NAISSANCE DE NOTRE SEIGNELR
sa première apparition parmi nous; il nous tend ses petits bras pour nous inviter à l'embrasser ; qui pourrait refuser de l'aimer sincèrement, du fond du cœur et sans réserve? Qui repousserait ses caresses, et ne s'empresserait de le serrer sur son cœur, et de réchauffer ses membres délicats endoloris par le froid ?
Oh ! bien-aimé Jésus, je ne vous repousserai pas ! Bien plutôt, je veillerai en esprit sur votre humble crèche, je vous veillerai avec Marie en cette nuit céleste de Noël, je joindrai mes hommages à ceux des pauvres bergers, je contemplerai le mystère insondable d'amour que me présente, comme en un écrin, l'étable de Bethléem.
Quel trésor a été donné au monde en ce jour de Noël ! Hélas ! le monde ne sut pas le connaître : il le méprisa et le rejeta.
Ah ! si Jésus était venu avec éclat et avec pompe, s'il s'était annoncé au monde au son de la trompette, s'il avait paru au milieu des fêtes et des divertissements, les hommes alors auraient fait attention à lui, ils s'en seraient entretenus et auraient pensé qu'un grand personnage- faisait son entrée dans le monde. Mais parce qu'il est
apparu dans l'humilité et la pauvreté, Jésus venant parmi les siens « n'a pas été reçu par les siens ^». Pourtant depuis la création du monde jamais Dieu n'avait rien ajouté de plus précieux aux richesses et aux magnificences de l'univers, que cette naissance de son Fils. Tout le savoir réuni des philosophes et des sages, des voyants et des prophètes, est bien peu, comparé aux trésors de science et de sagesse que possède la terre dans la personne de cet enfant. Toutes les forces assemblées des conquérants, des rois et des empereurs ne peuvent soutenir de comparaison avec la puissance de cet enfant, en apparence si faible. Les merveilles ellesmêmes sorties de la main de Dieu, le soleil, la lune, les étoiles qu'il a semées dans l'espace ne peuvent fournir l'idée de la beauté ineffable de cet humble enfant. En un mot, depuis la création il n'y eut pas de jour comparable à celui de Noël en importance pour lé monde, pas même le jour où naquirent Abraham, Moïse ou David, le jour où Dieu créa la plus belle de ses œuvres gigantesques.
Pour préparer ce jour béni, quatre mille ans se sont écoulés, et si Dieu soudainement avait créé un second soleil sept fois plus lumineux que le premier, il n'y eût pas eu aux yeux des anges,
I s. Jean, i, ii.
NAISSANCE DE NOTRE SEIGNEUR }l
dans l'univers, un éclat si resplendissant que le rayonnement qui brilla à la naissance de ce divin Enfant. En vérité, le Ciel pouvait porter envie à la terre, devant un trésor si magnifique, si inappréciable.
^ffcctionâ et S^ÀcluticnÀ
Allons vers notre Sauveur bien-aimé dans sa crèche, présentons-nous avec les heureux bergers envoyés par les anges, et disons-lui dans l'émotion de notre cœur : « O mon cher, mon bien-aimé Sauveur, était-ce donc pour vous un si grand honneur de vous allier par le sang à nous pauvres pécheurs, que, pour le conquérir, vous n'ayez pas hésité devant les plus rudes épreuves et les plus pénibles souffrances ?Qu'aviez-vous donc à gagner dans ce monde, que vous vous soyez anéanti à tel point pour y venir?
Ah ! oui, vous aviez à gagner un prix que vous estimiez bien fort, quoique, hélas! il fût bien indigne de vous! Je le sais, vous vouliez gagner mon cœur et mon amour, et c'est votre bonté qui vous a inspiré ces moyens irrésistibles de le conquérir. Vous pensiez que jamais je ne pourrais résister à la vue de votre divine personne, réduite à la condition d'un petit enfant innocent
et souffrant ; vous pensiez que mon cœur, si dur fût-il, ne saurait résister à vos larmes d'enfant. Bénie soit votre miséricorde à jamais pour avoir ainsi agi !
Que je serais misérable, en effet, si je ne vous aimais de tout mon cœur, dans votre aimable aspect d'enfant. Sans considérer la fin grandiose de votre venue ici-bas, le témoignage d'amour que vous donnez dans votre naissance et dans les circonstances qui l'entourent, suffit pour vous gagner à jamais mon cœur, sans partage et sans réserve.
Je veux souvent réchauffer mon amour dans la méditation de ce grand souvenir ; souvent je veux, ô mon Jésus, vous presser sur mon cœur et vous caresser, en pensant à ce premier jour de votre vie mortelle, où vous avez commencé votre course de géant dans la carrière de l'amour. »
^Adoration de3 ^Perqer?
Prélude. — Représentons-nous ces bergers, hommes simples et droits, assis autour de leur feu de bivouac, et soudainement surpris par l'apparition des anges dans le ciel.
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i^-ij^OUS ne pouvons que difficilement nous imaginer l'étonnement de ces pauvres bergers, quand, au milieu des ténèbres d'une froide nuit d'hiver, ils virent les cieux s'entr'ouvrir et un ange s'adresser à eux. Peutêtre s'entretenaient-ils, en ce moment, de la
dureté de leur condition, comparant leur pauvreté et leur indigence au bien-être et au luxe de leurs maîtres ou des riches de Bethléem ; et voici qu'un ange leur annonce, à eux, la naissance en cette nuit « d'un Sauveur qui est le Christ et qui se trouve dans la cité de David. * » Il ajoute que cette nouvelle apportera au monde une grande joie.
Mais hélas ! pourquoi leur apporter, à eux, cette nouvelle? Comment oseraient-ils approcher du berceau d'un Roi nouveau-né? Et quelle place pourrait-il y avoir pour eux au milieu des courtisans et des officiers qui l'entourent et le gardent?...
Si pareilles pensées traversèrent leur esprit aux premières paroles de l'ange, comme elles durent promptement s'évanouir, quand ils entendirent cet iinge leur indiquer le signe auquel ils reconnaîtraient l'Enfant-Roi. « Vous trouverez l'enfant, leur dit-il, enveloppé de langes et couché dans une crèche. ' »
Est-ce là toute l'indication donnée par l'envoyé
céleste? Pour annoncer la présence du plus grand
personnage que la terre ait jamais porté, cet ange
ne peut-il fournir d'autres signes que ceux d'une
V condition inférieure à la condition ordinaire de
1 Natus est vobts hodiè Salvator, qui est Christus, in civitate David. S. Luc, II, II.
2 Invcnietis infantem pannis involutuni, et positiim in prccsepio. S. Luc,