‹ Méditations sur l'évangileChapitre 2 sur 64 · LE MYSTERE DE L INCARNATION · texte numérisé non relu

LE MYSTERE DE L INCARNATION

demande, dans la Préface de la Messe, que « nous soyons portés, par la connaissance sensible de Dieu, à l'amour de ses biens invisibles. 2» Ut dum visibiliter Deiim cognoscimus, per liiinc in invisibiliiim amorem rtipiamtir.

Conquérir notre amour, voilà donc, indépendamment du grand motif de la Rédemption, le but de l'Incarnation. II n'était pas nécessaire, malgré les convenances harmonieuses qu'on y découvre, que la Rédemption fût opérée de cette manière ; mais ce mode fut choisi parce que, plus que tout autre, il nous rapprochait de Dieu, et était capable de gagner nos cœurs.

O condescendance infinie de la part de Dieu ! Quelle preuve magnifique, quel témoignage saisissant de son amour pour nous ! Quel ingrat seraisje si devant un tel abaissement consenti par mon Dieu afin d'obtenir mon amour, je le lui refusais: si je ne lui consacrais toutes mes affections dans la ferveur de mon cœur!

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De plus, ce mystère, merveilleux entre tous, nous est une admirable manifestation des attributs de Dieu.

La seule pensée de l'union des deux natures, divine et humaine, est un mystère si profond que, toute l'éternité, les anges en seront ravis d'étonnement sans pouvoir le comprendre. Dieu, immense, infini, prenant un corps humain sans pour cela éprouver aucune diminution, aucune perte, restant infini et en même temps devenant réellement homme, c'est là une marque de toute puissance qui dépasse la portée des facultés des créatures les plus parfaites. Nous devons adorer dans le silence et la crainte, et croire à la parole de Dieu et à l'enseignement de sa sainte Eglise. Mais l'amour toutefois doit adoucir la crainte ; il doit déborder de nos cœurs à la pensée que Dieu n'a voulu toutes ces merveilles que pour nous-mêmes. Le Fils de Dieu, en effet, ne s'est incarné que pour nous sauver et nous arracher à la damnation éternelle, que nous avions méritée. Il n'a pris son corps que pour voiler nos meurtrissures sous ses plaies, que pour racheter nos âmes au prix de son sang.

Quel excès d'amour incomparable, incompréhensible ! Arrêtons-nous à approfondir le sens de cette démarche extraordinaire du Fils de Dieu. « Il s'est anéanti et il a pris la forme d'un esclave ^ » Il s'est anéanti, c'est-à-dire qu'il a quitté sa gloire et sa grandeur, et il a pris la forme d'un esclave.

I Exinanivit semelipsum, formam servi accipicns. S. Paul, Philipp., ii, 7.

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