‹ Méditations sur l'ÉvangileChapitre 21 sur 34 · et seq · texte numérisé non relu

et seq

Mon Sauveur, je me tairai devant vous, pour considérer, «D silence et avec tremblement, cette prodigieuse différence, qfll se manifeste ai:gourd'hui entre vos disciples; les uns demeurant avec vous, pendaat que les autres vous abandonnent. Et ffui sont ceux qui vous abandonnent? Ceux qui avoient dît Cêlui'Oi est vraiment le Messie ; ceux qui vous cherchoient pour ^.U8 enlever, et vous faire ftoi malgré vous ' ; ceux qui après votre retraite au delà de Teau^ la passent pour vous aller joindre à Capharnaditt* \ de tels bommes ne semblent-ils pas être disposés à profiter de votre parole? Ce sont néanmoins ocux-làqui vous quittent, ^ui murmurent contre vous, qui ne peuvent supporter votre doctrine.

>. Combien y en a-t-îl qui pafôîsseht croire au Sauveur, et qui au fond n'y croient pas, pqrce quHls n'y crpienl pas comme il fout , et cberehent Jésns-Cbrîst par intérêt, comme ceux^-i à qui il dit : En vérité, en vérité, je vous le dis ; vous me cher- ■eh€9 à cause des pains dont vous avez été rassasiés *'i A combien d'autres pourroit-il dire : Vous me cberchez, afln que je contente votre ambition , Votre avarice : c'est l^ dans le fond ce que vous me demandez par tant de vœux, par tant de prières que vous me faites dire? Ce n'est pas ma volonté que vous cherchez, mais la vôtre; et vous n'êtes pas contents de moi , que je ne vous ôte tout ce qui vous peine dans l'esprit et dans^ le corps. Sondez vos cœurs; voyez vos œuvres; quelles elles sont : examinez-vous à fond ; vous ne trouverez rien que do charnel dans vos pensées : Travaillez à une autre nourriture \ Rem plissez- vous d'autres objets.

Mais, Seigneur, si ceux-ci étoient charnels, vos apôtres .'étoient encore beaucoup : et néanmoins ils demeurent avec v^s , pendant* que ces murmuratcurs se scandalisent et vous ^quittent. Vous me découvrez ici un terrible secret. Car dès que vous voyez naître l'esprit de murmure dans ces incrédules î vous- leur dites : Ne murmurez point ; personne ne peut venir à moi, si mon Père qui m^a envoyé, ne le tire * ; et lors-

• Joan. Ti. 14 i:). — = Ib. U. 25. --'' Ib. 1Q. — * Ib. 57. — Mi). 43. 44.

398 BfiDITAflONS

XLin* Jour. Sdint Pierre et les caihoH<)oe9 s*attacliettt h Jésus-Chnst et Il r£f lise : le» Capliarnaiite» et les hérétiques s*eu séparcut. (Joan. vi. 53.)

Seigneur, vous me jetez dans des vues profondes : je percû dans les siècles à venir. Dans ceux qui demeurent avec Jésu»- Christ, saint Pierre à leur tête , je vois tons les catholiques immuablement attachés à Jésus-Christ , et à son Église : et dans ceux qui quittent Jésus , je vois tous les hérétrques qen doivent quitter son Église. Dans saint Pierre et dans les apôtres , je vois tous ceux où la foi prévaut sur le sens humain ; c'est-à-dire, tous les fldèles : et dans ceux qui font bande à part, et cessent de suivre Jésus , je vois tous ceux où le sens humain t'emporte sur la foi ; c'est-à-dire, tous les incrédules qui abandonnent TÉgiise ; et surtout ceux qui l'abandonnent à l'occasion de ce mystère. Ils se perdent avec ceux qui disent : Comment cet homme nous peut-il donner sa chair à man» ger^lot ils tournent la vérité en allégorie.

Ma chair est viande » mon sang est breuvage * : ils le sont vraiment : i! les faut manger, il les faut boire ; trois et quatre fois t c'est là une allégorie? Mais qui en vit jamais une si outrée? Il ne s'en trouve aucun exemple. Mais qui en vit jamais une si peu expliquée, si peu démêlée? Il y en a encore moins d'exemple : en un mot, il n'y en a point; nous l'avons considéré , nous l'avons vu : et néanmoins ils s'obstinent à Tallégorie. Que le sens humain est opiniâtre à demeurer dans ses préjugés! C'est qu'ils ne peuvent sortir de cette première peine , qui a été celle des Capharnaïtes , comme elle est encore la leur : Comment cet homme nous peut-il donner sa chair à manger? Ils y succombent ; ils y périssent avec ces grossiers et superbes murmucateurs.

Et cependant, à les écouter, c'est nous qui sommes ces Capharnaïtes : c'est à voire humble troupeau, c'est aux petits de votre Église , qui écoutent en simplicité votre parole , qu'ils reprochent d'être les grossiers, d'être les charnels; cl de ne pas écouter votre parole.

Et quoi; qu'y a-t-il que nous n'écoutions pas? Jésus- Christ a dit : Que sera-ce, si vous me voyez remonter au cicl^t

' Joan. Ti. 03. — * ïb. 5C. — * Ib. 63.

^^ «BDITATIONS

4!royaii6 qu*il le faut faire en corps et eu esprit tout ensemble ; et que c''est V Esprit qm vivifie.

Il a dit : La chair ne sert de rien* : nous le croyons : et nous remarquons premièrement , car nous pesons avec foi toutes ses paroles, nous remarquons, dis-je, qu'il ne dit -pas : Ma chair ne sert de rien : car ce ne seroit pas interpréter, comme vous le prétendez, mais détruire son premier discours, où il a dit tant de fois que sa chair nous servoit à avoir la vie. S'il dit donc, que la chair ne sert de rien , c'est la chair comme Fentendoient les Capharnaites , la chair du fils de Joseph : et encore la chair tellement mangée avec la bouche du corps, qu'elle soit mise en pièces et consumée, en sorte qu'elle ne puisse rester pour être transportée an ciel : car c'est ainsi que l'entendirent ces murmurateurs. Nous ne l'entendons point de cette sorte : et quand enfin il faudroit entendre que la chair de Jésus^ Christ , quoique prise , quoique mangée avec la bouche du corps, de cette manière ad* mirable que les incrédules ne peuvent entendre , ne sert de rien ; nous le croyons encore de cette sorte : car en mangeant cette chair, nous savons qu'il la faut manger comme une vie* time qui a été immolée , et se souvenir de lui en la mangeant, s'attendrir dans ce souvenir , se rendre avec lui une hostie sainte, participer à son esprit comme à son corps; en un mot, lui être uni de corps et d'esprit , comme le fut la sainte Vierge, lorsqu'elle le conçut dans ses entrailles : autrement cette chair ne sert de rien, quoiqu'on la mange, quoiqu'on la reçoive dans son corps. Jésus-Christ ne dit pas aussi qu'on ne la mange point, qu'on ne l'a point en substance; mais qu" ello ne sert de rien : comme saint Paul ne dit pas qu'on n'a point le corps du Sauveur quand on le reçoit indignement; mais qu^on ne le discerne pas^. Il faut donc, non-seulement le recevoir par le corps, mais le discerner par l'esprit; autrement, loin de servir, il nous condamne , et nous sommes rendus coupables du corps et du sang du Seigneur ^. La chair ne sert donc de rien , de quelque façon qu'on l'entende : elle ne sert de rien toute seule, ni par elle-même : ce n'est point à elle

'Joan. VI. C4. — M. Cov. \i. 99. — ^ Ib. 27.

^^ HKDITATIOICS

les apAtres Técoufent sans rien demander : ces qaestionnears perpétuels, s'il m*est permis une fois de les appeler ainsi, se taisent : ils font ce qu'on leur dit , non-seulement sans contradiction et sans murmure; mais encore sans avoir besoin d'autre instruction que de celle qu'ils avoient reçue. Les murmures avoient été trop repoussés, les questions trop précisément résolues; tout est calme, tout est soumis : le Père les a tirés. Et les autres? Ah! fidèles, retirez-vous do )enr compagnie : séparez-vous de ces séditieux , de ces impies, qui murmurent, non pas contre Moïse*, mais contre 4ésus-Ghrist même : séparez-vous-en , pour n'être point enveloppés dans leur péché. Quoi? que leur va-t-il arriver? La terre se va-t-elle ouvrir sous leurs pieds, pour les engloutir tout vivants? Non; c*est quelque chose de pis: ils quittent l'Église ; ils sont livrés à leur propre sens.

XLIV' Jour. Communion indigne. (I. Cor. zi. 27—29.)

Et ceux qui , sans quitter l'Église , conservant la vraie foi du corps et du sang de Jésus-Christ, les reçoivent indignement, sont-ils tirés par le Père céleste? les a-t-il donnés à Jésus-Christ? et viennent-ils à lui comme il faut? Non sans doute; puisque bien éloignés de recevoir la vie, saint Paul dit ', qu'ils boivent et mangent leur condamnation, parce quHls ne discernent pas le corps du Seigneur,

Le saint apôtre parle ici d'une manière terrible, puisqu'après avoir rappelé dans la mémoire des (idèles que Jésus- Christ avoit dit que ce qu'il donnoit à manger éloil son corps, le même qui devoit être percé et rompu à la croix ; et que la coupe qu'il leur donnoit à boire, étoit, par le sang versé qu'elle contenoit, l'instrument de ralUance et du testament que le Sauveur faisoit à leur avantage ; il en conclut que ceux qui mangent ce pain : remarquez ce pain, c'est-à-dire, ce pain fait corps, ainsi qu'il vient de le raconter; et boivent la coupe du Seigneur indignement , sont coupables de son corps et de son sang^. Et qu'est-ce qu'en être coupable? si ce n'est non-seulement les profaner, mais encore leur faire un outrage de même nature que celui qui leur avoit clé fait par les

* Num. XVI 20— ' l.Cor. xi. 29. 30. — » Ib. 27.

porsounc sacrée. L'attentat des chrétiens, qui mangent indignement le corps du Sauveur et boivent indignement son sang, est de ce dernier genre; c'est un attentat fait immédiatement sur la personne : en un mot, il y a deux choses à considérer dans le supplice de Jésus-Christ; le crime des Juifs, et Tobéissunce du Sauveur. Ceux qui reçoivent dignement son corps et son sang, participent au mérite de son obéistance : ceux qui les reçoivent indignement, participent au sàc ilége de ses meurtriers, et attentent comme eux Immédiatement sur sa personne adorable.

Seigneur, tirez-nous à vous, inspirez-nous un juste discernement du corps que nous recevons : ne le traitons pas comme une chose immonde , en le recevant dans un corps impur et souillé. Les choses saintes sont pour les saints, comme on crioit autrefois au peuple fidèle, lorsqu'on alloit distribuer le corps de Jésus-Christ. Ne le touchons pas avec des mains sacrilèges,* ne le recevons pas avec une bouche impure ; ne lui donnons pas un baiser de Judas, un baiser de (raitrc : que ce soit un baiser d*épouso , un baiser rempli d'ardeur, et qui soit le gage d'un chaste et perpétuel amour. Qu'il me baise du baiser de sa bouche* ; d'un baiser d'époux ; que je lui donne aussi le baiser d'épouse; celui que lui donnent les vierges, les âmes chastes dont il est aimé. Tirez-nous^ Seigneur, à ce chaste et doux baiser : tirez-^ous, et nous courrons après vos parfums. Ceux qui sont droits vous ai^ ment \ Ce sont ceux-là qui vous donnent ce saint baiser, co baiser de paix et d'un amour éternel. Car personne ne vient à moi que mon Père ne le tire^ : personne ne vient à moi, qu'il ne lui soit donné par mon Père; nul ne communie dignement que par cet attrait,

XLV Jour. Qui sont ceux qui communient indignement.

Lisez, I. Cor. chap. x, depuis le verset 46 jusqu'au 22, Cést encore une terrible sentence contre ceux qui commu-. nient indignement : Vous ne pouvez pas boire du calice du Seigneur, et du calice des démons : vous ne pouvez pas participer à la table du Seigneur ^ et à la table du démon *.

' Cint. I. 1. — ' Ib. 3. - ^ Joan. vi. 44. GG.~* I. Cor. x. 20. 21.

406 BléDITATIOXS

Allez donc, et comme le Sauveur vous Ta ordonné luimême, allez vous réconcilier avec votre frère* : non-seulement vous n'êtes pas digne de participer à Tautcl, mais encore vous n'êtes pas digne d y offrir votre présent : nonseulement vous n'êtes pas digne de participer à Toblation de Tautel, mais vous n'êtes pas digne d'y assister. Le sang do Jésus-Christ , qu'on lève au ciel , crie vengeance contre vous, parce que c'est un sang qui a pacifié et réconcilié toutes les choses dans le ciel et dans la terre ' : et non-seulement les liommes avec Dieu , mais encore les hommes entr'eux. Et vous n'écoutez pas la voix de ce sang qui parle mieux que celui d'Abel*. Car il parle pour la paix, et le sang d'Abel crioit vengeance ; mais vous le contraignez à crier vengeance, si vous rejetez la paix fraternelle pour laquelle il est répandu. Ce sang crie au meurtre, à la vengeance; vous êtes le meurtrier, contre qui il crie : car celui qui hait son frère est homicide ^ Retirez-vous, malheureux, fuyez la voix de ce sang.

XLVI. Jour* La communion est la préparation à la mort de Jésos-Chrîst.

(1. Cor. XI. 26.)

Toutes les fois que vous mangerez ce pain de vie , et que vous (voirez ce calice , vous annoncerez la mort du Seigneur, jusquà ce qu*il vienne *. Vous l'annoncerez comme une chose déjà accomplie pour le salut du genre humain : vous l'annoncerez comme une chose qui se doit continuer en quelque façon jusques à la fin des siècles. La mort de Jésus-Christ est toujours présente dans l'eucharistie , par la séparation mystique de son corps et de son sang : l'impression de la mort de Jésus-Christ se doit faire sur tous les fidèles, qui, à rimilation du Fils de Dieu , se doivent rendre eux-mêmes des victimes. Toute la vertu de la croix est dans ce mystère; ou y annonce par tous ces moyens la mort du Sauveur.

Quelle est la vertu delà croix? Quand je serai élevé déterre, je tirerai tout à moi \ L'effet a suivi la parole : tout est venu à Jésus crucifié : telle est la vertu de sa croix. Cette vertu est toute vivante dans l'eucharistie : ceux-là y croient, ceux-là

» Matlb. V. 23. 24. — ' Col. i. 20.— ^ Hcb. \ui 2i. — ' I. Joan. Illt ÎX — * 1. Cor. XI 20. — * Joan. xii. 32.

raint; totfs les jours on érige le Calvaire sur le saint autel. Venez, et souyenez-vous de cette mort qui est votre vie ; venez recevoir un sacrement, où Ton apprend k demeurer en Jésus Christ, où Ton reçoit la force, le courage,la grâce d'y demeurer. Mais aussi on doit trembler , quand on retombe dans ses fautes après la communion ; puisque Jésus-Christ ne dit pas ; Celui qui mange ma chair est en moi ' ; mais il y demeure attaché : ni Je suis en lui ; mais J'y demeure^ etne le quitte jamais le premier, il vient bien à tiousle premier ; mais jamais Il n'estle premier qui nous quitte : c'est nous qui le quittons quand nous tombons dans le péché. Malheureux! nous devons bien craindre de ne Favoir pas reçu comme il faut : car nous serions demeurés en lui : et hélas! nous Tavonsquitté. Le recevoir comme il faut, c'est le recevoir en détestant ses péchés, en éloignant les occasions de le commettre ; en cherchant dans rcucharistie le soutien de notre faiblesse et de notre instabilité.^

XL VHP Jour. S*éproaver soi-même. (I. Cor. xi. 28.)

Que Vhomme s*éprouve lui-même * : qu'il éprouve premièrement, s'il n'est point indigne de cette table «aérée ; s'il ne Tient point au banquet de l'Epoux sans la robe nuptiale, sans ôtre en état de grâce ; car on lui diroit : Ami infidèle , ami téméraire , comment avez-vous osé entrer ici sans avoir Vha^ bit nuptial? Et non-seulement il sera jugé indigne du banquet, mais encore on lejettei*a pieds et mains liés dans le séjour des ténèbres, où il y aura pleur et grincement de dents '.

Le maître entra dans la salle du festin pour y voir les oonviés : et y vit un homme qui tCavoit point d*^habit nttptial \ Ueprésentez-vous Jésus qui vient lui-même examiner ceux qui sont à sa table. Pour éviter un si terrible examen, que chacun s'examine soi-même, que chacun s'éprouve soi-même.

Mais il y a encore d'autres épreuves plus délicates. Le paiii de l'cHcharislie est appelé par les saints, le pain des forts ; et il y faut user , en le donnnant, du même discernement dont use un sage médecin, en donnant le solide à son malade; c^'est-ài-dire qu'il faut songer non-seulement au refus

»Jomî.\i. ^7.-^ 'I. Cor. XI 28.— ' Mallh. xxn. 12. 13.— Mb. 11,

410 KEDITÀTIONS

suro à garder, et que ce dispensateur ne doit pas seulement être fidèle, mais encore prudent. Ainsi , que l'homme s'éprouve lui-même : car le temps de Tun n'est pas toujours le temps de l'autre, et la mesure de l'un n'est pas toujours la mesure de l'autre. Il faut donc s'éprouver soi-même : etqu<ind on dit s'éprouver soi-même , ce n'est pas à dire s'approdiei* on s'éloigner par son propre jugement : car cette épreuve neseroh ordinairement que la nourriture de l'amonr-proprc. Une partie de cette épreuve est de bien connoîtreqiron ne se peut pas juger soi>-même, et qu'on doit savoir chercher ce dispensateur prudent, qui connoisse le temps et la mesure gui nous est propre. Garce n'est pas sans raison que le prince des pasteurs a donné à ses ministres le pouvoir de. lier et de délier, de retenir et de remettre. Qu'on s'éprouve donc soimême avec ce conseil, et selon l'ordre de l'obéissance. Tout ce qu'on fait dans cet esprit, porte grâce. Tel qui entend d^e que la sécheresse est quelquefois une épreuve et un exercice, prendra sa langueur pour une grâce : tel aussi s'imaginera être de ces tièdes, que Jésus-Christ vomit de sa bouche, quand il ne sentira pas son goût, et que ce goût se sera, pour ainsi dire, retiré bien avant dans son intérieur. Qui est le sage ^ encore un coup, qui discernera ces choses?

11 faut aussi savoir connoître cette viande, qur sait comme la manne prendre toute sorte de goûts. Tantôt on nous y doit faire goûter Thumilité; tantôt la mortification ; tantôt Tamour fraternel et celui des ennemis; tantôt la joie qui nous transporte en esprit dans leciel; tantôtla sainte tristesse qui nous dégoûte du monde , et nous imprime des sentiments de pénitence. On nous doit faire prendre cette viande avec la disposition où le Saint-Esprit nous met; ou dans celle où Ton ressent qu'il nous veut mettre. 11 faut, dis-je, vous la donner ou selon Votre attirait présent , ou pour vous inspirer celui dont vous avez besoin. Faut-il exciter en vous, ou y entretenir Fesprit d'ardeur et de zèle? Le charbon pris sur Taulel *, n'est rien pour vous purifier, pour vous embraser, à comparaison de ce corps. Est-ce l'esprit de componction et de lar-

* Is. Yi, G. 7.

^t2 MKDITATIOXS

pas à ceux qui le reçoivent mal. Ceux qui croiront et seront baptisés seront sauvés \ Qui en doute, s'ils croient comme il faut; s'ils persévèrenl à croire ; s'ils ne mettent point d'obstacle à la grâce du baptême : s'ils sont soigneux d'en conserver la vertu? Ainsi, qui mange lachair , qui boit le sang, a la vie : oui, qui la mange etqui le boit dignement, et comme il faut. Lachair mangée dans l'eucharistie, est au chrétien un gage de l'amour de Jésus-Christ , un témoignage certain que c'est pour lui qu'il s'est incarné, et pour lui qu'il s'est offert. Voilà le gage, voilà le signe, voilà le témoignage : mais il faut entendre ce gage ; il faut être touché de ce signe ; il faut croire à ce témoignage : autrement, qu'aurez vous pris? Un gage, un signe , un témoignage de l'amour immense de votre Sauveur ; mais sans être touché , sans y prendre part : et ce précieux gage de son amour sera en témoignage contre vous : et vous serez de ceux dont il est écrit : il est venu chez $ûi, et les siens ne Vont pas reçu '. Qu'est-ce que venir chez soi, si ce n'est venir à ceux qui sont à lui ; il y vient donc, et il a été au milieu d'eux : mais ils ne l'ont pas reçu , parce q^a'ils ne l'ont pas connu, ils ne l'ont pas discerné; ils neTont pas traité comme le méritoit sa dignité et son amour.

Quel est donc le vrai effet, et la chose, pour ainsi parler, de ce sacrement ? Être incorporé à Jésus-Christ: lui être parfaitement uni selon le corps et selon Tcsprit : être avec lui une même chair et un même esprit, par la consommation de ce chaste mariage ' : être de ses os et de sa chair, comme une épouse fidèle * ; mais être aussi de son esprit, en sorte qu'il jouisse tout ensemble de notre corps, du notre esprit, de notre amour, comme nous jouissons du sien : en un mot, être le corps de Jésus-Christ, lui être uni membre à membre, comme les membres sont unis entre eux , comme tons le sont au chcf^ : et cela pour toujours, sans jamais être en division, ni en froideur, ni avec lui, ni avec aucun de ses membres ; parce qu'il veut non-seulAnent venir en nous, mais y demeurer. Il ne s'unit qu'à regret et à contre-cœur à ceux qu'il voit désunis dans la suite et jusqu'à la fin : il ne les réputé

' Marc. XVI. 10. — ' Jean. i. 11. — ^ l.Cor. vi. la. 17. — * Eph. v. 30. ~ ■' i.Cor. xFi. 27.

(lii hèditations

Christ toot entier , comme une chaste épouse à un ftponx dié> ri 1 et en cette qualité d'avoir puissance sur son corps , pour jouir en même temps de son esprit? Et pour parler du corps en particulier, n'y a-t-il rien à faire dans notre corps? N'estce pas lachairqui convoite contre l'esprit? Qui la peut mieux tempérer, que le corps de Jésus-Christ appliqué sur elle? N'y a-t-il pas dans nos membres une loi qui combat la loi de Tespril? Qui la peut mieux affoiblir, et mettre nos membres mortels sous le joug? Ne faut-il pas porter dans nos corps la mortification de Jésus? Mais qui peut mieux y en imprimerie caractère, et sanctifier les peines d'un corps affligé? Mais ne faut-il pas que ce corps mortel sorte un jour du tombeau et de la corruption? Et qui peut mieux nous en tirer que ce corps qui ne l'a jamais sentie? Pour devenir avec Jésus-Christ «n corps spirituel^ comme l'appelle saintPaul', qu'y avoit-il de plus efficace que son union avec ce môme corps, et l'impression de ses divines qualités? Mon Sauveur, si vous touchez mon corps, il en sortira une vertu : iet il faudra qu'il devienne semblable au vôtre. La vertu qui en sortira, ne me donnera pas comme à cette femme , une santé foible et fragile , mais la véritable santé qui est l'immortalité. Mais les enfants qui n'ont pas communié, ne ressusciteront donc pas? Grossiers et charnels, qui n'entendez pas que ce corps est donné à toute l'Eglise , cl que ce levain mystérieux est capable de vivifier toute la masse? Ces enfants, dont vous parlez, n'ont-ils pas reçu avec le baptême un droit sur ce corps ? il est à eux , encore qu'ils ne le reçoivent pas d'abord, selon la coutume présente : mais ce qui est reçu par quelques-uns, esta tous un même gage d'immortalité. Consolez- vous en notre Seigneur, et jouissez d'une si douce espérance.

Ll' Jour. LVucharîstîe est le viatique deâ mourants.

Considérons ici le corps du Sauveur, comme le doux viatique des mourants. Je me meurs, mes sens s'éteignent, ma vie s'évanouit: qu'ai-je à désirer en cet état, que quelque chose qui m'ôte la crainte de la mort, et me tire de l'esclavage où cette

« I. Ccr, XV. i4. 45. 40,

*^^ BÉDITÀTIONS

MAKUS : Jfon Dieu je remets mon esprit entre vos mains *. Seigneur Jésus, recevez mon e^prt^'.Quoî, vous le venez quérir vous-même pour le présenter à votre Père ! C'en est fait. tout est consommé*. Je veux mourir comme vous en disant cette parole : Tout est consommé, je n^ai plus rien sur la terre ot votre royau me va être mon partage . Tout est consommé ; je vois votre royaume céleste, ce sanctuaire éternel, s'ouvrir pour me recevoir par grâce, par miséricorde, en votre nom, ô Jésus ! A ce coup sera accomplie cette parole : Qui me mange^ demeure en moi, et moi en im *, Je ne vous quitterai plus. Maudite soit ma malheureuse et criminelle inconstance , qui m'a fait quitter tantde fois un si bon maître ! Et maintenant, mon Sauveur, je serai toujours avec vous : vous m'allez marquer de votre sceau. Âh I Seigneur, gardez-moi jusqu'au dernier soupir, et que je le rende entre vos bras.

Et ce corps que deviendra-t-il? Le voilà uni au vôtre. Par votre corps ressuscité , je ressusciterai tout nouveau : je ne laisserai à la terre que la mortalité. Je vis dans celte espérance maisj'ymeurs. Jemeurstouslesjours, puisque je ne cesse d'avancer au dernier moment. Mes jours se dissipent comme une fumée , s'en vont comme une eau rapide , dont on ne peut arrêter le cour«. Dans un moment on passera où j'étois, et Ton ne m'y trouvera plus. Voilà sa chambre, voilà son lit, dirat-on, cl de tout cela il n'en reste plus que mon tombeau où l'on dira que je suis; et je n'y serai pas : il n'y aura qu'un reste de moi-même, et ce reste tel quel, diminuera à chaque moment , et se perdra à la fin.

Que cela est triste! Oui, si je n'avois pas votre corps, pour me redonner la vie. Cette espérance me soutient. Je veux toujours me regarder en état de mort; me confesser comme un mourant ; communier comme un mourant ; me disposer à chaque fois comme si j'allois mourir. Je meurs: fermez-moi les yeux: que je ne voie plusles vanités : enveloppez-moi do ce drap : je n'ai plus besoin d'autre chose : rendez-moi ma pauvreté naturelle : mettez-moi enterre. C'est là d'où je viens selon le corps ; c'est là où il faut que je retourne ; c'estlà ma

* Luc. xxra. 40. Ps. xxx. 6. — * Act. vn. 5S. — * Joan. xix. 30. — • Ib. VI. 57.

qu^on ne peut vivre sans eux, et que la vie n'est pas une vie sans cette société : Mangez^ buvez, mes amis : enivrez-vous ^ c'est-à-dire, réjouissez- vous , mes très-chers, disoit TÉpout à ses amis'. Et la sagesse, pour nous inviter à sa compagnie, n'a rien à nous proposer de plus attirant, qu'un repas qu'elle nous prépare : Venez, mes amis , mangez mon pain, buvez le vin que je vous présente '.

G'é!oit aussi pour celte raison que Dieu ordonnoit à son peuple, de venir au lieu que le Seigneur avoit choisi, pour y faire bonne chère devant le Seigneur, tmec tout ce qu'on avoit de plus cher, avec son fils, avec sa fille, avec tout son domestique, avec son serviteur et sa servante, avec ceux qu'on honoroit le plus, avec le Lévite qui demeuroit dans son pays S sans oublier l'étranger, non plus que la veuve et l'orphelin ; et à plus forte raison , sans oublier ses voisins , ses proches, afin qu'ils fussent rassasiés des biens que le Seigneur nous avoit donnés, et partageassent notre joie *.

Ces festins et celte joie ont été la cause que la béatitude céleste nous est représentée comme un banquet. Il en viendra d'Orient et d'Occident , dit le Sauveur; et ils se mettront à table avec Abraham, avec Isaac et avec Jacob^, Et lui-même, à la fin des siècles , il fera mettre à table ses bons serviteurs , et passant de table en table , il les servira ^. Et le jour même de la cène, pour appliquer celle idée au festin qu'il venoit de faire avec ses disciples, il leur dit: Je vous prépare le royaume que mon Père m'a préparé, afin que vous mangiez et buviez à ma table dans mon royaume ' .

11 vouloit donc que la cène fût un véritable festin, pour lier la société entre ses disciples , et leur figurer la joie de ce feslin éternel , où ils seront rassasiés et enivrés de V abondance de sa maison , et abreuvés du torrent de sa volupté *. C'est pourquoi il célébra ce divin banquet sur le soir, à la (in du jour, en figure de ce souper éternel , qu'il nous fera a la fin des siècles, lorsque toutes choses seront consommées.

C'est encore ce qu'il vouloit dire, lorsqu'on prenant selon

Gant. ▼. 1. — » Prov. tx. 4. — ' Deut xn. 5 7. 12. 18. — « Ih. xx/i.n. 12. 13. — * Mattb. viii. 11. — « Luc. xn. 3". — ' Ib. xxii. 29. 3V- — 'Ps. XXXV. 9.

i^O MÉDITATIONS

notre cœur ; non-^sculement nous fortifier, mais encore nous enivrer avec lui , et boire à longs traits dès cette vie Tamour qui nous rendra heureux dans réternité.

un* JoOR. L*ettdiarutie unie par Jésus-Cbrist «a repas commim, est plus

semblable à rancleime pftque. (Ibid.)

On peut encore remarquer un autre dessein , qui a porté notre Seigneur à unir ensemble le festin de Teucharistie, au repas ordinaire ; qui étoit de la rendre plus semblable à Tancienne pâque , qui faisoit aussi partie du repas commun II y avoit cette différence, que Tancienne pâque ne se faisoit qu une fois Tannée ; mais maintenant, chaque jour on célèbre la nouvelle pâque : tous les jours des chrétiens sont une fête leur vie est une éternelle solennité : ils doivent aussi toujours être en joie, comme saint Paul le leur dit sans cesse : et c'est par là qu'ils sont initiés à la joie, et à la gloire éternelle.

L'année signitioit aux Juifs Tétemlté tout entière et Funi-» versalité des siècles. Mais maintenant chaque jour nous la signitie : nous sommes plus proches qu'eux de Félernité « et ridée nous en doit être plus présente.

La pâque se célébroit une seule fois ; l'entrée du souverain pontife dans le sanctuaire une seule fois : tout cela pour figurer qu'en effet il n'y a qu'une seule pâque , qui est celle de Jésus-Christ. Car s'il y a aussi une pâque, et un passage pour nous ; c'est en lui y et il faut qu'il passe dans sa gloire tout complet, c'est-à-dire, le corps et les membres. Il n*y a non plus qu'une seule entrée du même Jésus, souverain pontife, dans le ciel ' ; lorsqu'il y entre pour nous et pour lui, et qu'il nous y va préparer la place. Il ne passe donc qu'une fois , il n'entre qu'une fois dans le sanctuaire à ne regarder que sa personne ; mais dans ses membres il passe tous les jours au ciel : tous les jours il entre dans le sanctuaire : et l'eucharistie célébrée tous les jours , tous les jours nous représente ce mystère. Passons donc tous les jours à Dieu : passons en Jésus-Christ de plus en plus ; que sa vie paroisse toujours de plus en plus dans la nôtre, par l'imitation des venus qu'il a pratiquées. Entrons tous les jours dans son

* /Jcbr. VI. 19. 20. ix. 7. 11. 14.

4^2 ItÊDITATiONâ

n'en quittons point la pensée durant nos repâs. ai noud né pouvons pas les accompagner de saintes lectures , comme on le fait dans les maisons spécialement consacrées à Dieu , accompagnons-les de saints discours, du moins de saintes pensées. Ne nous livrons pas aux sens , ni à ce corps misérable qu'il seroit honteux d'engraisser et de nourrir , si on ne le nourrissoit comme le ministre et le serviteur de Tesprit. Car autrement nous nourrir, ce n'est que travailler pour la mort, lui engraisser sa proie, et aux vers leur pâture. Nourrissons-nous avec règle, et comme disoit un ancien : Mangeons autant qu'il est nécessaire, pour nous sustenter: buvons autant qu'il convient à des personnes pudiques , qui ne veulent pas irriter les désirs sensuels. Enfin quoi que nous fassions : êoit que nous buvions, soit que nom nmngions , soit que nous fas^ sions quelque autre chose par rapport au corps, faisons-le pour la gloire de Dieu , et au nom de notre Seigneur Jésus-Christ » rendant grâces par lui à Dieu le Père\

Le royaume de Dieu n* est pas boire, ni mangci* ; mais justice et paix, et joie dans le Saint-Esprit *.

LX" Joun. Pouvoir donné h TEglisede clianger ce qui n*cs( pas de Tessence de Tinstitulion divine. La communion sous une espèce suffisante et parfaite. (Ibid.)

Que Jésus-Christ a donné un grand pouvoir à son Église dans la dispensation de ses mystères ! Il a institué Teucharistie dans un festin, dans un souper, sur le soir : et cela faîsoit à son mystère, et à notre instruction. Et néanmoins il a permis à son Eglise de séparer ce qu'il avoit mis ensemble , encore que ses apôtres «lussi eussent suivi religieusement cette institution. Et non-seulement l'Eglise a cessé de faire ce que Jésus-Christ avoit fait , et les apôtres suivi : mais encore elle a pris la liberté d'interdire sévèrement cette pratique. C'est étant à table, et au milieu d'un repas, et y mangeant d'autres viandes , que Jésus-Christ a commandé à ses apôtres de recevoir l'cucharislie; et l'Église a bien osé le défendre, et faire une loi inviolable de communier à jeun. L'eucharistie qui par son institution étoit un souper, n'en est

' I. Cor. X. 31. Coloss. m. 17. — • ilom. xiv, 17,

ont marqué distinctement , qu'il en a donné les deux parties avec quelque distance Tune de Tautre; puisqu'il a donné le corps pendant le souper , selon saint Matthieu ^ ; et le calice du sang après le souper, selon saint Luc et saint PauP. Et Hon content d'avoir comme séparé ces deux actions par ce caractère, il a voulu montrer que chaque partie de son action étoit complète en elle-même, puisqu'il dit après chacune,' comme saint Paul le marque expressément : Faites ceci en mémoire de moi^. Ainsi, quelque parHeque je prenne, je célèbre la mémoire de la mort de Jésus-Christ; je m'en applique la vertu tout entière; je m'incorpore à Jésus-Christ. Car ne lui suis-je pas incorporé en prenant son corps? N'est-ce pas par là que je suis fait os de ses os , et chair de sa chair, et une même chair avec lui \ ainsi que nous avons vu? Que me faut-il davantage pour accomplir l'œuvre de mon salut , surtout en mangeant ce corps comme le pain descendu dn ciel, c'est-à-dire, comme le corps d'un Dieu, comme un corps uni à la vie même, et rempli pour moi de l'esprit qui me viviOe? N'ai-je pas en même temps reçu et son corps et son osprit? Ce qui reste nie peut bien donner une plus entière Gipression de la mort de Jésus-Christ ; mais j'en ai toute la vertu dans le corps seul. Et je ne m'étonne pas si saint Paul a dit, que quiconque mange ce pain, ou boit cette coupe tndignement, est coupable du corps et du sang^ : oui, dit-il, et il le dit très-distinctement : Quiconque reçoit indignement l'un ou l'autre , est coupable de tous les deux : et par la même raison, qui participe dignement à l'un des deux, honore tous les deux en?emble, et en reçoit le fruit et la sainteté ; parce qu'il n'y a dans l'un et dans l'autre qu'une seule et même vertu , une seule et indivisible sainteté. Ainsi qui reçoit l'un , ou qui reçoit l'autre, ou qui reçoit tous les deux, reçoit toujours également son salut. La substance n'en est pas plus dans tous les deux que dans l'un des deux; car où est toute la substance de Jésus-Christ, là est aussi , pour ainsi parler, toute la substance du salut et de la vie. Car, comme ditl'Eglise elle-même, dans le saint eoncile de Trente % le même qui a dit : Si vous

' Mattb. xfTi. 2C. Marc. xvi. 22. — ' Luc. xxir. 20. T. Cor. xf. 25. — *Jb. 24, 25. — * Ephe». v. 30. — * ï. Cor, xr. 27.— • Scss. xxi. c ap. 1,

^^^ UÉDITATIOKS

rinstruction. On nous reçoit sur la foi d'autfui ; d'autres disent en notre nom : Je crois , je renonce ; et votre Eglise accepte la réponse , sans quMl en soit rien écrit dans votre parole. Quelle sûreté pour nous, si nous n'entendons que la foi constante de TEglise, que l'interprétation de TEglise, que la pratique inviolable de FEglise est aussi bien votre parole , que votre parole même rédigée dans vos Ecritures. Oui, ce que vous avez écrit dans les cœurs, et que TEglise a toujours prêché, est la vérité. Je vis en cette foi, et je m'unis d'esprit et de cœur à votre Eglise et à sa doctrine ; protestant sincèrement devant vous que je suis content de vos sacrements , suivant qu'elle me les administre, elle que vous en avez établie la dispensatrice.

LYI* Jour. Adoration, exposition, réserve de l'eacharistie.

Mon Sauveur, puisque leschicanes des rebelles de votre Église me conduisent à une grande intelligence de votre vérité , jo veux encore considérer celles qu'ils lui font sur l'adoration , sur la réserve, sur l'exposition de votre adorable sacrement.

On ne voit point, disent-ils, dans les paroles de l'Évangile, que les apôtres aient adoré le corps et le sang de Jésus-Christ en les recevant. Et vait-on qu'ils aient adoré Jésus-Christ, qui bien constamment étoit assis avec eux en sa forme visible ci naturelle? 0 mon Dieu! ces disputeurs ne verront-ils jamais que , quoi qu'ils répondent , ils se font à eux-mêmes leur procès. Les apôtres adoroientils Jésus^Christ en sa propre et naturelle figure? Mais ils le croient sans qu'il soit écrit en ce lieu là. Ne Fadoroient-ilspas? Et que veulent-ils donc conclure de ce qu'il n'est pas écrit qu'ils l'aient adoré dans reucharistie ?

Mais que ces hommes , qui se croient subtils , et appellent les autres grossiers, sont grossiers eux-mêmes; puisqu'ils n'entendent seulement pas quelle est la véritable adoration ! Car à nous tenir mot à mot, à ce qui est écrit dans l'histoire de la cène , et sans çherch<»v à suppléer un endroit de l'Évangile par les autres : cro te en Jésus-Chnst, lorsqu'il dit : Prenez y mangez; ceci est won corps ' ; le croire, dis-je, sans

* M»(tb. xwi. 20r

*-^ MÉPITATIOKS

Jésus-Clinst n'en seront que l'expression et le témoignage t C'est donc avec raison qu'on joint dans Teucharistie TadorA- *lion intérieure et Textérieure» c'estnà-dire, le sentiment et le signe , la foi et le témoignage. C'est avec raison , comme lo rapportent les saints, qu'on manifestoitaudebors parla posture du corps , l'abaissement de l'esprit , et que nul ne prend cette chair^ qu'il ne Vait premièrement adorée : ce sont les mots de saint Augustin * , et le témoignage constant de la pratique de l'Eglise. Mais pourquoi cbercher ces témoignages, quand manger, quand boire ce corps et ce sang, comme le corps et le sang de Dieu, et y attacher son espérance, c'est une si haute adoration , qu'on voit bien qu'elle doit attirer toutes les autres.

Vous me dites : Pourquoi exposer? où cela est-il écrit? l'ancienne Eglise l'a-t-elle observé? Grossier et charnel, lequel est le plus, ou d'exposer dans l'Eglise le corps du Sauveur, ou le porter avec soi, et le garder dans sa maison? Et ce dernier est»il plus écrit que l'autre? Qui ne voit donc que la substance étant écrite et bien entendue par l'Eglise ; tout lo reste qui en est la suite a été diversement pratiqué , selon la sage dispensation de la même Eglise, pour l'édiiication du peuple saint?

Allons de ce pas; ne tardons pas davantage ; allons adorer Jésus qui repose sur l'autel. Ah! c'est là qu'on me le garde ; c'est de là qu'on me l'apportera un jour en viatique , pour me faire heureusement passer de cette vie à l'autre. Pain des voyageurs, qui serez un jour le pain des compréhenseurs, le pain de ceux qui vivront dans la céleste patrie, je vous adore ; je crois en vous; je vous désire; je vous dévore en esprit : vous êtes ma nourriture, vous êtes ma vie.

LYIP Jour. Le sacrifice.

A Dieu ne plaise que nous oublions la sainte action du sacrifîce, et le mystère delà consécration. Je vois un autel; on va offrir un sacrifice, le sacrifice des chrétiens; le sacrifice or Toblation pure, dont il est écrit, quelle devoit être offerte

* £nar. in, Ps. \cviii. n. 9.

uéDITATIOKd

le Fils de Dieu , accoutumé à faire tout par sa parole. Tii eê guérie * : on est guéri : Tu es vivant ' : on vit, et la vie qui a*en alloit est rappelée. Il dit : Ceci est mon corps : ce n^est plus du pain ; c*est ce qu^il a dit : il a dit : Ceci est mon sang : ce n*est plus du vin dans le calice , c'est ce que le Seigneur a . proféré ; c'est là son corps , c'est le sang ; ils sont séparés ; ^ri, séparés; le corps d'un côté, le sang de l'autre : la parole a été l'épée, le couteau tranchant qui a fait cette séparation mystique : En vertu de la parole , il n'y auroit là que le corps, et rien là que le sang : si l'un se trouve avec l'autre , c'est à cause qu'il sont inséparables depuis que Jésus est ressuscité : car depuis ce temps-là il ne meurt plus. Mais pour imprimer sur ce Jésus , qui ne meurt plus, le caractère de la mort qu'il a véritablement souiïerte , la parole vient, qui met le corps d'un côté, le sang de l'autre, et chacun sous des signes dîlférents : le voilà donc revêtu du caractère de sa mort, ce Jésus autrefois notre victime par l'eiïusion de son sang, et encore aujourd'hui notre victime d'une manière nouvelle par la séparation mystique de ce sang d'avec ce corps î

Hais comment ce corps, comment ce sang? Cela se peut-il? et un corps humain peut-il être sous cette mince étendue? Qui en doute, si la parole le veut? La parole est toute-puissante : la parole est Tépée tranchante , qui va aux dernières divisions; qui saura bien , si elle le veut, ôter à ce corps ses propriétés les plus intimes, pour ne nous en laisser que la nue et pure substance : car c'est cela qu'il me faut; c'est à cette pure subst<ince que le Yerbc divin est uni ; car son union est substantielle : son union se fait dans la substance : celle qu'il veut avoir avec moi , se fera aussi par la substanco de son corps et de son sang : il l'a dit, et cela est fait dans le moment.

Mais je ne vois rien de nouveau sur cet autel ! Je le crois bien ; la parole sait ôter au sens tout ce qu'elle veut , lorsqu'elle veut exercer la foi. Jésus-Christ, quand il a voulu, s'est rendu invisible aux hommes; il a passé au milieu d'eux

' Mare. ?. 34. — ' Juaa. xi. 43. 44.

. vérité et en subs(ancc , mais qu'elle ne vouloit montrer qu*à . notre foi. N'en disons pas davantage ; car tout le reste est incompréhensible, et n'est vu que de celui qui Fa fait.

Voilà le signe que Jésus-Christ nous a laissé , signe auquel nous reconnoissons qu'il est véritablement présent. Car la paroM nous le dit; et il ne faut pas être en peine de la manière dont elle exécute ce qu'elle prononce : il ne faut songer qu'à ce qu'elle signiGe. Car elle a en elle-même une vertu pour faire tout ce que veut celui qui l'envoie. // a, dit-il, envoyé sa parole et elle les a gxUris , et elle les a arrachés des mains de la mort ' . Sa parole ne revient point inutile : elle fait tout ce qu'il a ordonné^. Entendez denc encore un coup cette parole : Ceci est mon corps. S'il avoit voulu laisser un simple signe, il auroit dit : Ceci est un signe : s'il avoit voulu que le corps fût avec le pain , il auroit dit : Mon corps est ici. Il ne dit pas : Il est ici, mais : Ceci test : par là il nous définit ce que c'étoit , et ce que c'est. Quand on vous demandera : Qu'est-ce que ceci? Il n'y a qu'un mot à répondre : C'est son corps ; la parole a fait cette merveille.

Elle n'en denocure pas là. Sortie de la bouche du prêtre comme de celle du Fils de Dieu , elle a fait sur le saint autel ce changement prodigieux : elle tourne ensuite sa vertu sur nous tous, qui assistons au sacrifice : elle éteint en nous tous nos sens : nous ne voyons plus; nous ne goûtons plus, par rapport à ce mystère. Ce qui nous paroît pain , n'est plus pain : ce qui nous paroît vin, n'est plus vin : c'est le corps , c'est le sang de Jésus-Christ. Nous n'en croyons plus le jugemont de nos sens; nous en croyons la parole : elle a tout changé ; et nous-mêmes nous ne sommes plus ce que noue étions , des hommes assujettis à leurs sens , mais des hommes assujettis à la parole. En cet état nous approchons du saint autel : Venez le désiré de mon cœur : Suivit in te ANIMA MBA *. Mon âme a soif de vous : en combien de manières ma chair vous desire^t^clle^l Oui, ma chair prend part au désir tie l'âme : car c'est en elle que s'accomplit ce qui cause à r4me ces transports. Mon cceur et ma chair se r^ouiront

^ Ps. cvi. 20. — -Is. i.v. 11. — 'Ps. LXll. 2.

ment lui peu vent être ôtécs; mais elle-même elle s'en est souveutdéfaite. Ellea loué ses évéques, qui, pour assister les pauvres, se réduisoient à porterie corps de Jésus-Christ dans un panier , et son sang dans un simple verre ; ceux qui employoient les vaisseaux sacrés à racheter les captifs, à acheter de la place pour enterrer ses morts. Il faut donc avoir du zèle pour honorer les mystères, et ni Tor ni les pierreries ne doivent point être épargnés pour exciter la révérence des peuples. Mais cependant n'oublions jamais, que ce qu'il y a de vraiment riche dans ce sacriûce , c'est qui est le plus caché, le plus humble. Mais que fait là Jésus-Christ? je ne vois pas qu'il y fasse rien qui soit digne de lui. C'est cela même qui est grand : car c'est par là qu'il fait voir que toute sa grandeur, est en lui-même: c'est en cela qu'il fait voir que toute, sa grandeur aussi bien que toute notre félicité, est dans samort. Plus il est anéanti, plus il est mort; plus il nous transportesa vie. Digne mémorial d'un Dieu, qui s'est anéanti , lui-même.

LIX' JoCR. L'Agneau devant le tiônc de Dieu. (Apoc. v. 6.)

Les cieux s'ouvrent : je perce au dedans du voile : j'entre dans le sanctuaire éternel , et j'y vois avec saint Jean devant le trône, V Agneau comme tuéy et autour les vingt-quatre vieillards vénérables '. C'est ce que je vois dans le ciel , c'est ce que je vois dans la terre. Là Jésus comme mort, comme tué, avec les cicatrices de ses plaies, au milieu de ses saints : ici le même Jésus encore comme tué, et revêtu des signes sacrés de la mort violente qu'il a soufferte, environné de part et d'autre de l'assemblée de ses prêtres. Que nous dit saint Paul, de ce Jésus considéré dans leciel?Qu't{ paroUpour nous devant la face de Dieu : qu*il est dans le ciel toujours vi^ vant afin d'intercéder pour nous * : qu'il intercède pour nous par sa présence. Et que dirons-nous , à son exemple , de ce Jésus posé sur le saint autel? sinon que sa seule présence , et la représentation de sa mort, est une intercession perpétuelle pour le genre humain.

Accompagnons donc cette action de saintes prières : char-

' Ap. c. V. G. — ' Ilob. ;x. 2î. vu. 25.

yt k* /»

^ UGDITATIONS

ment que le corps de Jésus-Christ devoit être donné pour nous, à la croix, et Ta été en effet : mais encore quVi chaque fois qu'on prononce cette parole, il est par celte parole acluel- 'lement donné pournous : Hoc corpus, qlod pro vobis dator.

Il veut donc dire que ce corps non-seulemeat nous est donné dansTeucharistie : Prenez ; mangez : ceci tst mon corps j mais encore qu'il y est donné pour nous, offert pour nous, aussi bien qu'il Ta été à la croix : ce qui marque qu*il est encore ici notre victime, qu'il y est encore offert, quoique d'une aulre manière. Ainsi ce terme : donné pour vous : se dit de Jésus-Christ sur la croix, et se dit de Jésqs-Christ dans Teucharistie : et convient à ce double état de notre Seigneur du corps présent, dansTun et dans Fautre. C'est pourquoi lo Sauveur non- seulement parle en temps présent , pour nous montrer qu'il est ici comme en la croix, se donnant actuellement pournous : mais encore il choisie un terme, qui convient à son sacré corps dans ces deux ét^s S'il avoit dit : Ceci est mon corps , qui est crucifié , percé de plaies, mis à mort pour vous; on ne pourroit pas dire que cela lui convient dans l'eucharistie : car il n'y meurt plus etilfaudroit expliquer nécessairement et uniquement : Ccoi est ce mâme corps, qui sera mis en croix pour vous,^ et y rendra le dernier soupir pour voire salut. Mais il a dit : Ceci est mon corps donné : cela convient à ses deux étals ; ce corps est donné à la croix; ce corps est encore donné dans l'eucharislie : et dans l'un et dans l'autre état, donné pour vous. Dès là qu'il est dans l'eucharistie pour vous y être donné, il est donné pour vous : avant que de vous le donner à manger, la parole de Jésus-Christ le rend présent : et celle présence est encore pour vous. Jésus-Christ est présent pour vous devant son Père ; il se présente pour vous, il s'offre pour vous; et sa présence seule est pour vous une intercession toute-puissante.

Voilà donc ce qu'opère dans l'eucharislie ce précieux tenue : Ceci est mon corps donné.

Mais peut-être que les autres termes, rapportés par les écrivains sacrés, n'ont pas été prononcés avec le même choix , cl

' Madh. XXVI. 20.

UEDITATIONS

nés cracllement rompues. Le mot de rompre convient donc encore aux deux états, et à celui de Jésus- Christ à la croix, et à celui de Jésus-Christ dans Teuchàristie : le corps est donné dansTun etTautre état; il est rompu dans Tun et Tautre. II en est de même du sang. Le corps est partout donné pour nous, il est partout notre victime : le sang est partout versé pour nous ; il a coulé pour nous sur la croix, il coule encore pour nous dans la coupe sacrée.

Mon Sauveur, quel sacrifice? mon Sauveur, encore un coup, que de douceur à méditer votre parole ! J'y trouve toujours de nouveaux goûts comme dans la manne : votre corps et votre sang sont mon oblation, mon sacriûce, ma victime, et sur la croix, et sur la sainte table : et comme la croix, cette table est un autel. Ha ! vraiment, ce que dit saint Paul est bien véritable ! Nous avons un autel , dont ceux qui demeurent attachés au tabernacle ancien , et à Tautel de la loi, n'ont pas pouvoir de manger '. Pour y participer, il faut entrer en esprit dans k tabernacle , qui n^est pas fait de main d'homms*,

LXI* JOUB. L*eacharistie est le sang du nooveaa Testament. (Mattb,

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