‹ Méditations sur l'ÉvangileChapitre 8 sur 34 · SI 18 MÉDITATIONS · texte numérisé non relu

SI 18 MÉDITATIONS

laisse pas dans la suite, comme nous verrons , de donner des caractères pour les distinguer.

Voilà de grandes choses, mais encore en confusion. Considérons-les en particulier : et tachons de tirer de chacune toute l'instruction que Jésus-Christ a voulu nous y donner.

LXIX'' Jour. Les marques particulières de la ruine de Jérusalem, et de la

fin du monde. (Ibid.)

Selon ce que nous venons de dire , il faut qu'il y ait dans ces deux événements, dans le dernier jour de Jérusalem , et dans le dernier jour d^ monde, quelque chose qui soit propre à chacun , cl quelque chose qui soit commun àTun et à Taulre.

Ce qui est propre à la désolation de Jérusalem, c'est qu'elle sera investie d'une armée : c'est que l'abomination de la désolation sera dans le lieu saint. C'est qu'alors on pourra encore prendre la fuite, et se sauver des maux qui menaceront Jérusalem : c'est que cette ville sera réduite à une famine prodigieuse , qui fait dire à notre Sauveur : Malheur aux mères : malheur à celles qui sont grosses : malheur à celles qui nourrissent des enfants^ C'est que la colère de Dieu sera terrible sur ce peuple particulier, c'est-à-dire, sur le peuplejuif; en sorte qu'il n'y aura jamais eu de désastre pareil au sien. C'est que ce peuple périra par l'épée , sera traîné en captivité par toutes les nations, et Jérusalem foulée aux pieds par les gentils. C'est que la ville et le temple seront détruits , et qu'il n'y restera pas pierre sur pierre, comme nous avons déjà vu. C'est que cette génération, celle où l'on éloit, ne passera point, que ces choses-ci ne soient accomplies , et que ceux qui vivent les verront \

Ce qui sera particulier au dernier jour de l'univers , c'est que le soleil sera obscurci , la lune sans lumière, les étoiles sans consistance, tout l'univers dérangé: que le signe du Fils de l'homme paroîtra; qu'il viendra en sa majesté; que ses anges rassembleront ses élus des quatre coins de la terre, et le reste qui est exprimé dans l'Évangile ^ : que le jour et l'heure en sont inconnus; etque tout le mondey sera surpris \

^ Luc. XXI. Matth. XXIV. Marc. XIII. — • Ib — Mb. — * Mattli xxiv. 27. 36. 37.

De là résulte la grande différence entre ces deux événements, que Jésus-Christ veut qu'on observe. Pour ce qui regarde Jérusalem , il donne une marque certaine. Quand vous verrez Jérusalem investie ' : et ce qui est, comme nous verrons, la même chose : « Quand vous verrez Tabominalion de la dé- » solation dans le lieu saint, où elle ne doit pas être : sachez » que sa perte est prochaine * » , ^t sauvez-vous. On pouvoit donc se sauver de ce triste événement. Mais pour Tautre , qui regarde la fin du monde , comme ce sera , non pas ainsi que dans la chute de Jérusalem, un mal particulier, mais un renversement universel et inévitable ; il ne dit pas qu'on s'en sauve , mais qu'on s'y prépare. Ce qui sera commun à l'un et à l'autre jour, sera l'esprit de séduction , et les faux prophètes, la persécution du peuple de Dieu ; les guerres par tout l'univers, et une commotion universelle dans les empires, avec une attente terrible de ce qui devra arriver \

Considérons toutes ces choses dan^ un esprit d'humiliation et d'étonnement. 0 Dieu , que votre main est redoutable ! Par combien de terribles effets déployez-vous votre justice contre les hommes ! Quelles misères précèdent la dernière et inexplicable misère de la damnation éternelle ! « Qui ne vous » craindroit, ô Seigneur ! qui ne gloritîera votre nom ! 0 Sei- » gneur tout-puissant, vosœuvres sont grandes et merveilleuses! » vos voies sont justes et véritables, ô Roi des siècles! vous » seul êtes saint, et toutes les nations vous adoreront * ! Tout » genou se courbera devant vous S); les uns en éprouvant vos miséricordes; les autres se sentant soumis à votre implacable cl inévitable justice.

LXX* Jour. Les marques de distinction de ces deux événements expliqués encore plus en détail en saint Matthieu, en saint Marc et en saint Luc. (Ibid.)

En continuant la même lecture , nous avons à considérer les marques de distinction des deux événements , qui nous sont donnés dans l'Évangile. La distinction paroît assez clairement dans saint Luc. Ce qui regarde en particulier Jérusa-

• Luc. XX'. 20. -- 2 Matth. xxiv. 16. Marc. xiii. 14. Luc. ib. — * Matth. XXIV. 4. Marc. xiii. j. Luc. xxi- 8 et seq. — * Apec. xv. 3. 4. — ^ Is. XLV. 24.

lem, commence au chapitre xxi, v. 20, et se continue jusqu^au V. 25; et ce qui regarde le dernier jour de Tunivers commence au V. 25, et se termine au v. 51. La même chose pa« roît à peu près en saint Matthieu , chapitre xxiv, y. 15, à ces paroles : Lorsque vous verrez l'abomination de la désolation , d'où se continue le récit des maux de Jérusalem jusqu'au V. 27, où Ton commence à parler de Tavénement du Fils de rhomme : ce qui se continue principalement depuis le v. 29 jusqu'au 34. On voit encore la même chose en saint Marc, chapitre XHi, depuis le v. 14, où V abomination nous est montrée où elle ne doit point être : d'où se continue la ruine de Jérusalem jusqu'au v. 24 : et là commence la prédiction de la dernière catastrophe de l'univers, jusqu'au v. 50.

Il nous sera maintenant assez aisé d'arranger la suite des événements , premièrement , dans la ruine de Jérusalem, et ensuite dans celle du monde. L'abomination de la désolation dans le lieu saint, selon saint Matthieu , et où elle ne doit pas être , dans saint Marc , est visiblement la même chose , que Jérusalem environnée d'une armée , dans saint Luc, comme la seule suite le fera paroître à un lecteur attentif. Mais ce qui ne laisse aucun doute, c'est le rapport de ces mots : « Quand » vous verrez l'abomination de la désolation dans le lieu » saint » ; avec ceux-ci : « Quand Jérusalem sera investie » d'une armée. L'abomination » , selon le langage de TÉcriture, signifie des idoles. L'abomination de la désolation , ce sont doue des idoles désolantes , tant à cause de l'affliction qu'elles causent par leur seul aspect au peuple de Dieu, qu'à cause de la dernière désolation dont elles leur étoient un présage. Or, on sait que les armées romaines portoient dans leurs étendards les idoles de leurs dieux, celles de leurs empereurs, qui étoient du nombre de leurs dieux , et des plus grands ; l'aigle romaine qui éloit consacrée avec des cérémonies qui la faisoient adorer elle-même. Ainsi investir Jérusalem d'une armée romaine , et en porter les étendards aux environs de cette ville , c'éloit mettre des idoles dans le lieu saint ; aux environs de Jérusalem, qui étoit appelée la cité sainte: auprès du temple qui étoit appelé par excellence le lieu saint ; dans la Judée, dont la terre étoit consacrée à Dieu, sanctifiée

par tant de miracles , et pour cela appelée la terre sainte. Selon les ordres de Dieu , les idoles n'y dévoient jamais paroître. Et c'est pourquoi ce que saint Matthieu exprime par ces mots : L'abomination , c'est-à-dire , Tidole , dans le lieu saint : saint Marc l'explique par ceux-ci ; L abomination et l'idole où elle ne doit pas être ; c'est-à-dire , dans un lieu et dans une terre dont la sainteté la devoit éternellement bannir de son enceinte : ce que saint Luc a expliqué plus particulièrement, lorsqu'il a marqué : Une armée autour de Jérusalem; une armée de gentils, puisque c'étoit par les gentils que Jérusalem devoit être foulée aux pieds * ; par conséquent une armée remplie d'idoles , puisque même elle les portoit. dans ses étendards; et en un mot, yne armée romaine.

Ainsi le premier présage de la ruine de Jérusalem , c'est d'être environnée d'idoles. Car auparavanton voit dans Josèphe, que lorsqu'une armée romaine traversoit la Judée , on obtenoit des princes qu'on n'y passât point avec les étendards, de peur de souiller d'idoles une terre qui n'en devoit jamais voir aucune. Mais à cette fois l'armée étaloit ses idoles : on n'avoit plus de ménagement pour la terre sainte : c'étoit là le commencement de la dernière hostilité contre Jérusalem, et le prochain présage de sa chute.

Chrétien, ton corps et ton âme sont la terre vraiment sainte, où jamais les idoles ne doivent paroître. Tout créature mise à la place du Créateur, c'est une idole abominable, une idole désolante : tout ce que tu aimes plus que Dieu, ou avec Dieu, ou au préjudice de Dieu, renverse son trône, ou le partage : c'est là le premier présage de ta perte. Toute désobéissance, tout ce qui lève l'élendard contre Dieu , c'est le commencement de ton malheur. De quelle aiïreuse désolation sera suivi ce désordre? de quels maux ne sera-t-il pas le présage?

LXXl* Jour. Deux sièges de Jérusalem, prédits par notre Seigneur. Le premier en saint Matthieu XXIV. 15. 16. Marc. xiii. 14. Luc. xxi. 20 Le second en saint Luc. xix. 43. 44.

Ces paroles de saint Matthieu et de saint Marc : L'idole dans le lieu où elle ne doit pas être . et celles de saint Luc :

' Luc. XXI. 20. 24.

Jérusalem environnée d'une armée , ne marquent pas encore le dernier siège de Jérusalem sous Tite , où elle périt sans ressource. Car les évangélistes disent ici : Quand tous verrez ces idoles, ce siège , fuyez dans les montagnes. Or, depuis le siège de Tite, il n'y avoit pas moyen de fuir, ni de sortir de la ville ; car elle étoit tellement serrée de tranchées, de murailles et de forteresses , qu'il n'y avoit plus aucune issue. C'est ce siège par Tite que le Sauveur avoit prédit en entrant dans Jérusalem, lorsqu'il disoit avec larmes : Villejnfortunée, tes ennemis t'environneront de tranchées, et te fermeront de toutes parts '. Aussi ne leur parle-t-il pas alors , comme ici , de prendre la fuite ; car il savoit bien qu'en cet état il n'y en auroit plus aucune espérance : mais d'une perte totale et d'un entier renversement , et pour la ville et pour ses enfants ^. Ici donc il parle d'un autre siège, qui arriva à Jérusalem quelques années avant celui de Tite , lorsque Ceslius Florus l'investit. Ces deux sièges sont bien marqués dans Josèphe , et très-nettement distingués dans l'Évangilo. Dans le premier, dont il est parlé dans les chapitres que nous méditons % on ne voit ni tranchées ni forts ; mais seulement une armée qui se répand aux environs, et ce qu'elle avoit de plus détestable, c'étoit ses idoles. Dans le second, on voit des forts, des tranchées, et un siège dans toutes les formes. On pouvoit échapper dans la première occasion ; car les troupes n'arrivent pas tout à coup , et la garde n'est pas si exacte ; dans la seconde , il n'y a rien à attendre qu'à périr.

On voitlà deux états de l'âme. Lorsque le péché commence à l'investip, pour ainsi dire , et à répandre de tous côtés, comme des idoles , les mauvais désirs; cette armée impure ne fait que nous entourer, de manière que nous pouvons encore échapper. Les tranchées, les forts, le siège en forme , c'est le vice fortifié par l'habitude. Fuyons dès le premier abord , dès que nous voyons paroître l'étendard du péché : car si nous lui laissons élever ses forts, et former ses habitudes, il n'y a presque plus rien à espérer.

' Luc. XIX. 43. — ' Ib. 44. — ^ Matib. xxiv. Marc. xiii. Luc. xxi.

LXXtl» Jour. Réflexicnissur les maux extrêmes de ces deux sièges. (Ibîd )

Si à ce premier abord de Farmée romaine , à cette première apparition de ses étendards et de ses idoles autour de Jérusalem, on ne prend la fuite vers les montagnes : si , sans en faire à deux fois , on n'emporte d'abord tout ce qu'on pourra, et de la ville et de la campagne : si Ton ne sort promplement de cette ville réprouvée , ou que ceux qui sont dehors osent y entrer; on sera ravagé par l'épée : on sera traîné en captivité par toute la terre '. La famine sera si horrible , que les mères malheureuses verront périr leur^ enfants enire leurs bras. C'est en effet ce qui arriva à Jérusalem dans un si grand excès, que Tunivers n'avoit jamais vu rien de semblable.

Jésus-Christ prédit encore la même calamité allant au supplice. « Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi , mais » pleurez sur vous et sur vos enfants; parce qu'il viendra des » jours oh l'on dira : Dienheurenses les stériles ; bienlieureu- » ses les entrailles qui n'ont pas engendré , et les mamelles «qui n'ont pas nourri' ». Qui est précisément la mémo chose qu'il marque ici par ces mots: <» Malheureuses les mè- » rcs ; malheureuses les nourrices* » : et pour montrer Texcès de celte misère, il finit par ces paroles : « Alors ilscom- » menceront à dire aux montagnes : Tombez sur nous; et » aux collines : Couvrez-nous; car si Pon fait ainsi au bois » vert» , à la justice, à la sainteté, à Jésus-Christ même , » que fera-t-on au bois sec* », qui n'est plus bon que pour le feu ; et aux pécheurs deslilués de tout sentiment de piété, qui n'ont plus à attendre que le dernier coup.

Méditons ceci en tremblant, pécheurs malheureux î Pesons les maux qui nous sont prédits. Tout Tunivers renversé sur nous, en sorte que les montagnes nous écrasent , et que les collines nous enterrent, ne sont rien en comparaison. Ce renversement , qui en lui-même paroît si affreux, devient désirable, à comparaison des maux qui nous attendent. Tombez sur nous, montagnes; enterrez-nous, coteaux. Plùl à Dieu

' Luc xxi. ?/i. — •' Ib. XXXIII. 28. 29. — ^ Ib. xxi. 23. — « Ib. xxni. 30.31.

224 MÉDITATIOiNS

que en fussions quittes pour cela ! De plus grands maux nous sont préparés : Dieu déploiera sa main vengeresse par des coups plus insupportables. Et en voici la raison : Si Jésus-Christ a tant souffert pour avoir seulement porté la ressemblance du péché ; que sera-ce de nous, en qui il a versé tout son venin, qui en portons au dedans de nous toutes les horreurs?

« 0 Seigneur » ! chantoit le Psalmiste , « vous avez donné » un signe à ceux qui vous craignent, afin qu'ils pussent évi- » ter Tare tendu contre eux' ». 0 Seigneur! vous avez aiguisé vos flèches , elles ne respirent que le sang : votre arc est prêt à tirer , et nos cœurs seront percés de vos coups : mais avant que de lâcher la main, vous menacez , vous avertissez, afin qu'on fuie votre colère menaçante : c'est le signe de salut que vous nous donnez. Mais vous ne le donnez qu'à ceux qui vous craignent : les autres, endormis dans leurs péchés , ne veulent pas seulement vous entendre , ni écouter d'autre voix que celle qui les porte au plaisir : mais ceux à qui il reste encore quelque crainte de vos jugements, ô Dieu ! qu'ils tremblent à vos menaces, afin qu'ils évitent vos coups.

Serpents, engeance de vipères, qui vous apprendra à fuir la colère qui vous poursuit ^ ? C'est ce que saint Jean disoit aux Juifs. Jésus-Christ leur on dit encore beaucoup davantage; et il redouble ses menaces à la veille de sa mort , qui devoit causer tous ces maux à son peuple ingrat. 11 leur avoil montré tant d'amour; il avoit confirmé sa mission par tant de miracles; il leur dénonce encore le terrible châtiment qu'ils avoient à craindre , pour n'avoir pas profité du temps où il les avoit visités^. Il leur prédit ces maux avec larmes, afin de leur faire voir qu'il n'en faisoit pas seulement une sèche prédiction. Ils sont insensibles: nous nous en étonnons; mais notre étourdissement n'est pas moins grand que le leur ; étonnons-nous de nous-mêmes.

LXXtIP Jour. Suite des réflexions sur les mêmes calamités. (Ibid.)

«< Ce sont ici les jours de vengeance, pour accomplir tout » ce qui a été écrit : Malheur aux femmes grosses, et à celles

' Ps. Lix. 6. — ' Matth. et Luc. :ii. 7. — ^ Luc. xix. 41. 42. 43.44.

» qui nourrissent. Car il y aura de grandes nécessités, et une » grande colère se déploiera sur ce peuple : ils passeront par » le Gl de Tépée : ils seront emmenés captifs par toutes les » nations : et Jérusalem sera foulée aux pieds par les gentils, » jusqu'à ce que le temps des gentils soit accompli ' ». Après que cette ville aura été investie, après qu'elle aura été assiégée régulièrement, et environnée de tranchées et de forteresses, trois plaies tomberont sur elle : Tépée, la famine, la captivité.

L'épée : c'est la blessure de Fâme , la division entre ses parties^ nulle continuité , nulle union : le sang de Tâme s'écoulera par cette ouverture, toutes ses forces se dissiperont , elle n'aura plus de résistance. Ah quel état! On ne résiste plus aux tentations, le péché emporte tout. C'est la foiblesse de l'âme à qui tout échappe, et qui s'échappe à elle-même.

Les chutes sont continuelles et irréparables : on ne se peut plus relever. Telle est la plaie de l'épée : le cœur est ouvert> et ne retient plus ni la grâce ni la vérité.

La famine : c'est la soustraction des aliments : non-seulement quand ils manquent, mais encore , ce qui est bien pis, quand le principe pour en profiter manque tout à fait. Tout abonde autour du malade ; les restaurants sont tout prêts : mais ou on ne peut les prendre, ou l'estomac , contraint par force à les recevoir , ni ne les digère , ni ne les distribue, ni n'en profite. Au milieu des sermons, des bons exemples, des saintes lectures, des observances d*une vie toute consacrée à Dieu, on périt, on demeure sans nourriture. La vérité ne fait plus rien à celte âme : elle ne s'en nourrit pas : elle n'en vit pas. Ses œuvres, qui sont les enfants qu'elle nourrit, tombent en langueur; tout y dépérit visiblement : ou elle ne produit rien de bon ; ou , si elle produit , ce bien ne se soutient pas. Hélas! hélas! qu'y a-t-il de plus déplorable que cette famine ?

La captivité : Jérusalem sera foulée aux pieds par les gentils: l'âme abattue par tous les. vices ; accablée de fers , qu'elle ne peut porter ni rompre : elle est traînée en captivité d'objet

' Luc \xi. 22. 23. 2'i.

en objet : toutes les passions la dominent et la tyrannisent tout à tour. Elle pense être en repos contre Tamour des plaisirs : Fambition la met sous le joug, Tavarice Tassujettit , et ne lui laisse pas le temps de respirer; tant elle Taccable d'affaires, de soins, de travaux. Hélas! hélas ! où en es-tu , îirae raisonnable , faite à Timage de Dieu ? blessée, percée de tous côtés : outre cela affamée : pour comble de maux , captive : sans force, sans nourriture pour te rétablir, sans liberté: ah! quel malheur est le tien.

Il faut remarquer ce dernier mol: Jusqu à ce que les temps des nations soient accomplis '. Il y a un temps des nations : un temps que les gentils doivent persécuter TÉglise : un temps qu'ils y doivent entrer. Après ce temps, les Juifs que les nations dévoient jusqu'alors fouler aux pieds , reviendront ; et après que la plénitude des gentils sera entrée , tout Israël, tout ce qui en restera, sera sauvé ^, L'aveuglement d'Israël n'a été permis que pour préparer les voies à l'accomplissement d'un si grand mystère.

Ame pécheresse! il n'y a pour toi, malgré tes péchés, une ressource infaillible : l'excès même de ton malheur peut être, comme à Israël, le commencement de ton retour. Israël fatigué de ses révoltes, de ses malheurs, de sa vaine crédulité, et de ses frivoles espérances; las de toujours attendre sans rien voir , de soupirer après un Messie qui ne vient point , parce qu'il est déjà venu , se réveillera : il commencera à connoître combien il avoit tort de se consumer en espérances frivoles , au lieu de jouir de son Christ , qu'il avoit si longtemps méconnu ; et déplorant l'excès de son aveuglement, il ouvrira enlin les yeux à la véritable lumière. Fais ainsi , âme chrétienne ! Le péché a eu son temps : le temps que tu y as consumé te suffit pour contenter des désirs frivoles, et nourrir des espérances trompeuses. En un mot, comme dit saint Pierre * , le temps passé est plus que suffisant pour accomplir la volonté des gentils ; pour mener une vie païenne, selon les désirs de la chair, comme si on n'avoit point de Dieu, el qu'on ne connût pas Jésus-Christ. Nous avons passé asscx

*Luc. XXI. 2i. — - Runi. Xl. 2j. 2G. — ^ 1. Pcl. iv. 3.

SUU L EVANGILE. ^'17

de lenips dans la débauche , dans la convoitise, dans le vin , dans la bonne chère , dans l'ivresse , dans le culte des idoles : non-seulement de celles que la gentililé adore , mais encore de celles que nos passions érigent dans notre cœur. Il est temps de revenir dé si grands excès : Tégarement a élé assez grand , pour être enfin aperçu : il faut maintenant revenir à soi, et qu'où /e pec /lé a abondé, la grâce surabonde* à son tour.

LXlVJoUR. Réflexions sur les circonstances de la fin du monde. La terreur de Timpie. La confiance du fidèle. (Matth. xxv . 27—31. Lui-,, xxi. 25-28.)

Voilà ce qui regardoit Jérusalem désolée, et dans sa désolation la figure de Tâme livrée au péché. Ce qui regarde la fin du monde, c'est Tobscurilé dans le soleil : celle de la lune : le dérangement dans les étoiles : le signe du Fils de Thomme, c'est-à-dire, comme l'interprèlent les saints docteurs, l'apparition de sa croix : sa descente sur les nuées en grande puissance et majesté : la trompette des anges qui citeront tous les hommes à son jugement : le recueillemt de ses élus : l'assemblée de tous les aigles, c'est-à-dire , de tous les esprits élevés autour du corps du Sauveur'^ : le bruit de la mer et des flots, avec la commotion de tout l'univers, et des puissances célestes qui sont préposées à sa conduite : les hommes séchés de frayeur, dans l'attente de ce qui devoit arriver au monde ^ après tant de mouvements également violents et irriguliers. Pesez toutes ces choses. Et afin de voir combien est ferme l'espérance du chrétien , et combien il est au dessus de tons les troubles et de tout le monde ; accoisoz tous les mouvements de votre intérieur , pour écouter cette parole : Quand toutes ces choses arriveront ; quand toute la nature , déconcertée par des agitations si imprévues , ne nous menacera de rien moins que d'une perte inévitable , regardez alors ; vous qui n'osiez seulement lever les yeux , levez la tête ; comme pour vous élever au dessus des flots et des tempêtes; parce qu alors votre rédemption approche*,

A quelle épreuve ne doit pas être la confiance du chrétien ;

' Rom. v. 20. — ^ Matth. XXIV. 27. 2» 2^: 30. 3^1. — • Luc. xxi. 2."). 28. — * Ib. 28.

si la dernière révolution du monij^e loin de le troubler, ne lui inspire que de Tespérance et dq courage?

LXXV" Jqur. Le même sujet.

Sai^s lecture, sans raisonnement étudié, je demande seulement ici que Ton considère ; d'un côté, la main puissante de Dieu , qui pousse à bout toute la nature, les astres, les terres, les mers, et le courage de Thomme qu'il fait sécher de frayeur ' ; et de Taulre, la même main , qui dans ce renversement universel relève de telle sorte le courage de ses enfants, que non-seulement ils ne tombent pas dans ce choc que squffre le monde , mais ils s'élèvent au dessus de ses ruines. Regardez ' : loin de vous cacher dans cette tempête , comme un autre Jonas, ouvrez tout, et considérez ce tumulte avec un regard assuré : loin de vous laisser abattre , levez la tête : et voyez tout au dessous de vous.

Tel qu*un homme qui lève la tête au milieu des flots : tel que celui qui demeure ferme au milieu d'une maison qui tombe : ou celui qui vojt d'un œil tranquille le chariot où tu es, que des chevaux emportés, après avoir secoué les rênes, et brisé leur mords, traînent deçà et delà ; tel est est le fidèle toujours immobile et inébranlable , au milieu de la nature troublée , et de s^s mouvements déconcertés ; parce que le Dieu de la nature le tient parla main. Tu crains, Pierre, au milieu des flots , et tu ne connpis pas celui qui te tient! Homme de peu de foi , pourquoi as-tu^ douté ^ ?

(c Celui qui se fle en Dieu, est comme la montagne de Sion: » celui qui a sa demeure dans Jérusalem , ne sera jamais » ébranlé. Comme les montagnes sont à l'entour de Jérusa- » lem, ainsi Dieu est à l'entour de son peuple pour le proté- » ger ' ». La sainte montagne de Sion , inébranlable par la puissance de Dieu qui l'^fi'ermit, communique son immobilité et sa tranquillité à ses habitants.

Chantez aussi le' psaume cxx , levavi oculos; et apprenez à ne rien craindre sous la main de Dieu.

' Luc. XM. 2j. 29. — Mb. 28. — ' Matlh. xiv. 31. — ' Ps. CXXIV. 1.2.

SUR l'eyangile. 229

LXXVI' Jour. Ces prédictions certaines : leur acaimpHssemeut proche : leur jour inconnu. (Matth. xxiv. 34. 35. 36. Marc. Xiii. 30. 3t. 32.)

a En vérité , en vérité , je vous le dis : Cette génération ci » ne finira point , jusqu'à ce que toutes ces choses-ci soient » accomplies : le ciel et la terre passeront; mais mes paroles » ne passeront point. Mais pour ce jour et cette heure là , ni » les anges mêmes qui sont dans le ciel , ni le Fils, ne la sa- » vent pas ; ni personne que mon Père '».

Yoilà deux temps bien marqués. Hœc , et illa , en grec comme en latin , marquent deux temps opposés , Tun plus proche , l'autre plus éloigné. Celte génération-ci verra toutes ces choses-ci accomplies : generatio hjsc : omnia hjec : omnia ISTA : Mais pour ce jour là, pour cette heure là : de die autem ILLA ET HORA : personne ne la sait. Gomme s'il disoit : Je vous ai parlé de deux choses : de la ruine de Jérusalem, et de celle de tout l'univers au jugement. Ce qui doit arriver dans la génération où nous sommes , et dont les hommes qui vivent doivent être les témoins, je vous en marque le temps; et cette génération ne passera pas, qu'il ne s'accomplisse. Voilà pour l'événement auquel nous touchons. Mais pour ce jour là , ce jour où je viendrai juger le monde ; personne n'en sait rien , et je ne dois pas vous le découvrir. Il est donc marqué clairement que la chute de Jérusalem étoit proche : et l'Église le devoit savoir. Mais pour ce jour là , pour ce dernier jour, où tout l'univers sera en trouble , et où le Fils de l'homme viendra en personne, on n'en sait rien : on ne sait ni s'il est loin*, ni s'il est près : et le secret en est impénétrable, et aux anges qui sont dans le ciel, et à l'Église même, quoiqu'elle soit enseignée par le Fils de Dieu.

Il faut donc entendre ici, par les choses que le Fils ne sait pas, celles qu'il ne sait pas pour son Église , ni dans son Église , et qu'il ne doit point lui révéler, conformer à cette parole : Vous êtes mes amis, et je vous ai fait connoître tout ce que j'ai ouï de mon Père ' ; tout ce que j'ai ouï pour vous, tout ce qui étoU compris dans mon instruction. Ou , comme il dit

• Matth XXIV. a^. 35. 36 .Marc. xril. 30. 31. 32. — - Joan. xv. ïj.

230 XÉDITATIO.IS

ici : U cous ai tout prédit\ tout ce que je devais vous prédire. Le reste, je le sais bien par Fctroite société qui est entre mon Père et moi : mais je ne le sais pas par rapport à vous , et selon le personnage que je suis venu faire parmi les hommes.

Adorons l'impénétrable secret de Dieu, et renfermonsnoos dans les bornes où il a voulu terminer les lumières de son Église.

Le Filé de Dieu doit venir comme un voleur. Mille ans de délai, c'est devant lui le délai d'un jour"^. Ce n'est point en devinant les moments que vous éviterez la surprise : Il viendra de nuit, parmi les ténèbres, et sans bruit, comme un voleur^ ^ deux choses qui rendent sa marche impénétrable. Voulezvous donc n'être pas surpris? veillez toujours : ne dormez jamais pour votre salut ; et vivez comme des enfants de lumière, sans participer aux œuvres infructueuses des ténèbres^,

LXXVU" JOCB. Le jour do jugement dernier n'a pu être incoonn au Fîis

de Dieu. (Marc. \iii. 32 )

Sans entrer dans un esprit de curiosité et de dispute, permettez-moi, ô Jésus ! de vous demander, d'où vient que vous avez dit que personne ne connaît Vhenre du jugement dernier^ non pas même les anges, ni le Fils ? Car vous n'avez pas ignoré .combien on abuseroit de cette parole qui a fait dire aux ariens, ennemis de votre divinité, que Yons ignoriez quelque chose , même comme Dieu et comme Verbe : el que vous n'étiez pas de même science , et par conséquent de même perfection ni de même nature que voire Père. Et néanmoins en nommant ceux qui ne savent pas la dernière heure , il vous a plu nonseulement de nommer les anges; mais encore votre évangéliste saint Matthieu n'ayant nommé qu'eux , votre évangéliste saint Marc instruit par saint Pierre , le prince de vos apôtres et le chef visible de votre Église, et votre Esprit qui les conduisoit, a voulu que nous sussions, que vous avez dit : Xi le F ils, ni autre que le Père \

Pour moi, mon Dieu ! je confesse avec votre apôtre saint Thomas, que vous êtes mon Seigneur et mon Dieu "; avec vo-

•Marc. XIII.23. — "Il.Pet. iii. 8. 10— M.Thess. v. 2. 4. — *Eph. f. 8. //. — *A/arc. XIII. 32. — * Joan. \x. 28.

tre apôtre saint Paul, que vous êtes égal à Dieu ' ; et Dieu béni au dessus de tout ^ : et avec votre apôtre saint Jean, que vous êtes le Verbe, qui étoit au commencement avec Dieu, ctquiétoit Dieu lui-même * ; et que , vous êtes le vrai Dieu, et la vie éternelle * : et enfin, avec toute votre Église catholique, que vous êtes le Fils unique de Dieu, coéternel et consubstanliel à votre Père. Et loin de croire que comme Verbe vous ayez pu ignorer quelque chose , et ignorer en particulier le jour du jugement, je ne veux même pas croire que vous ayez pu ignorer comme homme, et selon la dispensation de votre chair. Et premièrement malheur à ceux qui osent dire, que vous qui êtes le Verbe, la parole, la raison, Tintelligence, lasagesse de votre Père ; celle sagesse uqui lui assistiez lorsqu'il a créé Fu- » nivers, avec laquelle il disposoitetcomposoit toutes choses*, » par qui toutes choses ont été faites ® » , n'avez pas su du toute éternité ce qu'il devoit faire par vous. Or il devoit faire par vous toutes choses, et plus encore , s'il se peut, le siècle futur que le siècle présent ; puisque vous êtes celui dont il est écrit : que par vous il a fait même les siècles \ Car n'estce pas dire clairement , que tous les siècles se développent par votre ordre, et sont disposés dès rélernité par votre voionté? Et si c'est par vous que tous les siècles sont faits, le dernier jour ne sera-t-il pas aussi votre ouvrage? Et ce jour auquel aboutit tout votre ouvrage , qui en est la consommation , qui en est la lin , sera-t-il le seul que vous n'aurez pas fait? Ou l'ayant fait, sera-t-il le seul que vous n'ayez pas connu? Et ce jour, qui est le terme où se rapportent tous vos. conseils, n'aura-t-il pas entré dès le commencement dans vos desseins? Ou, y aura-t-il quelque chose que Dieu n'ait pas disposé par sa sagesse, ni ordonné par sa parole? quelque chose qu'il ait caché à celui qui est sa sagesse et son conseil ? Et le Fils unique qui réside dans le sein du Père, n'y at-il pas vu ce secret? Personne n'a vu Dieu que lui , et c'est lui-même qui est venu nous l'annoncer'*. Mais y a-t-il (juelque <!hose dans le sein de Dieu , qui lui ait été caché ? Erreur, impiété; blasphème; retirez-vous, rentrez dans l'enfer dont <

• Philip. M. G. — = Rom IX .). r~ * Joan. I. I. — * Ib. v. 20. — 'Sap. l\. i. 0. — " Joaw. 1. .{. — " llcb. 1.2. — " Joau. 1. 18.

VOUS êtes sortis. Car faudroit-il dire encore que le Saint-Esprit, qui sonde , qui pénètre tout , et même les secrets et les profondeurs de Dieu \ ce qu'il y a de plus caché dans ses desseins , n*aura pas vu un secret si important , ni connu le dernier jour? ou , que cet Esprit Taura vu , pendant que le Fils de qui il prend, comme du Père ^ , l'aura ignoré ? Absurdité par dessus rimpiété : que l'Esprit qui annonce Vavenir^ et qui distribue comme il veut les dons et les connoissances^, n'ait pas tout dans la perfection qui convient au principe et à la source. Car il faudroit l'excepter comme Fils, s'il falloit prendre à la rigueur ce que vous avez prononcé : que ni les anges, ni le Fils ne savent ce jour, ni aucun autre qtie le Père *.

LXXVIII' Jour. Ce dernier jour est connu an Fils de Dieu ; mais non pas pour nous ]'apprendre. (Marc. xiil. 32.)

Je continuerai , ô mon Sauveur ! à considérer en tremblant , cette parole que vous avez prononcée : Ni le Fils. Où est donc cette autre parole où vous disiez : «Tout ce qu'a mon » Père est à moi ^ ? El celle-ci : Toutes choses ont été mises » entre mes mains par mon Père : et personne ne connoît le Fils , si ce n'est le Père ; et personne ne connoît le Père, » si ce n'est le Fils, et celui à qui il a plu au Fils de le ré- » vêler ^ ». Tout est commun entre votre Père et vous : et la connoissance du dernier jour ne vous sera pas commune? Vous qui seul connoissezle Père, et qui seul le faites connoître à qui il vous plaît, ne l'aurez pas connu tout entier, ni pénétré tout son secret ! S'il faut excepter quelque chose dans la connoissance que vous avez de lui , il faudra donc excepter quelque chose dans celle qu'il a de vous ; puisqu'on parlant de cette connoissance incommunicable à tout autre qu'à vous deux, que vous avez l'un de l'autre , vous dites également : <c Nul ne connoît le Père, si ce n'est le Fils : et nul ne con- » noîtle Fils, si ce n'estlePère? Tout vous est donné par le Père: » le Père aime le Fils, et lui a tout mis entre les mains' »: et vous ne saurez pas tout ce qu'il vous a rais entre les mains ! Maïs comment cela se pourroit-il ; puisque vous dites encore : 'yï.e Père aime le Fils , et lui montre tout ce quil fait * ? Ainsi

' I. Cor. II. 10. 11. — = Joan. xvi. RT, — M. Cor. xii. 4.— * Marc.xiir '^2. - 'Jcaa. AVI. là.-* Matlh xi. 9.7.- ' Joau. m. 'Sj.^ — Ibid. v.20.

SUR LEVAK6ILE. 233

avec le même amour qu'il lui donne tout , il lui montre tout aussi. Est-ce ici le seul endroit où il ait donné des bornes à son amour ? la seule connoissance qu'il lui ait déniée? le seul don qu'il ait reçu avec mesure, lui qui a reçu sans mesure tout le reste ' ! afin que notAs reçussions tous , et chacun de nous ce quil a du fond de sa plénitude \

Mais parmi toutes choses , que votre Père a mises entre vos mains , ce qu'il y a le plus mis , c'est le jugement ; puisqu'il s'en est en quelque sorte dépouillé lui-même pour vous le donner. D'où vient aussi que vous avez dit : Le Père ne juge personne; mais il a remis au Fils tout le jugement^. Mais en même temps vous avez dit, que le Fils ne fait que ce qu'il voit faire à son Père, Ce qui fait aussi que Père Taime, et lui montre tout ce qu*il fait * , comme on vient de voir.

Mais si vous devez connoître tout ce que le Père a ordonné sur le jugement dernier, parce que c'est à vous qu'il est remis , et que vous êtes vous-même ce souverain juge , qui paroitrez en ce jour avec une majesté et une puissance divine; il s'ensuit, que vous connoissez tout cela, même comme homme ; parce que c'est comme homme que vous devez juger : ce qu'il vous a plu de nous expliquer en disant, que le Père a donné au Fils la puissance de juger, parce quil est le Fils de riiomme^. Vous savez donc tout, même comme homme: vous savez tout ce qui regarde le jugement : vous en savez sans difficulté le jour et l'heure, puisque vous en savez toute la sagesse, ;et que la sagesse consiste principalement à prendre les moments, conformément à cette parole : Chaque chose a son temps'; et dans le monde tout est compassé; tout est rangé dans son lieu; tout se passe au temps qui lui est marqué pour la sagesse qui règle tout.

Vous êtes notre chef, et nous sommes vos membres : vous savez toute l'économmie de votre corps. Vous connoissez toutes vos brebis : vous savez celles qui sont venues , et celles qui sont encore à amener : vous les connoissez et les nommez distinctement. Vous nommez tous ceux que votre Père vous a donnés; et tout vous est connu depuis le premier jusqu'au

'Joan. III. 3i — 2 Ib. l. 16.— * ih v. 22. — ' Ib. 19. 20.— ^Ibid. V. 27. — « Eccl. m. 1.

dernier de vos élus : et vous marquez tous les temps, où vous les devez appeler, et les incorporera voire corps*. Car c'est vous qui les devez recueillir ; et en les recueillant vous ne faites qu'exécuter ce que vous aviez destiné avec votre Père , dès que vous posâtes les fondements de votre Eglise. Vous en avez révélé les persécutions à votre apôtre saint Jean : il en a vu tout |e cours : il a vu la dernière comme les autres : et celle qui ne finiroit qu'avec la fin du monde, et avec le feu de votre dernier jugement '. Les temps vous sont connus comme tout le reste : vous savez ce que veulent dire ces mille ans où vous avez déterminé le règne de vos saints sur la terre , et ce que vous avez révélé en énigme à votre bien-aimé disciple, n'est pas énigme pour vous. Tout vous est connu : Vous êtes le scrutateur des reins et des cœurs. Vous avez en votre puissance le livre où sont écrits les secrets de Dieu, et ses décrets éternels ; et les sept sceaux qui le ferment n'y sont pas pour vous, puisque vousles ouvrez quand il vous plaît, à qui il vous plaît, et pour les raisons qu'il vous plaît ^ Et sous le septième sceau étoient enfermés tous les événements futurs; puisque c'est de laque se développent, et les trompettes et les Vœ\ei tout le reste, quiétoit l'histoire de l'Eglise. C'est pourquoi lorsque vos apôtres vous interrogeoient sur le temps où vous rétabliriez le royaume d'Israël , vous leur répondîtes : Ce n'est pas à vous à le savoir *.

0 Seigneur, s'il m'est permis de vous interroger encore, que ne parliez-vous en la même sorte à vos apôtres; et que ne leur disiez-vous, ce n'est pas à vous à le savoir, au lieu de dire, que le Fils ne le savoit pas?

Peut-être se faudroit-il taire encore ici ; et qu'au lieu de se fatiguer à examiner ce passage, il faudroit se dire à soi-même : ce n'est pas à moi à l'entendre; ce n'est pas à moi à sa voir pourquoi vous avez parléen cette sorte. J'acquiesce, ômon Sauveur! et je ne recherche ce mystère, que pour y trouver quelque instruction s'il vous plaîtde me la donner. Mais peut-être qu'elle est déjà toute trouvée: peut-être que cette parole: « Ce n'est pas à vous à entendre» les temps et les moments que le Père a mis en

* Joan. X — ^ Apoc. xXm7. 8. 9. 10. — ' Ib. ir. 23. v. 1. 2. et seq- — * Ib. VIII. 1. et seq. — -^ Act I. 7.

SLR L ÉVANGILE. 235

)) sa puissance S) : cstledénoaemeDtde celle où vous avez dit: )) Pour ce jour et cette heure là, nul ne la sait que le Père, et » le Fils même ne la sait pas '. Ce ^ue le Fils ne sait pas en cet endroit, c'estce qu'il ne nous appartient pas de savoir. Le Fils comme notre docteur , le Fils comme l'interprète de la volonté de son Père envers les hommes , ne le sait pas , parce que cela n'est pas compris dans ses instructions, ni dans tout ce qu'il a vu pour nous, ainsi que nous l'avons dit. Et le Fils de Dieu parle ainsi pour transporter en lui-même le mystère de notre ignorance , sans préjudice de la science qu'il avoit d'ailleurs, et nous apprendre, non-seulement à ignorer, mais encore à confesser sans peine que nous ignorons ; puisque lui-même qui n'ignoroit rien, et surtout qui n'ignoroit pas cette heure dont il étoitle dispensateur, ayant trouvé un côté par où il pouvoitdire qu'il l'ignoroit, parce qu'il l'ignoroit dans son corps et qu'il étoitde son dessein que son Eglise l'ignorât, il dit tout court qu'il l'ignore, et nous enseigne à ne rougir pas de notre ignorance.

J'ignore donc de tout mon cœur, et ce mystère et tous les autres que vous voulez me cacher, et que vous ne savez pas en moi ni pour moi. J'ignore le jour où vous viendrez, parce que vous m'avez dit que vous vieihdriez comme unvoleur. Mais si on ne sait pas quand le voleur viendra, le voleur n'en sait pas moins quand il veut venir. Vous savez donc, voleur mystique ! vous savez quand vous viendrez : et les enfants de ce siècle ne seront pas plus prudents plus avisés dans leurs desseins, plus éclairés dans l'ordre qu'ils mettront à leur exécution, que vous qui êtes la lumière même, la sagesse même. Vous savez donc, encore un coup, quand vous viendrez à la dérobée, demander à chacun de nous, et demandera tout le genre humain, le compte que nous vous devons de notre conduite. Vous le savez, et c'est pourquoi vous m'avez dit que le père de famille ne sait pas l'heure du voleur, mais non pas que le voleur l'ignorât lui-même. Et vous avez dit : Veillez donc, parce que vous ne savez pas à quelle heure le Seigneur viendra : et non pas que le Seigneur qui doit venir, l'ignore

' Act. I. 7. — 2 ^ja,.g. XIII. 32.

236 MéoiTATIONS

lui même. Et vous avez dit, en continuant la parabole : Soyez prêts, parce que vous ne savez pas à quelle heure viendra le Fils de r homme *.

Vous vous êtes aussi comparé à un père de famille, qui revenant de son voyage surprend son économe, « en venant au » jour que ce méchant serviteur ignore , et à Theure qu'il D n'attend pas ^o . Mais vous, vous êtes le Seigneur, vous êtes le père de famille , qui sait bien quand il doit venir ; et si le serviteur est imprudent, le père de famille n'est pas pour cela ignorant de ses propres desseins. Vous savez donc, pour la dernière fois, quand vous voulez venir, et vous ne voulez pas que nous le sachions. Yoilà que mon âme est prête, quand vous mêla redemanderez; mon compte est en état; recevezle, et méjugez en vos miséricordes: voilà du moins ce qu'il faudroit pouvoir dire. 0 mon Sauveur! quand serai-je en cet état ? quand pourrai-je dire de bonne foi : Mon cœur est prêt, 6 Dieu ! mon cœur est prêt ^

LXXIX" Jour. Raisons profondes de notre Sauveur d*user de ces réseryes mystérieuses pour Tinstruction de son Eglise : mais non pas pour autoriser les hommes à user d'équivoques et de restriction mentales. (Ibid.)

Gardons-nous bien de conclure de ces réserves mystérieuses du langage de notre Sauveur, qu'il nous soit permis d'user dans nos discours de dissimulation , d'équivoque et de restriction de pensée; car il ne nous appartient pas de nous donner à nous-mêmes divers personnages , selon lesquels nous puissions nier en un sens ce que nous avouerons en l'autre. Il ne nous appartient pas non plus de faire de nos réserves une instruction, un exemple d'humilité, une espèce de parabole dont il faille chercher le sens , un mystère dont il faille approfondir le secret. Jésus-Christ a sa science comme Verbe, et tout y est compris, le présent, le passé, le futur , le possible, l'existant, tout, en un mot, tout ce qui est dans la science du Père; car il est lui-même cette science, puisqu'il est son Verbe, saraison,sa parole extérieure. Il a sa science comme homme par rapport à sa perfection , et comme le dépositaire et l'exécuteur de tous les secrets de

• Afattb. XXIV. 32. 43. 44. — ' Ib. 40. — ^ P». LVI. 8.

son Père. Tout ce qui regarde le genre humain est compris dans cette science, puisque toute puissance lui est donnée dans le ciel et dans la terre '. C'est lui qui doit tout faire; c'est lui qui doit venir pour juger. Son Père ne l'avertit pas à chaque moment, de ce qu'il aura à faire par son ordre; mais il lui donne tout d'un coup une pleine compréhension de tout le dessein dont il a l'exécution en son pouvoir : autrement il agiroit comme nous, en foi, en obscurité, par morceaux par pièces, au hasard en un certain sens, et à l'aveugle, sans entendre le rapport de chaque partie avec la fin de l'ouvrage et avec le tout. Il a outre cela sa science comme docteur de son Eglise, comme interprètes envers elles des volontés de son Père, comme faisant avec elle un même corps. Dans cette science est compris tout ce qu'il faut que l'Eglise sache. H falloit que l'Eglise sût ses persécutions pour s'y préparer; la chute prochaine des Juifs, afin qu'ils en fussent avertis, et qu'ils fissent pénitence : et pour ôter aux fidèles la tentation de croire que le déicide et les autres déloyautés de ce peuple, avec les cruautés qu'il a exercées sur la personne du Sauveur et de ses apôtres , demeurassent longtemps impunies; Jésus- Christ a su tout cela pour son Église , et il l'a expliqué. Il falloit que l'Eglise sût les signes du jugement à venir, afin d'être attentive à son approche. Jésus-Christ a su encore cela pour elle, et l'a prédit. Il ne falloit pas qu'elle sût le temps ni l'heure : Jésus -Christ à cet égard ne le sait pas, et n'en dit rien à ses fidèles. Cette science, qui étoit en Jésus-Christ par rapport aux instructions qu'il devoit donner à son Eglise, avoit sa perfection et sa totalité, qui lui faisoit dire : Je vous ai découvert comme à mes amis tout ce que f ai oui de mon Père *. Et encore iJevous ai tout prédit^ ;io\ii ce qu'il falloit que vous sussiez tout ce que j'avois appris pour vous. Si je dis , pour vous renfermer dans ces bornes, que je ne sais pas le reste, j'ai mes raisons de parler ainsi selon la charge qui m'est imposée, selon le personnage que je fais : ne soyez pas assez téméraires pour vouloir ou critiquer ou imiter ce langage mystérieux qui ne vous convient pas : c'est à vous dire avec

• Malth. XXVI II. 18. — • Joan . xv. 1 > — * Marc. ^\\\ . l'i .

sagesse et avec simplicité tout ensemble : « Cela est : cela » n'est point ' : ne mentez pas ; ne vous trompez pas les uns les )) autres : parce que vousétes membres les uns des autres ^). Tâchons ici de nous revêtir de l'esprit de sincérité, à Texemple de Jésus-Christ, qui à la réserve de ces mystères, où il étoit obligé à nous ménager la lumière , nous a tout dit comme à ses amis, selon qu'il étoit convenable , et que nous le pouvions porter.

LXXX* Jour Ce qui doit être commun à ces deux grands événements :

séduction générale, (fbid.)

Relisons les commencements de ce discours prophétique de noire Seigneur. Nous y trouverons les choses qui doivent être communes aux deux événements qu'il prédisoit, à la ruine des Juifs, et au jour du jugement dernier : c'est que l'un et l'autre devoit être précédé de grands mouvements d'une grande persécution de l'Eglise, d'une grande séduction.

Ses disciples lui dirent en secret: « Dites-nous quand ces » choses arriveront, et quel sera le signe de votre avènement >» et de la consommation des siècles? et Jésus leur répondit : » Prenez garde à n'être pas séduifs ' ».

Souvenez-vous toujours qli'ils joignoient deux choses, la chute de Jérusalem, et le dernier jour, comme devant arriver dans le même temps. Et sans les désabuser d'abord, parce que cela n'éloit pas nécessaire, Jésus-Christ leur va expliquer ce qui devoit être commun à ces deux événements.

Prenez garde que personne ne vous séduise. Ils lui faisoient une demande curieuse : Quand ces choses arriveront-elles ? Il leur donne un avis utile : Prenez garde qu'on ne vous séduise ; comme s'ildisoit: 11 vous importe peu de savoir quand arriveront ces choses; mais ce qu'il faut que vous sachiez , c'est qu'elles seront précédées d'une périlleuse et horrible !en lalion, pour vous séduire. Car il viendra plusieurs christs; et plusieurs seront trompés. C'est ce qui arriva dans la ruine de Jérusalem etaux environs de ces temps là. C'estce qui arrivera ' encore à la fin des siècles: «Je suis venu au nom de mon Père,

' Maith. y. 37. — ' Coloss. m. 9. Eph. iv. 25. — ^ Mattli. xxiv. 3. ? !'( II. 4. 5. Luc. XXI 7. 8.

» ctvous ne me recevez pas: si un autre vient en son nom, vous )) lerecevrez'.wC'estce qui estdéjà souvent arrivé aux Juifs: et quelque chose de semblable leur arrivera encore une fois vers la lin des siècles; « lorsque ce méchant, cet impie, qui s'as- » siéra dans le temple de Dieu, pour s'y montrer comme un » Dieu, paroîlra avec des prodiges trompeurs, et avec toute » sorte de séduction ; en sorte qu'ils soient livrés à l'esprit » de mensonge, pour ne s'être pas voulu laisser gagner à » l'amour de la vérité ^ ». Ce qui convient parfaitement avec la parole qu'on vient d'entendre de la bouche de Jésus-Christ, et semble fait pour marquer d'une façon particulière, Taveuglcment volontaire avec l'endurcissement du peuple juif. Quoi qu'il en soit , le démon développera toute sa malignité aux approches du dernier jour , et la même chose arrivera aux approches de la ruine de Jérusalem, n'y ayant jamais eu tant de faux christs, ni tant de faux prophètes. Remarquez dans saint Matthieu les versets 5, i d , 25, 24, 26 : et à peu près la même chose dans saint Marc, et dans saint Luc.

Voilà que je i^ous Vai prédit : Prenez-y garde ^ La séduction sera si puissante, que Jésus-Christ ne craint point de dire, quelle ira, s'il se peut, jusquà induire en erreur même les élus * . S'il se peut ; faire voir deux choses : l'une l'extrême péril ; l'autre, le secours présent de la main toute-puissante de Dieu.

Pesons ces paroles : considérons à quelles épreuves Dieu met notre foi ; jusqu'où il veut que nous lui soyons soumis; ce qu'ont à craindre les esprits superbes; les pièges que Dieu permetqui leur soient tendus; combien ils sont délicats ,com- Ijien subtils ; combien il est dangereux que les saints mêmes ne s'y prennent : avec quelle frayeur et quel tremblement ils doivent donc opérer leur salut ^

Cet esprit de séduction qui se développera tout entier à la fin des siècles, se fait souvent sentir avant ce temps dans les subtilités des hérétiques : une apparence de réforme ; un air do piété et de modestie: des paroles douces, tirées le plus souvent de l'Ecriture ; une véhémente répréhension des abus criants, qui semble marquer un vrai zèle , une vraie horreur

' Joan. V. 43. —MI. Thés*. II. 3. 4. 9. 10. Il — «Matth. xxiv. 25. Marc XMI. 23. — * Matth. xxiv. 24. — * Philip. \ .Vi.

des vices, un vrai amour de la vertu. La chrétienté s'émeut : les nations se cantonnent : les élus , s'il se pouvoit, dévoient être pris dans ce piège. Mais ceux qui y ont été pris doivent songer que nous aurons bien à soutenir d'autres illusions à la fin des siècles ; une hypocrisie bien plus délicate, bien plus raffinée : lorsque les prodiges trompeurs se joindront à une doctrine séduisante. 0 Dieu ! Je tremble pour ceux qui seront mis à cette épreuve I Tremblez dès à présent à la tromperie de vos passions , aux belles couleurs dont elles parent vos vices secrets, à ces instincts trompeurs de l'ennemi, à ces illusions secrètes que vous prenez pour inspirations. Quia des oreilles pour ouir, qu*il écoute \ Ah ! c'est de quoi séduire, s'il se peut, jusqu'aux élus. Concluez avec saint Paul : Opérez votre salut avec crainte et tremblement. Mais ne croyez pas l'opérer de vous-mêmes. Croyez que c^ est Dieu qui opère en vous le vouloir et le faire ' : opérez, et croyez que Dieu opère : ne soyez ni lâche ni présomptueux : abandonnez-vous à cette grâce qui agit en vous , mais avec une courageuse et fidèle coopération : c'est ce qui soutient les élus; c'est ce qui les empêche de périr.

Les élus, s* il se peut , seront induits en erreur^. S' il se peut. Cela donc ne se peut pas : une main toute-puissante, contre laquelle rien ne prévaut, détourne ce coup. 0 conduite miséricordieuse et toute-puissante qui empêchez vos élus de pouvoir périr, je vous reconnois, je vous adore, je m'abandonne à vous : mais dans cet esprit^ qui en nous disant : Dieu opère, nous dit en même temps : Opérez, travaillez, agissez avec une infatigable ferveur.

LXXXP Jour Le même sujet. Guerres, famines, pestes, tremblements de

terre, maux extrêmes, (ibid.)

Un grand mouvement dans le monde : des guerres des bruits de guerre, des pestes , des famines, des tremblements déterre \ seront les tristes avant-coureurs de ces deux événements. Voyez-les en saint Malth. xxiv. 6. 7. et la même chose en saint Marc et en saint Luc. C'est ce qui arriva un peu devant la guerre de Judée, et dans la dernière année de Néron : et

*Maiih. XI. 16. — 'Philip, ii. 12. 13.— ^ Marc. XXII. 22. — « Ibid. JT///. 7. 8. Luc. x.\J 9. JO. 11.

c'est ce qui arrivera encore d'une maDière plus formidable aux approches du dernier jour.

Des guerres, des bruits de guerre : Ae grandes guerres en effet; de plus grandes appréhensions de mouvements nouveaux : il semblera que Tesprit de guerre^ les haines, les jalousies, la nature même voudra enfanter quelque chose de funeste aux grands états : on remarquera dans le monde un esprit d'ébranlement universel. Au milieu de tout ce tumulte : prenez garde de n'être pas troublés ; car il faut qtAe cela arrive, et ce nest pas encore la fin \

De quoi donc sera-t-on troublé, si on ne Test de telles choses? de rien du tout. Car le chrétien n'est troublé de rien que de son péché , et de la colère de Dieu qui le doit punir. Prenez donc garde de n'être point troublés. Vous vous enquérez de ce qui se passe, non-seulement avec curiosité, mais encore avec frayeur : que deviendront ces grandes armées qui sont en présence? Quel ravage, quel embrasement, quel carnage, quel déluge de maux, si une fois la digue est rompue? ah ! je m'en meurs. Vous n'êtes pas chrétien. Le sort des empires est entre les mains'de Dieu : ils meurent en leur temps, comme le reste des choses humaines. Priez pour votre patrie; humiliez-vous; faites pénitence : mais ne craignez point; ne vous troublez pas ; il faut que cela arrive. Il le faut, non par une aveugle et fatale nécessité, qui nous mettroit au désespoir : mais il le faut par une raison , par une sagesse , par une bonté qui prépare de grands biens par tous ces maux. Ne craignez point, petit troupeau, puisque le royaume qu'il a plu à votre Père céleste de vous préparer ', est hors d'atteinte. Toutes les puissances ennemies, visibles et invisibles, n'ont point de prise dessus, et il ne vous peut être ravi.

C'est ici le commencement des douleurs ^ ; des douleurs de de l'enfantement; de celles qui font jeter de plus grands cris; qui s'augmentent de plus en plus : on croit être à la fin, ce n'est encore qu'un commencement.

Quoi! ce mouvement effroyable des royaumes qui s'entrechoquent, ces famines, ces pestes, ces tremblements de terre

'Matth.xxiv. C. — ' Luc. x:i. 32. — ' Matth. xxiv.8.

ne sont que le commencement des douleurs! 0 Dieu! que vos derniers coups sont redoutables, si ceux-là qui sont si terribles, dont oji ne peut seulement entendre les noms sans être saisi de frayeur, ne sont qu'un prélude! Il est ainsi, Seigneur , il est ainsi. Par tous ces grands coups, les corps seuls sont menacés : mais voici ce qui est terrible, au delà de toutes les terreurs : Craignez, craignez celui qui, après avoir fait mourir k corps, enverra Vâme dans la gêne : Oui, je vous le dis, craignez celui-là \ 0 Seigneur! si je sais bien craindre cela, je ne craindrai autre chose, et je verrai tous les éléments se mêler et la nature se confondre, sans effroi. Ah! je ne puis craindre que ce qui tue Tâme : mais je ne puis ne le craindre pas, si je commence sérieusement à me convertir. Je n'ai rien à penser que la pénitence , ni rien à craindre que de mourir dans mon péché. Mourir, ce n'est rien, de quelque douleur que la mort soit accompagnée; quelque étrange, quelque imprévue, quelque cruelle et insupportable que la mort paroisse. Mourir dans le péché, c'est tout le mal, et le seul qui soit à craindre. Malheureux, ingrats , pécheurs en durcis : Vite, vite, convertissez- vous et vivez ^.

LXXXII" Jour. Persécution terrible de TEglise, trahisons, charité

refroidie. (Ibid.)

Un autre avant-coureur; la persécution. Elle a ces terribles circonstances : une haine implacable de tout le genre humain contre l'Eglise ; la fureur au dehors ; la trahison au dedans : on se livrera les uns les autres ; les frères livreront leurs frères, et le père même son enfant; les enfants se soulèveront contre leurs pères; et les familles mêmes seront divisées : les scandales seront horribles, à cause des chutes fréquentes de ceux qu'on croyoit les plus fermes. Au milieu de tout cela la séduction redoublera, et de faux docteurs gagneront ceux que la violence n'auroit pu abattre : la cruauté et la séduction iront ensemble au dernier degré. C'est ce qui est arrivé à l'Eglise naissante , à commencer vers les dernières années de Néron, un peu avant la guerre de Judée.

' Luc. XII. 5. — ' Ezech. xviii. 32.

SUR LKVANGILE. ' 243

C'est ce qui arrivera d'une manière bien plus terrible à la fin des siècles'.

Ce n'étoit pas une chose aisée à prédire, comme on le pourroit penser d'abord, qu'une telle haine, et une telle persécution contre l'Eglise : et on n'auroit pas pu prévoir que le monde qui laissoit en paix toutes les religions, et jusqu'aux sectes les plus impies, comme celle des épicuriens, ne pourroit souffrir le christianisme. Mais Jésus-Christ l'a voulu prédire, et avertir ses fidèles d'une chose aussi singulière, et jusqu'alors autant inouïe que celle-là.

Il joint, selon sa coutume, la consolation aux maux. Tout le monde vous haïra : mais vous ne perdrez pas un seul cheveu ; vous posséderez votre âme par votre patience^ ; non en combat^tant, mais en souffrant. Vom serez traînés à tous les tribunaux, comme des criminels; mais cela leur sera en témoignage^: vous y paroîtrez comme des témoins de la vérité, comme les maîtres du genre humain : Je vous donnerai une bouche que nulle impudence, nulle violence ne pourra fermer, une sagesse, une force contre laquelle il n'y aura point de résistance ' : vous n aurez rien à préméditer : le Saint-Esprit parlera par votre bouche^: et le reste qu'on peut voir dans l'Evangile.

Ce qui sera de plus déplorable , c'est que la malice s'aug^ mentant sans fin, la charité se refroidira dans la multitude^ : c'est ce qui arriva à saint Paul, lorsqu'il disoit : « Tous m'ont » quitlé : personne ne m'a assisté dans ma première dé- » fense : Demas même m'a abandonné, attiré par l'amour de » ce siècle : il n'y a que Luc avec moi : qu'il ne leur soit point I) imputé' ». Mais ce refroidissement de la charité dans ses frères, ne changeoit point envers eux le cœur de Paul. Ce refroidissement de la charité paroîtra beaucoup davantage dans la fin des siècles : car, lorsque le Fils de l'homme viendra, pensez-vous qu'il trouve de la foi sur la terrent

Mais à ce comble de maux, il ti'y a qu'un seul remède :

. ' MaUb. XXIV. 9. et seq. Marc. xiii. 13. Luc. xxi. — ^ Luc. xxi. 1". 18. 19. —Mb. 12. 13 et Marc. xill.9et seq. — ♦ Luc. xiti. 14. 15. — ^ Matth. X. 19. 20. — « Ib. XXIV. 12. — ' 11. Tim. iv. 9. 11. 16. — * Lucxviii. 8. '

Qui persévérera jusqu'à la fin, sera sauvée Remarquez ce mot: jusquà la fin. Dix ans, vingt ans, trente ans, cinquante ans, ce n'est rien : il faut aller jusqu'à la fin. Ne vous lassez point de travailler; car la moisson que vous recueillerez, sera éternelle.

// faut que cet Évangile soit prêché par toute la terre ' : de peur qu'on ne pense que la persécution qu'on vient de voir si déchaînée, en arrête le cours. Paul étoit lié : mais la parole de Dieu ne l' étoit pas^ : elle couroit\ dit cet apôtre : le bruit en retentissoit par toute la terre : la foi des Romains y étoit annoncée ^ : l'Evangile, qui étoit vejnu jusquà Colosse, étoit , et fructifioit, et croissoit en même temps par tout le monde ^. Ainsi la prédiction du Sauveur s'accomplissoit déjà en quelque façon, avant la dissipation des Juifs : mais le grand accomplissement en est réservé à la fin des siècles, et la prédication aura percé par tout le monde avant qu'il finisse.

0 Dieu ! donnez vigueur à votre parole : bénissez les prédicateurs apostoliques : envoyez vos ouvriers dans cette grande moisson, que votre ennemi ravage. 0 Seigneur, je me joins en esprit à ces hérauts de votre Evangile, et à ceux qui croiront en vous par leur parole. Sanctifiez-les en vérité, et que leur sainteté naissante répare les ravages que fait le péché dans votre héritage. Sauvons-nous, sauvons-nous de la corruption de cette race mauvaise. Mon âme, sauve-toi toi-même: ô Dieu, sauvez-moi ; je péris.

LXXXIII* Jour. RéBexions sur plusieurs circoiiâtauces de ce:» deux

événements (Ibid.)

Priez que votre fuite n'arrive point durant l'hiver ou dans le jour du sabbat : vous aurez besoin des plus grands jours , de la saison la moins embarrassante, de la liberté d'agir la plus entière, pour précipiter votre fuite dans les déserts et dans les montagnes, et pourvoir à tant de pressants besoins. Jamais il ny eut, jamais il n'y aura d'affliction semblable : jamais peuple n'aura été, ni ne sera plus impitoyablement livré à la vengeance : et si Dieu navoit abrégé le temps, nul

' Malth. XXIV. 13. — ' |b. 14 —MI.Tim. ii. 9. -« II.Thess. m. I. — ' Jiom. /. H. — * Coloss. l 6.

homme ne se sauveroit : m lis Dieu a abrégé le temps pour i'amour de ses élus '. Ce ttéaiî de Dieu sera si terrible, et la force en sera si insupportable, qu'il y auroit de quoi accabler tout le genre humain. Mais il falloit qu'il restât des hommes sur la terre pour enfanter les élus et les saints , qu'il y avoit encore à recueillir. Voilà un sens. Dieu, fléchi par les prières de ses élus, a tempéré sa colère : ils sont le ciel de la terre, pour en empêcher la totale corruption : il faut qu'ils y soient répandus deçà et delà, et de tous côtés : autrement, le genre humain qui n'est conservé que pour eux, périroit en entier: c'est un autre sens. Le dernier ; Dieu a abrégé le temps des souffrances, de peur que ses élus n'en fussent enfin accablés : et il n'a pas voulu qu'ils fussent tentés par dessus leurs forces.

Pour l'amour des élus qu'il a choisis , dit saint Marc^ Ils ne sont pas élus par un autre : c'est par lui-même : l'amour qui les lui a fait élire, l'oblige à tout faire pour eux; et il n'épargne la terre qu'à leur considération.

Respectons les saints qui sont parmi nous : nous leur devons tout : et Dieu s'apaise en les voyant, comme un père qui voit ses enfants parmi ses ennemis, retient sa main. Après la séparation, que n'auront pas à souffrir les pécheurs?

Ce qui est vrai en un certain sens, à l'égard des Juifs, est encore plus véritable à l'égard de tout l'univers, dans les approches du dernier jour : après que la patience de ses saints aura été épurée jusqu'au degré qu'il vouloil, il mettra fin au temps des épreuves, pour donner lieu aux récompenses.

S'il y a cinquante justes dans Sodôme, s il y en a quarante, s'il y en a dix, je pardonnerai pour l'amour d'eux à toute la ville^. Dieu aime tant les siens, que non-seulement il les épargne, mais il épargne les autres pour l'amour d'eux. Si on n'aimoit pas les justes, si on ne les protégeoit pas pour mêmes, il les faudroit protéger pour le bien public. Que notre maison soit leur asile : que nos bras leur soient toujours ouverts : que notre secours les suive partout. Les prêtres, les religieux les représentent par leur état.

'» MaUh. XXIV. 20. 21. 22. — ^ Marc. xill. 20. — ^ Geii. xviil. 20. 28 et seq.

LXXXIV* Jour. Réflexions sur d'autres circonstance. (Ibid.)

Si ton vous dit ; Le voici dans le désert : le voici dans les lieux retirés de la maison : ne le croyez point \ Ceci regarde les derniers temps, lorsque les Juifs fatigués de tant attendre , et d'avoir si souvent été trompés sur le sujet du Messie , s'en diront les uns aux autres des nouvelles comme en secret : // est venu, mais il se cache ; il est dans ce désert ; il est dans les lieux secrets de cette maison : ne croyez point tout cela. Ce n'est plus le temps qu'il doit venir de cette sorte, d'une maison particulière, d'une ville obscure, d'un désert; tantôt caché, tantôt découvert : il paroîtra tout d'un coup avec un éclat surprenant; « et un éclair, ne se fait pas voir plus rapidement » du levant Jusqu'au couchant, et d'un côté du ciel à l'autre; » que le Fils de l'homme paroîtra dans toute la terre'. Voilà la première chose qu'il marque de ce grand événement : une apparition soudaine , et un éclat, qui en un moment se fera sentir d'une extrémité du monde à l'autre. Mais voici la seconde : Où sera le corps, là s'assembleront les aigles ^. Si les aigles sentent leur proie de si loin , et s'assemblent rapidement de toutes parts autour d'un corps mort : combien plus s'assembleront les élus, où sera le Fils de l'homme?

Le grec porte, au lieu de corps, un corps mort, un cadavre: et le Fils de Dieu se compare à un corps de cette sorte, à cause que les élus seront rassemblés par le mystère de sa mort; et que c'est par là qu'ils auront part à sa résurrection. Tout cela regarde visiblement l'apparition dernière, et le dernier jour de Jésus-Christ. Et c'est pourquoi il ajoute : Mais aussitôt après l'affliction de ces jours là, de ces jours, où le Fils de l'homme devra paroître si vite, et rassembler autour de lui tous les élus : aussitôt après cette affliction : car il a dit qu'il y en auroit d'étranges vers ces jours là : le soleil s'obscurcira et le reste \

Il ne faut donc pas entendre cette affliction ni ces jours de l'affliction ou des jours qui seront fâcheux pour les Juifs ; mais de l'affliction de tout l'univers, vers le jour où le Fils de

' Mattli. xxiv. 26. — 2 Ib. 27. — ** Luc. xvii. 24. Matth. xxiv. 2^. — ' Ib. 29.

SUR L^ÊVANGILE. 247

Dieu devra paroîUe, qui sont ceux dont il venoit de parler. Le même paroît dans saint Marc : Mais dans ces jours là ; dans cette affliction là; le soleil s^ obscurcira^ ; et le reste. Comme s'il disoit : Il arrivera de grands maux aux Juifs : mais ce n'est point dans ces maux, ou dans ces temps , qu'arriveront ces prodiges du soleil obscurci, et les autres : mais dans ces jours dont je viens de parler: dans ces jours , où le Fils de l'homme devra paroître ; aux approches de cette dernière apparition , et peu après les afflictions dont elle sera précédée ; le soleil s'obscurcira : et le reste.

Mettons-nous en esprit dans ce dernier jour si heureux pour les uns, si funeste aux autres. Représentons-nous l'étonnement oiiTon sera, de cette nouvelle lumière que jettera le Sauveur, de ce prodigieux éclat qui se fera sentir d'une extrémité du monde à l'autre, avec la rapidité d'un éclair. Contemplons ces aigles mystiques, les esprits sublimes à qui le monde n'aura rien été, et qui n'auront pas été troublés de tant de persécutions; ni de cet ébranlement universel de la nature éperdue ; prendre tout à coup leur vol ; et comme dit saint Paul, « être enlevés dans les nuées au milieu des airs, « à la rencontre de Jésus-Christ, pour être ensuite toujours » avec lui'» . Heureux jour! heureux spectacle ! heureux changement! heureux ceux qui verront ce beau feu, cet éclair nouveau, cette vive et admirable lumière : qui verront ce corps que la mort a consacré à notre salut; ces aigles qui voleront après , et qui seront enlevés avec lui. Soyons de ces aigles, par la contemplation en foi et en vérité, et par une noble élévation au dessus des choses mortelles. Faisons notre proie de ce corps que la mort a fait nôtre. Nous l'avons dans l'eucharistie, ce corps mort autrefois, à présent vivant, mais couvert d'un signe de mort : dévorons-le : prenons en tout la substance, tout le suc. Vivons de Jésus et de sa vérité, et de ses souffrances, et de sa mort, qui est notre vie : imitons-la : portons-la sur nous : « Portons sur nos corps » la mortification de Jésus, afin que la vie de Jésus pa- » roisse en nous \ Si parmiles ténèbres du monde , et celles

' Marc. xiil. 21 — -I. Tlicss. iv. 16 \l.—''ilQw,\\.\<S,

qui nous environnent, il lui plaît de faire tout à coup reluire sur nous comme une espèce d'éclair, une lumière rapide qui se répande en un moment dans toute notre âme, et qui se fasse sentir de la partie haute jusqu'à la plus basse ; ô lumière je vous adore, ô lumière je vous veux suivre ! Si vous vous retirez comme un éclair, etque vous laissiez mes yeux éblouis d'un éclat si vif, je me souviendrai de vous avoir vue : je me réjouirai de Tespérance de vous revoir à d'autres moments : je tâcherai de mettre à profit tout ce que vous me montrerez dans ces moments rapides : et j'aspirerai nuit et jour à ce jour unique de l'éternité, où vous luirez sans vous retirer; sans être obscurcie; oîr votre levant sera sans couchant ; oii nous jouirons à jamais de vous, ô Père ! ô Fils ! ô Saint-Esprit! qui êtes la véritable et seule lumière.

LXXXV Jour. Instruction à rucueillir. Se tenir prêt : veiller à toute heure. L'un pris, l'autre laissé. (Mattb. ixiv. 37—51. Marc. Xlli. 33—37. Luc. XVII. 24.)

De tout ce que nous avons vu, il y avoit deux sortes d'instructions particulières à recueillir. Dans la ruine de Jérusalem il y avoit à s'en sauver, par la fuite -.Alors que ceux qui sont dans la Judée, s'enfuient aux montagnes '. C'est ce que firent les chrétiens, qui s'enfuirent en effet vers les pays montagnards, à la ville de Pella, comme marquent les histoires : cequi futcausequ'on ne voit point qu'ils aient souffert en Jérusalem, ni qu'il s'y en soit trouvé aucun durant le siège de Tite. A l'égard des calamités qui dévoient arriver à la fin du monde, il falloit ne pas songer à s'en sauver , puisqu'elles sont universelles et inévitables; mais s'y préparer : et cette préparation nous est expliquée dans le reste de ce chapitre.

Elle consiste premièrement, à veiller , à être attentif, à se tenir toujours prêt, en accompagnant de prières son attention et sa diligence : « Prenez garde , veillez et priez : car vous » ne savez par le temps, ni si le maître viendra sur le soir , » ou vers le minuit, ou au chant du coq, ou le matin ^ Veil- » lez donc, et priez en tout temps, afin d'être rendus dignes » d'éviter ces choses », c'est-à-dire la rigueur du dernier

'Maith. XXIV. 10. — - iMarc. xiil. 3J. 34. 36.

SUR l'Évangile. 249

jugement, et de comparoitre devant le Fils de l'homme '. Il ne faut donc pas seulement prier, mais prier en tout temps.

Secondement : il faut songer à TefTet de ce terrible jugement ; ou de deux qui seront ensemble , Vun sera pris, et Vau^ tre laissé^. Et pour aller où? Où sera le corps , là s'assemble^ ront les aigles. Qui ne trembleroit, en voyant tout à coup une si terrible séparation? L'un enlevé à Jésus-Christ, l'autre laissé au milieu des maux, d'où il ne sortira que pour rentrer dans de plus grands, et n'en sortir jamais.

Troisièmement : il ne faut point reculer ni regarder en arrière : souvenez-vous de la femme de Lot », qui , pour avoir seulement tourné la (été vers Sodôme, reçut un châtiment si prompt et si rigoureux. 11 ne suffit pas d'éviter les mauvaises compagnies, ni de fuir le monde qu'on a quitté ; il ne faut pas seulement tourner les yeux de ce côté là.

Quatrièmement : il faut faire toutes ses actions avec une activité et une diligence extraordinaire ; se sauver à quelque prix que ce soit; laisser périr beaucoup de choses qu'on aimeroit, plutôt que de hasarder son salut : si l'on est dans le haut de la maison, ne se point embarrasser de sauver les meubles qui sont en bas*; se contenter de sauver ce qui est en haut; emporter et sauver d'abord à la corruption tout ce qu'on peut ; ne pas dire : Je laisserai cela, mais je retournerai demain le quérir ; demain je commencerai à me corriger de ce vice ; je me contenterai pour aujourd'hui de modérer celui-ci. Ne laissez rien , qu'il vous faille aller requérir ; ne laissez rien à faire à une autre fois ; car le temps vous manquera tout à coup, et votre attente sera vaine.

Cinquièmement : il faut se retirer de tout ce qui attache trop l'esprit, de tout ce qui appesantit le cœur ; et non-seulement de l'ivrognerie , où la raison est absorbée ; mais encore de la bonne chère, et des soins de cette vie ^. Et sur les soins de la vie, il faut remarquer ces paroles : « Aux jours de Noé, ils » buvoient , ils mangeoient , ils se marioient , ils marioient » leurs enfants ; et aux jours de Lot , ils buvoient et man- » geoient, ils vendoient et ils achetoient , ils plantoient et ils

* Luc. XXI. 36. — ^ Matth. xxiv. 40. 41. f^uc. xvil. 34. 36. 36. 37. — =* Luc. XVII. 31. ?.'?.. — * Ib. 31.Maltb. XXIV. 17. 18.— *Luc. xxi. 34.

» bâtissoieot; et ils périrent tous d'un coup dans les eaux du »^déiuge, et parle feu du ciel'». Car il ne dit pasrilstuoient, ils commettoient des adultères, et le reste ; il parle des occupations les plus ordinaires et les plus innocentes de la vie ; parce qu'elles occupent, elles embarrassent elles accablent , elles enchantent, elles attachent, elles trompent, en nous menant d'un soin à un autre et d'une afîaire à une autre. Il ne suffit donc pas d'éviter les actions criminelles ; mais il faut encore prendre garde à ne se pas laisser jeter par les autres dans cet esprit d'empressement et d'occupation, qui fait qu'on n'est jamais à soi.

Sixièmement : on ne sauroit assez songer au grand mal dont nous sommes menacés. Ce sera comme le déluge aux temps de Noé; comme le feu du ciel aux temps de Lot; comm*? un lacet où nous serons pris tout à coup"^ , à la manière des oiseaux , par un vain appât , pour être la proie de ceux qui veulent nous dévorer. Le mauvais serviteur, qui ne songeoit qu'à passer sa vie dans le plaisir, se trouvera tout d'un coup séparé de Dieu , de sa grâce , de tout le bien ; et il sera mis avec les hypocrites, où il y aura un pleur, et un grincement de dents^ éternel. Terribles paroles : Séparé, mis avec les hypocrites ; pleurs et grincements de dents , et douleur jusqu'à la rage. A quoi donc penserons-nous, si nous ne pensons à ces choses ? Ah ! périssent toutes nos pensées , afin que celles-là vivent seules dans nos cœurs î

LXXXVI* Jour. Le Père de famille : ses serviteurs : la figure du voleur. (Malth. XXIV. 45. 4G. 47. Luc. xii. 41-44.)

('.onférez le chapitre xxiv de saint Matthieu, depuis le v. 45 jusqu'à la fin, avec le chapitre xii de saint Luc, depuis le v. 55 jusqu'au 49.

Le Fils de Dieu instruit ici , premièrement tous les chrétiens, sous la figure du père de. famille, et de ses serviteurs : et encore sous la figure du même père de famille, et d'un voleur. Secondement, il instruit en particulier les supérieurs ecclésiastiques, sous la figure du père de famille qui retourne

' Luc. XVII. 26. 27. 28. 29. — ' Jb. xxi. 35. — ^ Mattli. XXIV. 51 .

SDR L EVANGILE. 251

H sa maison, et de son économe ou principal domestique qui le doit attendre.

Voici pour les premiers ce que nous trouvons dans saint Luc. Premièrement : Les reins ceints^ ; c'est-à-dire, les passions resserrées, comme une robe qui se répandroit faute de ceinture. C'est l'état d'un homme laborieux et toujours prêt à marcher. Car lorsque Tâme se répand dans les passions , elle est lâche, sans force, sans ordre, sans bienséance.

Secondement : Des flambeaux allumés à la main. C'est encore l'état d'un homme prêt à aller au devant dii maître , à quelque heure de la nuit qu'il vienne pour l'éclairer.

Des lampes allumées : c'est un esprit attentif,, et un cœur ardent. On a comme des flambeaux en soi-même, dans le fond du raisonnement; mais ils ne sont allumés que par l'attention. Que sert d'avoir de l'esprit, du raisonnement , de la foi même si tout cela n'est réveillé par l'attention? autant que nous serviroient des flambeaux bien préparés dans notre coffre , mais sans amorce , sans feu.

Les lampes allumées à la main , sont aussi le bon exemple. Ce n'est pas assez de Tattention ; il en faut venir aux œuvres, à l'application sur nous-mêmes : autrement le flambeau nous est inutile.

Troisièmement : Semblables à des hommes qui attendent ' ; par conséquent très-attentifs. Et qui attendent-ils? Leur maître ; celui qui les peut punir, pour peu qu'il les trouve négligents.

Quatrièmement : Quand il viendra, et qu'il frappera. Il vient à chaque moment : car chaque heure nous avance vers la mort. Il frappe , par les maladies : il faut donc être attentif , et se tenir prêt dès le premier coup. Mais à peine s'éveille- t-on au dernier, et lorsque la mort est déjà presque dans le cœur : et alors il n'y a plus de flambeaux, plus d'attention , ni de réflexion ; tout est presque éteint.

Cinquièmement : Aussitôt ils lui ouvrent. Comme tout ici est actif ! Il faut ouvrir soi-même au maître qui vient , être bien aise de le recevoir: mais ouvrir avec diligence, aussitôt :

» Luc. XII. 35. — Mb. 30.

ouvrir par conséquent avec joie ; ne pas murmurer , ne pas se plaindre de la mort qui vient si tôt. Au reste , il n'a pas besoin qu'on lui ouvre, afin qu'il prenne notre âme qu'il vient requérir; car il saura bien la reprendre sans qu'on la lui donne. Bon gré, malgré, il faut mourir : et souvent il frappe si fort, que les portes brisées s'ouvrent d'elles-mêmes, sans que vous ayez le loisir d'ouvrir, ni de lui offrir vous-même votre âme qu'il vous redemande. Il n'a donc que faire de vous pour la retirer : mais pour l'amour de vous , afin que vous puissiez lui en faire le sacrifice , il veut que ce soit vous qui lui ouvriez , et promptement , et avec joie ; puisque vous ouvrez, non pas à la mort, mais à un maître bienfaisant. .

Car, sixièmement , « s'il trouve ses serviteurs vigilants, il » se retroussera, et les fera asseoir, et passera de l'un à » l'autre pour les servir ' ». Il ne faut pas chercher dans les paraboles à tout expliquer ; il y a des circonstances, comme celles-ci , qui ne servent que pour la peinture. Le fond est ici, que Jésus- Christ s'est fait serviteur de ses fidèles. Le Fils de V homme, dit-il, est venu servir , et ce service est de se donner lui-même en rédemption pour plusieurs ' . C'est de lui que noi^ tenons tout, et en ce monde et en l'autre : et nul ne demeurera sans récompense ; car il passera de l'un à l'autre pour les servir tous. Il leur donnera abondamment tous les biens ; car pour lui il n'a pas besoin de vos services , ni de rien : il est heureux, il est dans la gloire. Il vient pour vous ; et sous la figure de la mort, qui vous paroît si hideuse, il vous apporte sa grâce , son royaume, sa félicité éternelle, des richesses inestimables, des plaisirs sans fin. Ouvrez donc à un si bon maître ; et donnez-lui de bon cœur cette âme , qu'il ne redemande que pour la rendre bienheureuse.

Septièmement : S'il vient à la seconde veille , et s'il vient à la troisième ^ Remarquez : il ne parle point qu'il vienne jamais de jour : il surprend toujours. On ne le voit pas, et il se cache dans les ombres de la nuit ; et cependant l'homme

'Luc. XII. 37. — - Malth. xx. 28. — ' Luc. xii. 38.

suu l'évangile. 253

on se donne toujours bien des années; et cependant l'expérience fait voir qu'il surprend toujours : il vient à l'heure qu*on n'attend pas, et au jour qu'on n'espère pas ' .

Huitièmement : ce père de famille, qui vient avec tant d'amour, pour nous donner des biens éternels sous la figure de la mort, prend encore une autre figure , celle d'un voleur^ : c'est-à-dire , celle d'un ennemi , qui vient nous ravir tout ce que nous possédons et que nous aimons. Premièrement , les biens temporels et les plaisirs des sens, dont nous faisions noire bonheur. Tout d'un coup tout nous sera enlevé : ces biens passeront en d'autres mains : ces plaisirs se dissiperont comme une fumée, comme une paille que le vent emporte. Secondement, il nous ôtera les biens spirituels : tant de pensées de conversion , tant de désirs imparfaits qui nous amusoient, qui nousendormoient dans la mort. Tout cela nous sera ôté ; et nous verrons malgré tous ces foibles commencements de bonne volonté, de bons sentiments et de vertus, qui nous faisoient dire : Je suis riche ; nous verrons que nous sommes pauvres, misérables, aveugles, nus, dignes de pitié; ou plutôt indignes de pitié, à cause de notre malice ; sans aucun de ces biens, qui nous ouvrent la porte du ciel, ainsi qu'il est écrit dans l'Apocalypse ^

En neuvième et dernier lieu. Pesons ce mot : Soyez prêts*. Que vos comptes soient en état : que vos dettes soient payées : que vos desseins soient accomplis : car après ce moment il n'y a rien à espérer. Quelle angoisse ! quelles sueurs à la vue de ce maître rigoureux, qui vous pressera de rendre compte! Vous paierez par le dernier et inévitable supplice ce que vous n'aurez pas volontairement payé par vos bonnes œuvres.

JiXXXVIl'" Jour. L'économe fidèle et prudent : sa récompense. (Ibid.)

Pierre lui dit : Seigneur, est-ce pour nous que vous dites cette ^ parabole : ou pour tout le monde * ? Nous tromperez- vous comme les autres, nous qui sommes les dispensateurs de vos mystères ? Nous serez-vous un voleur qui nous surprendra , ou un

• Matth. xxiv. 50. — ' Luc. xxii. 39. — ^ Apoc. m. 17. — * Matth. XXIV. 44. — ^Luc. XI!. y.

maître impitoyable qui arrivera tout d'un coup pour nous punir ? Il lui répond par la parabole de Téconome , ou de l'intendant d'une maison , à qui le maître a donné la charge de tbul , et en particulier celle de sesconsérviteurs. C'est la ligure des supérieurs et supérieures , chacun selon son degré, et le poste où il est établi.

Le maître a établi cet économe, cet intendant, ce dispensateur, pour être fidèle : pour être prudent : pour donner la nourriture à sa famille : pour lui donner dans le temps : pour la lui donner avec mesure '. Te voilà , ô Pierre ! Vous voilà , pasteurs? Il faut être fidèles : donner fidèlement ce que le maître a mis en vos mains pour le distribuer, les instructions, les sacrements. Voilà ce que c'est qu'être fidèles : ne s'attribuer rien ; ne rien retenir de ce qu'il a voulu que vous donnassiez. 0 économe? ô intendant spirituel ! tu n'as rien à toi, tu n'as rien pour toi, puisque toi-même tu es tout aux autres : Tout est à vous , soit Paul , soit Céphas , tout est à vous : et vous êtes à Jésus-Christ, disoit saint Paul ^ Tout est à vous. Il faut donc être fidèle , et se donner tout entier au peuple de Dieu. Mais outre la fidélité, il faut la prudence , pour donner dans le temps , pour donner avec mesure : prendre les moments favorables d'une affliction , du ralentissement d'uno passion , d'une maladie, d'une grande perte : être attentifs à ce moment : voyez. Dieu vous avertit ; Dieu vous frappe ; Dieu vous réveille. Voilà le premier elTet de la prudence : prendre le temps : sinon on rendra compte à Dieu du moment perdu , et de la damnation de son frère. Le second : donner avec mesure; pas plus qu'on ne peut porter : ne donner pas le saint aux chiens, ni les perles aux porceaux^ : ne prêcher pas les hauts mystères de la communication avec Dieu aux âmes encore impures, qui ont besoin qu'on les étonne, qu'on les effraie : ne donner pas l'absolution ni la communion précipitamment; no , la donner pas aux chiens et aux porceaux , aux âmes encore impures : aller par degrés : gagner peu à peu. Mais néanmoins il vient un temps qu'il n'y a point de temps, qu'il n'y a point de mesure à garder. Ici on dit : Ne reprenez pas ,

Luc. XII. 42. — ' L Cor. m. 22. 23. — ^ Matth. vu. C.

SUR L*ÉyANGILE. 255

msÀs avertissez^ : là, il faut reprendre avec modestie \ ailleurs : Reprenez durement^, ailleurs : Dans le temps , hors du temps, à propos et hors de propos * : autrement tout est perdu. Voilà donc la ûdélité et la prudence d'un bon serviteur.

Deux choses nécessaires à régler, le fond et la manière. Le fond , il faut donner : soyez fidèle. La manière : il faut donner à propos , et avec les proportions , les convenances requises : autrement vous n'êtes pas ce serviteur digne que le maître remploie à gouverner sa famille ; parce que vous ne donnez rien par infidélité , ou lorsque vous donnez , ce que vous donnez tourne à rien par votre imprudence.

Remarquez ici un faux zèle. Un supérieur , un pasteur ne prêche pas : il est infidèle. Il prêche , il instruit , mais rudement , mais hors de propos : il ne fait rien , parce qu'il est imprudent.

A un tel serviteur, qui dispense bien ce qui lui est confié, le maître lui donnera tout ce qu'il possède * : et non-seulement son royaume, mais encore lui-même. Car si le père de famille , qui n'est qu'un homme , est si juste , que trouvant son serviteur qui a bien usé du pouvoir et des biens qu'il lui a mis en main pour les dispenser, il l'élève à de plus hauts emplois , et lui donne un plus grand pouvoir : combien plus Jésus-Christ, qui est la justice même, augmeutera-t-il les biens de ses serviteurs , qui auront bien dispensé ceux qu'il leur a déjà donnés?

Pesez ces mots : Il leur donnera tout ce qu*il possède : c'est un Dieu qui parle : que ne possède- t-il pas? Mais tout est à nous dès que nous usons bien de ce qu'il nous donne.

LXXXVIII. Jour. Le serviteur méchant et violent : sa punition. (Ibid.)

Nous avons vu le bon serviteur avec ses deux bonnes qualités, la fidélité et la prudence. Voyons maintenant la peinture que Jésus-Christ fait du mauvais dispensateur de ses grâces et de ses mystères.

^ 1. Tim. V. I. — 2 ij. xim. n. 2:>. — ' Tit. i. 13- — * II. Tim. iv. 2. — ^Luc. XI!. 44. Matth. xxiv. 47.

â56 MÉDITATIONS

Ce serviteur dit en son cœur ' . Il ne le dit pas en termes' exprès : mais il agit sur ce fondement, et il le dit par ses œuvres.

Mon maître tarde. Malheureux qui croit échapper ses mains, à cause qu'il ne frappe pas d'abord ; ou qui s'estime heureux, à cause qu'il retarde son dernier supplice.

Il bat les serviteurs et les servantes : il abusef de son pouvoir; il les maltraite : quelquefois en les frappant véritablement : ce que saint Paul défend , en disant , que Vévêque ne doit point frapper, ni être violent * : à quoi il faut aussi rapporter les injures et les duretés qu'il leur dit , qui sont une espèce de plaie à la réputation, et à la vie de Thonneur. Mais le grand coup que donne ce mauvais économe à ses conservileurs, c'est lorsqu'il les scandalise; car alors il frappe leur conscience foible ; en quoi il pèche contre Jésus-Christ ; et fait pécher son frère^ pour qui Jésus-Christ est mort^.

« Manger, boire, s'enivrer *, Le royaume de Dieu n'est pas » la viande , ni le boire ; mais la justice et la paix , et la joie » dans le Saint-Esprit*». Voilà le festin du bon économe de Jésus-Christ.

Le serviteur qui connoit la volonté de son maître ' : Il veut dire, que celui qui est établi dispensateur, sachant mieux que les autres ce que veut le maître, puisqu'il le doit prêcher aux autres , sera plus puni : m^is celui qui ne la sait pas, ne sera pas exempt du supplice ' : et cette moindre punition que le maître de famille lui réserve , ne laissera pas d'être terrible ;

car il n'v a rien de foible ni de médiocre dans le siècle

futur.

Deux règles de la justice éternelle : l'une, de punir davantage celui qui sait davantage; parce qu'il pèche contre sa science et par malice : l'autre , de redemander plus à celui à qui on a plus donné* ; parce qu'il est chargé de plus de choses, et par conséquent il a un plus grand compte à rendre. Ne vante donc pas ta science , qui ne sert qu'à te rendre plus coupable. Ne te glorifie pas de tes dons , qui ne font que t'o- .^

^ Luc. XH 40. — ^ I. Tim. m. 3. — ^ I Cor. Vlll. 11.12. — * Luc. XII. 45. — * Rom. XIV. 17. — * Luc. xil. 47. — ' Ib. 48. — • Luc. xn. 48.

SUR LEVANG1LI<:. 257

bliger à un plus grand compte. Ne t'excuse pas aussi , sous prétexte que tu ne sais pas; car c'étoit à toi à f instruire. Ne te tlatte pas , sous prétexte que le maître ne te menace que de peu : car c'est un peu par comparaison, qui ne laisse pas en soi-même d'être très-grand; parce que tout est grand , tout est fort dans le règne de la vérité et de la justice, où Dieu se veut faire sentir tel qu'il est.

LXXXIX* Jour. Vierges sages, et folles. (Matth. xxv. 1—13.)

C'est sous une autre figure, un autre avertissement de se tenir prêt. Combien Jésus le répète-t-il ? Et cependant nous sommes sourds. Il semble n'avoir destiné les derniers jours de sa vie, qu'à nous préparer à la mort , et que ce soit là sqâ unique affaire : c'est en effet celle d''où tout dépend.

Dix vierges \ C'est un état saint, qui n'est pas donné à tout le monde : ainsi qu'il le dit ailleurs : Tous n'entendent pas cette parole^ mais ceux à qui il a été donné ^ En voici dix qui ont entendu celle haute parole , à qui ce don excellent a été donné : et néanmoins il y en a cinq qui périssent. Tremblez donc , vous tous qui avez reçu ce don , et apprenez à le faire valoir.

Cinq étoient folles ^ : sans précaution, sans prévoyance.

Ces folles ne prirent pas de l'huile. Elles disent : L'huile nous manque, nos lampes s'éteignent, La charité leur manque : les bonnes œuvres leur manquent : la charité, le plus excellent de tous les dons, sans quoi tous les autres, et même celui de la prophétie, et même celui du martyre, n'est rien ; ni par conséquent celui de la virginité.

Elles sommeillèrent, et elles dormirent \ Celles qui ont de l'huile leur provision, peuvent demeurer tranquilles : mais les autres, elles doivent profiter du temps pour acheter de l'huile, et amasser de bonnes œuvres.

Donnez-nous de votre huile\ Ainsi parlent ceux qui, sans se soucier de faire eux-mêmes de bonnes œuvres, mettent toute leur espérance aux prières et aux mérites des saints.

Remarauez: Elles s'éveillent toutes : toutes elles se lèvent :

' Matth. XXV. I. — 2 Ibid. xix 11. \'2. — ' Ib. XXV. 3. 8. — • Ib.

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