aussi. La rupture s'est faite de part et d'autre : ce n'est pas comme quand Tun aime et l'autre hait : je ne puis souffrir le monde, qui de son côté ne me peut souffrir : tel qu'est un mort à l'égard d'un mort , tel est le monde pour moi, et moi pour le monde. Heureuse rupture! Mais le monde dira ceci, dira cela ; le monde dira que je veux encore lui plaire dans ma séparation : qu'importe qu'il dise? /e suis attaché à la croix avec Jésus-Christ ; je vis, non pliÂS moi, mais Jésus-Christ en moi : et ce que fai de vie dans la chair , je Vai en la foi du Fils de Dieu qui m^a aimé , et s^est livré pour moi \

Si je suis encore touché d'un amour humain, je vis encore ; si je hais celui qui me hait, je vis encore : si je ressens les les injures, je vis encore : si je suis touché du plaisir, je vis encore : si la douleur me pénètre je vis encore. Adieu , adieu ; je m'en vais; je ne suis plus de rien; je ne suis plus moi; c'est pour Jésus-Christ que je vis ; c''est Jésus-Christ qui vit en moi. C'est ainsi qu'il faudroit être : c'est le fruit de l'eucharistie : ha! que j'en suis loin ! mais je n'y viendrai que par elle.

XXlY'JouR. Par la communioo, le fidèle consoDimé en un avec Jésus -

Christ. (Matth. XXVI. 26.)

Ceci est mon corps ^ : c'est donc ici la consommation de notre union avec le Sauveur : son corps n'est pas à lui, mais à nous : notre corps n'est pas à nous, mais à Jésus-Christ. C'est le mystère de la jouissance : le mystère de l'Epoux et de l'Epouse, il est écrit : Le corps de V Epoux n"* est pas en sa puissance, mais en celle de V Epouse^, Sainte Eglise, chaste épouse du Sauveur; àme chrétienne, qui l'avez choisi pour votre époux dans le baptême, en foi, et avec des promesses mutuelles ; le voyez-vous ce corps sacré de votre époux ; le voyezvous sur la sainte table où on le vient de consacrer?Il n'est plus en sa puissance, mais en la vôtre : Prenez-le, dit-il, il est

'Oal. II. 19. 20. VI. 14. — = Matth. xxvi. 26 — ' I. Cor. vii. 4.

356 MÉDITATIOS

à vous : C'est mon corps livré pour vous ' : vous avez sur lui un droit réel. Mais aussi voire corps n'est pas à vous : Jésus le veut posséder. Ainsi vous serez unis corps à corps : et vous serez deux dans une chair ; qui est le droit de réponse , et Taccomplissement parfait de ce chaste, de ce divin mariage^

L'usage passe, mais le droit demeure. On n'est pas toujours dans ce chaste emhrassement ; mais on y est de désir, on y est de droit : Ainsi, dit noire Sauveur, qui me mange demeure en moi, et moi en lui^ : il n'y demeure pas pour un momeni; cette jouissance mutuelle a un eiïet permanent: Qut me mange, qui jouit de moi , demeure en moi ; mais Tunion est réciproque ; Demeure en moi , et moi en lui. Que celle union est réelle! Que Felfet en est permanent! Le corps de Jésus- Christ est en ma puissance : j'ai reçu ce droit sacré par le baptême ; je l'exerce dans l'eucharistie ; mon corps est donc au Sauveur, comme le corps du Sauveur est à moi. Il y faut joindre un chaste et parfait amour. Comme mon Père est vivarU , et que je vis par mon Père : ainsi celui qui me mange vivra pour moi^ : il ne respirera que pour mon amour; il n'aura de vie que celle qu'il recevra de moi.

C'est aussi à quoi nous conduit le souvenir de la mort de notre Sauveur. Dans ce tendre, dans ce bienheureux, dans ce cher souvenir, « l'amour de Jésus-Christ nous presse, pen- » dant que nous pensons que si un seul est mort pour tous , » tous aussi sont morts; et un seul est mort et ressuscité pour » tous , afin que ceux qui vivent, ne vivent plus pour eux- » mêmes , mais pour celui qui est mort et ressuscité pour » eux S).

Prenons donc ce corps sacré avec transport, avec ce bienheureux excès dont parie saint Paul dans le même endroit : Si , dil~il \ nou^ soinmes transportés en notre esprit, et hors de nous-mêmes, c'est pour Dieu, Oui, à la présence de ce corps, je suis hors de moi; je m'oublie moi-même; je veux jouir de l'Époux et de lui seul. Quoi ! je prendrais ce qui est uni avec Jésus -Christ , jusquà faire un corps avec lui ; pour ïunir à une impmUque , et devenir avec elle un même corps! A Dieu ne

' Luc. XXII 1».). l. Cor. M. 10, — ' Joau. vi. 57. — ^ Ib. j8. — Ml. Cor. V. 14. /^. — ^ Ib. 13.

plaise ' ! Mais tout ce qui partage mon cœur , tout ce qui en ôte à Jésus-Christ la moindre parcelle , est ponr moi cette impudique qui veut m'enlever à Jésus-Christ. Que tous les mauvais désirs se retirent : Mon corps uni au corps de Jésus n'est pas pour V impureté , mais pour Jésus- Christ y et Jésus- Christ aussi est pour mon corps ^ Voici le parfait accomplissement de cette parole : Teucharistie nous explique toutes les paroles d'amour , de correspondance , d'union , qui sont entre Jésus-Christ et son Église , entre TÉpoux et TÉpouse, entre lui et nous.

Dans le transport de Tamour humain , qui he sait qu'on se mange, qu'on se dévore, qu'on voudroit s'incorporer en toutes manières , et comme disoit ce poète , enlever jusqu'avec les dents ce qu'on aime, pour le posséder, pour s'en nourrir, pour s'y unir, pour en vivre? Ce qui est fureur, ce qui est impuissance dans l'amour corporel, est vérité, est sagesse dans l'amour de Jésus : Prenez , mangez , ceci est ^non corps ; dévorez , engloutissez , non une partie , non un morceau, mais le tout.

Mais il faut que l'esprit s'y joigne ; car qu'est-ce aussi que s'unir au corps , si on ne s'unit à l'esprit ? Celui qui est uni au Seigneur, qui lui demeure attaché, est un même esprit avec lui\ Il n'a qu'une même volonté, un môme désir, une même félicité, un même objet, une même vie.

Unissons-nous donc à Jésus, corps à corps, esprit à esprit. Qu'on ne dise point : L'efeprit suffit ; le corps est le moyen pour s'unir à l'espril; c'est en se faisant chair que le Fils de Dieu est descendu jusqu'à nous ; c'est par sa chair que nous devons le prendre pour nous unir à son esprit, à sa divinité. Xous sommes faits participants, dit saint Pierre*, de la nature divine ; parce que Jésus-Christ a aussi participé à notre nature. Il faut donc nous unira la chair que le Verbe a prise, afin que par cette chair nous jouissions de la divinité de ce Verbe, et que nous devenions des dieux, en prenant des sentiments divins.

Purifions donc notre corps et notre esprit , puisque nous

' I.Cor. VI. 15. IC. — Mb. 1:J. — » Ib. 17.— MI. Pet- 1. 4.

devons être unis à Jésus-Christ ^ selon Tun et selon Tautre. Rendons-nous dignes de recevoir ce corps virginal , ce corps conçu d'une vierge, né d'une vierge. Purifiez-vous, sacrés ministres, qui nous le donnez. Que votre main qui nous le donne, soit plus pure que la lumière ; que votre bouche qui le consacre, soit plus chaste que celle des vierges les plus innocentes. 0 quel mystère ! Avec quelle pureté doit- il être célébré ! Le mariage est saint et honorable entre tous ; et la couche nuptiale est sans tache ' ; mais elle n'est pas encore assez sainte pour ceux qui doivent consacrer la chair de l'Agneau. Par cette sainte institution de la continence que l'Église a toujours eue en vue , les doctes le savent , depuis le temps des apôtres , qu'elle a enfin établie, quand elle a pu , dès les premiers siècles, partout oti elle a pu, et d'une manière plus particulière dans l'Église d'Occident, et dans celle de Rome spécialement, consacrée et fondée parles deux princes des apôtres saint Pierre et saint Paul ; l'Église veut préparer à ce corps vierge, à ce corps formé d'une vierge, des ministres dignes de lui , et nous donner une vive idée de la pureté de ce mystère. Prenez, mangez^ ceci est mon corps ; purifiez votre corps , qui le doit recevoir ; votre bouche , où il doit entrer. La pureté de la bouche , c'est qu'il n'en sorte que des paroles de bénédiction ; la pureté de la bouche, c'est de modérer sa langue, de la tenir le plus qu'on peut dans le silence. La pureté de la bouche c'est de désirer le chaste baiser de l'Époux ; et renoncer à toute autre joie qu'à celle de leposséder : Amen.

XXV» Jour. L'eucharistie est le gage de la rémission des péchés. (Maith.

Page 1