‹ Méditations sur l'ÉvangileChapitre 22 sur 34 · XXVI · texte numérisé non relu

XXVI

Je reviens aux paroles de Tinstitution avec un nouveau goût, et j'y trouve ce mot qui me touche : Ceci est mon sang du nouveau Testament ^. Je trouve, dans ce mot de Testament, je ne sais quoi qui me frappe , qui m'attendrît. C'est ici un testament : c'est l'assurance de mon héritage; mais il faut qu'il en coûte la mort à celui qui le fait. J'ouvre encore la divine épitre aux Hébreux , et j'y trouve ces paroles : « Partout où il y » a un testament, il faut que la mort du testateur s'y ren— » contre : car le testament est confirmé dans la mort ; et il o n'a pas sa valeur, tant que le testateur est en vie : c'est » pourquoi l'ancien Testament même n'a pas été consacré sans » sang. Car après que Moïse eut lu le commandement de la » loi à tout le peuple , il prit du sang de la victime, et le jeta » sur le livre même, et sur tout le peuple, en disant : C'est ici » le sang du Testament que le Seigneur a fait pour vous ^d. Je vois donc l'héritage céleste donné par testament aux enfants

* Jleb. xin. lO.—'Ib. ix.1 1 — *Matth. xxyi.28.— * Heb. ix. 16. 17 etseq.

^*^ IliéDlTATIONS

OU , comme le tourne saint Luc : Ce calice est le twuveau Testament par mon sang \ qu'il contient; parce que telle est la nature de ce testament, qu'il doit être écrit tout entier du sang même du testateur. Venez lire , chrétiens, venez lire ce testament admirable : venez en entendre la publication solennelle dans la célébration des saints mystères ; venez jouir des bontés de votre Sauveur, de votre Père, de ce divin testateur qui vous achète par son sang votre héritage , et qui écrit encore de ce même sang le testament par lequel il vous le laisse. Venez lire ce testament : venez posséder ; venez jouir : Théritage céleste est à vous.

LKli" Jour. C'est le nouveau Testament par le sang de notre Seigneur.

Ce calice est le nouveau Testament par mon sang : c'est ainsi que saint Luc et saint Paul ' tournent ce que rapportent sainl Matthieu et saint Marc : Ceci est le sang du nouveau Testament,

Il n'y a pas lieu de douter, que les paroles prononcées par Jésus-Christ en donnant son corps, ne soient celles-ci : Ceci est mon corps ; puisque tous ceux qui ont écrit cette institution, saint Matthieu, saint Marc, saint Luc et saint Paul le rapportent dans ces mêmes termes.

Il n'y a non plus lieu de douter que Jésus-Christ n'ait con-r sacré son sang avec la même façon de parler, dont il a consacré son corps , c'est-à-dire, comme le rapportent saint Matthieu et saint Marc : Ceci est mon sang du nouveau Testa-ment ^ Mais comme il y avoit quelque chose de particulier à considérer dans ce sang du nouveau Testament, et qu'il y falloit entendre que ce sang verso pour nous sur la croix, est encore versé pour nous , et transformé en une liqueur dans l'eucharistie , y étoit la confirmation et le témoignage certain de la dernière disposition de notre Père : sainl Luc et saint Paul l'expliquent ainsi ; Cette coupe est le nouveau Testament en mon sang : comme si on disoit : De même que ce papier où est écrite de la main de votre père sa dernière volonté, est son testament, ainsi cette coupe sacrée est le testament de

' Luc. xxn. 20. — ' Luc. xxa, 20. L Cor. xi. 25. — ' Matth. xxyi. 28. Marc. XIV. 24.

llËDITATIOXS

pour opérer tout ce qu'il a dit : son sang est ici ; cette coupo en est pleine ; il s'y répand tous les jours pour nous ; c'est de ce sang qu'est écrit le testament de notre Père. Et quel est ce testament? sinon celui dont il est écrit : C'est ici le testainefU que je ferai avec eux ; je mettrai ma loi dans leurs cœurs, et je V écrirai dans leur esprit , et je ne me souviendrai plus de leurs péchés '•

Et pourquoi nous léguer par testament la rémission des péchés, si ce n'est pour lever l'obstacle qui nous empêche d'entrer dans le ciel , qui est notre véritable héritage? Et pourquoi faire cela par un testament, si ce n'est pour nous faire souvenir que pour être en droit de nous léguer cet héritage céleste, il en dcvoit coûter la vie à celui qui nous le légnoit par testament? Et pourquoi nous donner le sang du nouveau Testament ; ou , comme le tournent saint Luc et saint Paul , pourquoi nous donner ce testament scélé, confirmé, écrit avec le sang du testateur, sinon pour appuyer notre foi et enflammer notre amour? Qui ne seroit attendri, en voyant un testament écrit de cette sorte? Que l'héritage est grand, qui nous est légué par un testament si auguste, si précieux! qui auroit le cœur si endurci, qui voyant ruisseler encore de cette coupe sacrée le sang de ce testament , par lequel nos péchés sont lavés, ne les auroit en horreur, et n'en déracineroit jusqu'aux moindres restes, à la vue et par la vertu de ce sang?

LXIIP Jour. La messe est la continuation de la cènede Jésus-Chiist. (ibid.)

Reconnoissons donc, chrétiens, que toutes grâces abondent dans ce sacrifice. Jésus est mort une fois, et n'a pu être offert qu'une fois en cette sorte ; autrement il faudroit conclure que lu vertu de cette mort seroit imparfaite; mais ce qu'il a fait une fois de cette manière , qui étoit de souiïrir ainsi tout ensanglanté et tout couvert de plaies , et de rendre son âme avec tout son sang, il le continue tous les jours d'une manière nouvelle dans le ciel, où nous avons vu par saint Paul , qu'il ne cesse de se présenter pour nous; et dans son Eglise, où tous les jours il se rend présent sous ces caractères de mort.

' Jcreni. xx\i. 31. 33. 3i. Ileb. tiiî. 8 et seq. x. 16. 17.

^*^ BIEDITATIONS ~

sensible et spirituel, simple et auguste, humble et magnifique en même temps.

Quoi ! durant un si grand mystère , pas un soupir sur vos péchés; pas un sentiment de componction ! Vous assistez de corps seulement! Et quoi! Jésus n'est-il ici que selon lo corps? son esprit n'est-il pas aussi avec nous? Et que veut donc dire le prêtre, lorsqu'il nous salue, en disant : Domi- KUS VOBISCUM : Le Seigneur est avec vous : Et avec votre esprit, répondez-vous. C'est donc à l'esprit du prêtre à l'esprit du sacrifice , que vous voulez vous unir ; et votre corps est là comme mort, sans esprit, sans foi? Quoi donc, vous ne fîentez rien? Vous ne songez pas, que ces espèces sacrées sont l'enveloppe où est renfermé le corps de votre Sauveur» et comme le drap mortuaire dont il est couvert ! Vous assistez au tombeau , où est votre Père qui est mort percé de plaies pour vous sauver; et vous êtes insensible! Vous vous réveillez à ces paroles; mais songez-vous bien, que ce Jésus ici présent ne veut pas vous voir avec le moindre ressentiment contre votre frère ; ou , pour parler comme lui , avec le moindre ressentiment de votre frère contre vous ' ! Vos autres dérèglements ne lui causent pas moins d'horreur. Allez , hypocrites, qui ne m'honorez que des lèvres, et dont le cœur est loin de moi^ : retirez-vous. Non : revenez : ranimez-vous; rentrez en vous-même : donnez du moins un soupir au déplorable état de votre âme. Dites : Je confesserai à Dieu mon péché; et vous me Vavez remis ^. Oui , vous le pourrez confesser avec tant de componction et de si bon cœur, qu'il vous: sera pardonné à l'instant.

LXIV*' Jour. La coinmuuimi. l\ faut communier au moins en esprit. (Ibid.)

On vient à la communion : heure terrible! heure désira-' ble! Le prêtre a communié : préparez-vous; votre tour vien-' dra dans un moment. Communiez d'abord en esprit; croyez, adorez , desirez. C'est ma viande , c'est ma vie ; je la désire , je la veux. Vous n'êtes pas préparé à communier; pleurez» gémissez. Hélas! où est le temps, où nul n'assistoit que les

' Matth. V. 23. — ' Ib. xv. 7. 8. — ' Ps. xxxi. 5.

*^6 JUÈOITATIONS

ter ccui qui étoicnt rassasiés de Jésus-Christ, et enivrés du ¥in de sou calice, sinon celui dont ils étoient pleins? V Agneau qui a été immolé , est vraiment digne de recevoir la force , ta divinité, la sagesse, la puissance, V honneur , la gloire, la bénédiction. Et f entendis toute créature qui est au ciel , sur la terre , sous la terre, sur la mer et dam la mer, et tout ce qui êst dans ces lieux qui crioient en disant : A Celui qui est assis sur le trône et à V Agneau, bénédiction, honneur, gloire y et puissance aux siècles des siècles \

Le monde chante les joies du monde; et nous que chanterons-nous après avoir reçu le don céleste, que les joies éternelles?

Le monde chante ses passions, ses folles et croninellcs amours; et nous que chanterons-nous, sinon celui que nous aimons?

Le monde fait retentir de tous côtés ses joies dissolues; et qu'entendra-t-on de notre bouche , après avoir bu ce vin qui germe les vierges ', sinon des cantiques de sobriété et de continence? Remplis de la mort de Jésus-Christ, qui vient de nous être remise devant les yeux , et de la chair de son sacrifice , que chanterons-nous? sinon : Le monde est cructfié pour moi , et moi pour le monde *,

Ne vous en allez pas sans dire cet hymne, sans rc^citer le cantique de la rédemption du genre humain. Quoi, Moïse et Tancien peuple chantèrent avec tant de joie le cantique de leur délivrance, après être sortis de FEgypte et avoir passé la mer Rouge ! Chantez aussi, peuple délivré, chantez le cantique de Moïse, et le cantique de TÂgneau , en disant : « Que » vos œuvres sont grandes et admirables , ô Seigneur, Dieu » tout-puissant! Que vos voies sont justes et véritables, ô D Roi des siècles! Seigneur, qui ne vous craindroit, et qui ne » glorifieroit votre nom? car vous seul êtes saint : toutes les O nations viendront et adoreront devant votre face : parce 0 que vos jugements sont manifestes \ Vous avez détruit par » votre mort, celui qui avoit l'empire de la mort : c'esl-à-diro. » le diable * : le prince de ce monde est chassé • : et atla-

3 Apoc.v. t2. 13. — ' Zach. ix. 17. — ' GaL vi. 14. — * Apoc xv. 3. 4. — * Hcb. u. 14. — * Joan. xii. 31.

que de lui seul , ou tout au plus de saint Pierre, qui y étoit atlentif : les antres ne connurent rien à ce signal ; et Judas, après avoir pris ce morceau ^ se retira incontinent, selon saint Jean.

Cède sortie précipitée du traître disciple eût étonné les autres npôlres, s'ils n'eussent ouï Jésus-Christ, qui luiavoit dit : Fais vite ce que tu as à faire ' : ce qu'ils avoient entendu de quelque ordre , qu'il lui donnoit pour la fête ou pour les pauvres. Usconnoissoient la tendresse de leur maître pour ces derniers. Il donnoit souvent de pareils ordres pour eux ; et on jugcoit bien qu'il ne les oublieroit pas au milieu de ses exilâmes périls. Aimons donc les pauvres, et prenons-en tant de soin , qu on ait sujet de penser que nous songeons toujours à eux.

Quelques-uns ont cru, que ce morceau , après lequel Sa*** tan entra en Judas, fut celui du pain sacré de l'eucharistie. Mais visiblement ce fut un morceau que Jésus-Christ trempa dans quelque plat ; ce qui ne convient point à ce paiû divin.

Il faut donc entendre que ce morceau fut à saint Jean , le signe qu'il demandoit, et à Judas, la dernière marque do familiarité et de communication qu'il auroit avec lui ; après quoi ce cœur ingrat, que rien ne put fléchir, fut livré à Satan.

Quant à ce que dit saint Jean , que Judas sortit inconti-^ nent après : on peut entendre cet incontinent en deux manières. L'une , que ce morceau trempé fut donné au traître pendant le souper; auquel cas, l'incontinent ne voudroit pa» dire le moment immédiatement suivant, puisqu'il y eut entre deux la consécration du sang qui se fit après le souper , et à laquelle Judas assista selon saint Luc, comme il a été dit souvent. L'incontinent, en ce cas, voudroit dire peu de temps après, et signifieroit seulement, qu'il n'y eut point d'autre action entre la sortie de table qui devoit arriver un moment après, et la retraite de Judas. L'autre manière d'expliquer ce morceau trempé, c'est qu'il fut donné à Judas

' Joan. xio. 27.

^'"^^ UÉDITATIOKS

paroles les plus forfes : surtout lorsque les deux fils de Zéb£dee lui demandèrent les premières piaees de son royaume'. Cependant la même dispute renaît^ et dans le plus grand contretemps qui fût jamais. Us veuoieat de vorr le lavement des pieds : et Jdsus qui lenr ordonnoit de suivre son exemple , pour les y exciter davantage , les avoit fait souvenir que lui, qui le leur donnoit, étoit leur Seigneur et leur maître. Combien plus se dcvoient-ils abaisser, eux qui n'étoient que les serviteurs?

Ils Talloient perdre ; déjà il ne leur parloit que de sa mort prochaine, delà trahison qui se tramoit contre lui , et de toutes les suites funestes de ce complot. Quoiqu'ils ne dussent être occupés que d'un si triste et si étrange événement , leur ambilion les emporte. Et encore assis à la table oii Jésus leur avoit donné la communion , mystère d'abaissement, où le caractère derhumHité de Jésus jusqu'à la mort de la croix étoit imprimé, Faction de grâces étant à peine achevée, ils se disputent entr'eux la première place. Connoissons le génie de Tambition , qui ne nous quitte jamais au milieu des événc— ments les plus tristes , et parmi les pensées et les exemples qui nous devroient le plus porter à des sentiments con-*^ traires.

Jésus-Christ leur dit sur ce sujet ce qu'il leur avoit déjà dit dans les occasions que nous venons de marquer; et il le répèle dans un temps dont toutes les circonstances le dévoient encore plus imprimer dans les esprits, puisque c'étoit celui de sa mort prochaine, et de son dernier adieu.

Mais il faut encore regarder de plus loin. Il venoit établir UB nouvel empire^ qui auroit son gouvernement, et, pour ainsi parler , ses magistrats : et il se sert de cette occasion pour montrer quel devoit être le génie de ce nouveau gouvernement.

Ce qu'il a dessein d'établir, c'est la différence des empires et des gouvernements du monde, d'avec celui qu'il venoit former. Dans ceux-là est le faste; tout s'y fait avec hauteur et avec empire , souveni même avec arrogance,, avec violence ;

■ Matili. XX. 25. Marc. x. 42.

■£D1TATIUNS

avoit donné à de grands rois, qu'on appeloit Evergètes^ bien-^ fai leurs , et on le donnoit ordinairement aux grandes pais^sances de la terre. Elles aimoient à être honorées de tUres qui marquoienl bonté, libéralité, niagniiicence. Les plus grands titres des grands rois sont ceux qui sont tirés de la douceur : ténioin ce titre de très-Clémeot , qu'oB donnoit aux empereurs : et celui de sérénisslme , dont on honore encore les rois et les princes. Mais vous, dit le Sa»Y«iir, ne soyez point bienfaiteurs en cette sorle^ pour tous faire honneur de ce litre; mais en vous rendant en effet serviteurs de ceux que vooB aurez à conduire.

Le maître dit : Tai été parmi vous comme serviteur : ^je suis venu pour donner ma vie en rédemption pour plusieurs \ Et saint Paul a dit aussi , comme on a vu , non-seulement : Je me suis rendu serviteur de tous ; mais encore : S'il faut que je sois immolé, et tout mon sang répandu en effusion sur le sa» crifice de votre foi , je m'en réjoms * : et encore : Je vais être immolé, et V effusion commence déjà '.

Ce n'est pas qu'il ne doive y avoir dans les pasteurs de TÉ*glise une autorité; et s'ils ne dévoient pas agir d'une certaino façon avec empire, saint Paul n'auroit pas écrit à Tite : Par-^ lez avec tout empire : que personne ne vous méprise * : et il n'au-^ roit pas menacé lui-même de venir avec la verge , et de châ^ lier toute désobéissance^ , Mais c'est, dit saint Augustin , quo ce n'est pas nous, mais Dieu et sa vérité que nous voulons faire craindre dans notre parole.

Voilà donc comme à cette fois et après l'exemple de la mort de Jésus-€hrist ses apètres sont changés, fis ne songent plus à exercer un empire hautain : ils gagnent tout par l'humilité, parla doucetir; ils n'envient plus à Pierre la prééjninence. Il prend partout la parole» et personne ne la lui conteste*. Voyez^ (lit saint Chrysostômc' , comme il se met partout à la tête , c< nomme il agit dans cette sainte société, comme en étant le chef. Personne ne s'y oppose plus ; et ce désir de préséance, dont ilsî ont été autrefois SI animés, a entièrement cessé. Pierre, qui agit

' Mailh. XX. ÎS.— ' Philip, il. 17. —MF. Tim. iv. 6. — * Tit. ii. 15. — * I. Cor. IV. 21.— ® Act. i. 13. 15. il. 14. m. 12. iv. 8. v. 29. X. 5. XI. 4. 17. XV 7. etc. — ' InAct. Apost. Iiom. 3. et alibi.

le fait paroître manifestement, paisqa'il ajoute aussitôt après : Ei toi, quand tu seras converti , confirme tes frères '.

Quand il dit : J*ai prié pour toi , que ta foi ne défaille pas : il ne parle pas de cette foi morte qui peut rester dans les pécheurs, parce que celle-là n'empêche pas qu'on ne soit criblé par Satan : c'est cette foi qui opère par la charité, laquefie, dit-il , j'ai demandé qu'elle ne défaillît point en toi. Jésus- Christ le demandant ainsi, lui qui dit : Je sais, mon Père, que vous m'écoutez toujours ' ; qui peut douter que saint Pierre n'ait reçu par cette prièi*e une foi constante, invincible , inébranlable , et si abondante d'ailleurs , qu'elle fût capable d'aiïcrmir, non-seulement le commun des fidèles, mais encore ses frères les apôtres, et les pasteurs du troupeau, en empêchant Satan de les cribler?

£t cette parole revient manifestement à celle où il avoit dit : Tu es Pierre , je t'ai changé ton nom de Simon en celui de Pierre , en signe de la fermeté que je te veux communiquer, non-seulement pour toi , mais encore pour toute moo Église ; car je la veux bâtir sur cette pierre. Je veux mettre en toi, d'une manière émineute et particulière, la prédication de la foi , qui en sera le fondement , et les portes d'enfer ne prévaudront point contre elle^, c'est-à-dire, qu'elle sera affermie contre tous les efforts de Satan , jusqu'à être inébranlable. Et cela , qu'est-ce autre chose que ce que Jésus-Christ répèle ici : Satan a demandé de vous cribler ; mats, Pierre ^ j*ai prié pour loi^ ta fbi ne dé faudra pas ; et toi , confirme tes frères ?

ïl est donc de nouveau chargé de toute l'Eglise : il est chargé de tous ses frères, puisque Jésus-Christ lui ordonne de les affermir dans cette foi, qu'il venoit de rendre invincible par sa prière.

Voilà quelque chose de grand pour saint Pierre. Mais il no faut pas oublier que, de peur qu'il ne s'enorgueillit d'une si haute promesse, elle est suivie incontinent de la prédiction de sa chute : car voici ce qui suit : « Et Pierre lui dit : » Seigneur, je suis prêt d'aller avec vous, et dans la prison,

• Luc. XXII. 32. — ^ Joan. xi. 42. — ^Matth. xvi. 18.

parce qu'il avoit présumé, et qu'il est utile aux présomptueux , comme lui , de tomber dans un péché manifeste , pour apprendre à se défier de leurs forces. Ce qui est encore plus utile à ceux qui, comme saint Pierre, dévoient être élevés dans les grandes places de FÉglise , et mis bien baut sur le chandelier. Car comme leur élévation les porte naturellement à s'cntler, et à exercer leur puissance avec hauteur, Jésus-Christ leur apprend, par l'exemple de saint Pierre, comme saint Pierre lui-même Tavoit appris par son expérience, à craindre d^autant plus de tomber, que leur péril est plus grand, et leur chute plus éclatante et plus scandaleuse.

Au resie, en élevant saint Pierre si haut, notre Seigneur, si on peut parler ainsi, avoit pris ses précautions, pour prévenir tous les scnlimcnts de présomption , qui pouvoient entrer dans son cœur. Car en même temps qu'il lui disoit : Ta foi ne défaudra point, et confirme tes frères : il ajoutoit : lorsque tu seras converti, lui insinuant sa chute, et lui faisant voir qu'il devoil attribuer le bien qu'il feroit, à la bonté de son maître qui avoit daigné demander pour lui de si grandes choses. Mais saint Pierre ne veut point entendre tout cela : au contraire, piqué, ce semble, de ce mot de conversion, dont Jésus-Christ s'étoit servi, loin de songer qu'il pouvoit tomber d'autant plus dangereusement, qu'il étoit élevé plus haut ; il ne songe qu'à vanter son courage, et il oublie la grâce qui seule le pouvoit soutenir.

Les excès où il a poussé sa présomption se déclareront davantage dans la suite; et ils obligèrent son maître à retirer sa main pour un moment. Mais sa chute n'empêcha pas l'effet des promesses et des desseins de Jésus-Christ. Car encore qu'il ait renié, et par trois fois et la .dernière fois avec blasphème et exécration , en sorte que dans ce genre de crime, il ne pouvoit pas tomber plus bas : Jésus qui fond les cœurs par ses regards, lui en réserve un des plus efficaces et des plus tendres; et cet homme si entêté de lui-même et de son courage, se retire fondant en larmes; et celui qui étoit tombé, parce que son maître avoit détourné sa face pour un moment, apprend qu'il n'est converti, que parce qu'il a daigné jeter sur lui un regard.

UëDITATIONS

amené tant de poissons , que deux barques en furent pleines, jusque presque à couler ù fond : ce Pierre lui-même conduit cette pêche encore pius belle et plus mystérieuse , que les apôtres firent sous les yeux de Jésus-Christ ressuscité. Et tout cela en figure de la prédication apostolique, qui, commencée par saint Pierre le jour de la Pentecôte et les jours suivants, amena tant de milliers d'âmes à Jésus-Christ, et forma à Jérusalem le coqps de TÉglise, qui de voit ensuite se multiplier avec une te^le fécondité par toute la terre.

Voilà ce que figuroit cette pêche des apôtres, saint Pierre étant à la tête, et les confirmant par son exemple. C'est pourquoi Jésus-Christ lui dit encore, et non pas à Jean, m aux autres, dans le temps de cette pcdie : Pais mes brebis, pais mes agneaux * : pais les mères comme les petits : ce q^ui revient au commandement de les affermir dans la foi, puisque cela mêlne, c'est gouverner le troupeau. C'est, dis-je, le gouverner, que d'y affermir cet esprit de foi, et le paître par la parole.

Aussi est-ce lui qui en attendant la descente du Saiiu- Esprit fut le conducteur des apôtres dans celte mémorable action où ils firent le supplément du collège apostolique ; et mirent à la place de Judas, un témoin de la vie et de la résurrection de Jésus-Christ^, qui recevant avec eux tous le Saint-Esprit qu'ils altendoient reçut en nicnio temps de la grâce de porter ce témoignage dans tout funivcrs^. C'est donc par Pierre principalement, qu'il est rangé parmi les apôtres \ Pierre est partout à la tête de la prédication ; et mène, pour ainsi dire, ses frères les apôtres au combat. C'est lui qui en entreprit la défense devant tout le peuple, loi'Sifu'on les accusa d'être ivres de vin pendant qu'ils ne l'étoicnt que de l'esprit de Dieu ^ Pierre fait le premier miracle qui parut, en confirmation de la résurrection de Jésus-Christ ^. Ce fut lui qui fit un exemple d'Ananias et de Spahira' : ce premier co«jp de foudre, qui inspira aux fidèles une salutaire terreur, et qui affermit l'autorité du gouvernement

• Joan. XXI. 15. IC. 17. — ' Act. f. 15. 22. — * Ib. 20. — * Ib. Il 14. — » Ib. 15. — « Ib, lit. 6. — ' Ib. v. 3. 5. 8. 10.

est confirmé par son sentiment ' . Ainsi la chutede saint Pierre, loin d'avoir anéanti la promesse de Jésus-Christ, en fait éclater davantage la vérité.

Pierre instruit d'où venoit sa force, agit avec d*autant pins de confiance, que sa confiance n'avoit plus rien d'humain : la modestie et rhumilité le suivent partout. Autant que son autorité est éminenle dans l'Eglise, autant est-on édifié par la douceur de son gouvernement. Nous avons vu les belles paroles, avec lesquelles il bannit de FEglise Tespril de domination, et apprend à tous les pasteurs, que la force du gouvernement ecclésiastique est , à faire le premier ce qu'on enseigne aux autres ; forma facti gregis ex animo : en un mot , à se rendre le modèle du troupeau de tout son cœur '\ Pour apprendre par son exemple à tous les fidèles , à pro— flter des corrections où consiste la force de TEglise , tout chef de l'Eglise qu'il étoit, il reçoit la correction de saint Paul avec une déférence qui ne sera jamais assez louée *. Car encore qu'il ne fût pas seul à tenir envers les gentils la conduite que saint Paul blâmoit, et que saint Jacques en fût le principal auteur, il reconnut que saint Paul avoil raisou de se prendre à lui de cette faute, comme à celui qui étant à la lête, Tautorisoit davantage par son exemple. Il se laisse donc reprendre en face, devant tout le monde, et loin de s'offenser de ce qu'on avoit consacré la mémoire d'une si vive répréhension dans une Epître , que toutes les Eglises lisoient comme divine, on a vu qu'il la met lui-même comme les autres Epîtres de saint Paul, au rang des Ecritures canoniques *. Une seule chute éteignit pour jamais en lui la présomption : il montra que la primauté consiste principalement, à savoir céder à la vérité plus que les autres. On ne put plus résistera la conduite que tenoit saint Paul , après que le prince des apôtres eut cédé : et la véritable manière de traiter avec les gentils demeura autant affermie par l'humilité de saint Pierre, que par la vigueur de saint Paul.

'Act. XV. 7. 13. 13. 14. 10.29. — 'I. Pet. v. 3. — • Gai. ii. 11. 12. 13. 14.~ * II. Pet. III. 15. 16.

mander persévéramment en son nom , tmit ce qui nous est nécessaire pour notre salut.

Et saint Pierre n'étoit pas seulement soigneux d'aller faire sa prière dans le temple aux heures marquées pour l'oraison : mais encore dans la maison , il avoit ses heures réglées pour la prière : il monta à Theure de sexte, c'est-à-dire , vers le midi, au plus haut de ta maison, au lieu le plus retiré, pour prier \

Prions donc, à son exemple, en union avec Jésus-Christ. Prions avec une ferme foi et une pleine croyance, que si nous persévérons dans laprière, non-seulement rien ne nous manquera pour notre salut, mais encore nous recevrons une abondance de grâce par la continuelle influence de l'esprit de Jésus-Christ dans nos cœurs. Car il veut notre salut, et ne veut la mort de personne, mais plutôt que nous vivions tous^ et que nous soyons sauvés *. Vivons dans cette espérance, et dans cette foi; tout ce que nous sommes de chrétiens que le baptême a faits ses membres.

LXXI1« JoCtt. La foi de saint Ptcrtis est la foi de TEglise de Rome, où est le centre de i*auité catholique. (Luc. xxii. 32.)

Suivons le mystère. Cette parole : Affermis tes frères : n'est pas un commandement qu'il fasse en particulier à saint Pierre : c'est un office qu'il érige et qu'il institue dans son Eglise à perpétuité. La forme que Jésus-Christ adonnée aux disciples qu'il rassembloit autour de lui, est le modèle de l'Eglise chrétienne jusqu'à la fin des siècles. Dès le moment que Simon fut mis à la tête du collège apostolique , qu'il fut appelé Pierre , et que Jésus-Christ le fit le fondement de son Eglise par la foi qu'il y devoit annoncer au non de tous : dès ce moment se fit l'établissement, ou, si l'on veut, la désignation d'une primauté dans l'Eglise en la personne de saint Pierre. En disant à ses apôtres : Je suis avec vous jusqu'à la fin des siècles * : il montra que la forme qu'il avoit établie parmi eux, passeroit à la postérité. Une éternelle succession fut destinée à saint Pierre, comme il en fut aussi destiné une

• Act. X.9. — ' Ezec. xviii. 32. î. Tira. ii. 4. II. Pctr. m. u. — ^MaU. XXVIII. 20.

*^" BIËDITATIOXS

lions les plus barbares. Mais enfin Tempire romain devoil être son siège principal. 0 merveille? Les Scipions, les Luculles, les Pompées, les Césars, en étendant Tempire de Rome par leurs conquêtes, préparoient la place aru règne de Jésus-Christ; et selon cet admirable conseil, Rome devoit être le chef deTempire spirituel de Jésus-Christ, comme elle rétoit de Tempire temporel des Césars.

« Rome fut sous ses Césars plus victorieuse et plus conquérante que jamais : elle contraignit les plus grands empires à porïer le joug, en même temps elle ouvrit une large entrée à FEvangile. Ce qui étoit reçu à Rome et dansTempire romain prenoit de là son cours pour passer encore plus loin. Rome ruina Tancien sanctuaire de Jérusalem , et ne laissa d'espérance à ceux qui vouloient adorer Dieu en esprit, que lo nouveau sanctuaire, que le Seigneur étabilssoit parmi les gentils, c'est-à-dire , l'Eglise chrétienne et catholique : et peu à peu Romedevenoit le chef de ce nouvel empire.

Pour préparer les voies à ce grand ouvrage, ô Seigneur , vous fîtes dès lors éclater la foi romaine ; et votre apôtre saint Paul écrivit à cette Eglise , que sa foi étoit devenue célèbre par loutTunivers '.

Comme c'étoit dans cette Eglise , que devoit principalement éclater la vocation des gentils , vous inspirâtes à ce même apôtre, de lui développer le mystère de cette vocation : et TEglise romaine reçut dès lors dans la divine Epître aux Romains, le précieux dépôt de la révélation d'un si grand mystère, où étoit compris le secret de la prédestination et de la grâce.

Lorsqu'il fallut consommer l'ouvrage, et mettre Rome à la tête de toutes les Eglises chrétiennes : Seigneur, vous y envoyâtes le grand pêcheur d'hommes , je veux dire l'apôtre saint Pierre ; afin de consacrer cette Eglise par son sang, et d'y établir le principal siège des chrétiens , où la foi devoit être confirmée.

Ce fut alors qu'il eut besoin de savoir marcher sur les eaux, de savoir fouler aux pieds les flots soulevés comme

' Rom. I. 8.

a toujours été le fondement do TEgliso catholique, et jamais elle ne s'est démentie.

Qu'importe , qu'il y ait peut-être dans toute cette belle suite, deux ou trois endroits fâcheux? la foi de saint Pierre n'a pas défailli, encore qu'elle ait souffert quelque éclipse dans le reniement, qui lui a été particulier, et dans l'incrédulité qui lui a été commune avec ses frères les apôtres. Il en est ainsi de saint Pierre considéré dans ses successeurs : tous ses successeurs sont un seul saint Pierre. Quelque détaillance qu'on croie remarquer dans quelques-uns, sans entrer dans ce détail plus curieux que nécessaire , il suffit que la vérité de l'Evangile soit demeurée dans le total , et qu'aucun dogmo erroné n'ait pris racine , ni fait corps dans la succession , et la chaire de saint Pierre. Si bien que la foi romaine , c'està-dire , la foi que Pierre a prêchée et établie à Rome , et qu'il y a scellée de son sang, n'a jamais péri , et ne périra jamais.

Voilà, Seigneur, le grand secret de cette promesse : Simon^ j*ai prié pour toi que ta foi ne défaille pas ; et toi confirme tes frères *. Nous tenons cette explication de vos saints : et toute la suite des événements la justifie. 0 Seigneur, qui ne vous loueroit, et qui ne seroit ravi en admiration, de voir tout l'état de votre Eglise, depuis sa première origine, jusqu'à la consommation des siècles, si clairement renfermé, expliqué, prédit, et promis, dans deux lignes de votre Evangile! Que restc-t-il , ô Seigneur , sinon que nous vous priions de remplir la chaire de saint Pierre de dignes sujets ; de leur ouvrir les yeux pour entendre le grand mystère de Dieu sur le siège qu'ils occupent : faites. Seigneur, qu'à travers la pompe et le faste qui les environnent , ils considèrent le fond qui les soutient; qu'ils songent toujours que leur vraie gloire est de succéder à un pêcheur ; que la nacelle où ils sont portés , et dont ils tiennent le gouvernail , seroit couverte de flots , et abîmée par la tempête , sans les promesses faites à Pierre ; et que , devant confirmer leurs frères dans la foi , ils le^ iloivent uqss^ giffcrmir dans la règle de la discipline.

*Lac. xxii. 32.

470 HÊDITATfONS

considérer , comme il falloit qu'il y eût quelque sorte de fon-, dément à la calomnie qu'on devoit faire contre lui.

Ne nous étonnons donc pas , lorsque par la secrète disposition de la divine Providence^ il se trouve dans notre fie quelque chose qui affoiblisse notre gloire, et qui donne lieu à la médisance. Dieu ' saura en tirer sa gloire , pourvo que nous soyons sans faute, et que nous subissions aivcc soumis* sion ce qu'il ordonne. Il faut, dit-il, que tout s* accomplisse : et ce qui est écrit de moi, tire à sa fin \ Ainsi les choses alloient s'acconiplissant peu à peu , et Tune après l'autre. On lui dit qu'il y avoit deux épées dans la compagnie : il le savoit bien : mais il vouloit qu'il fût marqué qu'il n'y arrivoit rien par hasard dans sa passion, il répondit : C'est assez ^ ; et après avoir tout accompli , et donné tous ses ordres , avant que d'aller, selon sa coutume, dans le jardin des Oliviers, il commença son dernier adieu et ses dernières instructions que nous allons voir dans saint Jean.

LXXIV* JoOR. Glorification et Jésns. (Joan. XIII. 31. 32.)

Maintenant ; remarquez la circonstance : maintenant que la fin approche ; que le perfide disciple qui a machiné ma mort, est parti pour exécuter ce complot , qu'il le conclut , cl que je vais être livré à mes ennemis pour souffrir de leur violence les dernières extrémités : Ùaintenant le Fils de Vhomme va être glorifié ^ : mais ce n'est pas là , poursuit-il , à quoi je m'arrête : la gloire de Dieu fait tout mon objet ; et Dieu va être glorifié en lui par son obéissance , par son sacrifice le plus parfait qui fut jamais, et d'un mérite infini. Sa justice , sa vérité, sa miséricorde va éclater dans la rémission des péchés ; dans la peine que j'en porterai ; dans l'expiation que j'en ferai par mon sang. Ma doctrine va être confirmée par ma mort : je tirerai tout à moi, et je retournerai à la gloire que j'ai eue dès l'éternité auprès de mon Père.

< Si Dieu est glorifié en lui, il le glorifiera en lui-même, et il ne tardera pas à le glorifier * : car ceux en qui Dieu est glorifié

» Lwç. XXII. 37. 38. — * Ibîd 39. — » Joan. Xlli. 31. ^< Ib.32^,

MKDITATIOXS

leur donner le précepte de la charité fraternelle. Car pour établir cette loi d'amour, il vouk>it faire ressentir à ses disciples des entrailles toutes pénétrées de tendresse. Mes petits enfants : il ne les avoit jamais appelés de cette sorte : jamais il ne les avoit nommés ses enfants. Et pour dire quelque chose de plus tendre : Mes petits enfants^ dit-il, comme s'il eût dit : Yoict le temps que je vais vous enfanter ; j'ai élc toute ma vie dans les douleurs de Tenfantement : mais voici les derniers efforts et les derniers cris par lesquels vous allez naître ; Mes petits enfants. Ecoutez donc cette parole paternelle. Je serai encore avec vottsunpeu de temps : profilez donc de ce temps pour entendre mes dernières volontés. Vous me chercherez : viendra le temps que vous rachetteriez de beaucoup la consolation d'entendre ma parole : et comme j'ai dit aux Juifs : Vous ne pouvezpas venir où je vais, je vous le dis aussi présentement : profitez donc encore un coup du temps que j'ai à être avec vous : car je m^en vais en un lieu où vous ne pouvez pas venir : ainsi que j'ai dit aux Juifs. Avec ce préparatif , et cette démonstration d'une tendresse particulière, où en veut-il enfin venir? Ecoutons profitons, croyons. Je vous donne un comunandement nouveau ; de vous aimer les uns les autres, comme je vous ai aimés : vous devez aussi vous cntre-<iimer les uns les autres \ Pourquoi est-ce uncomman— dément nouveau? Parce que l'esprit de la loi nouvelle, c'est d'agir avec amour, et non pas avec crainte : parce qu'encore que le précepte de la charité fraternelle soit dans l'ancien Testament, il n' avoit jamais été si bien expliqué que dans le nouveau; et sur cela vous pouvez voir le chapitre x de saint Luc, depuis le f. 29 jusqu'au 37, oii Jésus-Christ explique el décide que tous les hommes sont notre prochain, el qu'il n*y a plus d'étrangers pour nous. En troisième lieu, ce commandement est nouveau, parce que Jésus-Christ y ajoute cette circonstance importante, de nous aimer les uns les autres comme il nous a aimés. Il nous a prévenus par son amour, lorsque nous ne songions pas à lui; il est venu à nous le premier : il ne se rebute point par nos infidélités, par nos ingra-

iJoan. XI 11. 34.

*'* HÉDITÀTIOKS

qualités qu« nous avons vues, et jen particulier par la virginilé? il s'agissoit de sa famille, de son domestique, et il préfère saint Jean, qui, outre les autres choses que nous avons vues, étoit encore son proche parent. Aimez donc de même; ayez les égards que le sang demande: mais réglez le fond de vos affections par la vertu. Et jusqu'où est-ce que Jésu»a porté son amour? Jusqu'à donner sa vie pour ceux qu'il airaoit. Ne doutez pas, qu'il n'y ait des occasions où vous eo devez faire autant pour votre frère. Aimez comme fai atm^: voilà mon nouveau précepte: le modèle de votre amour, c'est le mien. Ecoutez, mes petits enfants : faites comme moi.

Mais voici le dernier mot qui presse plus que tous les autres: En cela tous connoUront^ qtie votts êtes mes disciples, si vous vous aimez mutuellement ^ Voilà le caractère de chrétien, et de disciple de Jésus-Christ. Qui renonce à la chanté» renonce à la foi, abjure le christiatiisme, sort de l'école de Jésus-Christ, c'est-à-dire, de son Eglise. Tremblez donc, cœurs endurcis; tremblez, insensibles; tremblez, vous tous, dont les aversions sont implacables, les inimitiés irréconci-* liables: vous n'êtes plus disciples.de Jésus-Christ; vous n'êtes plus chrétiens; vous renoncez à votre baptême.

Voyez l'Eglise naissante : Un cœur et une âme : tout commun : et ils étoient tous unanimement assemblés dans la galerie de Salomon': sans dissension, sans envie, sans intérêt; rendant le bien pour le mal: Et tout le peuple lesadmiroit: et on disoît: Voilà les disciples de Jésus: c'étoit là leur caractère particulier. L'envie, l'intérêt, la haine régnent dans tout le reste des hommes : l'innocent troupeau de Jésus ne counoissoit point ces maux. Mon Sauveur, où sont vos disciples maintenant? où est la charité? où est l'amour fraternel? Qu'il est rare ! Aussi ave^vous dit, que aie temps viendroit, que les scandales, » que l'iniquité abonderoit, que la charité seroit refroidie » dans la multitude ^ ; et que quand vous viendriez sur la » terre, à peine y trouveriez^vous de la foi * o , de cette foi animée de la charité. *

• Joan. XIII. 35. — *Act. iv. 32. v. 12. — ' Matt. xxiv. 12. — * Lac.

jrn/i. 8.

cecnrne, c^est que Jésus -Christ lui disant: Voiis neppuvez pas ; au lieu de reconnoitre son impuissance, et de lui dire : 11 est vrai, Seigneur, je ne le puis ; je devrois bien le seofir, et me connoitre mieux moi-même: mais je veut du moins vous en croire,* m'iiuniilier devant tous, et confesser, mm pas ma foiblesse, majs mon impuissance : mais vous, qui êtes tout-puissant, aidez-moi, donnez-moi la force: au Heu dooc de répondre ainsi, et de dire comme iJ avoil dit autrefois avec les autres apôtres: Seigneur ^ augmentez-moi la foi*; reiideila forte, rendez>la ardente, rendez-la toute-puissante; ou avec cet autre : Je crois^ aidez mon incrédulité ^ : cH un mol, au lieu de s'bumiticr et de prier, il s'élève contre Jésus- Christ; et avec une témérité pitoyable, mais punissable^ il dit quMl peut, à celui qui sait tout, et qui lui dit qu'il ne peut pas.

Quand Jésus demande à Pierre par trois fois M'aimez^ vous, m'aimeZ'Oous^ m'aimez-votÂS plus que ceux-^i ? il sut bien lui dire: Seigneur, vous savez tout; vous savez que je vous airhe^: il devoit donc dire ici : Seigneur, vous savez tout, vous savez ce que je puis, mieux que moi-même: aidez-moi donc, afin que je puisse ce que je vous promets de faire.

Faute d'avoir fait cette réponse, il tombe d'une manière déplorable ; mais plutôt il est déjà tombé bien bas, faute de la faire : car il est tombé dans la présomption, faute qui mérite qu'on soit livré à tous les crimes, et qui, en effet, livra saint Pierre au reniement par trois fois.

0 mon Dieu ! qui ne trembleroit, qui ncscdétieroit de soimême? qui ne rcconnoitroit humblement son impuissance? Avouons-la: n'attendons pas que notre Seigneur nous dise : Tune peux pas : prévenons sa face par la confession de notre impuissance; de peur qu'il ne nous la fasse connoilre par notre chute.

Mais encore, qu'est-ce qui trompe saint Pierre? Qu'est-ce qui le trompe? sinon celte aveugle estime qu'on a de soimême, qui nous fait croire que nous pouvons ce que nous ne pouvons pas.

• Luc. XVII. ». — 2 ^i^Q^ u, 23. — ' Joan. xxi. 15. 16. !?•

ccplant que Judas. Mais sa justice tenoit encore beaucoup de celte justice de la loi, qui croit qu^il n'y a rien qu'à vouloir, et qu'à faire, sans songer par qui on veut, et par qui on fait. Saint Pierre vouloit ; mais il ne vouloit pas assez fortement; €t il devoit avoir entendu que ce commencement de bonne volonté ne lui venoit pas de lui-même, mais de Dieu. S'il Teût entendu, s'il Teût cru aussi vivement qu'il falloit ; il auroit commencé par confesser que le peu qu'il pouvoit, venoit de la grâce ; et que par conséquent pour pouvoir beaucoup, il falloit encore que la grâce donnât ce pouvoir, c'est-à-dire, qu'elle fortifiât sa volonté foible, et qu'elle lui en inspirât une si forte, que toute crainte cédât à sa puissance. Alors donc il auroit dit, non pas. Je puis ; non pas. Je voudrai; non pas. J'irai: mais. Seigneur, aidez ma foiblesse ; faites-moi vouloir de cette manière, à qui rien n'est impossible : je veux déjà en quelque façon ; et c'est un effet de votre grâce : à vous la gloire de ce foible et tel quel commencement de bonne volonté : mais achevez votre ouvrage, mettez-y la dernière main : vous, qui avez commencé, achevez. Car vous seul pouvez achever en nous ce que vous seul vous y pouvez commencer de bien. Celui quia commencé'en vous la bonne œuvre, y mettra la pei^fection^ .

Saint Pierre ne connoissoit pas encore parfaitement cette justice, qui est la justice chrétienne, qui veut faire, (car on n'est pas juste, parce qu'on écoute, mais parce qu'on fait,) mais qui songe par qui on fait, et qui a continuellement recours à la grâce. Cet apôtre étoit zélé à la vérité, mais non pas encore selon la science; parce que voulant établir sa propre justice; et ne connoissant pas encore que la véritable justice est celle qui vient de la grâce, il ne s*étoit pas assujetti à la justice de Dieu '. Voilà ce que dit un autre apôtre, et c'est ainsi qu'il explique la justice chrétienne. Saint Pierre ne l'avoit pas encore assez entendu. Ainsi étant juste, mais non encore parfaitement de la justice qui est en Jésus-Christ, c'està-dire, de cette justice qui rapporte entièrement à Dieu tout ce qu'elle a de bien; zélé à la vérité, mais non pas encore comme il falloit : que lui sert ce foible commencement de

. » Philip. I. G. — = Rom. X. 2. 3.

480 MÉBITATIOXS

ce il dira : il le faut? Est>ce qu'il est poussé au crime? A Dieu ne plaise : il a présumé de lui-même : il est livré à lui-méine. Pour lui ouvrir les yeux, et lui faire sentir son mal, qu'H bç veut pas voir, il faut qu'il tombe : et son erreur est si grande, qu'il ii*en peut revenir que par là.

Jésus le regarde : il se réveille, il se relire, il commence & sentir qu'il ne falloit point aller au lieu d'où il ne peut se retirer trop tôt. Hélas s'il y demeuroit, il renieroit peut-être encore. Mais quoi! ne pleure4-il pas sincèrement son péché? Sans doute ; mais la partie la ç\us essentielle de la pénitence, c'est de sortir du péril, c'est de le fuir : autrement on tombe encore; et faute d'avoir profité de sa chute, on tombe sans ressource : on n'en relève jamais.

Et voyez la foibiesse du cœur humain! Pierre pleure : mais voici pour lui une autre épreuve; le scandale de la croit. On lui vient dire comme aux autres que Jésus-Christ étoit ressuscité : et comme eux il est incr^ule : quoique ceux qui lui venoient annoncer la résurrection de Jésus-Christ, ne fissent que lui raconter l'accomplissement de ce qu'il avoit dit luimême à ses disciples, et à Pierre même. Autre chute déplorable: autre preuve de l'infirmité humaine. Jésus-Christ nous instruit par ces exemples, et ne craint point d'étaler au monde toute la foibiesse de ses disciples, et du chef de son Eglise; aGn de nous apprendre à trembler, à être humbles. Et après sa résurrection, il parle encore à saint Pierre, et lui demande : Pierre maimes-iu '? Comme s'il eût dit : Prends bien garde ; sonde bien ton cœur : tu as cru pouvoir ce que tu ne pouvois pas : pense donc bien si tu m'aimes : et à la troisième fois il le met encore à une plus grande épreuve : M'aimes-iu plus que ceux-ci: plus que tous les autres apô-^ très? Et Pierre lai répondit, comme on vient de voir : Sei^ gneur^ vofAS savez tout; vous savez que je vous aime * : et il disoit vrai ; car Jésus récompensa son amour, et lui confia ses brebis, et ses agneaux, et les grands et les petits de son troupeau ; et le crut si élevé au dessus de tous ses apôtres, qu'il le mita le^r tête et à la tête de toutle troupeau, de toute

* Jpan. XXI. 15. — ' Ib. 17.

non-seulement innocent et pur, mais encore infiniment précieux, commence à la vérité Texercice de son sacerdoce sur la terre, où il falloit qu'il mourût pour les pécheurs; mats il (e consomme dans le ciel , où il paroit pour nous devant la face de Dieu * , où assis à la droite de la majesté de Dieu^ il opère continuellement la rémission des péchés % en intercé^ dantpour nous * , et nous ouvrant la porte du ciel par le sang du nouveau Testament répandu pour la rémission de nos péchés *,

Ne soyons donc point troublés, ne craignons rien. Que peut faire le monde contre nous, que de nous. chasser de notre pays» de notre maison , de toute la terre et de la vie? Mais quand nous perdrons tout cela, il y a plusieurs demeures dans le ciel : nous y avons notre place et une retraite assurée , où le monde et la puissance des ténèbres ne peut plus rien. Croyons donc en Dieu , qui nous y reçoit : mais croyons aussi en Jésus-Christ, qui nous y va préparer la place; adorons le sang de Talliance par lequel il y est entré ; adorons ses plaies , par lesquelles il intercède pour nous, et nous ouvre rentrée du ciel. Vous croyez en Dieu y croyez aussi en moi * : car je suis Dieu , mais un Dieu homme , un Dieu qui a été votre victime, un Dieu qui ai offert pour vous ce que j'ai pris de vous-mêmes : Croyez en Dieu, croyez en moi : après cela ne vous troublez pas , ne craignez rien **. Si vous aviez quelque chose à craindre , et capable de vous troubler, ce seroient vos péchés qui crient contre vous , et ne vous permettent pas le repos de la conscience, mais ils sont purgés : Jcsus-Christ a levé rinterdit , et il vous tend les bras du haut du ciel pour vous y recevoir. Quittez donc comme lui la chair et le sang ; sacrifiez vos passions et vos désirs sensuels : c'est le sang qu'il vous faut répandre pour vous conformer à Jésus-Christ : ne craignez rien , ne vous troublez , encore un coup. Nous avons un souverain Pontife qui a pénétré les deux : présentons-nous donc avec une entière confiance devant le trône de la grâce , pour en être secourus dans nos besoins : devenons inébranlables dans la confession ' de son saint nom. Mais ne soyons pas

« Ileb. IX. 24. — 2 Ibid, I. 3. — 3 Ibid. vu. 25. — * Matt. xxvi. 28. — * Joau. XIV, I. — « Ibitl. 28. — ' Ilcbi. IV. 11.10.

488 KÉDITATIONS

Paul que co corps mortel lui est à charge, qu^il dcsirc d*en être dégagé, pour être avec JésuS'Christ\ quMl désire d*être défait de cette demeure terrestre^ et de quitter ce séjour, où il est éloigné du Seigneur ', pour aller habiter où il est*

Si nous aimons Jésus-Christ, rien ne nous doit être plus cher que celte parole : Je m'en vais, et je reviendrai v<ms quérir, afin que vous soyez où je suis. Être loin de Jésus- Christ, c'est être dans la peine, dans la mort, dans la tentation, dans le péché. Être avec Jésus-ChrisI, c'est être dans la gloire, dans la paix, dans k justice parfaite. Yoilà ce qu'il nous promet : voili\ où il appelle les apôtres, en leur disant le dernier adieu. Cet adieu n'est donc que pour un peu de temps ; Jésus-Christ leur promet de revenir pour les emme* ner avec lui : c'est la dernière marque de son amour , et le plus puissant motif pour les rassurer.

Et afin de leurôter toute incertitude, il ajoute : Vous savez où je vais, et vous en savez la voie *, Cest en quoi est la différence entre eux et les Juifs. Car les Juifs ne savoient ni où il alloit, ni par où il y falloit aller ; leur infidélité, leur aveuglement les cmpèchoient de le suivre : mais il dit au contraire à ses apôtres : Vous savez où je vaiSy et vous savez le chemin par où il y faut aller. Et ce chemin c'est moi-même : Je suis la voie, la vérité et la vie \ Pourquoi donc seriez-vous irou— blés de mon départ, puisque je vous montre la voie pour venir où je suis?

Seigneur, lui avoil dit saint Thomas, Nous ne savons où vous allez ; et comment en pouvons-nous savoir la voie * ? /e suis la voie^ la vérité et la vie : je suis celui où il faut aller; car c'est avec moi qu'il faut être, je suis la voie par où il faut aller : parole haute et impénétrable au sens humain. Quelle est la fin de tous les désirs, si ce n'est la vérité et la vie? Cest, dit-il, ce que je suis; et quand on a trouvé le chemin, que reste-t-il à chercher? Je suis encore ce chemin, je suis la voie. Comment peut-on être à la fois, et le terme où l'on va, et le chemin pour y aller? Mon Sauveur unit l'un et l'au^

» PhHip. 1. 22. 23. — ' II. Cor. v. 1. 4. 6. 8. — » Joan. xit. 4. — 11». 0. — * Ib. ô.

49*2 BIEDITATIOXS

a marché. Surtout soyons doux et humbles. Le faux de Thomme, c'est la fierté et Forgueil, parce qu'en Tenté il n'est rien, et que Dieu est seul. Bien connottre qu'il est seul, c'est la pure et seule yérité.

LXXXU* Joua. Nul ne vient à son Père que par Jésus-Christ. (Ibîd.)

Nul ne vient à mon Père que par moi '. Il entre avec ses apôtres dans un secret plus profond; et pour les rendre tout à fait imperturbables, il leur apprend tout le bien qu'ils trouveront en lui. Ce bien sera qu'eu le trouvant, par lui ils posséderont son Père même, qui devoit être tout l'objet de leurs désirs, comme c'étoit le terme de tous les siens.

Nul ne vient à mon Père que par moi. Si le Sauveur est la voie, la vérité et la vie, il ne faut point qu'il nous mène àautre qu'à lui-même, pour être heureux. Coûiment est-ce donc qu'il est la voie pour nous mènera son Père? Que voulons-nous davantage que la vérité et la vie, que nous trouve* rons en lui! Il nous explique lui-même ce profond secret, en disant : Si vous me connoissiez, vous connoitriez aussi mon Père : et vous le connoitrez bientôt, et vous Vavcz déjà vu '. Ne croyez pas qu'en vous élevant à la connoissance de mon Père, je vous mène à quelque chose qui soit hors de moi : c'est en moi qu'on connoit le Père; et vous l'avez déjà vu. Quel est ce nouveau mystère? Gomment est-ce qu'on connoît le Père en connoissanl Jésus-Christ? Quand les apôtres onlils vu le Père? oh l'ont-ils vu? C'est ce qu'il dira dans la suite; mais auparavant il nous faut entendre ce qui lui dit saint Philippe : Seigneur, montrez-nous votre Père, et il nous suffit *. •

A ces mots, et pour ainsi dire, au seul son de cette parole, rame chrétienne ressent quelque chose de grand; mais quelque chose de tendre, mais quelque chose d'intime. Seigiieur, montrez-nous votre Père, et il nous suffit. Montrez-le-nous, c'est par vous que nous le voulons voir : il nous suffit; vous nous ordonnez de n'avoir ni crainte ni trouble : pour cela il ne nous faut qu'une seule chose ; votre Père nous suffit. Com-

« Joan. xxY. 0. — = Ib. 7. — 3 Ib. 0.

494' UÈDITAtlÛXS

pour peu qD*0D lui laisse, il s'y ramasse tout entier, et y r£o- Bit tout MNI désir. Arrachez tout, rompez tout, ne tenez à rien. Heorenx y encore un coup ^ eem à qui il est donné de pousser à bout ce dcsir , de le pousser jusqu^à reffet. Maisil y a obligation pour tous les chrétiens de le pousser à bout du moins dans le cœur, en vérité, sous les yeux de Dieu ; d'atoir du bien comme n'en ayant pas, d'être marié comme ne Tétant pas, d'user de ce monde comme n'en usant pas , maisi comme n'en étant pas, mais comme n'y étant pas. C'est à ce Trai bien qu'il nous faut tendre; et nous ne sommes pa». chrétiens, si nous ne disons sincèrement avec saint Philippe : Montrez-nous le Père, et il nous suffit, ,

C*est donc le fond de la foi qui dit cette parole ; c'est en quelque façon le fond même de la nature. Car il y a un fond dans la nature qui sent qu'elle a besoin de posséder Dieu ; et que lui seul étant capable de la rassasier , elle ne peut que s'inquiéter et se tourmenter elle-même loin de lui. Quand donc , au milieu des autres biens , nous sentons ce vide inévitable, et que quelque chose nous dit qu,e nous sommes mal-» heureux; c'est le fond de la nature qui crie en quelque façon: Montrez-nous le Père , et il nous suffit. Mais que sert au malade ne désirer la santé , pendant que tous les remèdes lui manquent, et que souvent même il aia mort dansle sein, sans le sentir? Tel est l'état de toute la nature humaine. L*homme abandonné à lui-même ne sait que faire, ni que devenir. Ses plaisirs remportent ; et ces mêmes plaisirs le tuent ; il se tue par autant de coups, que Tattrait des sens lui fait commettre de péchés, et il ne tue pas seulement son âme par son intempérance , il donne la mort au corps qu'il veut flatter : tant il est aveugle , tant il sait peu ce qu'il lui faut ! L'homne depuis le péché, est né pour être malheureux. Il est malheureux par toutes les infirmités du corps, où il met son bonheur. Combien plus est-il malheureux par un si grand amas d'erreurs , de dérèglements, d'inclinations vicieuses, qui sont les maladies et la mort de Tâme ! Quelle malheureuse séduction règne en nous ! Nous ne savons pas même désirer, ni demander ce qu'il nous faut. Saint Philippe nous apprend tout, en disant: Seigneur, montrez-nous votre Père , et il nous suffit. Car il se

496 MiDITATIONS

encore parfaUemcnt connu , et que c'étoit la raison pourquoi ils ne connoissoieut pas encore parfaitement son Père ; et c'est pour expliquera fond cette vérité , qu'il dit maintenant : Qui me voit, voit mon Père.

11 y a une certaine manière de me voir, qui ne laisseplus rien àdesirer, parce que celui qui me voit de cette sorte, c'est-à-dire, celui qui me voit à découvert et tel que je suis, il voit mon Père. Je suis moi-même par mon fonds et par ma naissance, la manifestation de mon Père; parce que je suis son image vivante, réclat de sa gloire , Tempreinte, Texpression de sa substance. Prenez donc garde, Philippe ; ne souhaitez pas de voir mon Père, comme si mon Père étoit quelque chose hors de moi : c'est en mol , qu'il faut le voir : c'est en lui aussi qu'on me voit. A^e çroyeZ'VOits pctë que je suis dans mon Père , et mon Père dans moi ' ? Quand donc on le voit, on me voit dans mon principe ; et quand on me voit , on le voit dans son image , dans son expression , dans son éclat , dans le rejaillissement de sa gloire :. et la vue du Père et du Fils est inséparable. Prenez donc garde, Philippe, que vous n'ayez pas encore entendu ce que c'est que de voir mon Père : vous l'entendrez parfaitement, lorsque vous entendrez que qui me voit le voit aussi ; et que qui le voit, me voit en même temps : et à mesure qu'on croit en la connoissance de l'un , on croit aussi en celle de l'autre.

Il venoit de dire : Si vous me connoissiez , vous connoi triez aussi mon Père : et vous le connottrez bientôt , et vous l'avez vu '. Car il faut toujours revenir à cette parole, comme au principe d*où naît tout ce qui suit. Vous le connoitrez; vous ne le connoissez donc pas encore parfaitement. Voiis l'avez vu néanmoins : mais vous Tavez vu imparfaitement. Viendra le temps que vous le verrez à découvert ; et ce sera dans ce même temps que je me manifesterai moi-même à vous. Celui qui m'aime, dit-il, il sera aimé de mon Père, et je l'aimerai, et je me manifesterai moi-même à lui^ : je me découvrirai tout entier; et en me montrant à lui à découvert , en même temps je lui montrerai mon Père.

Quand sera-ce, ô Seigneur , que vous m'admettrez à ce se-

• Jmji. vu. iU — » Ib. 7. —Mb. 21.

UEDITATIONS

dans la vue , on ne les doit non plus séparer dans la foi, codformément à ce quMl a dit : Votts croyez en Dieu, croyez aussi

en moi\

Je m'en vais : et vous ne me verrez plus^. C'est ce qu*il nous dira bientôt. Vous ne me verrez plus des yeux du corps : mais ne le verrons-nous plus des yeux de Tesprit ? A Dieu ne plaise:' où seroit notre foi et notre espérance ? Mais s'en va-t-il tellement qu'il ne demeure plus du tout avec nous? A Dieu ne plaise, encore un coup. Car où seroit la vérité de cette parole, que nous entendrons bientôt : Nous viendrons en lui, et notts .y ferons notre demeure *. Il s'en va donc, et il demeure : comme quand il est descendu du sein de son Père, il y est demeuré ; ainsi quand il y retourne , il ne demeure pas moins avec nous. De cette sorte, Thommequi disparoît estlemêmequele Dieu qui demeure ; celui qu'on voit est le même que celui qu'on ne voit pas; et lui-même est le même avec son Père, afin que nous entendions, que tout est à nous. Dans celui que nous voyons^, et qui s'est donné à nous en se faisant homme, nous pouvons posséder celui qui est éternellement avec le Père, qui est dans le Père, en qui le Père est, que nous verrons, que nous aimerons, que nous posséderons dans son Fils. C'est h parfaite explication de cette parole : Je suis la voie, comme homme: comme Fils de Dieu, je suis, ainsi que mon Père , la vérité et vie : la'même vérité, la même vie! Voilà le mystère, voilà l'espérance, voilà la foi des chrétiens : tenir le Fils qui s'est fait visible, pour s'élever par lui , et trouver en lui l'invisible vérité de bieu. Ah ! que Dieu est proche de nous 1 Que Dieu est en nous par Jésus--Christ ! Vraiment il est notre Emmanuel : Dieu avec nous 1 Allons à sa table ; mangeons^ rassasions-nous; là est notre nourriture : là est notre vie.

LXXXVI» Jour. Jésus le Verhe éternel nous fait voir le Père. (Ibid.)

Quoique nous soyons bien éloignés de cette bienheureuse vision, où nous verrons clairement le Père dans le Fils, comme le Fils dans le Père : le Fils de Dieu va nous apprendre que le Père commence déjà à se manifester eh lui , par

• Joau. XIV. 1. — Mb. XVI. lo. — ^ ib. xiv. 23

quelle difTércnce entre sortir de Dieu comine son ouv)*agc, et sortir de Dieu comme son Fils? L'un est créé, Tautre engendré; Tun tiré du néant, et néant lui-naëme; Tautre tiré de la substance de Dieu, et par conséquent Tètre même. Parmi les hommes mêmes, quelle diflérence entre le Ois et Touvrage? Tous deux néanmoins Tiennent d'un autre. Mais le lilsestde même nature que son père ; et en cela n'est rien moins que lui : mais Touvrage n'a rien de son ouvrier, et lui est absolument éti'anger.

Mon Dieu , oserai-jc suivre je ne sais quelle lumière $9mbip qui me paroît? Dieu est Père : Dieu est ouvrier; l'homme est père, l'homme est ouvrier mais avec une immense différence* L'homme est ouvrier ; mais il trouve sa matière toute faite par un autre dont il l'emprunte : Dieu n'a besoin d'aucune ma*tière, et il tire tout du néant.

L'homme est père : est-il un vrai père? et que donne-t-îli ^n Fils? Son FÛs, il est vrai, est de même nature que lui : mais est-ce lui qui lui donne cette nature ? P^on sans doute. Comment donc vient-il de lui? Ck)mbien imparfaitement! La véritable paternité est en Dieu, qui engendrant son Fils de tout son fond , lui donne toute sa substance , tout son être, par conséquent toute son éternité; et le fait être non-seulement son égal, mais encore un avec lui '.

Ne dites pas qu'il emprunte : car son Père toujours fécond, en lui communiquant tout ce qu'il est, ne se dessaisit de rien* Autre chose est prêter, ou donner par sa volonté ce qu'on peut ne donner pas : autre chose est être fécond. Il faut entendre dans le Père Tabondance, la plénitude, la fécondité, une pleino effusion de soi-même , mais en soi-même pour engendrer un autre soi-même qui reçoit tout en naissant, et qui nait par conséquent égal à celui de qui il reçoit tout, aussi grand, aussi étemel, aussi parfait que lui. Un Dieu ne vient pas d'un autre, qui le tire du néant : mais un Dieu vient d'un autre, qui le tire pour ainsi parler, de sa propre essence ; qui le produisant en soi-même, se dégraderoit soi-même , s'il le produisoit imparfait. C'est donc un Dieu, qui vient d'un Dieu : Fils parfait d'un

* Joan. X. 30.

502 BIClilTATlONS

LXXXVir Jour. Jésus-ClirUt opérant ses miracles, noas fait voir le Père

dans ses œuvres. (Ibid.)

Lb Père qui demeure en moi fait les œuvres * miraculeuses. Cçst la seconde chose par où Jésus-Christ veut qu*on voie son Père en lui : on le voit dans ses paroles ; il \e faut encore Toir dans ses œuvres.

Mon Père agit, et moi j'agis aussi : Uon Père ne cesse d'agir et je ne cesse d*agir '. Si le monde a élé, c'est que mon Père Ta fait, et moi aussi : si le monde continue d'être, c'est que mon Père le conserve, et moi aussi. Il a fait et il fait tout par son Fils : Le Fils ne fait rien de soi, et Une fait que ce qu^ilvoii faire àson Père *. Est-ce un apprenti, toujours attaché aux mainset au travail de son maître? toujoure apprenti, jamais maître? Les apprentis mêmes ne sont pas ainsi parmi les hommeç. Qu'imaginez-vous ici, homme grossier ? Quoi ! le Père qui fait quelque chose, et le Fils qui l'imite, et fait aussi quelque chose? Quelle folie! Le Père a-t-il fait un autre monde que le Fils? Y a-t-il uu monde que le Père ait fait , et un autre monde que le Fils ait fait à l'imitation de son Père? A Dieu ne plaise : le Père fait tout ce qu'il fait par son Fils, et le Fils ne fait rien que ce qu'il voit faire; comme il ne dit rien, que ce qu'il entend dire. Mais comment lui parle-t-on? En l'engendrant : car au Père étemel, parlci- c'est engendrer : prononcer son Verbe, sa parole, c'est lui donner rêUe. De même, lui montrer tout ce qu'il fuit, lui découvrir le fond de son être et do sa puissance, en un mot, lui ouvrir son so.n , c'est rengcudrcr : c'est le faire sortir de ce sein fécond, ci en même temps l'y retenir, dans ce sein où il voit tout, tout lo secret de son Père, et d'où il vient l'apprendre aux hommes^ autant qu'ils peuvent le porter et qu'il leur convient.

Il ne dit donc rien que ce qu'il entend ; il ne fait rien que ce qu'il voit faire : mais entendre son Père, et voir ce qu'il fait et ce qu'il est, c'est naître de lui. II a cela par sa naissance : il lui est aussi naturel d'agir, qu*à son Père ; et c'est pourquoi il ajoute : Ce que le Père fait, le Fils le fait scmblablement \ Ecoutez : il ne le fait pas seulement, maist7 le fait semblable^

• Joan. \îv. 10.— -lb. V. 17. —Mb. 19. — Mb.

SCH L'KVAN(:il.r. 5W

menly aussi parfaitement et avec pareille dignité. Le Père le lait infatigablement, et le Fils de mAme;le Père tire du néant et le Fils de môme: le Père agit sans cesse et le Fils aussi. Le Père ressuscite qui il lui pîatt, et le Fils ressuscite aussi qui il lui plaît ', avec une pareille autorité, comme sa nalure, est celle de son Père. Comme le Père a la vie en soi, ainsi il a donné au Fils d'avoir la vie en soi '. On la lui donne; et néanmoins il Ta en soi, parce qu'on lui donne tout sans réserve. Ainsi la vie est en lui , comme elle Test dans son Père ; et il est comme lui la vie par nature.

Ainsi le Père qui demeure en moi, fait les œuvres miraculeuses que vous votjfiz: tout est parfait dans les œavrcs de Jésus- Christ, tout y ressent une autorité et une origine céleste. C'est pourquoi saint Jean disoit: Nous avons vu sa gloire, comme la gloire du Fils unique^ plein de grâce et de vérité * . Comment donc ne voyez-vous pas, dit-il à Philippe, que mon Père est en moi:, et moi en lui * ? Voyez-le dans les vérités que je vous annonce, dans les paroles de vie éternelle que je vous apporte; voyez-le dans les œuvres que je fais, pour montrer que c'est mon Père qui m'a envoyé. Mon Père m^ècoute toujours * : il vcul tout ce que je veux ; je veux tout ce qu'il lui plaît : tout ce qui est à lui, est à moi» tout ce qui est à moi, est à lui. Comment donc ne croyez-vous pas que je suis en mon Père, et mon Père en moi ? Croyez- le du moins, à cause des œuvres que je fais *. Croyez-le du moins ; comme s'il disoit : Il y a une autre manière <lc voii' <|uo mon Père est en moi, etmoi enlui ; qui est de voir la substance de l'un et de l'autre: c'est ce qui fera votre parfaite félicité. iMais en attendant, voyez-le du moins par les œuvres: je fais ce que veut mon Père, ce qu'il me montre : c'est lui qui fait tout en moi. Ne fait-il pas tout aussi dans les autres, qu'il appelle à travailler à son ouvrage? Oui, sans doute; mais il ne le fait pas comme étant en eux : c'est-à-dire comme y étantpleinement, comme y étant réciproquement et dans une parfaite égalité : parce que nul autre que le Fils ne peut dire: Quimevoity voit mon Père, parce que mon Père est en moi , et moi en lui.

0 rapport? ô égalité ! ô unité! je vous crois, je vous adore ;

« Joan. V. 21 —Mb. 20. — ' Ib. I. 14. — * Ib. xiv. 10.— » Ih. II. 41. — ^ Jb xiv. 11. 12,

50 i MÉDITA tlOXS

je tous rends grâces, mon Sauveur, de ce que tous noiiséle?ei si haut par la foi : ce m'est un gage que vous voulez m^élcTer encore plus haut par la claire Yue. Qu'ai-je donc à craindre? qu*ai-J6 à Die troubler? Pour n'être jamais troublé, je ne dest-» rerois avec saint Philippe que de voir votre Père. Vous no montrez où je le puis voir: vous me le montrez dans quelque chose qui m'est bien proche, puisque c'est un homme ;. et qui. est bien proche de vous, puisque c'est un autre voUâr-méaie. Je vois, je verrai : qui peut m'ôter mon bonheur.

LXXXVin* Jour. Les miracles des apôtres plus grands que eeox de Jéios Christ. De qaelle manière. (Joao* XIV. 13.)

c En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moî^ p non-seulement fera les œuvres que je fais ; mais il en fera n encore de plus grandes : parce que je m'en vais à mon Père ' t . Vous croyez tout perdre par ma retraite: vous y gagnez; et la puissance qui vous sera donnée d'en haut, viendra à un tel point que non-seulement vous ferez les choses que je fais, mais encore vous en ferez de plus grandes. Ne vous troublez donc pas ; ne craignez rien ; au contraire remplissez-vous de foi et de confiance : de cette sorte, ce qui se fera par vous après ma retraite, est au dessus de tout ce qui a été fait.

C'est la merveille de Dieu dans les disciples de Jésus-Christ Ils ont fait tout ce qu'il a fait : car ils ont guéri comme lui tous les malades qu'on leur présentoit, et comme lui ils ont été jusqu'à ressusciter des morts.

Us ont fait des choses qu'il n*a pas faites: à la parole de Pierre, Ananias et Saphira sont tombés morts * ; et à celle do Paul, le magicien Elymas a été frappé d' aveuglement ^ . Ils ont livré à Satan, et à des maux imprévus, ceux qu'il falloit abattre manifestement pour inspirer de la crainte aux autres. Voilà des miracles que Jésus n'a pas faits: mais c'est aussi qu'il nedevoit pas les faire, à cause qu'ils répugnoient au caractère de douceur, au personnage de Sauveur qu'il venoit faire. Ce n'est que sur un figuier qu'il a déployé la puissance de perdre et de détruire : ce n'est que des pourceaux qu'il a livrés aux démons Pour les hommes, il doit Ôtre un jour leur juge ; mais dans son

' Joan. xîv 12, — ' Act. v. 1. 2 et scq. — ' Ib \in. 8. 10. 1 1.

StJB L ÉVANGILE. 505

premier avènement, il nedevoit faire sentir que sa qualité de Sauveur.

Nous pouvons dire néanmoins encore, que dans ces miracles qui viennent d'une puissance bienfaisante , les apôtres ont fait plus que Jésus. En touchant les habits qu'il portoit actuellement il sortoit de lui une vertu salutaire ' : mais on n'a point vu, qu'on guérît par Vapplication des linges qui Vavaitint touché une fois, comme il est arrivé à saint Paul ' ; et même par fion ombre^ comme il est arrivé à saint Pierre \

Mais le grand endroit, où il paroît dans les apôtres un minvcle plusgrand que ceux de Jésus, c'est la conversion du monde. A la première prédication de saint Pierre, trois mille hommes se convertissent * : à la seconde cinq mille * . Après la mort do Jésus ses disciples ne se trouvent qu'environ six-vingts dans le cénacle * : il y avoit par ci par là quelques disciples cachés; mais saint Jacques dit à saint Paul : Voyez, mon frère, combien (Je milliers ont cru'' . Et que sera-ce donc si nous considérons la gentilité convertie, et l'Evangile reçu dans tout le monde, jusqu'aux peuples les plus barbares? Voilà les miracles de la prédic^ition apostolique, plus grands queceux delà prédication de Jésus-Christ même.

Ajoutons à ces miracles les secrets révélés par les apôtres, que Jésus n' avoit pas révélés par lui-même : en sorte que nous pouvons dire en quelque façon, non-seulement qu'ils ont fait de plus grandes choses que lui, mais encore qu'ils en ont dit de plus hautes.

Jésus avoit bien parlé de la réprobation des Juifs, et de la conversion des gentils : mais que la réprobation des Juifs dût si tôt paroître, et dût donner lieu à la prochaine conversion des gentils : qu'Israël dût revenir, mais à la fm seulement, et quand les nations seroient pleinement entrées^ ôîins l'Eglise, et qu'il plût à Dieu de tout renfermer dans l'infidélité, ailn de montrer ((ue personne n'étoit sauvé que par miséricorde ; c'est un secret dont Jésus-Christ avoit réservé la révélation à saint Paul, qui étant choisi pour ôtre le docteur des gentils, devoit aussi an-

< Luc. vin.44. 46. — » ' Act. 19. H. 12.— Ub. v. 15. 16. — * Ib

ir.41 Mb. IV. 4.— Mb. i. Ij. — ' Ib. xxi. 20. — » Rom. xi. 25. 20.

20 clseq.

506 UÉDITATIONS

nonccr aux lionimcs plus profondément le mystère incompréhensible de leur vocation.

C/cstce m.?/.f/('îT profond, et ce secret inconnu au monde dans les siècles et dans les races passées, que Dieu lui a révélé pour les gentils; par lequel «aussi Dieu a fait connoître la grande science quil lui avait donnée du mystère de Jésus-Christ, C'e?l ce secret qui a été révélé aux apôtres et aux prophètes de la nouvelle alliance /)ar le Saint-Esprit, et particulièrement à lui Paul, prisonnier de Jésus-Christ pour les gentils, et qui a été révélé par eux et par l'Eglise^ non-seulement aux hommes, m^h encore aux anges et aux puissances célestes ; afin de leur faire admirer les divers conseils de la féconde sagesse de Dieu*, C'est de quoi il se glorifie dans le troisième chapitre aux Ephésiens: parce qu'en effet il lui a été donné, non- seulement d'expliquer clairement et amplement ce que Jésua-Christ avoil comme enveloppé dans des paraboles ; mais encore de proposer ce nouveau secret du retour des Juifs, après seulement que les gentils auroient rempli l'Eglise.

0 Dieu ! soyez loué pour les grâces que vous faites aux hommes, et pour les lumières admirables que vous avez données à votre Eglise. Qui n'admircroit l'honneur que Jésus-Christ veut faire à ses disciples, de surmonter en quelque façon ses pro-f près ouvrages?

Il montre pourtant après, que ce que feront ses disciples de plus grand que lui, c'est lui encore qui le fait : Si vous demandez quelque chose en mon nom, je le ferai '^ . Et ce que je ferai par vous sera plus grand en quelque façon, que ce que je ferai par moi-même. Pourquoi ? écoutons-en la raison, parce que je m'en vais à mon Père, Si je fais de si grandes choses en descendant de mon Père; combien en ferai-je de plus grandes, quand je remonterai au lieu de sa gloire?

Mon Sauveur, je le reconnois: vous êtes la sagesse éternelle, ot vous faites tout à propos et dans son temps: les hommes ne pouvoient pas porter d'abord tout le poids de votre secret : vous dispensez tout par ordre. Vous réservez vos plus grands Ouvrages pour le temps où, retourné à votre Père, les jours

' Ephes. m. 1. 3. 4. 6. 0. 8. 9. 10. M. — ^ Joan. xiv. 13,

SUR l'Évangile. ^^^

dliumiliatioii étant écoulés, vous agirez avec plus d'empire. Vous montrerez votre puissance, en faisant de si grands prodiges par vos disciples. C'est vous qui animez tout: vous paroissez au haut des cieux à votre premier martyr ' , et vous montrez en lui le secours que vous donnez à tous les autres. Vous révolez votre vérité aux gentils par un saint Paul : mais ce Paul, par qui vous opérez la conversion de tant de peuples, vous le convertissez lui-même, en lui parlant du haut des cieux ' , et lui apprenant que c'est en vain qu'il vous résiste.

Vous faites tout ce qu'il vous plaît par vous-même et par vos disciples: vous faites tout convenablement, selon que les hommes le peuvent porter, et selon les divers états où vous devez être.

Ce que vous demanderez à mon Père en mon nom, je le ferai^: il ne dit pas mon Père le fera: mais. Je le ferai. C'est toujours ce qu'il dit: Mon Père agit, et j'agis aussi * : ce qu'il fait, c'est moi qui le fais. Car il fait tout par son Verbe, et rien de ce qui se fait, ne se fait sans lui * .

Tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai. Tout ce que vous me demanderez, je le ferai : c'est lui par qui on demande ; c'est lui qui fait ce qu'on demande : c'est en son nom qu'on demîinde : on lui demande à lui-même, et on obtient tout, non-seulement par lui, mais de lui. Et, dit-il, je le ferais afin que le Père soit glorifié dans le Fils " . 11 affermit notre foi on nous faisant voir, qu'il nous fait du bien par l'intérêt de sa gloire. Son intérêt, c'est le nôtre: sa gloire, c'est notre bonheur. Qu'y a-t-il donc à craindre pour nous? Considérez, chrétiens, quel Médiateur vous avez : combien bon, combien puissant. Tout est possible par son entremise : il ne s'agit que de savoir ce qu'il faut demander et désirer: c'est ce qu'il va vous apprendre.

LXXXIX* Jour. Ce qu'il faut dcinanJer et désirer : aimer et garder ses

coin mandements. (Joau. xiv. 15.21.)

Si VOUS m* aimez, gardez mes commandements. El il conclut : Celui qui a reçu mes commandementSy et qui les garde, est

' Ad. vïi. 55. — - Il>. i\. 3. 4. 5. G. 7. — ^ Joan. xiv. 13. — ' Ih. \. Ï7 — ' ib. I. 3. — ^ Juan. XIV. 13.

la praU(lue. ^^ j'^t'? ™o*if des choses

Ne vous attachez m-;.

sua L E va.>gile; 5 1 1

••A la <*"*^ ^ -* j '*rt^ft de tote ^ -^ce des yeux, l'esprit de curiosité uous 1 pYOÇ^^^^^ \^^* * ^®8 épreuves inutiles : on cherche

^%aûc\«o A(i% 've jamais; ou bien on trouve le maî.

^ ^\ù ccUe levt ^8 les hommes du monde en fait tout

'^•,.^,- Ji;ous ào \\de pompeuses vanités. Le faux es^,

^vcùcntt^ I ^V-Drit de vérité n'y peut entrer. On.

Viscovir 1^ L Vit ouvrir les yeux à la vérité.

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coniniencez à aimer la personne : i ^*^°» P^^"^ f^^

fora aimer la doctrine ; et Tamour de i^ <^^^ ^® ^"'^"

doucement et fortem(;nt tout ensemble à u ^^1"'^° sent, gligcz pas de connoître Jésus-Christ et de mi: ™*^"' ^^** lères: c'est ce qui vous inspirera son amour: le «. ^' ^ plaire suivra de là, et ce désir fructillera en bonne» ^"^^* La pralicpie des bonnes œuvres, sans Famour de bi^* ^*'" Jésus-Christ, n'est qu'une morale purement humaince^V losophiipie : toutes les vertus chrétiennes sont animées ^^^ mour de Jésus- Christ. Ainsi on fait tout en foi, on faiiiom^ espérance, on fait tout en charité: on aime Dieu, on eu^ aimé : Jésus-Christ nous aime, et il se manifeste lui-même ^ nous ; et en lui, il nous manifeste son Père : nous voyons, nous vivons, nous sommes heureux , non point en nous, mais en Dieu.

XC' Jour. Promesse de l'esprît consolateur : ce que c'est que le inonde.

(Joan. M Y. lô. IC. 1'.)

«Si vous m'aimez, gardez mes commandements; et je 9 prierai mon Père, et il vous donnera un autre consolateur,

»^riiilip. II. 8. — - MaU. vu. 2.1 — ' Jofin. xiv. i j.

celui qui m'aime: et celui qui in aime ^ sera aimé demonPèret et je r aimerai, et me manifesterai à lui ' . Tout cela conclut de plus en plus, à ne se laisser troubler de rien, dans les moyens qu'il nous donne de nous assurer Tamour de son Père et le sien : comme s'il disoit: Ne vous mettez en peine de rien, que de garder mes commandements : si vous les gardez, tout est sûr, parce que mon Père et moi vous aimeront d'un amour si cordial, que nous nous manifesterons à vous, sans vous rien cacher.

Les apôtres desiroient.de voir son Père; et après leur avoir appris où il le faut voir, c'est-à-dire en lui, il vient à la pratique, et leur apprend le moyen de parvenir à cette vision bienheureuse, où Ton voit le Fils dans le Père, et le Père dans le Fils, qui est de garder ses commandements.

Je me manisfcsterai moi-même à lui. N'espérez pas pouvoir me voir, ni voir mon Père, de vous-même. Nul ne me peut voir, que je ne me découvre moi-même à lui ; et je ne me découvre qu'à ceux qui gardent mes commandements. Je me découvre à ceux-là de cette manière admirable qui fait qu'on voit mon Père en moi, et qu'on me voit dans mon Père. Ne vous contentez pas de vous attacher aux sublimes vérités : ne vous repaissez pas de la plus haute contemplation, encore moins des spéculations inutiles : venez aux moyens et aux vérités de pratique: appliquez-vous à robservancc dos commandements. Ne croyez pas qu'il suffise de parler hautement de moi ; car toute votre hauteur n'est que bassesse à mes yeux : ni d'admirer ma grandeur; car je n'ai pas besoin de vos louanges: ni d'avoir quelque tendresse vague et infructueuse pour ma personne; car tout cela n'est qu'un feu volage, qui se dissipe de lui -même, et se perd bientôt en l'air. Si vous m'aimez véritablement, sachez que l'amour n'est pas dans la spéculation, ni dans le discours. Tous ceux qui me disent. Seigneur, Soiijneur, qui le disent deux fois, et semblent le dire avec force, n'entreront pas pour cela dans le royaume des deux : mais celui qui fait la volonté de mon Père, entrera dans le royaume des cicux^: car c'est comme j'ai (ail moi-même, cl j'ai été obéissant

» Joan. XIV. \b 21. — ' Matt. vu. 21. 22.

jusqu'à la mort de la croix\ Comment scroit-il utile aux hommes de faire sur moi de beaux discours? puisque ceux qui auront prophétisé et fait des miracles en mon nom, sans venir il la pratique des vertus et à observer mes préceptes, recevront à la (in cette terrible sentence : Je ne vous connais pas : allez : rciirez-vous de moi, ouvriers d'iniquité *. Combien donc Id* vie chrétienne est-elle sérieuse! Combien est-elle ennemie des vains discours! Elle est toute dans Tobéissance, dans Thu^ milité, dans la mortification, dans la croix : toute à crucifier ses mauvais désirs, et à abattre la chair qui convoite contre Tesprit.

Prenez garde à Tamusement; j'oserai le dire, à la séduction des entretiens de pié'té, qui n'aboutissent à rien : tournez tout à la pratique.

Ne vous attacher néanmoins pas à une pratique sèche et sans amour. Si vous m'aimez, gardez mes commandements^ : commencez à aimer la personne : Tamour de la personne vous fera aimer la doctrine ; et Tamour de la doctrine, vous mènera doucement et fortement tout ensemble à la pratique. Ne négligez pas de connoître Jésus-Christ et de méditer ses mystères: c'est ce qui vous inspirera son amour: le désir de lui plaire suivra de là, et ce désir fructifiera on bonnes œuvres. La pratique des bonnes œuvres, sans l'amour de Dieu et de Jésus-Christ, n'est qu'une morale purement humaine et philosophique : toutes les vertus chrétiennes sont animées de l'amour de Jésus- Christ. Ainsi on fait tout en foi, on fait tout en espérance, on fait tout en charité: on aime Dieu, on en est aimé : Jésus-Christ nou3 aime, et il se manifeste lui-même à nous ; et en lui, il nous manifeste son Père : nous voyons, nous \ivons, nous sommes heureux, non point en nous, mais en Dieu.

XC* Jour. Promesse de l'esprit consolateur : ce que c'est que le monde.

(Joaii. XIV. lô. 16. l'.)

«Si VOUS m'aimez, gardez mes commandements; et jo » prierai mon Père, et il vous donnera un autre consolateur,

*^rbilip. II. 8. — 2 MaU. vii. 2.1 — » Jor.n. viv. 15.

UEDITATIOXS

» pour demeurer éternellement en vous : Tesprit de vérité, que » le monde ne peut recevoir, parce qu'il ne le voit pas, et ne le » connoît pas ' » . Il n'oublie rien pour les consoler et les raffermir ; et après leur avoir parlé de son amour, et de celui de son Père, afin que rien ne leur manque de ce qui est divin, ou plutôt afin que rien ne leur manque de ce qui est Dieu, il leur promet le Saint-Esprit.

L'aimable titre que celui de consolateur^ que Jésus- Christ donne au Saint-Esprit f Ce sera donc cet esprit qui vous con^ fiolera de mon absence ; ce sera cet esprit qui vous inspirera le vrai amour, qui vous fera garder mes commandements. Cet esprit viendra à la prière de Jésus-Christ : le Père le donnera , et nous verrons aussi que Jésus-Christ le donnera lui-m^mc. C'est cet esprit qui est venu enflammer F Église à l'amouf de Jésus-Christ et à la pratique de ces préceptes.

Un autre consolateur ; Jésus-Christ est un grand consola* teur, puisqu'il dit : Venez à moi; vous tous qui êtes peines '. Le Saint-Esprit insinue cette douce consolation dans le cœur ; il y répand la douceur céleste, qui fait ressentir, qui fait aimer les consolations de Jésus-Christ.

Un autre consolateur, 11 avoit parlé de son Père, il' avoit parlé de lui-même : il falloit encore parler de cet autre eon- (jolateur, et nous manifester tout ce qui est Dieu, la Trinité tout entière.

Pour demeurer en vous éternellement. Cet esprit consolateur ne quitte jamais que ceux qui léchassent; et de lui-même il demeure éternellement.

Vesprit de vérité.. Quelle est la consolation de l'homme parmi les travaux et les erreurs, si ce n'est la vérité? L'espiit de vérité est donc notre véritable consolateur, en mettant lar vifrité à la place de la séduction du monde, et de l'illusion do' nos sens.

Que le monde ne peut recevoir,. Le monde est tout faut. Qu'est-ce que le monde? sinon la concupiscence de la chair , la concupiscence des yeux, et r orgueil de la vie ^? La concupiscence de la chair nous livre à des plaisirs qui nous aveu-^

• Joafl. XIV. 15. tO. 17, — 2 MaU. xi. 28. — ^ I. Joan. ii. 16.

.JL 511

glent. La concupiscence des yeux, l'esprit de curiosité nous mène à des connoissances, à des épreuves inutiles : on cherche toujours, et on ne trouve jamais; ou bien on trouve le mal. L'orgueil de la vie, qui dans les hommes du monde en fait tout le soutien, nous impose par de pompeuses vanités. Le faux est, partout dans le monde, et Tesprit de vérité n'y peut entrer. Ouest pris par la vanité ; on ne peut ouvrir les yeux à la vérité.

Que le monde ne peut recevoir ^ parce qtCil ne le voit pas, et ne le connoît pas ; parce qu'il ne veut ni le voir, ni le connoître; il est livré, il est séduit. Le monde est tout dans lamalignité \ est tout plongé dans le mal. Le monde pense mal de tout; il ne veut pas croire qu'il y ait de véritables vertus, parce qu'il n'en veut point avoir, ni qu'il y ait d'autre motif des choses humaines que le plaisir et l'intérêt, ni qu'il y ait de bien solide que dans les choses corporelles. Jouissons, dit-il, des biens qui sont '; tout le reste n'est qu'idée, imagination, pâture des esprits creux ; ce qui est, c'est ce qu'on sent, c'est ce qu'on touche; tout le reste échappe. Et au contraire, ce qu'on sent, ce qu'on touche, c'est ce qui échappe continuellement des mains qui le serrent. Plus on serre les choses glissantes, plus elles échappent. La nature du monde est de glisser, de passer \ite, d'aller en fumée, en néant. Mais le monde veut s'imaginer que c'est cela qui est. Comment donc pourra- 1 -il connoître l'esprit de la vérité? et comment pourra- t-il le recevoir?

Le monde ne peut pas le recevoir. Il y a l'esprit de vérité et l'esprit d'erreur. Qui est possédé de Tun, ne peut pas recevoir l'autre. U homme sensuel ne peut entendre ce qui est de V esprit de Dieu; celui est folie, et il ne peut pas V entendre, parce quUl le faut] examiner par V esprit^; et son esprit est tout plongé dans les sens ; il fait quelque effort, et il ne peut pas, et il retombe toujours dans son sens charnel.

XCP Jour. La demeure de Jésus-Christ, et sa manifestation dans les

saintes âmes. (Joan. xiv. 17.)

lUais vous, vous le connoitrez, parce qu*il demeurera en vous, et qiTil sera en vous, Y être véritablement, c'est y de-

« L Joan. V. 19. — * Sap. n. C. — ' I. Cor. ii. 14«

'^^^ . héditatioxs

mcurcr: il ne veut pas c^tre dans nous en passant ; ou il ne demeure pas, si on peut parler de la sorte, il ne croit pas y avoir été. C'est un esprit ferme, esprit stable, constant f assuré * ; parce qu'il est véritable ; et ce qui est véritablement, c'est Cfi qui demeure ; ce qui passe tient plus du néant que de l'être.

Mais, Seigneur, vous avez dit : L'esprit souffle où il veut; et personne ne sait cToù il vient, ni où il va; ainsi en estait de celui qui est né de Vesprit ^ Comment donc dites-vous aujourd'hui : Vous le connoîtrez, parce qu'il demeurera en vous, et quUl y sera?

Dans les premières touches de l'esprit, on tïe sait d'où il vient, ni où il va; il vous inspire de nouveaux désirs inconnus aux sens ; vous ne savez où il vous mène ; il vous dégoûte de tout, et ne se fait pas toujours sentir d'abord ; on sent seulement qu'on n'est pas bien, et on désire d'être mieux Quand il demeure, il se fait connoître; mais après il vous rejette dans de nouvelles profondeurs ; et vous commencez à ne plus connoître ce qu'il vous demande ; et la vie intérieure et spirituelle se passe ainsi entre la connoissance et l'ignorance , jusqu'à ce que vienne le jour, où ce bienheureux esprit se manifeste.

Je ne vous laisserai pas orphelins ;je viendrai à vous '. H venoit de les appeler sespetits enfants ; il continue à parler en père : Je viendrai à vous ; je vous verrai après ma résurrection. Mais ce n'est pas là toute ma promesse; car je disparoîtrai trop tôt , pour vous satisfaire par cette courte vision ; je viendrai en vous par mon esprit consolateur. Les orphelins seront consolés, parce que l'esprit de leur père sera en eux » et qu'il leur apprendra à prononcer comme il faut le nom de père : Dieu enverra dans leurs cœurs l'esprit de son Fils qui les fera crier. Mon Père, mon Père *; qui leur apprendra à parler, à agir en enfants, et non en esclaves; en esprit de confiance, de tendresse, d'amour et de liberté.

Encore un peu de temps, et le monde ne me verra plus; mais vous, vous me verrez; parce que je vivrai, et vous vivrez^;

' Sap. VII. 23. — - Joan.iii. 8. — ' Joaii. xiv. 18. un. 33. — * Gai. IT. 6. — ^ Joan. XIV. 19.

SUR l'Évangile» S*^

vous vivrez de celle vie, dontil eslécrit : Lejusievitde lafoV, Vous-vivrez de celte /biagtssaale et féconde en bonnes œuvres, qui opère par Vamour '^ Pour voir Jésus vivant, il faut vivre , et vivre de la vraie vie. Le monde^ qui est mort, ne verra point Jésus qui est vivant, ^n ce jour, vous verrez que je suis en mon Père, et vous en moi, et moi en vous^. En ce jour, lorsque le Saint-Esprit vous sera donné, et encore plus en ce jour, où vous verrez à découvert la vérité même; vous verrez mon union intime, substantielle et naturelle avec mon Père et celle que j'ai contractée avec vous par miséricorde et par grâce. Si vous m*aimez, je vous aimerai, eijeme manifesterai à vous par amour. Douce manifestation que Tamour inspire , que l'amour attire! Je me manifesterai, non point pour satisfaire des yeux curieux, mais pour contenter un cœur ardent.

XCII* Jour. La prédestination. Le secret en est impénétrable. (Joan»

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