LE MYSTERE DE L INCARNATION S
Le Créateur a emprunté l'aspect, bien mieux la nature même de sa créature, de l'œuvre de ses propres mains î Le Maître et le Seigneur de toutes choses, le Souverain suprême du ciel et de la terre s'est abaissé jusqu'à la condition d'un vil esclave, afin de racheter cet esclave! Il a voulu passer, remarquons-le bien, pour un traître, un rebelle, un accusé, pour un coupable, chargé d'iniquités commises contre sa propre personnel La bonté et la miséricorde de Dieu n'égalent-elles pas ici dans leur infinité sa puissance et sa grandeur ! Oh! oui, la bonté, l'ineflable mansuétude de notre Dieu éclatent merveilleusement en ce mystère ! Miséricordieux fut-il de descendre de si haut et de s'abaisser à ce point, pour nous tirer de l'abîme de perdition où nous étions tombés !
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« O miracle de condescendance et d'amour, où trouverai-je des paroles qui expriment. Seigneur Jésus, les sentiments que je dois éprouver pour vous devant les infinies miséricordes de votre Incarnation?
« Le Verbe s'est fait chair, et a habité parmi nous î Et Verbiim caro factiim est, et habitavit in Il obis *. »
I s. Jean, i. 14.
O Fils de Dieu, vous avez atteint le suprême degré de votre toute puissance, en revêtant notre pauvre et faible nature déchue, afin, par là, de gagner notre amour et de nous réconcilier avec votre Père !
Vos anges avaient péché, et vous ne vous étiez pas fait ange pour les racheter.
L'homme, ce ver de terre, vous a outragé, et vous vous êtes fait homme pour devenir sa rançon !
Les purs esprits qui peuplaient les cieux n'avaient pas ému votre cœur, comme, l'ont fait les pauvres êtres rarhpants que nous sommes. Dans leur nature, il n'y avait rien de grossier ni d'impur; dans notre chair habitent les infirmités et la mort, suites naturelles du péché. Et pourtant, hélas! l'homme oublieux laisse aux anges le soin de bénir sans cesse la bonté et la miséricorde dont vous nous avez comblés préférablement à eux ! Quel aveuglement, quelle froideur, quelle ingratitude d'oublier, ne serait-ce qu'un moment, cet excès d'amour de notre Dieu !
Je veux du moins, ô Jésus, essayer de vous témoigner ma reconnaissance en vous donnant mon amour, si pauvre et si indigne, comparé au vôtre ! Mon cœur et mes affections sont à vous pour jamais. Rendez-les dignes de vous, et faites-les vôtres pour toujours ! »
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h'/^-=^ présence sur la terre avec un corps semblable au nôtre, ont établi entre lui et nous des relations toutes nouvelles et fort importantes.
Il est d'abord devenu l'un de nous. Tout ce qui fait le fond de la nature humaine, notre bonheur et nos infortunes, nos joies et nos misères, nos défauts et nos vertus, a pris aux yeux de Dieu un
cachet d'intérêt familial, pour ainsi dire, et a gagné pour notre plus grand bien ses sympathies divines. Un philosophe païen avait écrit: Je suis homme, et rien de ce qui est humain ne m'est étranger ', le Sauveur pouvait le répéter à bon droit. 11 est homme comme nous, hormis le péché ; il ressent nos besoins, nos désirs, nos craintes ; il fait sienne, aux yeux de son Père Céleste, notre condition, afin de nous racheter et de nous délivrer.
Il est aussi notre frère, puisque tous les membres de la grande famille humaine sont frères ; durant sa vie ce titre lui fut particulièrement cher ; il s'en réclame dans ses enseignements donnés aux Apôtres, ou plutôt il nous permet de prendre ce titre à son égard. N'est-ce pas, dès lors, pour nous un immense honneur, une dignité et un avantage incomparables, d'être ainsi unis au Fils consubstantiel de Dieu éternel, au point de nous voir considérés et traités par lui-même comme des frères dans les liens de la plus étroite parenté. En tant que notre frère aîné, « le premier-né ^» d'entre nous, il possède des droits et des privilèges, qui tous tendent à notre profit.
Le premier de ces privilèges, c'est le privilège du « sacerdoce », apanage du premier-né dans la
1 Homo sum et nil humant a me alienum puto.
2 Primogenittis omnis creaturœ. S. Paul, Coloss, i, 15.
LES BIENFAITS DE l'iNCARNATION 9
loi antique. Nous possédons ainsi un prêtre qui peut répondre à tous nos besoins. Quelle différence si la charge sacerdotale vis-à-vis de nous avait été dévolue, par exemple, à un ange ! Il n'eût été qu'un intermédiaire, n'eût pas eu de participation réelle et personnelle avec nous. Mais notre Prêtre sait compatir à nos misères, parce qu'il s'y est lui-même trouvé mêlé *. Nous pouvons donc, en pleine confiance, recourir à lui, sachant quels sont ses sentiments pour nous.
Un second privilège qui appartient à notre frère aîné, c'est celui de la « royauté »; il est le chef de la famille, le roi. De toute éternité, son Père a remis toutes choses entre ses mains, et l'a établi Roi de toute la terre ; mais aujourd'hui que notre Frère tient le sceptre, quelle douceur dans son empire ! Quelle bénignité dans son commandement ! Nous ne sommes plus des esclaves ou des vassaux gouvernés avec une verge de fer, nous sommes une race royale, nous approchons de son trône, nous sommes destinés, ô merveille! à nous asseoir un jour à ses côtés et à régner avec lui !
Quels avantages, quels profits immenses pour nous dans ce mystère qui, en nous créant de tels
I Hebrae., iv, lo.
liens, nous donne un Roi si doux, si miséricordieux, si aimant ! Le petit enfant de Bethléem est notre Roi ! Comment le craindre? Comment éprouver pour lui d'autres sentiments qu'un profond amour?
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Ces privilèges qui tendent si bien à notre profit, sont cependant quelque chose de tout personnel au Sauveur. Nous avons avec lui d'autres relations, qui nous concernent nous-mêmes plus particulièrement.
Il est le Médiateur entre Dieu et nous. Pour cet office, il fallait un personnage étroitement uni aux deux partis à rapprocher, qui fût un fidèle représentant de l'un, et en même temps qui possédât une grande influence sur l'autre. Personne ne pouvait être doué de cette double qualité mieux que notre bien-aimé Rédempteur, qui, précisément, unissait en lui, dans leur plénitude, sans toutefois aucune confusion, la double nature de Dieu et de l'homme. Ce rôle de Médiateur fut inauguré à l'instant même de son Incarnation, et publiquement manifesté. au jour de sa naissance, dans la bienheureuse nuit de Noël.
Nous possédons aussi en lui un trésor d'un prix infini, que nous pouvons offrir à Dieu pour