Ib
toutes elles préparent leurs lampes* : et néanmoins cinq périssent, et sont excluses du festin. Ce ne sont point des personnes vicieuses, ni insensibles , ni tout à fait sans bonnes œuvres : elles commencent beaucoup , et n'achèvent rien. 0 combien périront par ce défaut !
Nous n'en avons pas pour nous et pour vous ^ Chacun de nous portera son fardeau au tribunal de Jésus-Christ. Que chacun s'éprouve soi-même : car en cette sorte il aura sa gloire en lui-même : et non dans les autres ^ : car encore qu'en un autre sens, nous devions par la charité porter les fardeaux les uns des autres : néanmoins en ce dernier jugement, chacun serajugé^ non selon les œuvres des autres, mais selon les bennes \
Allez à ceux qui en vendent ^ : Vous à qui Fhuile manque : vous qui ne méritez pas de véritables louanges, allez à ceux qui les vendent : allez aux flatteurs , qui , par un bas intérêt, vous feront accroire avec tous vos vices que vous êtes vertueux.
Pendant qu'elles alloient acheter ; pendant que leurs flatteurs les amusoient, par la vaine opinion qu'ils leur donnoient de leur sainteté : V époux vint, elles vinrent tard; et la porte leur fut fermée ®.
Elle est fermée pour ne s'ouvrir plus : et votre exclusion est sans remède.
Seigneur, Seigneur! ouvrez-nous ' : Voyez qu'elles ne sont pas de celles qui n'ont point de soin de bien faire, ou qui négligent entièrement leur salut. Ce sont des vierges , séparées des sens et des plaisirs : il n'est pas dit qu'elles souillent leur chasteté : elles ont des lampes : elles dorment à la vérité, et ne sont pas sans beaucoup de langueur ; mais enfin elles s'éveillent : elles vont avec diligence acheter de l'huile : elle font imparfaitement quelques bonnes œuvres: enfin elles accourent et avancent jusqu'à la porte : elles frappent même^ et disent : a Seigneur, Seigneur » ! Mais « tous ceux qui m'ap- » peiient, Seigneur, Seigneur! n'entreront point pour cela
• Matth. XXV 7. - Mb. 9. — = Gai. vi. 2. 4. 5. — *MaUli. xvi.27. — >• Ib. XXV. y. — * Ib. 10. — " Ib. 1 1 .
» dans le royaume des deux '. Je n'ai pas trouvé tes œuvres » pleines devant mon Dieu '».
La pénitence tardive frappe vainement, parce qu'elle n'est pas pleine, ni sincère. Viendra le temps qu'encore qu'on frappe, on n'entrera point. C'est ce que disolt saint Jacques : (( Vous demandez, et vous n'obtenez pas, parce quevous de- » mandez mal ^). Ce qui arrive àceuxqui demandent la prolongation de leurs jours, non pour faire pénitence, mais pour les employer à leurs convoitises. Vient enfin le dernier moment, et les hommes croient qu'on demande bien, mais celui qui sonde les cœurs, sait le contraire, et il nous renvoie, M avec les hypocrites et les infidèles, où il y aura des pleurs, » et un » éternel « grincement de dents * i>.
En vérité, je vous le dis : Je ne vous connois pas ^ C'est la vérité éternelle qui vous parle , et qui se prend elle-même à témoin. Vos flatteurs vous promettent tout; mais moi je vous tiens un autre langage. Et quel langage? Ja ne voits connois pas. Malgré vos bons désirs, vos volontés imparfaites, vos commencements de ver^u, je ne connois en vous ni mon image que j'y avois formée, ni le caractère de chrétien, ni celui d'homme raisonnable, ni rien enfin de solide ni de véritable. Allez, je ne vous connois point : vous n'êtes donc pas de mes brebis ; car je connois mes brebis , et je leur donne la vie éternelle ^ Vous n'avez donc rien à prétendre, vous que je ne connois pas. 0 que me serviront tant d'amis! tant de connoissances! Tout le monde , toutes les cours vous louent, vous connoissent; de grandes entrées partout ; mais que vous sert tout cela, si Jésus-Christ ne vous connoît pas?
Cherchez pourquoi Jésus-Christ ne connoît pas ceux qui semblent le connoître si bien, et qui l'appellent deux fois. Seigneur^ Setgneur. C'est que celui qui dit^ quil le connoît, et ne garde pas ses commandements est un menteur \ Mais il en garde une partie : Jene vous connois pas. Soyez parfaits , comme votre père céleste est parfait ^ : autrement il ne vous connoît pas.
• Matlh VII. 21. — -Apoc. m. 2. — ' Jac. iv. 3. — * Maltli. xxiv. 51. — Mb. XXV. 12.— *' Joaii. X. 14. 18. — ' I. Joau. ii. 4. ■— ' Matth. v. 48.
XC*" Jour. Parabo!e des dix taleuts^ et des dix mines. (Matth. XXV. 14—30.
Luc. XIX. 12—27.)
La parabole des talents, et celle dee mines, semble avoir été prononcée en confirmation des dernières paroles que nous avotis lues de saint Luc : Celui à qui on donne beaucoupy on lui redemande becucoup,
A chacun selon sa vertu * : il parle ici des grâces qui sont données en récompense, ou du moins en conséquence d'autres grâces : mais il faut toujours se souvenir qu'il y a les premières grâces qui ne sont pas données de cette sorte, et qui sont absolument gratuites, ce qui paroît en d'autres lieux de TEvangile. Ici nous avons à considérer la distribution des grâces qui sont les suites des autres, et Tordre des récompenses. Et ce qu'il y a premièrement à observer, c'est la proportion et. les convenances. On donne à chacun selon sa vertu : ehacun travaille et profite à proportion de ses talents ; chacun est récompensé selon son travail. « Celui qui acinq talents, o gagne cinq talents. Celui qui en reçoit deux en gagne deux '. » Celui dont la mine en a produit dix , reçoit dix villes : et » celui dont la mine en a produit cinq , reçoitcinq villes ' » : et il ne reste qu'à admirer l'exactitude de la divine justice , par rapport à l'exactitude et à la fidélité d'un chacun.
Celui qui enfouit son talent et sa mine, est jeté lui-même dans le cachot et dans les ténèbres : et non-seulement il ne reçoit rien, ce qui lui étoit dû trop visiblement ; mais encore il est puni de sa négligence.
Outre la récompense particulière que chacun reçoit à proportion de son travail, tous reçoivent la commune récompensîè ; d'entrer dans la joie de leur Seigneur * , et d'être rendus participants de sa fidélité.
Tout est donc ici dans une entière proportion; la peine, la récompense. Il y en a une commune à tous pour la fidélité qui l'est aussi : il y en a de particulières selon la diversité du travail : et tout l'ordre de la justice est accompli. 0 Dieu ! je chanterai vos louanges sur votre justice, et sur votre vérité.
' Matth. XXV 25. — '-Matth. xxv. 20. 22.— ' Luc. xix. 16. 17. lî). — * Matth. XXV. 21.23.
SLU l/ÉVANCILE. 261
tl ;piaroît par la même» raison de proporlion et d\^gnli!é, 4|ue si celui qui avoil reçu cinq talents ou deux talents, avoit «été paresseux , il auroit été plus puni que celui qui n'en •avoîitTeçu qu'un ; et il n'y a plus à chacun qu'à examiner ce qu'il a reçu, pourvoir ce qu'il a à craindre. 0 mon Dieu I que v«us ai-je rendu pour la foi que vous m'avez donnée ; pour tant de saintes instructions , pour tant de lumières, pour tant de crimes pardonnes , pour tant de temps, et pour votre lon~ î^ue patience! 0 Dieu! que vous ai-je rendu? et ne vous ayant rien rendu, que dois-je craindre?
« Entrez dans la joie de votre Seigneur : jetez ce mauvais w serviteur dans les ténèbres extérieures ' ». L'un est mis dedans, Tautre dehors : l'un dans la joie, et dans la lumière, Tautre dans le désespoir et dans les ténèbres. 0 heureux sort do l'un ! O crue) partage de l'autre !
Entrez dxmslajoie de votre Seigneur, « La joie entre nous » lorsqu'elle est médiocre : mais nous entrons dans la joie», dit saint Augustin , « quand elle surmonte la capacité de notre » âme , qu'elle nous inonde, qu'elle regorge, et que nous en » sommes absorbés; qui est la parfaite félicité des saints ».
Ce qui fait le malheur de ces ténèbres, c'est qu'elles sont «xlérieures. La seule séparation rend le malheur des réprouvés extrême et insupportable : de là ce pleur éternel , de là «e grincement de dents. Si vous n'êtes mis dedans ; si vous n'entrez dans la joie; toutes sortes de maux tombent survous, €l la seule séparation vous les attire.
Chassez le serviteur inutile, et mettez-le où règne le désespoir. S'il n'avoit rien reçu, il n'auroitpas tant à s'affliger ; mais il a eu le talent ; il l'a négligé : c'est pourquoi son déplaisir n'a point de mesure.
'Pleur et grincement de dents '.Profonde tristesse dans l'un, «et rage dans l'autre. Il est en fureur contre lui-même, parce qu'il n'a à imputer qu'à lui-même, le malheur dont il est -accablé.
(( Je sais que vous êtes un homme difticile : vous moisson- ■») uez où vous n'avez point semé : vous ramassez où \o\\^
' \h. \\\ Tl. 30. - ■ MaUli .{0.
262 MEUITATIOKS
» n'avez point répandu ' ». A Dieu ne plaise , que Dieu soit ainsi : car , où n'a-t-il pas semé, et quels dons n'a-t-il pas répandus ? Mais Jésus-Christ nous veut faire entendre par cette espèce d'excès , combien est grande la rigueur de Dieu dans le compte qu'il redemande. Car il n'y a rien qu'il n'ait droit d'exiger de sa créature infidèle et désobéissante, dont le fonds étant à lui tout entier, il a droit de punir son ingratitude des plus extrêmes rigueurs.
Serviteur mauvais et paresseux ^ : Mauvais, parce qu'il est paresseux : qui doit tout à la divine justice, seulement pour n'avoir rien mis à profit pour elle.
Tu seras jugé par ta bouche \ La lumière de la vérité qui parle en nous, prononcera notre sentence : chacun avouera son crime, et ordonnera son supplice. On aura d'autant moins de consolation, qu'il ne restera aucune excuse, ni par conséquent aucune espérance , aucun adoucissement : car on prononcera cela mêmecontre soi, qu'il n'y en doit avoir aucun. De là cette profondeur et cet abîme de tristesse. 0 mon Dieu, la seule vue m'en fait horreur : que sera-ce du sentiment et de refl*et?
Otez'lui son talent, ôtez-lui sa mine, et donnez-la à celui qui en a dix *. Comment est-ce que les élus profilent des grâces que les réprouvés auront perdues? Tiens bien ce que tu as, dit- il , de peur qu'un autre ne reçoive ta couronne *. Les justes profitent de tout, et autant de la négligence des autres qui les instruit, que de leur propre travail.
« A celui qui n'a pas, ce qu'il semble avoir lui sera ôlé *, » Ce qu'il semble avoir » ; il n'a rien en elTet, parce qu'il ne garde rien. Un panier, un vaisseau percén'a jamais d'eau , parce que celle qu'il reçoit, il la perd dans le même instant. Ame cassée et brisée, où l'eau de la grâce ne tient pas, elle n'a jamais rien de propre : et cependant ce qu'elle semble avoir, lui sera encore ôlé. Elle demeurera sèche, dépouillée, sans bien, sans lumière, sans aucune consolation même passagère; et il est juste : car il falloit lui ôter tout ce qu'elle
' Matlh. XXV. 30. ?4. — = Ib 26. — » Luc. 19. 22. — * Ib. 24. — ^ Apoc III. U. — " Matth. xxv. 29.
gardoit mah 0 mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu! puis-je souffrir la vue de ma pauvreté, de ma douleur, de mon désespoir on cet état malheureux? H faut donc prévenir ce mal pendant qu'il est temps.
XCI*' Jour. Jugcincut dernier. (Matth. xxv. 31, jusqu^à la fin.)
Après avoir préparé ses fidèles au jugement dernier avec tant de soin, il est temps qu'il nous fasse voir ce jugement et c'est ce qu'il fait dans le reste de ce chapitre.
Qitand le Fils de V homme viendra en sa majesté , et tous ses anges avec lui '. Quelle majesté ! quelle suite ! que d'exécuteurs de sa justice ! Mais comment viendra-t-il ? Dans une nuée éclatante^ : du plus haut des cieux; de la droite de son Père. Avec ses anges. Il est donc le Seigneur des anges comme des hommes. // s'assiéra dans le siège de sa majesté : et toutes les nations seront assemblées devant lui \ Quelle journée ! quelle séance ! Qui ne tremblera alors? « Devant ce grand » roi assis dans le trône de son jugement», qui «dissipera » tout le mal par un coup d'œil ; qui osera alors se glorifier » d'avoir le cœur pur ; etqui osera dire : Je suis innocent*»? Qui pourra paroître devant celui , qui a les yeux comme un flamjjeau ardent, comme la flamme du feu le plus pénétrant et le plus vif, qui sonde les cœurs et les reins, et qui donne à chacun selon ses œuvres ^ Toutes les consciences seront ouvertes en un instant , et tout le secret en sera manifesté à tout l'univers. Oii se cacheront ceux qui mettoient toute leur confiance à se cacher : dont les actions étoient honteuses , même à dire et à penser ^ ? et qui verront tout à coup leur turpitude révélée devant tous les anges, devant tous les hommes; et ce qui renferme en un mot toute confusion et toute honte , devant le Fils de l'homme, dont la présence, dont la sainteté , dont la vérité convaincra et confondra tous les pécheurs ? Voilà celui que vous nommiez votre Maître : pourquoi ne gardiez -vous pas sa parole? Voilà celui que vous appeliez votre Sauveur : (luel usage avez-vous fait de ses grâces? Voilà celui que vous
' MatUi. XXV. 31. — 2 F^iic. xxi. 27. — ^ Mattfc. xxv. 32. — * Prov. x\. 8. 9. — ^ Ap«)c. II. 18. 7.3. — « Eph. v. 1 2
attendiez comme votre Juge : comment ne Irembliez-vous pas à son approche, et à la seule pensée de son jugement? Vous croyez avoir tout gagné en vous cachant , en détournant vos yeux, en gagnant du temps. Vous y voilà maintenant devant ce tribunal : la sentence va être prononcée : sans délai : en dernier ressort : et elle sera suivie d'une prompte et inévitable exécution.
XCII* Jour. Séparation des justes et des impies. (Ibid.)
(( 11 les séparera les ans des autres , comme un pasteur » sépare les brebis d'avec les boucs ». Il dit ailleurs, que « les » anges feront cette séparation; et sépareront les justes d'à- )) vec les impies. Les uns seront à la droite, et les autres à la » gauche ' ». Que n'aura point à craindre alors la troupe des impies? Ce qui est cause que Dieu ne répand pas sur elle toute sa colère, c'est Je mélange des bons et des mauvais : et il épargne les uns, pour l'amour des autres. Après la séparation , quelle vengeance î Mais quelle horreur aura-t-on des mauvais? ils se cachent ici parmi la foule, et se mêlent avec les bons : là , que toute leur difformité paroîtra, et qu'on les comparera ave les justes pltis resplendissants que le matin '\ et avec le Fils de l'homme qui est la justice même , qui les pourra souffrir : et qui se pourra souffrir soi-même? 0 montagnes ! cachez-nous : ô collines ! tombez sur nous^. Dans quelle compagnie es-tu, malheureux? On a honte de se trouver avec un seul scélérat : tu seras avec tous les méchants , et tu en augmenteras le nombre infâme : chacun portera sur le front le caractère de son péché. 0 comment pourra-t-on soutenir la lumière d'un si grand jour, el comparoîlro devant le Fils de l'homme !
Qu'attendons-nous davantage ? La séparation est faite. Hypocrite ! qui cachois si bien ton iniquité, et qui te joignois à la Iroupe des gens de bien ; te voilà tout d'un coup à ht gauche : avec Caïn , avec Nemrod , avec Antiochus, avec Judas , avec Caïphe , avec tous ceux qui ont crucifié Jésus- Christ , el massacré ses prophètes, ses apôtres, ses martyrs ;
' Matlh. XXV. 32. 33. Xili. 40. — ' Prov. iv. 18. — •* Lur. xxiil iiO.
Sru LÊVANG1LE. 265
avec (ous les scélérats , tous les impies , tous les hérétiques , tous les infidèles, tous les idolâtres, tous les Juifs, tous les impudiques , tous les voleurs ; avec ceux dont le seul nom fait horreur : pis que tout cela, avec les démons, qui ont inspiré et animé tous ces méchants. C'est avec eux qu'il faudra vivre; si c'est là une vie, que de ne vivre que pour son supplice ou pour sa honte. 0 néant ! je iMnvoque : c'est en toi que je mets mon espérance : ô néant ! reprends-moi dans tes abîmes : pourquoi en suis-je sorti? par où y rentrerai-je? Il faut être pour périr toujours. Toi qui disois : Tout meurt avec moi ; mon âme s'en ira comme un soufHe : la voilà toute vivante. Voilà même ton corps dissipé qui a repris sa forme et sa consistance : te voilà tout entier. Mais pourquoi? pour un opprobre éternel : pour voir toujours^ Et quoi? son crime, son infamie , son ordure, celle des autres, les méchants, leur infâme société, le peuple ennemi, les démons, une implacuble justice contre une méchanceté incorrigible. 0 mes tristes yeux ! que verrez-vous donc alors ? Ah ! que ne peut-on être aveugle, pour ne voir point ces horreurs! Mais on verra, mais on sentira tout le mal possible : tout le mal qui est dans le crime , tout le mal qui est dans la peine. Fuyons , fuyons le péché ; puisque si on ne le fuit, on ne pourra fuir le supplice. Pénitence, pendant qu'il est temps : fléchissons la face du juge : prévenons-la par la confession de nos péchés. Pleurons, pleurons devant celui qui nous a faits "^ : pleurons, avant que de tomber dans ces pleurs irrémédiables et intarissables: pleurons avec saint Pierre, de peur d'aller pleurer éternellement et inutilement avec Judas et tous les méchants.
XCllP Jour. Venez bénis : Allez ir.audits. (Ibid.)
Alors le roi dira à ceux qui sont à la droite : Venez ^ : aux autres : Allez : à ceux-ci : Venez ; vous êtes déjà avec les jusles : venez avec moi : venez à mon trône, dans lequel vous serez assis avec moi ^ ; car je l'ai promis.
0 paroles qu'on ne peut assez méditer! Venez : Allez. Tairons-nous : tais-toi, ma langue : les expressions sont trop
' Dan. XII. •>. — = Ps. XCIV. fi. — ^ ivratth. xxv. .'ji. 'il. — ' Apoc. Ml- '}.\.
266 MÉDITATIOISS
foibles. Mon âme , pèse ces mois qui comprennent lout le bonheur et le malheur : et toute l'idée de Tun et de Tautre : Venez : Allez : Venez à moi , où est tout le bien. Allez loin de moi , où est tout le mal.
Venez, les bénis, les bien-aimés de mon Père : autrefois maudits et haïs des hommes ; mais dès lors bénis de mon Père , dont la bénédiction se déclare en ce jour : a venez posséder » le royaume qui vous étoit préparé ' ». Venez, « petit trou- » peau : ne craignez plus rien , puisqu'il a plu à votre Père » de vous donner son royaume'». Venez, venez, venez : « en- » trez dans la joie de votre Seigneur'^ » : jouissez de son royaume éternel. 0 venez, venez! Quelle parole! quelle joie ! quelle douceur ! quel transport !
Un royaume: quelle grandeur! Un royaume préparé de Dieu: et de Dieu comme Père : et préparé pour un Fils unique , éternellement bien-aimé ; car c'est le même qui est aussi préparé pour les élus. Enfants de dileclion et d'élection éternelle ; vous avez assez souffert, assez attendu ; venez maintenant le posséder. On ne possède que ce qu'on a pour l'éternité : le reste échappe et se perd.
XCIV*' Jour. J'ai eu faim : j'ai eu soif. Nécessité de l'aumône : sou mérite
et sa récompeuse. (Ibid.)
« J'ai eu faim : j'ai eu soif : j'ai été nu : j'ai été malade et » en prison'». C'est par la même raison qui lui fait dire: )) Saul, Saul , pourquoi me persécutes-tu »? et : « Je suis » Jésus que tu persécutes » » : c'est par la société , ou plutôt par l'unité qui est entre le chef et les membres ; c'est parce qu'il est le cep , et que nous sommes les branches MWais il faut ici remarquer, que les pauvres sont de tous ses membres , ceux dans lesquels il est le plus.
Tous lès Pères relèvent ici l'avantage et le mérite de l'aumône, que Jésus-Christ vante tant, et qu'il vante seule dans le siège de sa majesté, dans son dernier jugement; à qui seule il attribue la vie éternelle. Ils démontrent aussi par le même endroit la nécessité de l'aumône ; puisque manquer de la faire
' Matth. x\v. 34. — = Luc. xil. 32. — ' Mattli. xxv. 21. 23. — * Ib. 3>. 3<>. — ■' Act. IX. 4. 5. — " Joau. xv. 1. 5.
est un crime, et le seul crime que le juste juge allègue pour la causedeladamDation. Et la raison en est évidente, en ce que :
Premièrement : si le précepte de la charité est l'abrégé de la loi et des prophètes, comme il dit lui-même ; il étoit juste de renfermer dans la charité toutes les bonnes œuvres , et dans la privation de la charité toutes les mauvaises.
Secondement, comme dit saint Jean : Celui qui n'aime pas son frère qu'il voit , comment aimera-t-il Dieu qu'il ne voit pas * ?, Ainsi la même justice qui Foblige à punir le monde pour le défaut de la charité, Toblige aussi à marquer le déhmt de la charité dans son effet le plus sensible , qui est la charité envers les frères.
Troisièmement : les deux préceptes de la charité , dans lesquels, comme on vient de dire, consistent la loi et les prophètes , sont renfermés manifestement dans ces paroles : « J'ai eu faim : j'ai eu soif : o et , « toutes les fois que vous » l'avez fait à un de mes frères , vous me Tavez fait à moi- » même' » : puisqu'il nous montre par là que le motif d'exercer la charité envers le prochain , est la charité envers Dieu.
Quatrièmement : tous les péchés sont en quelque sorte renfermés dans le défaut de l'aumône ; parce que dans l'aumône étoit renfermé le remède de tous les péchés , conformément à cette parole : Rachetez vos péchés par l'aumône \ Et encore : La charité couvre la multitude des péchés*. Et encore : Faites Vaumône, et tout sera pur pour vous \ Ainsi tous les hommes étant pécheurs , et par là exclus en rigueur du royaume des cieux, ce qui les en exclut en dernier lieu, c'est de négliger le remède.
Cinquièmement : la vie éternelle nous étant donnée à titre, de miséricorde et de grâce , la justice demandoit que cette miséricorde nous fut accordée au prix de la miséricorde ; conformément à cette parole : « Bienheureux les miséricor- » dieux, parce qu'ils obtiendront la miséricorde S) , et encore : « Jugement sans miséricorde à celui qui ne fera pas miséri- » corde' ».
Sixièmement. Comme les miséricordes de Dieu éclatent au
' I. Joaii. IV. 20. — ' MatUi. xxv. 35. 40. — ^ Dan. iv. 24. — * I. Pet. IV. 8. — * Luc. XI. 41. — " Matth. v. 7. — " Jac. il. 13.
268 MÉDITAIIONS
dessus de toutes ses œuvres \ selon ce que dit David : ainsi eu est-il des miséricordes de rhomme ; et les œuvres de miséricorde dévoient principalement êlre célébrées au jugement dernier, comme les plus éclatantes de toutes les autres , et comme celles qui nous rendent le plus semblables à Dieu , conformément à cette parole : « Soyez miséricordieux, comme » votrePère céleste est miséricordieux' ». Ce qui répond à cette parole : « Soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait *» : ainsi que la conférence des deux passages le fera paroîire. Ainsi la perfection où nous devons tendre principalement, et par là nous rendre semblables, comme le doivent de vrais enfants, à notre Père céleste, estcelle d'exercer la miséricorde.
Pour ces raisons , tout est renfermé dans les œuvres de miséricorde : et on en pourroit rapporter une iufînité d'autres que chacun pourra suppléer.
11 reste donc à examiner sur Tobligation de Taumône; et sans écouter les vaines excuses dont se flatte notre dureté , considérer sérieusement si nous pouvons apaiser véritablement notre conscience sur un point si décisif de notre éternité.
XCV* Jour J'ai eu faim, j*ai en soif, transportés en la personne de Jésus- Christ. (Ibid.)
Seigneur Jésus, ma vie et mon espérance, je me mets en votre* sainte présence, pour voir et considérer dans votre lumière,, en foi, et en perpétuelle reconnoissance de vos bontés, comment vous avez transporté en vous nos misères et nos infirmités, jusqu'à pouvoir dire ; J'ai eu faim : j'ai eu soif : j'ai été nu , prisonnier, malade, en la personne de tous ceux qui^ ont eu à soufl'rir des maux semblables.
Le fondement de ce transport ! ô Jésus , c'est l'amour qui^ vous a porté à prendre notre nature, et à la prendre non paint' immortelle et saine, comme vous l'aviez faite dans son origine ; car vous ê(es le Verbe par qui tout a été fait * ; vous êtes celui à qui le Père a dit : Faisons l'homme^ : et vous l'avez fait avec lui et avec votre Saint-Esprit, qui est avec le Père et avec vous un seul Dion souverainement parfait. C'est dont
' Va. CXLIV. 0, — • Luc vi. 30. - ' Malth. v. i8. — ' Joun. I. 2 — Gen I. :?(i.
stu l'évangile. 269
vous qui avez tait la nature humaine ; et quand vous Tavez prise , vous n'avez pris que votre propre ouvrage. Mais vous ne l'avez pas prise, encore un coup, saine, parfaite, immortelle , et selon Tâme et selon le corps, telle qu'elle étoit d'abord sortie de vos mains. Vous Favez prise telle que le péché, et votre justice vengeresse Tavoient faite , mortelle , infirme, pauvre : parce que vous vouliez porter notre péché. Vous le vouliez porter sur la croix , victime innocente : yous le vouliez porter durant tout le cours de votre vie. Agneau qui ôtez les péchés du monde* ; mais qui ne les ôtez qu'en les transportant premièrement sur vous. Mais vous êtes le Saint des saints, oint d'une huik excellente au dessus de tous ceux qui prennent avec vous et en ligure de votre personne , le nom de christs ' : car cette huile dont vous êtes oint est sanctiGée, c'étoit la divinité, qui unie à votre sainte âme , et par elle à votre corps viginal, les sanctifioit d'une manière ineffable: en sorte qu'étant le vrai Christ de Dieu, le juste par excellence, et le Saint des saints, comme vous ne pouviez pas transporter sur vous l'iniquité et la tache de notre péché, vous en avez seulement transporté sur vous la peine, le juste supplice, c'est-à-dire, la mortalité avec toutes ses suites. Parla donc vous êtes devenu sensible à nos maux ; Pontife compatissant^^ qui les avez expérimentés ; car, comme dit votre apôtre, « il falloit que vous » vous fissiez en tout semblable à vos frères , afm que vous » devinssiez un pontife miséricordieux et fidèle , pour expier » les péchés du monde * » . Car qui doute que vous ne puissiez nous aider dans les choses que vous avez éprouvées, puisque vous ne les avez éprouvées, que parce qu'il vous a plu, et parce que vous vouliez en les souffrant, faire naître en vous la compassion secourable que vous avez pour ceux qui ont aussi à les souffrir *.
Soyez donc loué à jamais, ô grand Pontife ! qui avez pitié de nos maux : non pas comme les heureux ont pitié des malheureux ; mais comme les malheureux ont pitié les uns des autres, par le sentiment de leur commune misère : non que vous vous soyez jamais tenu pour malheureux parmi les maux
• .îoan. I. 9.9. — ^ Ps. xi.iv. 9. — ' Heb. v. 1. 2. — < Ib. II. 17. — ' Ib. 18.
que vous avez soufferts, vous qui n'avez souffert ni la douleur ni la mort, que parce que vous le vouliez ; à qui aussi personne n'a ôté son âme, mais qui Tavez donnée de vous-même : mais parce qu'il vous a plu de vous mettre au rang de ceux que le monde appelle malheureux ; qu'on vous a vu « cornm^ un » lépreux ; comme un homme chargé de plaies , que Dieu a » frappé et humilié » , en un mot , a comme un homme de » douleurs, et qui savoit par expérience ce que c'est que Tin- » firmité et la foiblesse ' ». En sorte qu'ayant passé par toutes les misères de notre nature pécheresse, et ayant tout éprouvé, excepté le péché, rows ressentez tous nos maux, et vous y compatissez^, comme à des maux qui vous ont été communs avec nous. Et quoique vous n'ayez point été malade de ces maladies particulières , dont nous sommes si souvent exercés : vous avez porté la faim , la soif, la lassitude , la défaillance , qui sont les maladies communes de notre nature. Vous avez porté la frayeur, la crainte , l'ennui , la détresse, jusqu'à Tagonie; qui sont d'autres maladies des plus terribles. Vous avez porté des plaies , qui ont comme mis en pièces votre saint corps, et vous ont fait dire par la bouche de votre pro- |»hète, que vous n'aviez plus de figure humaine \ et que vous étiez un ver et non un homme \ Ce qui a fait dire encore à un autre de vos prophètes : « Nous nous sommés approchés de » lui , nous l'avons regardé de près , et nous ne l'avons pas » connu : il nous a paru le dernier des hommes, et un homme » abîmé dans la douleur ^ ». Vous avez donc ressenti les plus grandes, les plus terribles et les plus douloureuses infirmités du genre humain malade : et si vous n'avez pas eu la fièvre, et les maladies de celle nature , qui pouvoient ne convenir pas à la perfection de votre tempérament, parce qu'elles viennent d'un dérèglement des humeurs, que peut-être vous n'avez pas voulu souffrir en vous ; vous les avez toutes éprouvées dans la mortalité qui en est la source. C'est pourquoi par cette même sensibilité , qui vous a fait compatir à nos autres maux, vous avez aussi compati à nos maladies ; et vous n'avez jamais guéri les malades , ou ressuscité les morts , ou consi-
' Is. LUI. î. 3. 4. — 'Heb. iv. 1 j. — ^s. LUI. 2. — * Ps. xxi. 7. — Ms. LUI. 2. 3.
SUR l'Évangile. 271
déré nos maux , que cette tendre compassion de votre cœur attendri ne vous ait ému. Ainsi vous pleurâtes avant que de ressusciter Lazare. Ainsi vous multipliâtes les pains , touché de compassion du peuple épuisé de travail '. Dans une occasion semblable, vous dites encore : « J'ai pitié d'une si grande » multitude d'hommes : et je ne veux pas les renvoyer sans » manger, de peur que les forces ne leur manquent ^ » . Ces aveugles , qui connoissent combien vous êtes sensible à nos maux, vous disoient à cris redoublés : Ayez pitié de nous. Seigneur, Fils de David, Vous écoutâtes leur voix : touché de compassion vous mîtes votre main miséricordieuse sur leurs yeux privés de la lumière , et ils reçurent lu vue '. Lorsque vous vîtes ce sourd et ce muet, vous commençâtes par gémir en levant les yeux au ciel *, Vous pleurâtes sur les malheurs prochains de Jérusulem \ Ce sentiment de compassion vous suivit toujours, quoiqu'il ne soit pas toujours exprimé. G*est ce cœur tendre et compatissant , ce cœur ému de pitié qui sollicitoit votre bras puissant en faveur de ceux dont vous voyez les souffrances. Ainsi cette compassion fut la source de vos miracles. Ce qui a fait dire à votre évangéliste , que lorsque vous a guérissiez tous les possédés , et tous ceux qui se » trouvoient mal, cela se faisoit pour accomplir cette prédic- » tion du prophète : 11 a pris nos infirmités, et il a porté nos » maladies ® » . Vous les portiez véritablement par la compassion, et vous soulagiez votre cœur en les guérissant.
0 mon Sauveur ! vous avez porté ces sentiments dans le ciel : et quoique vous vous n'yayez pu porter ces larmes, ces gémissements , ces émotions de vos entrailles, ces souffrances intérieures ; que vous ressentiez à la vue de tant de maux dont notre nature est accablée, vous y en avez porté le souvenir, qui vous rend tendre , miséricordieux, compatissant envers tous vos membres, et envers tous ceux qui souffrent sur la terre. Car vous êtes ce charitable Samaritain \ qui avez pitié de tous les blessés, de quelque nation qu'ils soient, plus que les prêtres et les lévites de la loi. Je res*
' MatUi. IX. 36. -= Ib. 'xv. 32 . - ^ Ib. x\. 30 et seq. - * Marc. ix. 2i. -* Luc. XIX. M. -•Matth. viii. 16. 17. Is. Lin. 4.-' Luc. x. 33.
sens donc , mon Sauveur, la vérité de cette parole : J'ai eu faim, j'ai eu soif^ fai été infirme, dans tous ceux que tous ces maux ont aftligés. Otez-moi, ô mon Sauveur! ce cœur de pierre. Que je sois compatissant comme vous : que je puisse dire avec votre apôtre : « Qui est infirme, sans que je le sois? » Qui est troublé et scandalisé, sans qu'un feu intérieur me » consume ' ? Que je me réjouisse » , selon son précepte, « avec » ceux qui se réjouissent », ce qui est facile et agréable à la nature : mais que je pleure sincèrement avec ceux qui pleurent^. Que je puisse dire avec vous : « J'ai faim, j'ai soif, je » suis étranger, sans logement; je suis prisonnier, je suis » malade » en ceux et avec tous ceux qui le sont. Que ma compassion ne soit pas vaine, et qu'elle me porte au secours : que je les soulage efficacement comme cherchant moi-même à me soulager. Mais que je porte ma vue plus loin : que je médite sans cesse que vous avez transporté en vous leurs infirmités ; que vous soufi'rez en eux tous : enfin que vous avez dit, et que vous répèlerez en votre dernier jugement : « Tou- » tes les fois que vous avez donné ce secours à un de mes » frères, » et encore des plus petits, afin que vous ne méprisiez aucune sorte de petitesse ; vous me Vavez donné à moimême ^ A vous la gloire, à vous la louange, à vous l'action de grâces de tous ceux qui souffrent, c'est-à-dire , de (ousles hommes, pour la bonté que vous avez eue de vous approprier et d'a'dopter leurs souffrances, et de les recommander à tous vos enfants, par un précepte qui est le seul dont vous parliez sur votre trône, à la face du ciel et de la terre, en présence des homnes et des anges. Amen, amen.
XCVI" Jour. Venez, les bénis de mon Père : récompense des justes. (Ibid.)
Venez les bénis de mon Père : Allez maudits *. Venez : parole d'amour et d'union : parole de FÉpoux : Venez, mon épouse ma bien-aimée ' : venez dans ma couche nuptiale ; venez à la jouissance de mes immortelles beautés. Car tout cela, sous une autre figure , c'est le royaume qui vous a été préparé :
' II. Cor. XI. 2y. — - Rom. xii. !.>.-- ' Matth. xxv. 40.— » lb.34. iH. — =• Caiil. IV. 8.
SUR l'Évangile. 273
c'est un trône pour signifier la magnificence et Ja gloire : c'est la couche nuptiale, pour signifier Tabondance et la joie, et Taccomplissement du mystère de Famour divin , en faisant avec Dieu un même esprit. A ce Venez de l'époux céleste, réponse de son côté doit dire un autre Venez : Venez mon bienaimé\ C'est ce qu'il faut dire en foi, en espérance en amour, dans l'esprit et avec les sentiments d'une épouse ardente et fidèle. Et Fesprit, et Vépouse disent : Venez : Que celui qui entend dise : Venez ^ : qu'il appelle à chaque moment, et du fond du cœur, l'Epoux céleste. Que votre règne arrive '. Que celui qui a soif vienne : qu'il vienne, celui qui a faim et quia soif de la justice, et qu'il reçoive gratuitement Veau vive* que jelui prépare, gratuitement, par pur amour, par pure miséricorde : car encore que je récompense les œuvres, c'est dans les œuvreslnesdonsque je récompense ic'estàremonteràl'origine ma grâce que je couronne. C'est moi qui préviens: c'est moi (jui attire: c'est moi qui donne le premier. 11 faut donc venir; et en venant m'inviter à venir moi-même, et à dire ce dernier Venez, qui consomme la félicité et l'œuvre de l:i rédemption. Oui, je viens bientôt : Il est ainsi. Amen, Je scelle cette vérité dans les cœurs : Venez, Seigneur Jésus , venez * : c'est par où finit l'Écriture , c'est le dernier avertissement qu'elle nous donne, comme celui qu'elle veut laisser le plus vivement empreint dans nos cœurs.
Venez, les bénis, les chéris de Dieu. 0 mon Sauveur, que j'entende le mystère decette secrète bénédiction, par laquelle vous nous avez bénis avant l'établissement du monde, en nous préparant votre royaume! Mais qu'est-ce, ô Seigneur! votre royaume? sinon votre justice, votre vérité régnante sur les esprits, pour en animer tous les mouvements : « lorsque Je- » sus-Clirist mettra à vos pieds tout le peuple racheté, se » l'assujettissant totalement par l'opération de sa toute- )) puissance » : en sorte qu'il n'y paroisse « que lui, et que » Dieu soit tout en tous, et nous avec lui un même esprit S>, par l'effusion de sa gloire et la parfaite conformité de notre
• Cant vil. 11. — ' Apoc. xxi:. 16. — ' Matth. vi. 10. — * Apoc. XXII. IC. — ^ Ib. 20. — « 1. Cor. XV. 24. 2.5 et seq. Philip, ni. 21. I. Cor. VI. 17.
volonté avec la sienne. Ainsi ce qui fera notre règne , c'est le règne de Dieu sur nous. Lorsque tout lui sera assujetti, tout ira selon le mouvement de son esprit. Maintenant il y a en nous quelque chose de sujet , et aussi quelque chose de rebelle. Mais alors tout sera sujet : et cette sujétion bienheureuse qui est notre parfaite félicité étant accomplie dans le chef et dans les membres , Vamvre de Jésus-Christ sera parfaite. Venez donc, ô bénis de Dieu ! venez à ce bienheiireux royaume ! entrez dans la joie de votre Seigneur.
XCYIP Jour. Retirez-vous, maudits : allez au feu éternel : condamnation
des impies. (Ibid.)
Au lien de ce Venez si ravissant, plein d'une admirable douceur, qui satisfera le cœur de Thomme sans lui laisser rien à désirer : les méchants, les impénitents entendront cet impitoyable ^i/cz, Retirez-vous ' : et où iront-ils, les malheureux ? Où, en s'éloignant du souverain bien, sinon au souverain mal? Où en s'éloignant de la lumière éternelle, sinon à ces ténèbres extérieures, ténèbres affreuses, plus palpables que celles de TÉgyple? Où, en perdant la joie éternelle, si ce n'est aux pleurs, au désespoir , à la rage , au grincement de dents, à réternelle fureur! a Allez : retirez-vous, ouvriers 0 d'iniquité. Retirez-vous, je ne vous connois pas o. Ma marque n'est point en vous : « je ne vous ai jamais connu '». Vos œuvres ont été trompeuses, défectueuses, passagères en tout cas, et destituées de persévérance : vous n'êtes point de ceux sur lesquels est ce sceau de Dieu : a Le Seigneur connoît » ceux qui sont à lui \ Allez , maudits. Vous avez aimé la » malédiction, et elle viendra sur vous. Elle vous est attachée » comme votre habit, comme la ceinture qui vous environne » elle a pénétré la moelle de vos os \ Allez au feu, » arbre infructueux, qui n'êtes plus bon qu'à brûler : allez au feu éternel * : nulle goutte de rosée, nul rafraîchissement ne viendra jamais sur vous. Allez à ce feu qui est préparé au diable : à celui qui dès le commencement n'ayant point voqlu deàÉ^h rer dans la vérité, est menteur et père de mensonge, meurtrier*,
^Mattli. \\\. 41. — ^ Ib. VII. 23. xxv. 12. — ^ II. Tim. ii. 19. — * Ps. cviii. 18. 19. — J^ Matth. xxv 41.
calomniateur, tentateur et accusateur des saints ; d'où vient toute iniquité : allez en sa détestable compagnie, imitateurs de son orgueil etde son impénitence, participez à ses peines : qu'il soit votre tyran, votre bourreau. Puisque vous avez voulu vous mettre dans son esclavage, portez éternellement ce joug de fer , vous qui avez refusé le doux joug de notre Seigneur.
Mais voici le comble des maux : Dieu contre vous avec toute sa justice et sa puissance. Écoutez, tremblez ; c'estluiqui parle : « Si vous ne m'écoutez pas, si vous méprisez mescomman- » déments je mettrai ma face contre vous : j'écraserai votre » dureté et votre orgueil : je multiplierai vos plaies : comme » vous marchez contre moi, je marcherai contre vous avec » un cœur d'ennemi \ Vous serez frappé » tout ensemble dans le corps, « de pauvreté, de peste, de froid et de chaud : » dans l'esprit, de folie, d'aveuglement etde fureur: le ciel » sera de fer sur vos têtes, et la terre d'airain sous vospieds: » votre rosée sera la poussière^ » : vous ne porterez jamais de fruit : « parce que vous n'aurez pas voulu servir le Sei- » gneur en joie et dans l'abondance de toutes sortes de biens, )) vous serez mis dans l'esclavage de votre ennemi, dans la » faim, dans la soif, dans la nudité, dans l'indigence de tout : » il mettra sur vos épaules un joug de fer * ». Outre toutes ces plaies que vous entendez, Dieu vous en enverra de plus terribles qui ne sont point écrites dans ce livre, et qui passent tout ce qu'on peut exprimer parle langage humain : « et comme » Je Seigneur s'est réjoui en vous faisant du bien il prendra » plaisir maintenant à vous perdre, à vous renverser ^ ». Vous serez à jamais sous cette impitoyable verge ; sous cette verge veillante, qu'a vue le prophète ® : car le Seigneur veillera éternellement sur votre iniquité et «ne cessera de vous » briser, de vous mettre en pièces'. Pourquoi crierez-vous » inutilement? Votre plaie est incurable : je l'ai faite à cause » de votre iniquité et votre dure malice », dit le Seigneur par la bouche de Jérémie " : votre endurcissement a causé le mien : vous m'avez rendu inexorable, impitoyable, inflexible : Allez,
' Joan vm. 44. — ' Lev. xxvi. 14. 17. 19. 21. 27. 28. — ' Deul.
XXVIII. 22. 28. 23. 24 'Ib. 47. 48. — Mb 61.63. — •« Jerein. i. 11.
12. — 'Dan. ix. 14. — • Deul. xxvîii. 48. 01. — " Jerem. xxx. 15.
Et ils iront au supplice éternel : et les justes à la vie éternelle '. C'est par là que Jésus finit sa prédication. C'est ce qu'il nous laisse à méditer : et il n'a rien de plus important à dire au peuple.
Après donc qu'il eut fini tous ces discours % il ne songe plus qu'aux préparatifs de sa mort : à la pâque ancienne ; à la nouvelle, aux dernières instructions qu'il voulait laisser à ses apôtres , à la cène, et après la cène , à la dernière prière par laquelle il commença son sacrifice : finalement à sa mort.
XCV1IP Jour. Jérémie figure de Jésus-Christ. Prédictions de ce prophète.
Lequel des prophètes vos pères n*ont'ils point persécuté *? Un de ceux qu'ils ont le plus persécuté pour leur avoir dit la vérité et qui par là s'est rendu une des plus illustres figures de Jésus-Christ, continuellement persécuté pour le même sujet, c'est le prophète Jérémie.
Ça été un des plus saints hommes de l'ancienne loi. C'est le seul de tous les prophètes dont il est écrit : « Je t'ai connu » avant que de t'avoir formé dans leseinde ta mère, etavant » que tu en sortisses, je t'ai sanctifié S). Une sainteté avancée dans ce prophète a été une des figures les plus excellentes de celle du Saint des saints : mais comme Dieu vouloit donner à Jérémie une grande part à la sainteté de Jésus-Christ, il lui en a donné une très-grande à ses persécutions et à sa croix.
Dieu avoit choisi Jérémie pour annoncer à son peuple deux terribles vérités : l'une, que la cité sainte et le temple même alloient être détruits et réduits en cendres par l'armée de Nabuchodonosor : l'autre, que le seul moyen qui restoit au peuple, aux princes, au roi même, d'éviter le dernier coup, étoit de se soumettre volontairement à ce roi, que Dieu avoit choisi pour son vengeur : en sorte qu'il ne vouloit pas qu'on lui résistât, mais qu'on subît volontairement le joug que Dieu avoit mis entre ses mains pour l'imposer au roi de Judée, et à tout son peuple.
Jérémie par ordre de Dieu annonçoit ces vérités : « Quoi ! » je ne visiterai pas les iniquités de ce peuple, dit le Sei- » gneur? Je ferai de Jérusalem un monceau de sable, la re-
' Mntih. XXV. 4G. — • Ib. xxvi. 1. — "^ Act. vu. 52. — * Jerem. l. 5.
» traite des serpents; et les villes de Judu seront désolées » et sans habitants'. Voici ce que dit le Seigneur «, s'écrie-til en un autre endroit ' : « J'amènerai sur cette ville des maux » horribles, en sorte que tous ceux qui les écouteront, leurs )) oreilles leur tinteront d'étonnement et de frayeur. Elle sera )) un sujet d'étonnement, de dérision, et de sifflement à » toute la terre : et tu briseras en leur présence un pot de » terre ; et tu diras : Ainsi je briserai mon peuple, et je met- » trai celte ville en pièces, comme on y met un pot de terre» : ce ne sera pas comme on brise un vaisseau d'or , ou d'étain , ou de quelque autre métal, qu'on peut refondre et ressouder: « mais ce sera comme on casse, et on met en pièces un pot » de terre, qu'on ne peut plus raccommoder : et ils seront » ensevelis dansTophet », lieu abominable, parce que toute la ville sera ruinée , et les environs seront remplis de ces ruines; et il ne restera pour les ensevelir, que cette exécrable vallée, infâme à jamais par les sacrifices impies qu'y ont offerts les Israélites, en brûlant leurs fils et leurs filles à Moloch : « Ainsi je ferai àcette ville, et à tous ses habitants : elle sera » déserte, et abominable, comme Tophet » . Et pour ce qui regardait le temple : Ne vous fiez point, disoit-il *, en ces pai^oles de mensonge, en disant : Le temple du Seigneur , le temple du Seigneur, le temple du Seigneur : comme si la sainteté de ce temple étoit capable de vous sauver seule : c( car je ferai à » cette maison, en laquelle mon nom a été invoqué, comme » j'ai fait à Silo, ancienne demeure de l'arche que j'ai dé- » truite et rejetée ». El le Seigneur dit encore à Jérémie *. Va-t-en à l'entrée de la maison du Seigneur : car c'est là que je veux que tu en annonces la ruine : « et tu leur diras : Je » ferai que cette maison sera comme Silo, un lieu désert et » abandonné ; et je ferai que cette ville sera en malédiction » à tous les habitants de la terre » .
Il n'épargnoil pas les rois. « Voici ce que dit le Seigneur à » Joachim, fils de Josias, roi de Juda : On ne pleurera point » à sa sépulture : et ses sœurs ne diront pas : Hélas ! mon » frère : ni elles ne se plaindront les unes les autres, en di-
* Jerem ix. 9. 1 1. — Mb. Xix. 3. 8. 10. 11. — * !b. vil. 4. 12. 14. Mbid. XXVI. 7. 6.
» sant : Hélas ! ma sœur : on ne criera point en pleurant : » Hélas! Prince : hélas ! Seigneur. Il sera enseveli de la sé- » puUure d'un âne ; il est pourri, et on Ta jeté hors des » porles de Jérusalem ». Son fils ne sera pas plus heureux. <ï Quand Jéchonias, fils de Joachim, roi de Juda, seroit » comme un anneau dans ma main droite, je Fen arracherai » dit le Seigneur : Je te livrerai entre les mains du roi de » Babylone; et je t'enverrai toi et ta mère qui t'a porté dans » ses entrailles, dans une terre étrangère, et vous y mour- » rez. Terre , terre , terre , écoute la parole du Seigneur. » Voici ce que dit le Seigneur: Écris, que cet homme sera » stérile et n'aura aucune prospérité durant ses jours » : parce qu'encore qu'il doive avoir des enfants , Il n*en aura point qui lui succède, ni qui soit assis sur le trône de David\
Une prédisoit pas à Sédécias une plus heureuse destinée, a Voici ce qu'a ditle Seigneur au roi qui est assis sur le trône » de David, et à tout le peuple : Je vous enverrai le glaive , » et la famine, et la peste : et vous serez en étonnement , » en sifflement, et en horreur à tous les peuples du monde *. » Sédécias roi de Juda n'évitera pas les mains des Chaldéens )>et du roi de Babylone^ »,etle restequ'il prophétisa publiquement, et en présence du roi, durant que la ville éloit assiégée.
Jérémie étoit devenu odieux aux rois, aux sacrificateurs, aux prophètes et à tout le peuple, à cause qu'il annonçoit ces vérités. Et ce qui les animoit davantage , c'est qu'il leur disoit, que c'étoit à cause de leurs péchés , de leurs idolâtries, de leurs injustices, de leurs violences , de leurs fraudes, de leur avarice , de leurs impudicités et de leurs adultères, de leur endurcissement et de leur impénitence, que tous ces maux leur arriveroient, sans qu'il y eût pour eux aucune ressource. « Voici ce que dit le Seigneur : Ne vous trompez pas » vous-mêmes, en disant : Les Chaldéens se retireront » ; car ils reviendront bientôt ; « et ne se retireront plus : et ils » prendront, et ils brûleront cette ville. Et quand vous au - » riez défait toute leur armée, et taillé en pièces vos enne- » mis, en sorte qu'il n'y reste qu'un petit nombrede blessés,
* Jérem. xxil. 18. 19. Vi. To. 2f>. Î9. 30. — ' Ib. xxix. IC. 18. — ^ jb. xxxii. 4. — * Jb. XXXIV. 1.2. 4.
» ils sortiront de leurs tentes un à un , et ils brûleront cette
» ville ' » . La seule ressource qu'il leur annonçoit, étoit de se rendre aux ennemis : a Tu diras à ce peuple : Voici ce
» que dit le Seigneur : Je mets devant vous la voie de la vie
» et la voie de la mort : celui qui demeurera en cette ville,
» mourra deTépée, de la famine, et de la peste ; mais celui
» qui en sortira, et se rendra aux Ghaldéens qui vous assié-
» gent, vivra : et son âme lui sera comme une dépouille qu'il
» aura sauvée des mains des ennemis : car j'ai mis ma face
» contre cette ville en mal , et non pas en bien ; et il faut
» qu'elle soit livrée au roi de Babylone , et qu'il la consume
» par le feu ' » : ce qu'il répéta encore à Sédécias *.
XCIX*" Jour. Les souffrances de Jérémie.
Telles étoient les dures vérités, que Dieu metloit en la boucbe du prophète Jérémie; et ce qu'il souffrit à ce sujet pendant quarante-cinq ans que dura son ministère, est inouï. Il avoit à souffrir mille indignités, qui lui faisoient dire : «J'ai » été en dérision à tout mon peuple, le sujet de leurs chan- » sons tout du long du jour, et l'objet de leur moquerie. Il » m'a rempli d'amertume ; il m'a enivré d'absinthe. Je ne » connois plus le repos : j'ai oublié tous les biens » . On en venbit jusqu'aux coups : et il disoit : « Le solitaire s'assiéra, )) et se taira : il baisera la terre, et mettra sa boucbe dans la » poudre ; pour voir s'il lui restera quelque espérance » d'être écouté dans ses prières. « Il livrera sa joue aux coups : il » sera rassasié d'opprobres ». On voit dans ce dernier trait une image expresse du Fils de Dieu. Et un peu après : 0 Seigneur , vous m'avez mis au milieu du peuple comme un arbre déraciné, comme le mépris de tous les hommes : Tous mes ennemis ont ouvert impunément la bouche contre moi \ Ce fut dans sa patrie, dans la ville d'Anathoth, ville sainte et sacerdotale, qu'il eut le plus à souffrir de ses citoyens, et des sacrificateurs ses compagnons. On y conspira contre sa vie. Et j'étois, dit-il , comme un agneau innocent et doux qu'on porte au sacrifice : et je ne savais pas ce qu'ils machinoient contre
' Jérein. xxxvii. 8. 9. — ^ Ib. xxi. 8. 9. iO. — ^ Ib. xxxiriii. 17. 18. et suiv. — * LameHt m. 14. 15.17.28.29.30.45.46.
mot, en disant : Mettons dans son pain un bois empoisonné : effaçons-le du nombre des vivants, et qu'on ne parle plus de lui sur la terre, El ils lui disoient : Ne prophétisez plus au nom du Seigneur, si vous ne voulez mourir entre nos mains. Mais il fallut obéir à Dieu : et il prophétisa contre Anathoth, d'une manière terrible : a Je visiterai les habitants d'Anatholh : » leurs jeunes gens mourront de Tépée, dit le Seigneur des » armées : leurs jeunes enfants et leurs filles mourront de » faim et de peste ; et il ne restera rien de cette ville ; j'a- » mènerai tout le mal sur Anathoth , et Fan de sa visite sera » plein d'effroi * » .
Ainsi en arriva-t-il à notre Sauveur dans Nazareth. « 11 ne » pou voit y faire beaucoup de miracles, à cause de leur in- » crédulité : car ils se disoient Tun à Tautre : N'est-ce pas » là ce charpentier fils de Marie ? frère de Jacques et de Jean ? » Et n'avons-nous pas ses sœurs parmi nous ? Et ils le mé- » prisèrent^». Il éprouva, comme Jérémie, la vérité de ce proverbe : Le prophète nest point reçu dans sa patrie. Il s'en plaignit. « Et ses citoyens remplis de colère le traînèrent hors » de leur ville, au plus haut de la montagne où leur ville » étoit bâtie, pour le précipiter du haut en bas ^ ».
Ce n'étoit pas seulement "Ses concitoyens qui machinoienl contre lui, à cause de ses prophéties : tous les peuples s'encourageoient à le perdre, et ils se disoient les uns aux autres : w Venez, entreprenons contre Jérémie: il n'est pas le seul » prophète , ni le seul sacrificateur, ni le seul sage : venez , » frappons-le avec la^angue, et ne prenons pas garde à tous » ses discours. Vous savez. Seigneur, tout ce qu'ils ont en- » trepris contre ma vie : ils creusoient des abîmes sous mes » piediN ; partout ils me tendoient des pièges ^ Ses meilleurs » nmis , qui sembloient le garder, entroient dans ces perni- )) cieux conseils : tous ne songeoientqu'à le tromper, et à se » venger de lui *», parce qu'il leur prophétisoit des malheurs. Ainsi à chaque pas du Sauveur, il trouvoit des entreprises contre sa personne. On l'appeloit démoniaque, imposteur : on le chargeoit de toutes sortes d'injures, pour animer contre
' Jerein. xx:. li>. 21. 22. 23. — - Marc, vi 3. 4.5- — ^ Luc. iv. 24. :i-\ 29. 4 Jemn. XVMI. 18. 22. •>3. — ^ Ib. xx. 10
lui la haine publique : et par deux fois en très-peu de jours, on leva des pierres pour le lapider : ses frères mêmes ne croyoient pas en lui ' : et il fut livré par un de ses disciples.
C' Jour. Jérémie persécuté par ses disciples. Autorité publique.
Venons à ce que souffrit Jérémie, non plus seulement par de secrets complots ; mais par l'autorité publique. « Pbassur, » sacrificateur, fils d'Emmer, qui étoit prince dans la maison » du Seigneur, entendit les discours de Jérémie : et il frappa » ce prophète », comme le prince des prêtres fit frapper le visage de saint Paul : « et il mit Jérémie dans les entraves : » et il Ten tira le matin ' » : et le prophète, qu'il avoit injustement maltraité, lui annonça sa destinée, et celle de tout le peuple. Une autre fois, comme Jérémie venoit de prophétiser la ruine du temple devant le temple même, « les sacri- » ficateurs, et les prophètes, et tout le peuple se saisirent de » lui : et ils disoient tous ensemble : Il faut qu'il meure » : et ils le déférèrent a aux princes de la maison de Juda, en » disant : Cet homme doit être condamné à mort, parce qu'il » a prophétisé contre cette ville, et contre le temple, et qu'il » a dit que le Seigneur en feroit comnie de Silo^ ». Jésus fut accusé du même crime * : on lui imputoit d'être le destructeur du temple : les sacrificateurs étoient à la tête de ses ennemis; et comme un autre Phassur, Anne et Caïphe les souverains sacrificateurs le persécutoient, et prophétisèrent contre lui : Vous ne savez rien, dit Caïphe ; et vous ne pensez pas qu'il faut qu'un homme meure pour tout le peuple, et que la nation ne périsse pas ^ : et les sacrificateurs et les docteurs de la loi prononcèrent l'un après l'autre, comme ils avoient fait autrefois contre Jérémie : Cet homme est coupable tfe mort \ Mais Dieu ne vouloil pas que Jérémie mourût selon leurs desirs ; et la sentence des pontifes contre Jésus-Christ fut exécutée.
Jérémie fut fait prisonnier du temps du roi Juachim, à <ause de ses prophéties : Mais, comme dit saint Paul, la pa-
' Joan. vm 59. \ .Jl. — - Jéiem. xx. 1. '?.. 3. — ^ II), xwi. 2. 6. 7.
n. î). Il » iMatlh. xxM. ..7. 51). 61. — *• Joau. xi. 47. 49. 50. — '= Ib.
xviii. 13. 14. Malth. xxvi. 66.
rôle de Dieu n'est point liée. L'ordre de Dieu vint à ce prophète d'écrire au roi Joachim , ce qu'il avoit prophétisé de vive voix : il manda Baruc , fils de Nérias : et il lui dicta ce qui devoit arriver au roi et au peuple ; puis il lui dit : « Je suis » prisonnier, et je ne puis entrer dans la maison du Seigneur. » Allez-y donc, et lisez au peuple, <iu jour de jeûne solen- » ne), les paroles de Dieu que vous venez d'ouïr de ma bou- » che » : et le discours fut porté au roi , et un secrétaire le mit en pièces, et le roi le fit brûler : et Jérémie dicta de nouveau tout ce qui étoit contenu dedans , et ajouta beaucoup d'autres choses encore plus terribles'. Jérémie fut fidèle à Dieu, et continua à annoncer constamment sa parole.
01*' Jour. Jérémie daus le cachot ténébreux.
Après que le saint prophète eut été mis en liberté, il alloit dans la terre de Benjamin pour quelques affaires, comme Dieu le lui avoit ordonné : et comme il avoit prophétisé, qu'il n'y avoit de sahit que de se rendre au roi de Babylone qui assiégeoit Jérusalem , on le soupçonna de s'y aller rendre luimême , et il répondit : H n'est pas vrai : je ne vais pas me livrer aux Chaldéens : car il falloit que cela se fît par autorité publique, et que le roi lui-même en donnât l'ordre. On ne voulut pas croire le saint prophète : et les princes, après l'avoir fait battre de verges, le jetèrent dans le cachot* noir et profond, dont le fond étoit de la boue. Jérémie y fut descendu avec des cordes, et on l'y laissa longtemps, afin qu'il y mourût : car il n'y avoit plus de pain dans la ville : et on le laissoit mourir de faim ; et les princes dirent au roi : « Nous » vous prions que cet homme meure : car il abat le courage » de ce qui reste dans cette ville de gens courageux, en di- » sant qu'il faut se rendre ^ ». Le voilà donc accusé de crime d'état par les seigneurs : et le roi acquiesça à leur sentiment; mais Dieu lui changea le cœur, et trente hommes tirèrent Jérémie du lac de boue par son ordre.
Lorsque le prophète fut jeté dans le cachot ténébreux, il fît
' Jerem. xxxvi. î. 4. 5. 6. 8. lô. 21 . !<3. 28. 32. — - Ib. xxxvii. 4. 11. 12. 13. 14. 15. — ' Ib. xxxvpl. 4. 5. 0. 9. 10.
SUR l'évangile. 285
cette lamentation : « Je vois maintenant toute ma misère, et » je sens la verge de la colère de Dieu dont il me frappe. Il » m'a éloigné de la lumière : il m'a jeté dans les ténèbres... )> Ma peau s'est desséchée : ma chair est sans suc ; mes os » sont rompus. Un épais bâtiment me serre. Je suis environné » de fiel et de travail. Il m'a mis dans les ténèbres, comme » les morts qui ne sortiront jamais de leur cercueil. Je suis » resserré de tous côtés.... mes entraves sont appesanties.... » Je suis enfermé dans un cachot de pierres taillées, et il n'y » a point de sortie.... » On ne me donne que du pain rempli de pierre. « Je ne suis nourri que de cendre » et de poussière.... « Je suis enfoncé dans le lac, et on a mis sur moi une » pierre : les eaux » d'un lieu si humide « sont tombées sur 0 moi ; j'ai dit : Je suis perdu ' x>.
Cil' JoDR- Jéi-émie figure de Jésus-Christ par sa patience.
Telles furent les souffrances de Jérémie, pour avoir dit la vérité : c'est ainsi qu'il porta les traits de celles du Sauveur, qui, comme lui, fut accusé d'être un séducteur, et de soulever le peuple contre l'empereur, et contre l'empire : en sorte qu'il falloit le perdre comme un séditieux, et comme ennemi du prince. Jérémie eut part à cet opprobre du Sauveur. Mais il en est encore plus la digne figure par sa douceur et sa patience, que parles cruautés qu'on exerça sur lui injustement. Lorsque les sacrificateurs et les prophètes , et le peuple le vouloient traîner à la mort , et crioient avec fureur, qu'il le falloit faire mourir^ il dit aux princes et au peuple, qui l'ailoient juger : « Le Seigneur m'a envoyé pour prophétiser » toutes les choses que j'ai prédites à ce temple et à cette I) ville. Maintenant donc corrigez-vous, et changez vos mau- » vaises inclinations , et écoulez la voix du Seigneur votre » Dieu ; et peut-être que le Seigneur se repentira du mal qu'il » a prononcé contre vous. Pour moi je suis entre vos mains; » faites de moi ce qu'il vous plaira ; mais sachez et apprenez, » que si vous me faites mourir, vous livrerez un sang inno- » cent contre vous-mêmes, et contre cette ville et ses habi-
Laiiieut. m. I. 2. 4. 5. 6. 7. 9. 16. 63. 54.