‹ Méditations sur l'ÉvangileChapitre 24 sur 34 · XIV · texte numérisé non relu

XIV

Ce qui est certain , ce qu'il faut savoir, ce qu'on ne sauroit assez imprimer dans son esprit ; c'est que la cause prochaine de la préférence est que Jésus-Christ et son Père se manifestent à celui qui garde les commandements : Nous viendrons à lui, et nous y établirons notre demeure *,

(1 va toujours les affermissant de plus en plus , en les assurant de Tamour de son Père, du sien, de la présence et de Tassistance de son Saint-Esprit ; et afin de ne rien omettre, il leur dit encore : Nous viendrons en vous , mon Père et moi; nous ne nous contenterons pas de vous assister au dehors : nous viendrons à-voios ; nous y établirons notre demeure. Nous vous serons intimement unis ; et cela, non point en passant, mais par un établissement permanent.

Nous viendrons. Quel autre qu'un Dieu peut parler ainsi ? Un simple homme, une simple créature, quelque parfaite qu'on kl fasse, osera-t-elle dire : Nous viendronsyei s'associer avec \e Père éternel , pour demeurer dans le fond des âmes comme dans un sanctuaire ?

Nous viendrons à eux , et nous y établirons notre demeure : et cela 4iu'est-ce autre chose, sinon ce qui est écrit? « Vous » êtes le temple du Dieu vivant : comme Dieu dit lui-même : » Je ferai ma demeure en eux , et je me promènerai au milieu » d'eux, et je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple. Sortez » du milieu du monde, dit le Seigneur, et séparez-vous, et ne » touchez point aux choses impures; et je vous recevrai, et je » serai votre père , et vous serez mes fils et mes filles , dii lo » Seigneur tout-puissant S).

' Ps. cxLvii. 10. — = Acl. XIV. (5.— ■■' Lib. de spiiit et lii. cap. 34 n. 00. — *Joau. li. 23. — ' 11. Coi. Vi. 10- 17. 18.

316 HÉDITITIONS

Qui nous dim quelle est cette secrète partie de notre ftme , dont le Père et Fils font leur temple et leur sanctuaire? Qui nous dira combien intimement ils y habitent : comme ils la dilatent comme pour s'y promener, et de ce fond intime de Tâmc, £C répandre partout , occuper toutes les puissances ^ animer toutes les actions? Qui nous apprendra ce secret, pour nous y retirer sans cesse , et v trouver le Père et le Fils ?

Ce n'est pas là cette présence , dont saint Paul dit : // n'est pas loin de nous; car nous vivons y nous nous mouvons 9 et nous sommes en lui et par lui\ Car cette présence nous est commune avec tous les hommes, et même, en un certain sens, avec tout ce qui vit et qui respire. Mais l'union que Jésu&-Clirist nous promet ici, est une union qu'il ne promet qu'à ses amis» Qu'elle est profonde ! qu'elle est intime l qu'elle est éloignée de la région des sens !

Quand Dieu nous a faits à son image, il a créé en nous, pour ainsi parler , ce secret endroit où il se plaît d'habiter. Car il entre intimement dans la créature faite à son image : il s^unit h elle par l'endroit qu'il a fait à son image, où il a mis sa ressemblance. L'homme ne lui est pas étranger, puisqu'il l'a fait» comme lui , intelligent , raisonnable, capable de le désirer, de jouir de lui ; et lui aussi il jouit de l'homme ; il entre dans son fond, d'où il possède le reste; il en fait son sanctuaire. 0 homme, ne comprendras-tu jamais ce que ton Dieu t'a fait ? Nettoie à Dieu son temple; car il y veut habiter : crois seulement , mais d'une foi vive ; tu n'auras besoin pour prier d'autre temple que toi-même. Que Dieu t'écoute de près! 11 est en toi, il y demeure, il y règne : son Fils y est avec lui. Quand il t'a fait à son image, il a parte avec son Fils de l'ouvrage qu'il alloit faire; et il a dit : Faisons l'homme à notre image et ressemblance'^ : et maintenant il vient on loi avec lui : il Tenvoie continuellement de son soin dans le tien ; il y envoie aussi son Saint-Esprit, sanclilicalour invisible de ce temple. Il faut être juste pour cela; car il ne peut pas habiter dans une âme souillée. 0 homme, '•omniont peux-lu soiillVir le péché ? Temple de Dieu, comment peux-lu mellro mio idolo dans ce sanctuaire?

*Act. XVII. 27. :>8. — -Gcn. I. 20.

SUR l'Évangile. ^^"^

Non , je me veux retirer en Dieu. Et que faul-H faire pour cela, sinon se recueillir en soi-môme? Mais l'y sentons-nous, ly trouvons-nous? Dieu n'cst-il pas en nous d'une manière vive, et qui se fasse sentir? Jésus-Christ a dit du Saint-Esprit : Vous le connaîtrez y parce qu'il sera en vou^ , et quily demeurera*. iNous devons donc aussi connoître et sentir en nous le Père et le Fils, puisqu'ils y sont, et qu'ils y demeurent. Oui sans doute, il est ainsi; Dieu se fait sentir en quelque sorte, lorsqu'il arrive en nous : c'est ce que saint Paul vient de nous rapporter : Et Je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple^. Quand je ne sais quoi nous dit dans h cœur , que nous ne voulons que Dieu , et que tout le reste nous est en horreur ; alors Dieu se fait sentir. Mais ne croyons pas qu'il se fasse toujours sentir bien clairement, ni que dans le cours de cette vieil se fasse sentir avec certitude. Il nous est plus intime que nous ne le sommes à nous-mêmes : ainsi il se cache en nous autant qu'il lui plaît : il s'y découvre à nous-mêmes autant qu'il lui plaît : et il ne s'y découvrira pleinement, que lorsqu'il assouvira tous nos désirs ; que sa gloire nous apparaîtra, et que Dieu sera tout en tous, comme dit saint Puur.

Ouvrez-lui cependant l'entrée : Jésus-Christ nous en donne le moyen : Si quelquun m'aime, il gardera ma parole : celui qui ne m'aime pas, ne garde pas ma parole *• N^ aimez point en discours , ni en paroles ; aimez par les œuvres et en vérité \ Il sonde les cœurs, et il voit que celui qui parle, et qui croit aimer sans agir, n'aime pas. Mais aussi celui qui garde extérieurement sa parole , et qui n'agit point par amour, ne garde pas véritablement cette parole. Il faut joindre l'exécution de sa parole avec son amour ; parce que sa principale parole et l'abrégé do sa doctrine , c'est qu'il faut aimer.

XCIV* Jour. Etat ferme de la vie chrétienne. (Joan. XIV. 16-23.)

Arrêtons-nous sur ces paroles : a Mon Père vous donnera » le Consolateur, afin qu'il soit en vous éternellement. Vous

' Joan. \iv. 17. — ' II. Cor. vi. IC. — ^1. Cor. XV. 28.«— ^ JoAD* XIV. 23. 2 'j. — M. Joan. m. 18. — * Joan. iiv. 10. 17, 23.

D \o connoîlrez, parce qu'il demeurera en vous. Nous viendrons » à lui, et nous y élablirons notre demeure * ». Entendons que )a vie ciirétienne n'est pas un mouvement perpétuel du bien au mal et du mal au bien. C'est quelque chose de stable et de permanent. Celui qui n'a rien de ferme , et dont la vie est un continuel retour du péché à la pénitence, et de la pénitence au péché, ajuste sujet de craindre que le bien n'ait jamais été solidement en lui.

Je ne veux pas dire qu'on ne puisse jamais perdre la grâce : car pourquoi la pénitence auroit-elle été établie après le baptême? Je ne veux pas dire , que la chute après la pénitenco soit sans remède : car Jésus - Christ n'a point donné de bornes à la puissance des clefs : Tout ce que vous remettrez sera remis : tout ce que vous délierez sera délié ' : vous pourrez remettre et délier jusqu'à l'abus de la pénitence. Je ne veux pas dire non plus que le passage de la grâce au péché , et du péché à la grâce , ne puisse pas quelquefois être fréquent. Saint Pierre étoit juste, quand Jésus lui dit comme aux autres : Vous êtes purs * ; et il n'excepta que Judas. Il tomba bientôt après, quand il renia son maître : il se convertit bientôt après , lorsque Jésus le regarda , et qu'il pleura si amèrement. Qui osera dire qu'un regret si amer et si sincère, le fruit d'un regard spécial de Jésus, ne lui rendit pas la justice ? Mais qui osera dire aussi qu'il nel'avoit pas perdue de nouveau, lorsque Jesw* lui reproche comme aux autres so7i incrédulité et la dureté de son cœur, pour n avoir pas voulu croire ceux qui leur annonçoient quil étoit ressuscité * ? Dieu permet ces chutes fréquentes, lorsqu'il fait sentir à une âme sa propre foiblesse. Mais où en veut-il venir par C€S terribles leçons, sinon à affermir l'âme dans l'humilité, dans ladéliance de soi-même, dans la confiance en Dieu , et par là dans la vertu ? Il en faut donc venir à un état de fermeté et de consistance. Chrétien, tu as assez appris tes foiblesses par tes chutes : il n'est pas question de l'expérimenter toujours : il est temps de profiler de tes expériences : Pierre n'a été vacillant un peu de

» Matt. XTil. 16, 17. 23.-' Matt. xvi. 10.— Voan. XIII. 10.-<Marc, xvi. li.

Sun L*ÉVANGILE* ^^^

(emps, que pour être conduit parla à une longue et perpétuelle persévérance.

XCV" Jour. Lemattre inicricar. (Joan. vix. 25. 25.)

a Je vous ai dit ces choses, pendant que j'étois parmi vous : » mais le Saint-Esprit consolateur , que mon Père vous en- » verra en mon nom, vous enseignera toutes choses, et vous » inspirera, vous suggérera» , motà mot selon Toriginal, « vous x> fera ressouvenir de toutes les choses que je vous aurai di- » tes '» . Quoi donc, avions-nous besoin de deux maîtres? et Jésus-Christ ne nous suffisoit-il pas pour nous enseigner? soyons ici attentifs à cette école intérieure , qui se tient dans le fond du cœur. Outre les enseignemeuts du dehors, il falloit un maître intérieur, qui fit deux choses ; Tune de nous faire entendre au dedans ce qu*on nous avoit enseigné au dehors; l'autre, de nous en faire souvenir, et d'empêcher qu'il ne nous échappât jamais.

Remarquons bien néanmoins que Jésus-Christ et le Saint-^ Esprit ne nous enseignent pas des choses différentes. Ecoute;? bien, fanatiques, qui attribuez à la doctrine du Saint-Esprit, des choses que Jésus-Christ n'a pas dites. Il enseigne les mômes choses; mais l'un enseigne au dehors , et l'autre au dedans; et lorsqu'on ditque le Saint-Esprit enseigne au dedans, il faut entendre que Jésus-Christ même enseigne aussi au dedans; parce que c'est lui qui envoie le Saint-Esprit, qui est plein de lui, comme il l'expliquera bientôt.

Et pourquoi cette doctrine intérieure est-elle attribuée au Saint-Esprit, si ce n'est pour la même raison, que l'infusion de la charité lui est attribuée? La charité , dit-il, est répandue dans nos cœurs par le Saint-Esprit, qui nous a été donné ^. Qu'est-ce donc qu'enseigner au Saint-Esprit ? si ce n'est faire aimer la vérité que Jésus-Christ nousa annoncée jusqu'à pouvoir dire : a Qui nous séparera de la charité de Jésus-Christ? » Sera-ce l'aftliction, ou la persécution, oula faim? Nous som- 0 mes victorieux dans toutes ces tentations à cause de celui qui » nous a aimés, et qui nous adonné son amour ^ ». Et qu'est-

' Joan. XIV. 25. 26. - - Rom. v. 5. — ' Ibid. vui. 35 37*

520 kéditâtioxs

ccqiio uons faire ressouvenir de ceque Jésus-Ghrislnousanra dit, sinon le tenir toujours présent à notre esprit par rattachement que nous y aurons au fond du cœur? C'est-à-dire, que le Saint-Esprit nous inspire non tant la science que Tamour, et que c'est par lui véritablement que nous sommes enseignés de Dieu, comme Jésus-Christ nous Ta dit *.

Soyons donc recueillis et intérieurs, puisque c'est-an dedans que nous parle notre docteur. Homme ! où courez-vous ti' affaire en affaire, de distraction en distraction, de visite en visite, de trouble en trouble? Vous vous fuyez-vous-même, puisque vous fuyez voire intérieur , et vous fuyez en même temps le Saint-Esprit, qui vous y veut parler.

XCVI* Jour. Paix iptérienre. (Joan.xiv. 27.)

Je vous laisse ma paix, je vous donne ma paix; cette paix intérieure, que le monde ne vous peut donner % puisqu'au contraire c'est lui qui la trouble. Et qu'est-ce que cette paix? Nous viendrons à lui, et nous y ferons notre demeure*. Dieu en nous et dans notre fond, c'est notre paix. Car il est écrit de la cité sainte, qui est la figure de l'âme fidèle : Dieu ne sera point ébranlé au milieu d'e//e*. Que la tempête vienne; c'est-à* dire, les passions, les afflictions , la perte des biens temporels : Dieu au milieu de Vâmc ne sera point ébranlé; ni par conséquent le fond où il est : car le Psalmiste poursuit : Dieu l'aidera dès le matin : Dieu la préviendra de ses grâces ; et c'est là sa paix ; pourvu qu'elle soit soigneuse de se recueillir en elle-même : car c'est là qu'elle trouve Dieu, qui est sa force. Si elle se dissipe , si elle court. Dieu sera ébranlé au milieu d'elle ; non en lui-même, mais au milieu d'elle. Commencez-vous à écouter le mondé et la tentation? Dieu s'ébranle au milieu de vous, il est prêt à vous quitter. Consommez-vous le péché ? il vous quitte. Demeurez donc uni à vousmême, et à Dieu , qui est en vous : il ne s'ébranlera pas au milieu de vous; par là vous serez en paix : car il est écrit : Le lieu où il demeure sera en paix^. Il n'y a point de paix

* Joan. VI. 45.-2 ibid. xiv. 27. — ' Ibid. 23.—* Ps. XLV. 6.—» Ibid. L\XV. 3.

Sun L EVANGILE. 521

pour les méchants dit le Seigneur \ Encore un coup : Il n^y a point (In paix pour les méchants ; ils sont comme unemera{ii^ tée, qui n'a jamais de repos ^ : qui regorge eu mauvais désirs : et ses flots, et son écume jetée au bord, sera foulée aux pieds, et ne fera que de la boue *.

XCVII' Joan. Paix imperturbable. (Joan. XIV. 27.)

Je vous laisse ma paix, je vous donne ma paix : je ne vous donne pas une paix comme celle que le monde donne. Ne soyez point troublés , ne craignez rien. C'est ce que le monde ne peut vous donner. Ce qu'il redoublele nom de la paix, marque raffection et la tendresse avec laquelle il fait un si beau présent. Vous diriez qu'à coups redoublés il veuille faire péné— trer la paix au fond du cœur. Il la leur donne pour eux, il la leur donne pour nous. 11 leur donne cette paix qui reposera sur les enfants de la paix» qui seront dans la maison oh ils entreront; et qui reviendraà eux, si personne ne la veut recevoir. Iicccvons donc la paix des apôtres^celle des ministres de Jesus-Clirist, lorsqu'ils entrent dans nos maisons: soyons pour eux des enfants de paix ; ne soyons ni contredisants , ni murmurateurs. Recevons cette paix : non celle du monde , mais celle que Jésus-Christ sait faire trouver au milieu des humiliations et des travaux.

Ne craignez rien, ne vous troublez pas. C'est , comme nous avons dit, la conclusion de tout ce discours , et le terme où il aboutit. Considérons toutes les raisons par lesquelles le Fils de Dieu bannit le trouble que devoit causer sa mort. Premièrement, s'il s'en va, c'est pour nous préparer la place dans.la maison de son Père. Ses disciples le peuvent suivre ; et en leur disant où il va, il leur montre aussi le chemin pour y parvenir. Il leur apprend où ils pourront voir le Père, dont la vision leur suffit : dans la possession duquel ils n'ont plus rien ni à désirer ni à craindre. Secondement, quoiqu'il les quitte» il n'en sera pas moins leur protecteur; et ils peuvent tout obtenir en eon nom. Loin que son absence leur nuise, il fera pour eux et

'Is. XLVIII. 22. — Mbid. Lvii. 21.— Mbid. 20.

592 k£ditations

par eux de plus grandes choses qu'il n'avoit jamais faites.* Troisièmement, en les quittant; il leur promet un consolateur invisible, qui adoucira leurs peines , et leur gravera daas Id'cœur toute sa doctrine. Touchés de Tamour qu'ils auront pour sa personne, ils garderont sa parole.. Enfin , il ne les quittera pas en les quittant ; il viendra à eux, et il y viendra avec son Père, et ils établiront leur demeure dans leurs urnes : ce qui les fera jouir dans le fond du cœur, au milieu des persécutions et des tentations, d'un imperturbable repos, et de cette paix qui surpasse tout sentiment, toute pensée, toute intelligence ^ . Après cela oa peut conclure : Ne vous trou" liez pas, ne craignez rien. Yoici néanmoins- encore une raison plus touchante pour ses vrais disciples^

XCYIII* Jour. Jésus-Christ rentre en sa gloire, rctoamani à son Pcre.

(Joan. XIT. 28}

Vous avez ouï que je vous ai dit ; Je m'en vais f et je rc^ viens ' ? je meurs, et je ressuscite , et je reviens de nouveau, à wus : je m'en vais encore, je monte au ciel, et j'en reviendrai à la fin, pour demander compte de mes grâces. Si vous m'ai^ miez, vous seriez bien aise' que je m'en allasse. Je vous ai dit les raisons de vous consoler de mon absence , par les biens qui vous en reviennent. En voici une, par rapport à moi , qui vous doit toucher davantage : Si vous m'aimez, vous devez vous réjouir que je retourne à mon Père; parce que mon Père est plus grand que moi ; et que c'est avec lui que je trouverai ma véritable grandeur.

C'est son Père qui en estia source, parce qu'il lient tout de lui : il est toujours dans son sein, et ne le quitte jamais. Toutefois en se faisant homme, il est sorti en un certain sens du lieu de sa gloire ; et il s'est fait moindre que son Père, lui qui est naturellement son égal. Gomme homme il va retourner à ce lieu de gloire ; et en retournant à celui qui est plus grand quelui, à cetégard, il devient aussi plus grand lui-même parce qu'il entre dans sa gloire % ensuite de ses souffrances : et qa'assis à la droite de la majesté de Dieu , toute puissance

» Philip. IV. 7. — ' Joan. xiv. 28. — ^ Luc. xxiv. 20,.

SUR L*ÉTAKGlt£. 523

lui est donnée dans le ciel et dïins la terre *. C'est ee qu'H nous dira bienlùt: Mon Père, glorifiez-moi de la gloire que j'ai eue auprès de vous, avant que le monde fût ^. Rvpandez celle gk)ire sut rhumauité que j*ai prise. Telle est la gloire que je vais recevoir enrclournaat à mon Père : Si vousm'aimiez, voufs en auriez de la joie. Réjouissez-vous donc , vous qui m'aimez ; réjouissez -vous de la gloire où je vais entrer;

Cest ce que font tous les bienheureux esprits, en disant: L'Agneau quva été immolé est digne de recevoir puissance, di-^ vinité, richesses, sagesse, force, honneur, gloire, bénédiction, actions dé grâces r\\ esi dîgnedeles recevoir avec son Père: A celui qui est assis sur le trône, et à l'AgncaiJt, bénédiction et honneur, et gloire, et puissance aux siècles des siècles\ Vous le voyez, ils n'ont point de termes pourexpliquer un si grand transport : c'est qu'il aiment Jésus, et se réjouissent de la gloire qu'il a reçue avec son Père.

Cest pour nous exciter à cette joie, qu'il nou» dit: Si vous m"" aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je vais à mon Père* • 0 Seigneur, je m'en réjouis; je ne me réjouis pas tant de mes avantages, que je me réjouis de votre gloire. Allez à votre Père, selon ce qu'il est pl.us grand que vous, alin de jouir des avantages de votre naturelle grandeur. Gloire, louange, bénédiction, puissance, honneur, soit donné à l'Agneau qui a été immolé pour nous. Soyez loué, soyez adoré, soyez servi de loute créature : je fais ma gloire de votre gloire, ma grandeur de votre grandeur, ma félicité de votre félicité. Voilà ce qu'il nous fa-ut dire dans toute l'étendue de notre cœur; en honneur de cette parole du Sauveur : Si vous m^ aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je vais à mon Père, parce que mon Père est plus grand que moi ^

Mon Sauveur, que vous êtes grand! puisque vous avez be-^ soin d'avertir les hommes que votre père est plus grand que vous. Si un autre que vous disoit : Dieu est plus grand que moi; on lui répondroit: Qui en doute? quelle comparaison y a-t-il à faire entre Dieu et vous? C'est trop présumer de vous, que de croire qu'on vous puisse mettre en comparai -

' Blatl. xxvili. 18. — ' Joan xvil. 5. — *Apoc. ▼. 12. 13. -^ * Joan. xiv., 28.

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son avec Dieu. Mais comme il y a en Jésus-Christ une grandeur pareille à celle de Dieu, en sorte qu'il ne craint point do ce côté là de traiter d'égal avec Dieu, et que dans tout le discours que nous avons ouï, il montre cette égalité; il a été nécessaire de nous faire souvenir aussi de l'endroit par où le Pèreiîst plus grand que lui; de peur qu'on n'oubliât qu'étant Dieu, il s'étoit humilié et anéanti jusqu'à prendre, non-seule ment la forme d'esclave, mais encore la figure du pécheur.

Que vous êtes grand, mon Sauveur ! Que j'ai de joie de votre grandeur! Que j'ai de joie de la gloire que vous avez naturellement dans le sein de votre Père! Que j'en ai de celle où vous êtes exalté par votre humiliation jusqu'à la mort, et à la mort de la croix î

Seigneur, vous m'avez appris comment il vous faut aimer» oserai-je vous dire avec saint Pierre : Seigneur, vous savez que je vous aime ' . Excitez-vous, chrétien, à cet amour: dites mille et mille fois à Jésus : je vous aime; mais souvenez-vous (ju'il vous a dit : Si vous in'aimezy gardez mes commande^ ment s,

XCCX*" Jour. Jésus-Christ prédit tout ce qui lui doit arriver : il va volontairement à la mort. (Joan. XIV. 29.)

Je vous ai dit ces choses avant qu'' elles arrivassent ; afin que vous crussiez, lorsqu elles seroient arrivées ' . Que vous crussiez : quoi? deux choses. La première, que je vois tout,, que je sais tout, qu'on ne me peut cacher ce qu'on trame contre moi dans les ténèbres. Je vois le traître disciple qui me vend,, qui me va livrer, qui se met à la tête de mes ennemis pour me prendre. Je sais tout ce qu'ils feront, et qu'ils me conduiront à la mort. Je vous le dis avant qu'il arrive, afin que vous croyiez en moi : au même sens qu'il venoit de dire : Un de vous, qui mange avec moi, me trahira: et je vous le dis avant qu'il arrive; afin que lorsqu il arrivera, vous croyiez que c'est moi qui suis ^ le Christ : et qu'il avoit dit peu de jours auparavant : Notre ami Lazare est mort :je ni'enréjouis pour V amour de vous, afin que vous croyiez, parce que je n'y étois pas * . La seconde

» Joan. XXI. 15. — 2 Ibid. XIV. 29. — Ubid.xm. 18. 19. — * Joan. XI. 11. 14. 15..

SUR l'Évangile. 525

chose, afin que vous croyiez que le monde ne peut rien sur moi; et que personne n'auroit puissance de me livrer, si je no me livrois moi-même le premier, pour obéir à mon Père.

C'est ce qu'il confirme par les paroles suivantes : Je n ai plus guère de temps pour vous parler : le prince de ce monde arrive, et t7 n'a rien enmoi\ Il anime les Juifs, et je les vois avancer par son instinct. Il n'a aucun droit sur moi, parce que je suis sans péché ; ainsi il n'a pas de droit de m'assujeltir à sa puissance , ni de me donner la mort: Mais afin que le monde sache que j'aime mon PèrCf et que je fais ce qui l me commande: Levez-vous, sortons d'ici ^ C'est ainsi que finit son discours.

Afin que le monde sache: car je lui dois cet exemple ; et que j'aime mon Père, et que je fais tout ainsi qu'il me l'ordonne: c'est l'exemple que je veux donner, non-seulement d'obéir, mais d'obéir par amour. Je viens de vous dire : Si vous m'aimez, gardez mes commandements : celui qui m'aime garde ma parole: il faut premièrement aimer, et ensuite obéir, mais par amour. C'est ce que je commande, c'est ce que je fais; j'aime mon Père, et j'obéis. Je m'avance volontairement pour exécuter ses ordres : Judas sait le lieu où j'ai accoutumé d'aller prier, et il se sert de cette connoissance pour me surprendre: mais il ne me surprend pas. Je vois ses complots; et quelque loin qu'il soit, toutes ses paroles viennent à mes oreilles \ Combien ai-je rompu de complots semblables? Combien ai-je échappé de fois aux Juifs, qui vouloient me prendre? Je pourrois encore rompre ce coup, en n'allant point au jardin où l'on vient me prendre: mais il est temps, mon heure est venue: et mon Père me fait voir que c'est cette fois qu'il faut que je meure, r/est l'heure de mes ennemis, et de la puissance des ténèbres: LeveZ'Vous, sortons d'ici: allons au devant de ceux qui me cherchent.

Il répète les mêmes paroles en descendant de la montagne des Olives, et en sortant de son agonie: Levcz-vous, allons ; celui qui me trahit approche^ . Il ne recule pas : il marche à la mort avec une volonté déterminée: il y mène ses disciples: Levez-vous, partons. Car encore que leur heure ne soit pas

' Joan. xtv. 30.-Mbid. 31. — • Ibid. xviii. 2, 3. 4.— * Malt. xxvi. 40.

^^^ HÉDITÂTIONS

Tenne, il veut pourtant qu'ils le suivent; et il les mène au combat pour les aguerrir. Ils fuiront à cette fois: mais peu à peu ils s'accoutumeront à combattre: Allons donc, suivez-moi, dit-il, /et;ez-t;ou5.Cest à nous qu'il parle aussi. Revotons à son exemple de résolution et de courage: ne nous troublons pas: ne craignons rien : à quelque hasard qu'il nous faille aller pour son service, faudroit-il aller à une mort assurée : levonsnous, partons ; et quand il sera à la porte, lorsqu'il frappera le dernier coup, et qu'on nous annoncera la mort prochaine, disons avec un air libre et d'une voix ferme : Levons^nous, sortons d'ici.

Cela dit, Jésus se leva: il partit du cénacle et de la maison, pour aller, selon sa coutume, au jardin et à la montagne des Oliviers, et ses disciples le suivirent '.

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